La Jérusalem délivrée
B«kUI«ì «t «et gnamen o&0at un sacrifie» A ViunfU CombtA «Lm tieax anntfea. Godbfroi est blessa; et le e\A, qui veille sor «e* iovt, «rroie ta. ange pour le garrir. Il retourne à Ta^taat , et ta pésenee ftttpeticli^ U ^cteire dtt oôttf èe 'ses giferriere, cpc^ le« Infi^Âlea «TManftJéià wf ovap^s* La nnit appara làa oanbattaat.
lARptl qne Godefroi, flass ses projets, nouveaux,
Dn siëge qu'il médite ordonne les travaux , <
Cet ermite pienx.gne .tout le. cau^ r^v^,
£t Taboide et .^ui tiuçnt . cçi lafif ag^ ^féirêre : ,
s A tes ordres , seigneur» |e vois t9ut s^einpreifer,,
« Mais ce n'est pas. ainsi gue tu dois commenoer.
« Veux-tu des $a,rraains tromper ia Résistance?
% Du maitre djcs coml^ts invoqua L'assistance,
f Fais monter la prière i^t l'encens jusqu'à IuL
s Que les anges du ciel , nous prêtant leur. appui,.
« Descendus 4 nos cEants des plaints éijiérée» ,
i Rangent sous nos, drapeaux leurs plialanges sacrées»
s £t de Jârusflem sapent les fondemens. .
« Que les p^Strea^^acés de leurs saints omemens.
6 LA^flÈRUSAlEM DÌÈLIVRÉE. \
« Les princes, les gnerners , et tout ce peuple même» « Implorent le secours ékt Très-haut qui les aime. « — J'approuve tes conseils , lui répond Godefiroi | « Et tandis que les cheft se rendront prés de moi , ft Que les pasteors ânpenpk, Adbémaret Guillaume, • Ces ministres mortels du céleste royaume»
« De fa cérémonie ordonnenties apprêts, 'v Je te laisse le soin de ces giyinds intérêts. •
Le lendemain, sitôt que le jour vient' de naître, Au milieu d'un Talbn , près d'un autel champêtre , L'ermite a rassemblé les prêtres du Seigneur. YêtMs de longs habits écUtans de blancheur, La cMMse en nMdn ; an front It iontrei ^^iiêopalev Chat;an des deux pasteurs ayec orgueil étale Deux chapes dont la moire et le brillant trésor S'attachent sur leur sein pdr des agrafes d'or. . • .
La marche s'ouvre : on part. Le VënérabÎé Pierre * S'avance le 'premier et porte la bàimière ' ^
Oli rayonne ihie Croix dont le 'Aottiuit aspect ^
Même aux angeè*db ciel condhànde lé respect; * ^ Sur ^eux lignei i^hgés , hnmi)Iies; le front austère , - Les prêtres d'un pas lent sulventic solitaire. ' " ^' Leur suppliante y oh. fbrme un double concert Qui dans la plaine au loin se prolongé et ie perd. Les pontifes , briDans' d*édat et d*opuIenc6 , Après eux s'avançaient dans uil prc/fimd s^nc6. ' Godefroi mairche seul : précédant leurs soldats Les princes iet les chefs accompagnent ses pas. De tout ce camp nombreux l'appareil les pròti^. Le peuple vient ensuite et fermait cortège^ '
CHAJQIT ONZIÈME* .7
A leort cluiit« bqIçiioç^ et pi««x à la fcfii Le cUiron des comltats n'ose mêler sa loix»
C'est toi q it leur prUre ,
Roi du nM e U lumière,
Esprit-saii de feu;
Toi, fille une Dieu;
Flamboya: tus, archjM>get«
Sentinelleu «^ w.^., ^..s phaUnges;
Toi, qui du Rédempteur mort et ressuscité
Dans les eaux du Jourdain lava la pureté
£t vous, dont la ferveur ne connut point d'obstacles.
Vous qui, du fils de l'hooune attestant Jies miracles ,
Apôtres de la foi, religieux béros ,
Avez d'un sang martyr répandu tous 1^ flots;
£t TOUS 4 dans les d^ert#, colombes imgéUq^es;
Vons, enfin ^ cbaste^^ jBceurs , tribus éyangéUques,
Qui , le front couronné des roses de ri^4^n.
Savourez les douceurs d'un éternel bymen. 1
Cest ainsi que priaient tous ces guerriers fidèles. £n ordre, et déployant leurs files solennelles , Ils marcbent vers ce mont fiimeux dans l'univecs , Qui s'élève ombragé d'oliviers toujours verts. Leurs cbants fout retentir l^s. profondes vallée^ , Les rives du Jourdain , les grottes recelées. On dirait que les boii , les rocbers frémissans S'animent tout à equp au bruit de ces aççens , Et d'écbos en éobos,^ d'une voix attendrie, Pkolo^ent les grande noms du Christ et 4« Marie.
Le peuple sarrasin , 4^ 1^*^^ <1^ >^> rempart^ , Sur k cérémonie attf cfaç ses regards. /
Ces chants' dlii^ibfliU ndureàVk pòii)^ ses brèllfed » De ce culte i^i'angér la pompé et les méivèilles^ L'étonDeut uh moment r bientôt les malheureux Ont poussé 4^1 Ils les aird des hurlemens affreux. Les grottes, les torrens et les Remparts enx-mémes Mugissent éffrayt^s du bruit de ces blasphèmes.' Mais les héros cht<î tiens , loin d'en être surpris , Marchent indiffiérens à ces profaiies cris , Comme si dans la nue , organe des tempdtes , ^^ Mille corbeaux cliards croassaient sur leurs têtes. Parvenus su(i> le mont , 'ils décorent l'autel Où Ton Terra bientôt, à la voix d'un mortel , ' Descendre et s'immoler , par un dirin mystère , ' L'holocauste' sans tache an àionde salutaire. L'autel 'imme d^ncens. Dkns nn t>rdre pareil Pendent à ses côtés six lampes de vermeili Guillaame & reVétu des omémens superbes , Où l'oT put fiiçonné serpente' et luit en igierbes. Plonge dans la terreur d'un saint recueillement , Il s'indine trois fois et médite hnmHemeàt.' £n(ln d'une toix haute il s'actuse lai-méme^ S'humiHe et' rend grâce aa monarque suprême.
Les chefs près de Tautel se sont prosternés ton». La foule des «oldats plus loin prie k genoux. L'immortelle YicCime est enfin consumée.
Le pontife , aussitôt se tournant rets l'armée , Lui dit : RëHrez-Tôus ; la bénit de sa main; Et du camp tous ensemble ont repris le themin. Dans ses rétranchemens la foule retirée , A la voix des hétmot» , s 'ett déjà séparée»
CHANT OMKlÈJftE. o
. Les iiriiicés et les chefi » jusqu'à son ptTillon , Accompagnent les pas de l'iDustre Bouillon, Qui les Élit tous asseoir à sa table frugale. Le repas termina : « Votre ardeur sans ^ale ,
• Dit Godefroi , demain doit briller à l'assaut.
« Je vais pour le triomphe ordonner ce qu'il faut;
• £t TOUS , nobles soutiens de la cause céleste,
• De ce )oiir au repos abandonnes le reste. • n a dit : tous les cheft se retirent alors.
Dans Fenceinte du camp^ les frompetles, les cors Annoncent aux guerriers que l'aurore nourelle Doit éclairer l'assaut de la cité rebelle; Et chacun d'eux se Erre à mille soins riraux ' Jusqu'à l'heure oè la nuit, suspendant les trayaux^ Ramène le sommeil, le silence et les ombres,
ïout reposait encore an sein des forêts sombres , Dans les airs , tur les monts. L'Aube au char diligent A peine s'entourait de son voile d'argent; Les troupeanx ruminans dormaient loin des prairies , Les oiseaux se taisaient sur les branches fleuries , Quand soudain la trompette et ses brnyana éclats Au si^e de SoUme invitent les soldati.
