ACTE
Or, dis-coi : s'il était en ton pouvoir de ne plus l'aimer, :esserais-tu de l'aimer pour lui plaire ?
AMINTE
Alors que je le pourrais, l'amour me défend d'imaginer et de dire que je vivrais sans son amour.
TIRCIS
Tu l'aimerais donc à son déplaisir, quand tu pourrais ne pas l'aimer?
AMINTE
A son déplaisir, non; mais je l'aimerais.
TIRCIS
Enfin, contre sa volonté ?
AMIMTE.
Oui, assurément.
TIRCIS
Pourquoi donc n'oses-tu faire contre sa volonté un larcin qui, s'il lui déplaît d'abord, lui sera un jour doux et cher?
AMINTE
Ah! Tircis, que l'amour réponde pour moi; car ce qui se passe en mon cœur je ne saurais le dire. Toi, par une longue habitude, tu es habile à disserter sui' l'amour; pour moi, ma langue est enchaînée comme mon cœur.
TlRCIS.
Tu ne veux donc pas y aller?
AMINTE
Je veux aller, mais non pas où tu penses.
TIRCIS
Où donc ?
AMINTE
A la mort, si tu n'as fait pour moi rien de plus que cela.
TIRCIS
Et cela te semble peu ? Crois-tu donc, insensé, que Daphné
i06 AMINTE.
lui aurait conseillé de s'y rendre, si elle n'avait en partie lu dans son cœur ? Peut-être Sylvie elle-même le sait-elle; mais elle ne vei't pas sembler le savoir. Or, situ cherches son consentement formel, ne vois-tu pas que tu cherches ce qui lui répugne le plus? Où donc est ce désir de lui plaire ? Et si elle veut que ton bonheur soit un larcin ou une violence, et non pas une faveur, insensé, que t'importe à toi ?
AMINTE
Et qui m'assure que son désir soit tel ?
Pauvre fou ! Voici que tu demandes une certitude qui lui déplaît, et qui doit justement l'offenser. Mais qui t'assure aussi que tel ne soit pas son désir? Or, s'il en était ainsi, et que tu n'y allasses pas ? Le doute est égal au danger. Ah ! il vaut mieux mourir hardiment qu'en homme timide. Tu te tais, tu es vaincu. Confesse maintenant ta défaite, qui sera l'occasion d'une glorieuse victoire. Partons.
AMINTE
Attends.
TIRCIS
Quoi donc attendre? Ne sais-tu pas que le temps fuit?
AMINTE
Eh ! songeons d'abord à ce qu'il faut faire.
TIRCIS
En chemin nous penserons au reste ; mais qui médite trop n'exécute rien.
LE CHŒUR
Amour, à quelle école et dosquel maître s'apprend le difficile et grand art d'aimer? Qui saurait enseigner ce que l'esprit conçoit, lorsque sur tes ailes il s'envole aux cieux?.La docte Athènes ne l'enseigne pas plus que le Lycée. Apollon, qui> sur l'Hélicon, disserte tant sur l'amour avec ses disciples, en