Un seul , un même cri retentit dans la plaina.: Aux armes ! Éteillé par la rumeur soudaine , Godefroi de son lit s'élance le premier, n ne ceint point son casque à l'édatant cimier, Ne prend ni son écu , ni sa forte cuirasse « Mais , bouillant à la fois de fer?enr et d'audace , n revêt l'appareil d'un léger fuitassin, Quand le sage Raymond, qui prévoit son dessein :
« Godefirori Iqi àitrjjl y du chef de ,ii0]brf ^ai^^cr « Je ne reconnais point rarmure accoutumée. , « Où donc est ta cuirasse et ton graod J^ouc^çr; « Bouillon doit-il combattre en simple ^heT«^ier? ft Je ne puis approqyer cette ardeur tén^ëniire.' « Çt qu'oses-tu. pretenda? pne palme vulgaire? , a Le périlleuiL hanne/4r de monter à l'assaut? « Tu n'es po^it iip.jsoldat. Choisi parle Très-haut « « De nos communs destins premier d%>ositfiire , « £n consery^int tës.jonrs, remplis tpn ministère. « D'ailleuEiQ ces jours sacrés ne t'appartiennent plus ; « Ne songe qu'à donner tes ordres absoliis ; , , « Et surtout hàte-toi d^ reprendre tes .armes. « Si de tcm vieil ami tu hrayes 1^ ^alarmes , , « De tout le camp du moins daigne apaiser l'effroi. « t^Magnanime «guerrier , lui répond Godeiroi, « Mon attente aujourd'hui ne sera point trofupée. ft Quand Urbain dans Clermont me celait cette épée « «, Je promis, au Trèç-haut , pour qui ma, nuin combat , « De remplir les devoirs d'un chef et d'ni\ soldat. « Veux-tu qufà mon.seiynent je devie^^ie parji^re ? ft Raymond, ne me fais .pas une semblable injure ! « Non, si je dois mourir , ce sera près de tpi., « Aux yeux de ces kéros dont j'ai reçu la. loir* Il se tait : et Raymond^ les chefs, et ses deux frèrei Prennent ainsi que Jlui des armes plus légères.
£n foule. rassemblas sur lei rempurt» du nord» Déjà les Sarrasins eu défendent l'abord.
De tout autre çôtë Solime prot^giéc^ Peut braver des chrétiens l'attaque prolongée.
CHAI9T ONZIÈME, n
Akdîn rëanit sur ce point dangeream Et ses propres sofdats , et les guerriers nombreux Que son or prodigue dès long-temps saSarie.
Ce n'est pas tout; il veut qu'à leur fbule aguerrie , D'une debile main, les en&ns, les TieSlàttls, Fournissent le bitume, et le souf&e, et les dàrdi. Sur la mnraiUe ëpaisse , et d'armes hMssée , S'ofÉre tel qu'un géant le fier roi de Nioëe. Argant plus loin s'^ève au-déssus djcs èrëneanx, ' Comme un taste rocher qui domina les diuz.
Mais Qofinde au sommet de la toor angulaire , Les regards enflamma d'audace et de colère, Monte et cbercbe de l'œil les ptàs fameux guerriers ^ Que leur gloire désigne À ses traits meurtriers. ' ' \ Un arc est daifs sa maan , et la èordë teti'due ' ' Frëmit , prête à lancer la flèche iiiktlendue. ^ Ainsi l'on croyaît'Voir la tiergc de T^éloa ' ' • Do sein de son nuage im tooler les h^éros. ' Le vieux roi de nouveau Visite dHk^iië porte;* n double éiàque pòste; il presse,' ordonné^ exhdrte; Et par un graicrd pfttì-son cdtiràge^éiiê ' ' '' ' ' Voit tout , veaffè- suî^* tôtit daiH ta sairite dté. ' '' '* Les femmâl ' feè ^d i m t impldrcfnt'li^hr ' pròpti^d : « O puissakA Mkbóniet, dëtoiMe Àt¥em^^! ' ^ * Sous les mttrt dê'SoHme 'ëcnisë^fctt bHgaifds ? ' ' ' « BHse la 9anbe «ax miuns' de leurs chéfii krfogàu f » Vains souhaits! il^iihpoàtëûr, tA^ét dé éèt'hbmihàge, Des gouffres 'dèTënfcif'tf'entènd'i^oihl lé« langage, j
D^à prêté aux coimbats , tous lëicorpé àH^ércni lu ordrr dèA ^ Ì^« òiA uéfió^fìtum ihrngs. ' ^
,a LA JÉnUfiALBII DÉUVRÉB^
On voit obliquement sur deux lignes ^lo^Va^te» Vers la ville marcher ces colonnes vivantes.
Au centre de Tapnée on voit avec effort Rouler les instrum'ens , ministres de 1^. mort , Prêts à faire tonner les foudres de la guerre. Volant sur des coursiers qui dëvorent la terre, Des guerriei^s pleins d'ardeur suivent les fantassins » £t des chefs ennemis surveillent les. desseins. Le si^fnal est donn^ : soudabi Tassaut commence. Des traits et des caijiloux soudain la gr^le immense » Obscurcissant ^s fijirs, siffle de Routes parts.,., , jËt frappe les guerriers debout sur les remparts, ^'un périt à son poste.; un autre l'aban^pnnÇj^ La foule des soldats dont le mur s» couronne Tombe diversement victime du trépfis.
Les chrétiens vers le? murs précipitent leurs pai» Les uns , des trai^ lancés repoussant la tem|>éte | Joignent leurs. bQ^çHers, en protégeât leur tél^^ Les autres, an^ rochers qui roulent des hanteuri Opppsen^ le i:empaft des bjélien protecteurs. Mais le fossé l]^entôt h la troupe^ guerrière . Présente sa terrible et profonde barrière. '^ .^, , n u*est potx^t.infec^ de ces dprp»f^ptfin,(^^, , Où la fange crò^pit, 91^ flottei^ les rosea^jc. On le comblie;s9ud2^ d'innoiribrables fasj^es , 1)e troncs .durs et 9V>Meux, de sraviérs^.f|t!,^'^^Viei' , Adraste sur. ce pont s'élance le prepoier.. , , p,' , , A l'abri de son casque et de son bçppl^fr» . v
Sous les traits frénùssans, sous Içs .Âots^de bîtuDif Dont la flamme sur lui toorbillpim $^|>^(^«^
CHANT QNZIÈMEt iS
D'une puissante mam il applique aux tréneanx L'échdle aux cent degras, instrument des assauts. If monte ayec orgueil.».. Soudain comme la Lpmbe Dans son vol enflamme luit, tonne, lécl^te et tombe, Un roc affireux bondit, Tole et l'a renversé. C'est du Circassien le bras qui Ta laneë.
Le coup n*est point mortdl : niais , atteint de la loudre , Adraste évanoui va rouler dani |a poudre.
Argant s'écrie alors d'un accent furieux :
« Le premier est tombe , «^i de vous , à mes yeux., « Sur ce bois vacillant viendra prendre sa place f V Lâcbe , vous n'oseriçz me regarder .e|i face. . « Ne combatte,z-vou8 plus qu'à l'abri des béliers, « Et de vos larges tour^ , et de vos boucliei^ f , • « Argant »qu1 von^ défie, et craint peu votre nopibfe. « Imitez-^moi : voyez si je combats dans l'ombre. 4* Je vous écraserai comme ces vOs serpens « Abrités sous la rocbe , et dans la nuit rampans. s U dit : mais dédaignant ces bravades grossières. Les chrétiens» protégés. des. machines guerrières. S'approchent des remparts, et, poar sauver leurs joun, Leurs boucliers sur eux se rassemblent toujours. On entendi les béliers de ces fières cohortes Battre les murs trcmblans.jBt secouer les portes» Sur les créneaux enfln ^n énorme roclm:
Mena^gant les soldats qui l'osent approcher, Pareil au vaste mon^ dopt la cime s'écroule, Avec nn bruit affreux s'ébrianle, tombe et roule Sur l'imttiense tortue où du choc fracassés , Mille vaillans chrétiens. j^érissent tercassés. . .
i4 LA JBROSALBllft dBLIVKÉE.
Bientôt ils n'offirent phif qoîah horrible m^ange D'armés , de sang , de chair, et de |»oudre , et de fiingc. Dédaigneux d^nn^àbri qui «e les sauve pas , Les FVançais au grand jour itfrontent le trëpas. Les uns cooreiiC tdnter la rapide escalade; D'autres sapent les murs ^ brisent la palissade , £t bientôt les d^ris dont ib sont entourés , Pour s'emparer de» t^urs, leur servent de degrés. La brèche s'agràndtt; les béfiei^ toujours tonnent; Mairie^ fiere Sarrasins, qu'aùèuns dangei's n'étonnent , Pour délbddre la ville et sauver son rempart, Prodiguent à l'ë'nvi tous les secours de l'art. On voit , le long' des murs que bat l'aii'ain terrible , En balles se goAfler une laiÀe flexible , tjui troupe le bélier sans relâché grondant, Comb&t par s^ mollesse, et résiète en cédant.
Clorinde cependant', pour défendre la( brè«5he. Sept fois d'un arc habile a Êtit partir la flèche , £t ne t'abreuve point dans uii vnlgaire sang. Ses traits de rcnnemî sembletit ^choisir lé rang. Fils du roi 'd'Angleterre , un prìilce magnanime Devient de séé exploits la première victime. ' ' A peine il s'est montré , soudai)^ la fléché parfc. Brisant db gantelet l'inutile fem|tàrt , Elle perce la main du prince' téméraire, '
Qui frémit 4c douleur bien mòiés que de colère. D'un second thiit Amboiée 4:tpfjré' renversé , ' La poimne et le dos par seti b'oi^ traversé.
De l'un à l'autre flanc, Clptaii^, sut- Téchette'; Reçoit d'un javelot la blessuife mortelle.
CUANTi ÇNZIËME. , . ^ ,$
Le comte, des Flamands aagustc souTeraiB,
Quand son bras d'un bëlier veut balancer l'airaiii»
Sent percer ce bras même , et yainement s*essaie
A retirer le fer enfonce, dans la plaie. ,
L'impradent Adbéroar observait le combat <;
Un dard Tole et se plonge au firent 4e <^ prélat.
U y porte la main ; mais (6 nouvel outrage ! )
Un nouveau trait la perce et Tattache au visage.
Vìfòire, ,1e bëraut des combats du Seigneur
£zpire.... dç sa cloute une vierge a Tbonneur.
Cependant Palamede, étinoelant d'audace,
S'approcbe des crëne^ux, Içs saisit, les embrasse»
Et d«^à sur le mur plante son étendard.
Par Clorinde lance vole un ^ptième dard ;
Dans l'csil droit du guerrier il se plonge, et le perce,
£a dëcbite soudain le. globe qu'il traverse ;
Et du crâne bri#ë par sa pointe de fer ,
Tout baigne d'un sang i^^oir, sort et vibre dans l'aîr.
L'infortuné chrétien tombe ignoré peut-être
Au pied de ce rempart dont il s'est cru le maître*
Ainsi combat Clorinde, et pourtant Godefroi Dans les murs attaqués jette un uouvel cûroi» La chevaliers français que ce Héros commande Des tours près d'une porte ont traîné la plua grande. Ce colosse terrible, au fì:ont dominateur.
Des remparts ennen^ égaient la hauteur, Marche comme, un ^géant vers U ville infidèle. ,
Mobile bastion, roulante citadelle , U assiège Solime, et vomit en courroux Un orage brujant de traits et de cailloux.
t6 LAjénOSALEin dêlitrée*
C'est peu ; âts b^as d'airain , qui sotts son toit se cachant , S'allongent sur les m'tirs, ài6urscr<hieaux. s'attachent. Tel nn navire altier combattant sur les eaux ; Court aux mâts ennemis lier ses m&ts rivaux.
Mais ceux qui des rempaH^ défendent' les apptocbet Sur la tour à l'envi lancent d'énormes roches ; - ' ^ Jls l'attaquent de front, l'attaquent sûr les flanck.' Messagers de la mort, les'iarelot^sifilansV ^
£t la pique, et la flèche, et la poutre; et la picttë^ ^Ont du- ciel en volant obscurci la lumière.
Il en est qui dans l'ahr ont vainement fremi. Le trait revient chasse par le trait eniiemi. O que de Sarrasins dont la terre est jonchée ! ^ Ainsi tombé des bois la feuille desséchée.
Ainsi l'on voit les frtiits , par les froids aquilons » Détachés des rameaux pleuvoir dans les vallons. Les Sarrasins n'ont point lés is(ilides àkinnrcs ' Que leà soldats du Christ opposent aux blessures * lis meurent par milliers. Quelques-nns , en fuyant , ' Évitent le colosse à l'aspect foudroyant.
Mais Soliman rallie à son glaive homicide L'élite la plus fière et la plus intrépide.
Au poste du péril Argant vole à son tour:
Il arrache une poutre à la superbe tour , La fait tourner contre elle^ et, dans sa rage extrême, Vei|t avec ses débris la briser elle-mékne.
Cependant les chrétietis sous le tratidiant des faux Font tomber les toisons qui pendaient aux créneaux. De tout côté battu , le mur tremble , s'entr'ouvre , - £t par ses flancs brisés à l'assi^eant découvre
CHANT ONZIÈME» l^
files guerriers d*Aladjn le pâle bataillon.
Couvert de son écu , l'audacieux Bouillon ,
5'approchttit de la brèche , arec soin l'examine ,
Aperçoit , à trayers son immense ruine ,
Soliman qui gardait le poste périlleux ,
£t Toit sur le rempart le satrape orgueilleux ,
Argant près de Clorinde afifronter la tempête
Du nuage de traits dëployë sur sa tête.
A cet aspect, Bouillon se eroit déjà vainqueur;
Du besoin de la gloire il sent battre son coeur;
Et parlant à Sigier qui vole sur sa trace :
« D'nn bouclier trop lourd le fardeau m^embarrasse ;
« D<mnfi à mon bras , dit-il , un ëcu moins pesant.
« Allons vaincre ou mourir. Ami; c'est h présent
« Que le moindre retard serait pusillanime.
« 11 fiiut qu'un grand exploit me révèle à Solime. »
Il parlait , quand vers lui vole us trait acéré ;
Dans les nerft du genou la pointe a pénétré ,
Et le Héros d^à sent des douleurs cruelles.
Ta main seule à ce trait vient de prêter des ailes ,
Clorinde; sans toi , sans ton heureux effort, .
Sf^ime allait subir l'esclavage ou la mort.
Toutefois , des douleurs bravant la violence ,
Godefroi sur la brèche impétueux s'élance ,
Appelle les solda ts..ó. quand ses maux redoublés,
£t ja blessure aigrie, et ses sens accablés
Sa force l'abandonne ; il cède-, il se résigne. A Gael£é de la main le Héros fait iin signe : « Je m'éloigne un instant et me confie à toi. • Dans le ciMunaiideffieBt , Guelfe , remplace-moi ;
i8 LA JÉRUSALEOI DÉLIVRÉE.
« Je pars et je reviens. « U dit : sa voix excite
Un coursier qui moum lui part et se precipite.
Mais tes guerriers Tont vu s'ëloigner comme un trait.
Et l'heureuse. fortune arec lui disparait.;
Déjà dans tous les oœnrs de la troupe ennemie
L*espërance renaît, l'audace est rafifermie.
Les chrëtiens ont perdu leur «première chaleur |
L'ahsence dje leur dtef affaiblit leur valeur.
Leur flèche vaciUante et dans l'air égarée
pu saog des Sarrasins parait moins altërëe.
Le son même » le ton des trompes et des cors
SemUe avoir oiMié ses belli<{ueux accords^
Mais bientôt sur les tours des chrétiens menaeéea Les troupes , que reflrot naguère en a chassées » Reparaissent en fonie , et la ville en sqn sein Voit les femmes former un courageux essaim.
L'ardeur de ^eondcr l'intrepide amaione Palpite ^$m leur âme, et dans leur sang bouillomie. Toute vierge est Qorâide , et vole secourir Ceux qui d'elle Inent^ vont apprendre à mourir. Le sein an, l'esil ardent, la tête échevelée» PMe», on les voyait courir dans la m^e , On sur les assiégeans verser à gros bouillons Du bitume enflammé les brûlans tourbillons.
MapM quel subcès nouveau les flatte et les rassike? Guelfe tombe à leurs yeux meurtri d'une blessure. Elles ont vu, des murs , un rocher menaçant Descendre avec la mort, le frapper en passant. C'est peu. Raymond, froissé par un antre tonnerre » Chimere , et de son coi^ cnsan^ante la terre.
Qnel iiialh«iir«vx clirétien toadie ici terrassé P C'^t Eostacbe , czpinmt sur le bord do fœs^ Plus de bloc àétùrmaiê dont la chote n'ëcrase. Partout frap|>e le fer, ptrtont la torche embrase» Argaut, dont le destin seconde les efforts , D'une insolente jcae eidbale les transports :
• Vous n'êtes point ici sous les murs, d'Antioehe*
• De noa remparts sacrés aucun de vous n'ap^oche , « Protégé comme alors par la fraude et la nuit.
t C'est un peuple éveillé dont le fer tous détruit ; « C'est en plein jour ici que l'on soutient les sièges.
• Où donc est TOtre gloire? Oubliez-y ous Vos pièges, « Votre ardeur du buUn, formidables ri\iiiix?
« Quoi! TOUS intOTompez le cours de tos travaux!
» Vous jfiiyez! Voilà donc tos superbes conquêtes ,
« timides guerriers! ^ femmes que tous êtes i »
Il s'emlmise à ces mots dW courroux tSkéoé. .
SoUme à sa Takur offre un champ trop bornéi
Il étouffe en œê murs , et , prompt comme la flèche »
D'ui saut ambitieux s-élance vers la brèche.
Là, marchant à travers les rocs et les dâiris,
Sa Toix à SoHman £iit entendre ces cris z
« Sc^iman , de la gloire ici la palme est prête.
« Caché soua ce rempart, que crains-tu? qui t'arrête?
« Pourquoi toujoura dans l'ombre ensevelir tes coups ?
« Combattons dana la plaine , et qu'on juge entre nous.
« J'abandonne à l'instant ces lieux où tu repose^
« Imite mon exemple, et sui»«moi, si tu l'oses* a
Q s'élance à ces mots. Soliman l'a suivi.
Tona deux sur les chrétiens ila fondent à l'envi :
fo ^^ JÉRUSALEM BÉLIYRÉE.
Argant precipite par son aveugle rage , Et Soliman blesse d'un àéû qvà ToiitEage* Bientôt anx^ assiëgeans qui les croyaient loin d'eux, Enivras de fureur, ils se montrent tous deux. On dirait qu'en leurs mains de carnage trempa Rayonnent mille éclairs , frëmissent mille ëpées. Ils brisent an hasard catapnltes, bëliers , ÉclieUes , combattans , casques et boucliers ; .£t dëjà leur vengeance exhausse des collines De morts et de blesses , et de vastes mines ; Et sur le mur détruit l'un et l'autre à l'instant De corps amoncelés dresse un mur palpitant.
Les chnîtiens , dont le glaive , après tant de batailles , Se flattait d'abaisser l'orgueil de ces murailles , D'une attaque impuissante à regrets convaincus..^.. <}uel changement « ô ciel! désespérés , vaincus. Ils laissent en fuyant leurs machines en proie An counronx des héros dont le bras les foudroie. Ces instrumens livrés Aux haches , aux flambeaux , Bientôt n'oi&ent aux yeux cpie d'horribles lambeaux. Hais la auperbe tour qui domine la place »
Encore inoflfensée , insulte -k leur audace.
• Citoyo», apportez et la flamme et le fer! » S'écrie Argant. Alors on ei!lt dit que l'enfer Armait les cleux rivaux de torches dévorantes. Telles on dépeignait dans le Tartare errantes Les%ombres dentés, filles du Phl^éton, Quand, s'armant de flambeaux à la voix de Platon , Et les cheveux tressés de vipères immondes , Ces noires soeurs quittaient leurs cavernes profondes.
GHAMT ONZIÈME. ^
Tancrède cependant aux combats meartriiers Par son courage ailleurs anime ses guerriers. Mais à peine a-t-il yu ces exploits incroyaMes , Ces deux g^ans arma de torches effiroyables , Furieux il accourt , et de «on bras d'airain Vient forcer leur audace à ressentir le frein. C'en est fidt ; et di\k triomphant des obstacles , U les Élit reculer vaincus par ses miracles.
Mais dans les champs guerriers tandis que le destin Entre les deux partis flotte encore incertain , Le général français est rentre dans sa tente. Tous ceux ({ue de son sort fait palpiter l'attente Accourent pour le voir , se pressent à grands flots : - Baudouin et Sigier sont auprès du héros.
\£n Tain pour arracher le javelot funeste Il cherche à rassembler la forée qui lui reste. Le bois du javelot vainement agité Se brise , et le Héros avec tranquillité Si^dte one main plus habite et plus «tare ; • Sondez « élargissez , creusez cette Messure, - « A-t-il dit : je prétends que l'inflexible acier « Fouille et cherche le mal jusque dans son foyer, s Rendes*moi les combats, rendez-moi la rictoire^ « Et que ce jour du moins n'expire pas sans gloire ! »
£n achevant ces mots , le front calme , l'oeil fier , n lin'e sa blessure k la rigueur du ièr; Quand le vieil Hérotinke (en un réduit chanipétre De l'Éridan sacrales rives l'ont vu naître) Vient du Héros français presser la guérison.
Des plantes et des fleurs qui, dans chaque saison,
Croissent au bord des eaux , ou U^i^CAt la pHûiie , Hârbtime connaît la vertu souveraine.
Favori des neuf soeurs « il pouvait dans ses vers C^lâ>rer les àéros vain<{ue«rs de l'univers, / Et du bruit de leur gloire intimider l'envie : Mais , jaloux seulement de prolonger leur vie^t Plus utile et moins grand, ilxonsacre ses maina A cultiver un art bienfaiteur des humains.
Sur sa lance appuyë » Bouillon, ferme et, tranquille, Maîtrise sa douleur , et firëmit immobile.
Le vieillard, les bras nus, épuisant son savoir , Des plantes dont son art médita le pouvoir , Dans la plaie , où la flèche encor reste enfoncée , Épanche tous les sucs, d'une main exercëe..
Mais la flèche resiste à son habile effort ; Le fer, sans l'ëbranler , la saisit et la mord. La fortune au Héros se mpntre inexorable , Et refuse à ses voeux un regard favorable.
Bientôt ses maux aigris font trembler pour ses jours» Mais un ange du ciel loi prête son secours.
Et , sensible aux douleurs que soutient sa grande- ime, An sommet de l'Ida va cueillir le dictaîne.
•Sa fleur de pourpre éclate au sein des gazons verts. Quand les jeunes chevreuils, hôtes de ces déserts. Atteints par le chasseur d'une flèche empennée , Regagnent tout sanglant leur grotte détourbée» j
Un aecouraUe insUnct, raison des animaux, Leur montre cette fleur qui doit guérir leurs maux. Mais déjà l'envoyé des voàtes étemelles , Comme un raj^de éclair emporté sur ses aHea
CHANT ONZIÈME. a3
Qui ne mesurent point la distance des lfenx«
Re?ient, et , possesseur du trésor précieux »
£n exprime le suc dans une onde attiédie ;
Y joint des flots puisés aux sources de Lydie :
Et cette panacée aux esprits odorans
L'JSscolape chrétien &it couler ses torrens
Sur la plaie , où du trait la pointe encor se cache.
miracle ! le trait à l'instant se détache.
Le sang ne coule plus; déjà fuit la langneor^
Et les maux apaisés font place à la vigueur.
Ce prodige a frappé le savant Hérotime.
• Ce n'est point d'un mortel la main qui te ranime ,
« Bouillon ! du haut des ci^ux Un ange est descendu.
« Par lui seul aux combats , à la gloire rendu ,
« Qui te retient? Saisi ton arinure fidèle;
« Au pied de sa remparts Salirne te rappelle. »
Bouillon, qu'u n tel discours rient d'enflammer encor , D^ du brodequin chausse la pourpre et Tor ; Il ressaisit sa lance à frapper toujours prête-; Son casqdè étincèiant rayonne sur sa tête; Le glaire est dans sa main; avec mille soldats U marche vers Solime, et s'élaDce aux combats. La terre tremble' et gronde ; un globe de poussière Du ciel en tournoyant fait pâlir la lumière.
Les Sarrasins oht m rouler ce tourbillon , £t tons òhi, pressenti le terrible Bouillon.
L'effiroi saisit leur cœur , le resserre et le glace. Un tremblement soudain succède à leur audace. Lei accens dû Héros ont retenti trois fois.
A ces cria beOîqueuX , à cette auguste yoix
!24 l'A JÉRUSALEM DÉLIVRÉE*
Qui donna si souvent le signal des batailles, Les chrétiens rallies courent vers les murailles. Mais Argaîitf mais Clorinde, au milieu, dies débris » Servent aux assiégés de remparts et d'abris.
On voit lutter contre enx l'invincible Tancrède. L'impétueux Bouillon court et vole à son aide. Sur le sommet des murs à peine il voit Argant , Qu'envoyé par son bras sm satrape arrogant, Prompt comme le tonnerre , un javelpt s'élaio^ce. Avec moins de fureur et moins de yiolence S'ébranle et retentit le terrible bélier.
Le fier Circassien, couvert du bouclier»
Au combat se dispose , et, toujours intrépide. Attend le javelot, qui, d'un essor rapide, Se plonge en sa cuirasse , et s'abreuve de sang. Le sati:;^pe indompté l'arrache de son flanc , Le jette a Godefiroi, qu'il voit exempt d'alarme^» £t s'écrie en fureur : « Tiens, je te rends tes armes. » D'injure et de vengeante instrument inhumain , Le trait revient siÉant par le même chemin.
Bouillon le voit, se courbe, échappe à la tempête; Sa prudence au trépas a dérobé sa tête.
Mais , hélas ! atteignant le fidèjie Sigier g ' Le trait fatal se plonge au fond de son gosier.'- L'écnyer sans regrets tombe, et s'applaudit méj|^« De mourir immolé pour un maitre qu'il* ain^e. Par le roi de Kicée atteint d'un coup sanglant, • Le chef des Keustriens , comme un disque roulant , Tourne , tombe , et son corps a balayé la poudre^» Bouillon frémit, s'indigne , et prompt à se résoudre »
CHANT QNZIJËMË. ^
Sous leé lorrens de feu par la brèche vomis , Presse le fer en main ses cruels ennemis.
Son liras allait porter les coups les plus terribles ; Mab voilà que la Nuit sur ses ailes paisibles Se balance, et^ planant dans on ciel nébuleux. Oppose à la valeur son voile frauduleux.
P^ elle de Bouillon la victoire enchaînée Interrompt à regret cette grande journée, Bfaia, avant d'arrêter ses belliqueux e^orts , Bouillon fiiit enlever les blesses et les morts. Ces affireux instrumens qui vomissaient naguère Les flècbes, les caiUou^ , et les traits de la guerre , ^ Déjà sont ramenés au camp de Gode'froi.
Oo voit la grande tour , objet de tant d'effiroi» S'appuyer sur dei bras que sa fiiiblesse implore , En s'éloignant des murs les menacer encore, £t rentrer , au milieu d'innombrables soutiens , Dans les retrancbemens formÀ par les chrétiens. MaiSf comme un gtand vaisseau qui* vainqueur de l'oFago f A défié la mer et combatttr sa rage , Sur la rade brisé contre un perfide écueil, De ses mâts triomphans voit expirer l'orgueil; On , telle qu'un coursier qui, dans sa marche heureuse , A fianchi les ravins d'une route scabreuse , Bronche, s'abat, et tombe an seuil hospitalier | La grande tour chancelle et commence à plier. Déjà ne roulant plus sur ses appuis mobiles , Blessés de toutes parts, s'ouvrent ses flancs débiles i Dont la ruine aux yeux effrayés et surpris Se penche , et dans les airs suspend ses grands débris .
26 liA JÉKUSALEM DÉLIVRÉE.
Mais de soldats chrétiens une iPoule empressée
Pousse et traine à Tenvi la masse fracassée ,
Qui, cédant à son poids , tremble , crie , et se rompt«
Mille ardens travailleurs réparent cet afiroiit.
Bouillon y eut que dès Taube elle montre à là place
t>e son front relevé la nouvelle menace ,
£t la fait entourer de gardiens assidus.
Du sommet des remparts bientôt sont entendus
Les marteaux , Taigre scie , tt les bruits de Tenclume,
Tandis que les grands pins , dont tk flamme s'allume ,
A Sion, qui frémit de. ses périls nouveaux,
Des guerriers de la Croix aniioncent les travaux.
Fin DU CHANT ONEIfilU.
DÉLIYBÉE.
SOMMAIRE
▲rgaal e% Clofiade entraient la tour des •hr^tîens. JSê ieat ^icon» T«rt» et poun nivis. Argaat rentr* dans Jérusalem , mais Clerinde re «t • •enle aamiUendea ennemis. Tandis qu*i la ffevenï des ombrei rlie diarche 4 se perdre dans la faille , Taneréde Vaperçoit, et loi propose le «oaibaU Clorinda snoeom]be, et reçoit le baptême des D>ains d« libres, fioretti de cet amant infortuné. Glorinde lui apparaît en songe, et caUne sa deulenr. Trouble qae la mort de la guerrière répand dans l^msalem. Argant rassure les Sarrasitas eenstem^S| et lait le seroMnt fiTarracker la vie 4 Tancride*
liA mûtsoi^^e régnait; cependant les soldati Aax. douceurs du rep98 ne s'abandonnaient pas. Dans le cainp des chrétiens une g^de fidèle Veillait sur les travaux confiés à son zèle ; Le peuple sarrasin relevait ses remparts»
Ici fermait la brèche'» et là, de toutes parts , Des murailles du nord réparait les injures , Forgeait de nouveaux, dards » et pensait les^ blessures.
Enfin la nuit plus sombre épanche ses pavots , Et verse en tous }es jCOQurs le besoin, du repos. Tout dort ! Glorinde seule , indomptable guerrière , Aux charmes du sommeil refuse sa paupière.
Elle marche^ et sa voix , ses efforts assidus Raniment les travaux un moment suspendus.
98 l'A JÉ&VSAl^M ^IhITRIë,
Argaot, qui suit s^ fOff «imite ft«>n exemple.
Clorinde avec d^pit s'arrête et le contemple.
« Quoi! ce hdros» dit-elle, et le fier Soliman,
o Seuls ont iût triompher U pm^e musulman !
« Seuls au milieu des morts, sur des tas de ruines «
« Ils ont de l'Infidèle embrase les machines!
« £t tandis que leur bras yengeait nos étendards y
« Sons péril et de loin fai lancé quelque datdft!
* Jj/lo^ jure ejatr^ mes maîu^ fut heureux, je Tavoue;
« Voilà doue les exploits dont, Clorinde se loue!
ft Si ma yalenr se berne i de pcureils succès,
« Pourquoi m'ouvrir d^s cs^nips le pérUieùx aecès ?
« QuQ net Ysis-je percer de mes flèches timides
« Les chevreuils .hondi^^JVi , lei gs^^eUes rapides?
« Reprenons désormais le Toile efféminé
« D'un sexe à la retraité, au repos destiné;
s Daià le fbnd d'un palais oh r^gne la 'moAûSt' '
« Courons ensevelir ma honte el ma faiMesse. »
Au satraj^e à l'instant l'intrépide beauté Fait part d'un grand projet dans son cœu^ médité : « Seigneur, tin dieu m'inspire, ou sans doute mon àme « Aime à se fkire un dieu du d^ir qui l^enfiàmme ; « Mais, quoi quii en puisse être, uh Sihportant dessein , « Roule dans mon esprit et fbritaente en Qton sein^ - « Aperçois^tu ces feux qui briMient dans la plaine f « J'ii^i là , n'écoutant que Kexcès de ma haine , « Le fòr dans une main , dans l'autre le flambeau , » Embraser cette tour, ou creuser nion tombeau. '' « Que ma juste tengeanee enfin soit aisouvîe, ' i« £t sans regret au ciel j'abandtAmé ma ^ie.
CHANT DOUZIEME. ag
• Mais si le sort jaloux s'oppose à mon* retour , « Dans ce hardi projet s*il îxut perdre le jour ,
« Àrgani, c'est en toi seul que ma tendresse espère.
tt Du yèrtueiix Arsès qui m^a servi de père
« Daigne adoucir les maux et protéger le sort.
« Qu'il retourne en Egypte attendre en paix la mort.
« Aux b ontës d*un héros je lègue sa vieillesse ;
« C'est un dépôt sacré qne dans tes mains je laisse. •
Le satrape s'étonne-: un aiguillon vainqueur,
L'aiguillon de la gloire a pénétré son cœur.
« Ainsi donc , lui dit-il, ta valeur téxnéraire
• Va s'iHustrer encore, et moi, guerrier vulgaire, « Oisif, abandonné datis l'ombre de ces murs ,
• Parmi les bataillons de nos soldats obscurs , « Je verrais de si loin ces torrçns de fhmée,
< Cette odieuse tour par toi seule enflammée ! « Non , non, jusqu'à présent si j'ai su partager .« De tes £imeux exploits l'honneur et le danger , « J'exige la moitié du péril qui s'aj^rétc.
« Puisque la veux combattre , ici rien ne m'arrête , «^t je sais comme toi qu'il est beau d'obtenir
• Un trépas dont l'éclat doit frapper Fa venir^ «—Où s'égarent tes voeux , seigneur .'^ lui répond-elîe; » Que peut-on ajouter à ta gloire immortelle?
" Je ne. suis qu'une femme, et je ne pense pas
• Que Solime ait besoin de pleurer mon trépas. <• iMais toi , (daigne le ciel écarter ce présage!)
" Si tu meurs , nos remparts subissent l'esclavage. » — Tu m'opposes en vain de frivoles détours ; ' Un péril ^orieux se présente, et j'y cours.
3o LA JERUSALEM DELIVREE.
« Guide-mol , je te suis , ou bien je te dey^uice. ^
L'amazone frëmit , mais garde le silence ;
Et d'accord Pun et l'autre ils &e rendent soudain
Au milieu du conseil où siégeait Aladin. \ .
tt Seigneur , lui dit Gorinde» approuve notre audace.
« Argant veut embraser la tour qui nous menace;
« Il veut cette nuit même, au camp des ennemis ,
« S'emparer du succès que son cœur s'est promis;
a Et jamais il ne fît une promesse vaine.
« Je viens m'associer à l'ardeur qui l'entraîne. ^^
Le monarque attendri lève les mains aux cieux , Et des pleurs d'allëgresse ont roule dans ses yeux. « Grâce te soit rendue , ô ciel, dont la puissance tt Va de tes serviteurs payer l'obéissince !
tt Ils ne topiberoot pas sous des coups oppresseurs, tt Ces remparts protëg^s par de tels défenseurs. « Couple illustre et vaillant ; appui du diadèmç ^ tt Le prix d'un tel succès est le succès lui-même ; ' « Et, pour récompenser de semblables bauts faits, tt Mon pouvoir est stérile , et manque de bienfaits. « Acceptez le tribut qujc mon cœur vous adresse. « n dit , et dans ses bras tour à lour il les presse. Quand le fier Soliman , las de dissimuler Le sentiment jaloux qu'il brûle d'exhaler ; <c Ma valeur est aussi digue d'être occupée, « Et ce n'est pas en vain que je porte une épt^e. tf Je vous suivraji tous deux. » Clorinde alors : « £U quoi! « AUòns-nous tous ensemble abandonner le roi? « Renonce à ton projet, guerrier trop magnanime. « Si tu viens avec nous, qui défendra Solim^e? »»
CHANT DOUZIÈME. 3l
ArgaDtJui préparait pn refus pliis altier; Sfais Aladin prévient ce farouche guerrier :
• Arrête , Solimaa , je connais ton courage ,
« Et ta n'aa pas besoin d*en prodigmer l'usage» « Les plus sanglans périls, les combats oragcus
• Amusent ton audace , et pour toi soilt des jeux.
• Tu pourrais boi's dt» murs, au gré de ta vaillance , «De ce couple héroïque appuyer l'alliance;
« Mais un guerrier fameux doit rester avec nous. « Du sang de ces héiros ]ç serais plus jaloux , « Et, malgré le beau feu dont lei^ âme est épiise, «Je ne permettrais pas une telle entreprise,
• Si je pouvais remettre à des bras éjptrouvés ' ^l^eB desseins qui par eux doivent être achcvcà. « Ils vont partir. Sitôt que d'une main h'ardie
« Us auront sans obstacle allumé l'inceActiô « (Car ils l'allumeront; en douter un moi^i'eàt « Ce serait offenser leur noble déVoûment ) ,
• Si L'on poursuit leurs pas, que ton glaive s'apprête ' « A couvrir de. tous deux la gloire et la retraite» »
Il dit ; mais Solimap ne cède qu'a regret , £t laisse dans ses ;eux tire un déjpit secret. . ' , 9 Attendez , dit Ismen , que l'ombre et le silence « Endorment des chrétiens là longue vigilance.'
• La nuit n'est pas encore au milieu dp son coun. « Moi, Je vais de mon art préparer les secours. »
U s'éloigne; et d'espoir,. et d'ardeur enflammée , Dans son appartement Clorinde renfermée Dépouille sa tunique et ses armes où l'or Unit à l'argent pur son précieux trésor^ * "
â'a l'A JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.
O présage iuneste ! ô douleur !.... elle attache Sur son ftont virginal un casque sans pan^^che} D'une noire cuirasse elle revêt l'acier, Suspend un large glaive à son noir baudrier , £t se flatte , une fois dans le camp parvenue , D'y marcher ^brement des chrétiens inconnue.
Auprès d'elle est Arsès , qui de ses premiers an». A guidé la faiblesse et les pas chancelans.
Ce funèbre appareil , cette nouvelle armure \ Tout l'étonné et l'afflige; en vain il la conjure Par les soins assidtfe' (Ju'il lui rend chaque jour D'abjurer un dessein dont frémit son amour.
Inutiles efforts; l'inflexible guerrière , En plaignant sa douleur , rejette sa prière.
« Ëh bien! dit-il, eh bien! puisque vous dédaignez « Ëtmontroubleet les pleurs dontmes y euxsont baignés, « Puisque le souvenir de toute n^a tendresse , « L'aspect de ces cheveux blanchi^ par la vieillesse ,
• Mes larmes , mes sanglots « ines plaintes , mon effroi,
• Ne peuvent rien sur vous, cruelle! écoutez-moi. « Du secret de vos jours et de votre naissance ,
ft Ars^ , dans l'univers , avait seul connaissance. « Je ne dois pluç me taire , et , quand j'aurai parlé» « Instrixite d'un mystère à vos yeux dévoilé , « Poursuivez , j'y consens, votre projet impie,
« Sènape gouvernait Pardente Ethiopie ; « Peut-être regne-t-il encor dans kes états^ « Ce monarque fameux parmi les potentats , « Comme tons ses sujets, d'un Dieu , fils de Marie, « Adorait dans son oœur la loi sainte et chérie.
« Esclave et Musulman , par les ordres cki roi ,
« Des femmes du sérail je paltageais l'emploi ;
« £t Senape souvent -daigna louer mon zile.
« n n'avait quotine ^nse r elle était noii^ et belle.
f Mais d*un amour jaloux Sènape tourmenté
« Cachait à tous les ycul rëclat de sb Leautéw
« Au fond de son palais la reine solitaire ,
« Soumise à son ëpouz , attachée à lui plaire ,
« Sans se plaindre jamais de ses emportemens,
« A de pieux loisirs consacrait ses momens.
« Sur de riches lambris une histoire trac^
« Occupait' ses regards' et charmait sa pensée.
« Une vierge au front pur , au teint semé de lis ,
« Et brillante d'attraits par la grikce embellis ,
« Près d'un affreux dragon paraissait enchaînée.
« Mais , prompt â secourir la vierge infortunée ,
« Sur son coursier rapide un jeune homme aecourçlt ,
« Et le dragon firappé (lans son sang expirait.
C'est devant ce tableau que chaque jout la reine
« Sollicitait du ciel la bonté souveraine,
« Et l'œil mouillé de pleurs venait en gémis$ant^
tt Épancher tes aveux de son cœur innocent.
« Mais dans son chaste sein la pieuse princesse ^ « Qui sentait palpiter un fruit de sa tendresse» « Mit au jour une fille , 6 prodige inoui !
« Blanche pomme la fleur du lis épanoui.
« C'était vous. De surprise et de orainte saisie ^ Connaissant trop du roi la nombre jalousie , Craignant qu'une couleur étrangère en ces lieux >* Ne fit naître en son &nie un soupçon odieux ,
34 lA JÉRUSALEM OÉLIVAÉE.
« Sans VOUS aVt>ir donné Teau sainte da baptême , « La reine -se décide , en sa terreur, extrême , ft A TOUS soustraire aux jenz de son cruel époux. « Une fille au teint noir , offerte au lieu de vous , <i Du monarque ombrageux trompa la. défiance ; « £t moi ye fus cbargé du soin de votre en&nce , a £t de vous emporter en des climats lointains , t Où mon zèle pourrait surveiller vos destins, u Mais comment d'une mère exprimer les alarmes ? « Que de fois , vous couvrant de baisers et de lariiies, « Elle vous répéta se» funestes adieux!
tt Enfin y pâle , mourante , et regardant les cieux : u Roi des rois, si jamais ta bonté paternelle « N'a trouvé dans mon cœur de tache criminelle, « Si toujours de mes vœux tu connus la ferveur « Ce n'est pas aujçurd'hui que j'ose en ma faveur « Réclamer de ton bras le secours tutélaire ! . « Mes fautes ont souvent ;tnérité ta colère ; « Mais sauye cet enfant que j'exile k regret , « A qui mon sein, bêlas ! doit refuser son lait. « O mon Dieu , prend pitié de ma douleur amère ! « Que ma fiUe en poissant ne ressemble k sa mère o Que par un saint respect pour les lois de l'honneur ! tt Puisse une autr^ que moi prépare^ son bonheur ! tt Puisse du sol natal cette plante arrachée . .0 Fleurir sur d'autres bords solitaire et cacliéc l « Et toi, guerrier, et loi dont le fer généieux « Sut rayir une vierge à son trépas affreux , ti De l'or et de l'encens si je t'offris l'hommage , u Si de pieux flambeaux j'éclairai ton image ,
Sois Pappili de ma fille au milieu des daùgers , Guide ses pas errans sous des cieux étrangers! En achevant ces mois , votre mère oppressée Sentit sa voix sMteindre en sa bouche glacée , Et son front se couvrit des ombres du trépas. En vous baignant de pleurs, je vous pris dans mes bras, Vous cachai dans mon sein, et dérobant ma fuite , Déguisé, je partis sans témoins et sans suite. « Un jour d'un bois ^pais, profond, silencieux , Je suivais leutanent les détours spacieux, Voilà qu'une tigresse , (ô mortelle épouvante!) L'œil farouche et sanglant , à mes yeux se présente. Le dirai-je, Clorinde? en ce Êital moment.
Eperdu, hors de moi, j'oubliai mon serment.
Mt main vous déposa sur la fraîche verdure, Et, cherchant pour moi-même une retraite sûre, Je monte sur un cèdre au feuHlage pendant.
Le terrible animal s'arrête cependant.
Déjà moins de fureur dans ses regards éclate; n s'approche de vous , de sa langue il vous flatte, £t vous, en souriant à ce monstre inhumain. Vous Rongez dans sa gueule une innocente main. Je frémis :({uand bientôt (6 surprise nouvelle! ) De votre bouche avide approchant sa mamelle , La tigresse à longs flots vous prodigue son lait , Et puû^au sein du bois s'enfonce et disparaît. . « Cel! avec quel transport d'ivresse inatteneUni Je vous vi» dans mes bras à mon amour rendue : Je poursuivis ma route. Enfin je m'arrêtai»
Et choisis pour asUe un vUlage écarté.
36 l'A JÉRUSALEM DÉLIVIVÉE.
« Sous mes yeux attentifs secrètement nourrie ,
« Ce fot là , de moi seul , que votre voix chérie
« Apprit ses premiers sons ; que vos pieds délicats
« Pour la première fois essayèrent leurs pas. .
« Seize, mois écoulés dans cet exil champêtre ,
ft Le désir de revoir les l^ords qui m*ont vu neutre
« Ç'éveilladans mon cœur , et, riche pour toujours
u Des bien£iit8 do^t la reine avait comblé mes jours,
« Je voulus en Egypte, au seii» de ma chaumière,
a Près de mes vieux amis achever ma carrière.
« Je vous emmène donc aux bords hospitaliers .
6 Que féconde le Nil d^ ses flots ;nourrioiers.
« Un joui', près d*on torrent qu'avait gonflé l'orage,
« Quelques brigands armés menacent mon passage.
« Entre ces deux périls contraint à Caire un. choixi
• Pressé par les brigands et par Tonde à la fois ,
« Je crus voir dans les flots une mort moins certaine.
« Je m'y jette ^avec vous : le torrent nous entraîne.
a D'un bras je vous soutiens, de l'autre avec efibrt
« Je fends Tonde , et je cherche à gagaei* l'autre bore).
« Un goufirc sous mon poids rugit et tour^iUonae ;
« Et, tout prêt à périr, mon bras vous abandonne.
« O prodige ! le flot a^paise son courroux , >
ttVous foime unIitmobile,et, dans son cours plus doux.
« Sur le sable voisin mollement vous dépose.
w Moi, toujours combattant T€fbstaole.qu'il m'oppose..
« J'aborde le rivage en'&i, et je vous vois
« Brendue à ma tendresse une seconde fois..
« Cependant Tuiiivers repose, av seia de l'ombre*
« Étendu près, de Tous sous le femUage tomibre,
Se dors , et lé sommeil me presente an guerrier
Qni lève sur mon IroBt un flamboyant acier.
Par)iire, me dit-il, l'œil arm^ de cotère.
Ne te souvient-il plus des ordres d'une mère ?
Baptise cet enjfant par le ciel r^lamé.
Cest moi qui de ce monstre au «ang accoutumé
Devant son innocence ai &it tomber la rage.
Le torrent à «aa voix eut pitié de son âge.
A ce songe divin si tu n'ajoutes foi ,
Si tu désobéis , vieillard , tremble pour toi !
n dit : cette menace en sursaut me réveille.
Je pars aux premiers feux de l'aurore vermeille.
Mais an fond de mon cœur méprisant ces avis «
Fidèl^ aux dogmes saints par mes aïeux suivis «
Je me crus dégagé de mon serment profane »
£t je vous élevai dans la foi musulmane.
Vous savez vos destins. Malgré le poids des ans ,
£n tous lieux attaché sur vos pas triomphans ,
Kélas ! je me flattais qu'un jour k la lumière
Votre main lermeratt ma débile paupière.
Clorinde , maintenant jugez de mon effroi :
Hier, dans le sommeil , j'ai revu devant moi
Ce guerrier^ l'œil ardent , le front pâle et sinistre.
Des ordres de la reine infidèle ministre ,
M'a-t-il dit, l'heure approche où, .promise àia mort^
Qorinde va changer et de vie et de sort.
Pour toi , le désespoir sera ton seul partage.
A oes mots il s'enfuit-: quel songe l'et quel présage ?
Ma fille, unique objet du ^us constant amour ,
Ne m'abaiidonneV pas peut-^tre sans retour.
38 LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉB.
« Je ne sais; mais, panni tant de lois étrangères, « Le Trai culte peut-être est celui de yos pères. « Peut-être en Fattaquant offensez-vous les deux* « Cette nuit, croyez-moi, demeurez en ces lieux. « Entendez mes sanglots; yoyez couler mes larmes; . « Dépouillez Totre audace , et ces funèbres armçs. »
Le grand cœur de Clorinde un moment est surprié. La même vision a troublé ses esprits.
Cependant : i 3on vieillard, calme cette £iiblesse , « Lui dit-elle , et bannis un efltoi qui me blesse. « Nos préceptes divins je les connus par toi. « Irai-je dans ce jour, transfuge de ma loi, « Pour je ne sais quel songe où ta frayeur s'arrête , « Quitter les étendards de notre saint prophète , « Et priver ma valeur d'un péril éclatant « Qui parmi les chrétiens et m'appelle et m'attend ? « J'ai promis , il suffît : la mort la plus affreuse « Ne peut intimider une âme généreuse, s Elle quitte à ces mots l'infortuné vieillard, Va retrouver Argant, et presse le départ. " L'enchanteur lui remet une mèche allumée , Dans un vase d'airain d'avance renfermée.
Il y joint deux flambeaux qu'il a prb soin d'armer D'une poix résineuse et prompte à s'enflammer. Prot^é par la nuit , le long de la colline Ils descendent tous deux. La &tale machine Devant «nx s'offre à pdne , et déjà leur valeur Ne connaît plus d'obstacle, et se change en futeur. La ga^de les entend , et pousse un^cri d'alarme. Tout s'éveille & ce cri » tou^ se Uye , tout s'anac.
CHANT DOVtlÈME. 39
Comme dji hant du ciel la fondre en terpentant
Part, lait, ëcla^, roule et tombe an même instaot;
Ainsi les Sarrasins de la ionie guerrière
Ont dans nn seul moment renverse la barrière.
Ils rompent tous les rangs, et, le glaive à la main ,
Josqn'au pied de la tour ils s'ouvrent un chemin.
La flamme jusqu'alors dans le vase cachée
Brille , vole , et bientôt à sa proie attacha ,
£n orbes lumineux à la tour se suspend ,
Pënètre dans son sein, à longs flots s'y répand ,
La dévore.... Un torrent de feux et de foaiëe
Embrase la machine à demi consnmt^ ,
S'âève dans les airs, tourbillonne à grand bruit,
£t sur son char d*â>ène épouvante la Nuit
Qoe peuvent désormais le courage et l'audace ?
Tous les efforts sont vains. La gigantesi^ue masse ,
Sous la flamme en courroux à la fin s'ablmant,
Croule ; nn si long travail périt en un moment,
A ce fracas horrible , à ces flots de lumière ,
En tumulte aussitôt accourt l'armée entière.
« Venez , s'écrie alors le satrape orgueilleux ,
« Venez , dans votre sang que j'éteigne oes feux, t
Pressez de toutes parts, Argant et l'héroïne .
Recalent pas à pas , remontent la colline ,
£t font trembler encor les bataillons nombreux
Qui coupent leur retraite et volent après eux.
Ils arrivent en6n à la porte dorée.
Le brave Soliman protège son entrée ;
H l'ouvre aux deux héros , et ses efforts vaillans
Repoussent loin des murs les hardis assaUlans.
4o liA JER0SAI.E1II DÉLIVflÉfi,
Argaat ne soi^ pa» dans ce p^iil extrême, Si Gorindc à la mort se dérobe eile-méme.
Il entre dans Solime, y rejoint Aladin, £t la porte sur lui se referme soudain ,
Clorinde est hors des. murs'; ardemment peèup^e A punir Arimon dont le fèr l'a frappée , Sitôt que ce chrëti^i sous sa lance a péri , Contre tant de dangers cUe chercke un abri.
Mais de Jérusalem la porte refermée ; L'ex|:^e sans défense aux fureurs de Tàrmée* L'ombre qui règne encor, des armes sans éclat ^ Le tumulte confus d'un nocturne combat, Tout lui fait espérer que , sans ^tre aperçue , Elle peut découvrir quelque secrète issue , £t rentrer dans Sblime après un long détour.
Deux fois du mont sacré Clorinde a fait le tour. Mais Tanerède la suit. Il a vu la guerrière Renverser Arimon d'une main meurtrière ^ £t depuis ce moment, attachés» sur ses pas , Les regards du héros ne l'abandonnent pa».
Au bruit de son armure et du coursier rapide L'amazohe s'arrête « et , toujours intrépide : « Guerrier, que me veux>tu ? lui dit-elle , et pourquoi a Surveiller tous les pas qui m^loignent de toi ? « Que viens-tu m'apporter ? — Le combat.— Téméraire , «L Si tu cherches la mort , je puis te satisfaire, i» Elle dit , et tous deux , efiflammés de courroux , Se portent à l'instant les plus terribles coups.
O nuit qui les couvris de tes voiles fimèbres , Pardonne si nU voik, sur ces guerriers* célèbres
CHANT DOUZIÈME. 4i
Apnelant lei regards de la posterità.
Dispute leurs exploits à ton obscuritë !
Ils méprisent tous deux et l'adresse et la feinte
Qui d*un fer- ennemi pare et trompe ^atteinte.
La haine seule agit dans ce combat fatal*
Giacun d'eux en areugle attaque son riyàl.
Les bras en mouvement , et les pieds in^mobiles ,
A se blesser l'un l'autre également habiles,
Us frappent sans relâche, et, de leur double fer,
L'horrible cliquetis au loin fait gronder l'air.
Chaque instant semUeaccroitre et leurforce ctleur rage.
Cest une même ardeur-, c'est un même courage ;
Leurs casques , leurs ëcus s'entre-choqueirt : tons deux.
Dans la profonde nuit répandue autour d'eux ,
Se joignent de si prés , que leurs ipains indignées
Dq glaive dans Jeurs flancs enfoncent les poignées ;
£t malgré tant d'efforts, tant d'assauts meurtriers ,
La fortune balance entre ces deux guerriers.
Tancrède cependant de colère frissonne.
Dans ses bras vigoureux il saisit Vantiazone ,
II la presse trois fois ; ( crueb embrassemens !
Nœuds fardaches qu'Amour eut rendus si chanDAns!)
ËtCIorinde, trois fois de êes bras dragée, ,
Accuse le destin qui ne l'a point vengée.
Sor les deux ennemis , dans ce nouyean coinbat ,
Jamais impunément le glaive ne s'abat.
De blessures couverts , épuisés , hors d'haleine ,
Leurs bras appesantis ne se lèvent qu 'à peine.
Sur le pommeau du glaive appuyés &iblement ,
Us donnent quelque trêve à lenr acharnement.
4^ LA JEKUSALEM DELIVREE.
La 8ombre nuit alors fuyait devant Fa^irorC;* Aux premières clartés dont le ciel se colore, Tancrède voit couler le sang de l'inconnu , £t jouit, d'i^n triomphe à ce prix obtenu.
Amant infortune ! que de maux et de larmes Vont bientôt expier le succès de tes armes!
Enfin d'un long silence interrompant le court» Le héros à Clorin4e adresse ce discours :
« Redoutable guerrier , puisque la. nuit profonde a Dérobe tant d'exploits aux hommages du monde , tt Si ton cœur, pour jamais dans sa haine affermi , « Ne se refuse point aux vœux d'un ennemi , « Dis-moi ton nom, ton rang. Puis-je tomber sans honte « Sous les coups du rival que mon courage affroute f • Ou, si l'arrêt àyt ciel seconde mon effort, « Dois-jè m'enorgneillir de te donner la mort ? «•*- Mon nom pour l'ennemi fut toujours un mystère, « Lui répond l'amazone , et je prétends le taire. « Je veux bien cependant t'apprendre «ans détour « Que mes mains , cette nuit, ont embrasé la tour, a ~^ Téméraire , la mort que t'apprête ma lance « Va punir ta réponse ainsi que ton silence. »
La colère à ces mots ranimant sa vigueur
O quel affreux combat] quel assaut de fureur! Chaque atteinte portée est une atteinte, sûre ; Partout le fer pénètre , et laisse une blessure« Telle , lorsque les v^ents qui soulevaient les flots , Apaisés tout à coup , rentrent dans le repos , La mer bouillonne encor;.ses ondes agitées .
Obéissent au choc qui les a tourmentées ;
C3ttANT DOUZIÈME. 4J
Tels ces deax eonemis fatigua et saDglans , Quoique déjà le fer pèse à leurs bras tremblans , Se dëcbirent Tun Tautxe , et ne vivent encore Que par le seul courroux dont l'excès les dévore. L'heure fatale sonne, et Clorinde.... 6 douleur!.... Tancrède la poursuit enflammé de fureur, £t pousse vers son sein la pointe meurtrière. Le fer avide a bu le sang de la guerrière.
Ce sang vermeil et pur rougit le tissu d'or Qui du sein virginal ombrageait le trésor.
A ce terrible coup Tbéroìne chancelle ; Ses genoux languissans se dérobent sous elle. L'insulte dans la boucbe, et l'éclair dans les yeux , Tancrède achève enfin son triomphe odieux.
Gorinde , que le glaive incessamment menace t Tombe, mais, en tombant, les rayons de la grâce» L'esprit de cbarité, d'espérance et, d'amour, Jusqu'au fond de son cœur versent un nouveau jour. Ses yeux d'un autre monde embrassent la carrière « Et, prêts à se fermer , s'ouvrent à la lumière. Elle prononce alors d'une mourante voix Ces mots , ce« derniers mots interrompus trois fois : « J'ai vécu, c'en est fait : ami, je te pardonne. « Ne laisse point périr l'âme qui m'abandonne ,
• Que les eaux dn baptême épurent ma raison , « Et lavent les erreurs de ma jeune saison, f
* Au nom du Dieu vivant exauce ma prière ! » x Quelques pleurs de Tancrède ont mou)lI4.ia paupière. Cette voix , ces accens si plaintifs et.si doux Apaisent sa vengeance et cbarment son courroux.
Près de là mtinniirait ntie source limpide Qui B^échappe et jailHt de la montagne aride. Tancréde dans son casque y puise en soupirant Une eau pure , et revient près du guerrier mourant S'acquitter de son grand et pieux ministère.
Pâle , le cœar saisi d'un troublé involontaire , En désarmant ce front il sent trembler sa main . £t 8*accuse en secret d'un triomphe inhumain. Tout à coup.... Ò' disgrâce !.... ô terreur imprévue! 11 voit, il reconnaît... quel moment ! quelle vue ! i Clorinde ! juste Dieu ! Le déplorable aimant Demeure an^nti , sans voix , sans mouvement.
Toutefois il rassemble , à cet aspect funeste , Dans le fond de son cœur la force qui lui reste. 11 suspend SCS remords , combat son désespoir^ Le malheureux, charge d'un auguste devoir.
Se presse , bêlas ! de rendre à Timmortelle vie Celle qu'il adorait, que lui seulVest ravie , , Et prononce tout bas les mots religieux Qui doivent à Clorinde ouvrir enfin les cieux. Au son des mots sacr^ une subite joie Dans les traitis de Clorinde éclate et se déploie. On croirait qu'elle dit, contente de mourir.: « J'expire sans regret , je vois le ciel s'ouvrir. • De son teint par degrés le vermillon s'elfiice. La sombre violette aussitôt le remplace.
Ses regards attachés à la voûte d'azur Y cherchent Au soleil l'éclat mobile et pur»
Enfin par le trépas se sentant oppressée , Elle lève une main languissante ^ glacée.
Comme an fs^gé de paix h. doâne à son amant, Sourit , meurt, et parait s'endormir senlement.
Sitôt que sans eilbrt sa belle àme exhalée , Comme an parfum suave an ciel s'est envolée » D'an invincible effroi Tancrède a tressailli. Le vain reste de force en son cœnr recueilli Se glace, et le héros à son destin succombe.
Sa livide pâleur est celle de la tombe :
Toute la mort saisit ses traits défigurés.
Mais alors des Français qu'en ces lieux retirés De la soarce voisine amène le murmure, Ont reconnu Tancrède à sa brillante armure.
Les yenx noyés de pleurs , et poussant des sanglots , Sor un lit de feuillage ils placent le héros. Leur chef compatissant les seconde hiî-méme.
Quoiqu'il ne sache point qn'à son heure suprême Clorinde ait embrassé le culte du vrai Dieu , Il ne veut point souffrir qu'en ce sauvage lieu Un corps jadis si beau , privé de sépulture , Des vautours dévorans devienne la pâture.
A sa voix cependant les soldats affligés De leur double fardeau déjà se sont chargés.
Us regagnent le camp d!*un pas doux et tranquille , £t déposent Clorinde en un secret asile.
Tancrède est dans sa tente, oh les plus prompts secours De ses faibles ësprits^ ont ranimé le cours.
Il sent déjà la main qui sonde ses blessures ; Il cntr'ouvre ses yeux pleins de vapeurs obscures , Doute de son réteil , et , faible , gt^missant ,
Autour de lui promène ^n regard languissant.
46 l'A JB&USALEM DéLIYAÉE.
Bientôt il tecom^t ses ëcuyers , sa tente , Tous ces preux chevaliers dont Tamitië constante Lui prodigue les soins que réclament ses maux.... Il frissonne , et sa voix laisse tomber ces mots i « Et je respire encore! et mon destin fùïieste « Maigre moi me rappelle au jour que je déteste! « J'ai fait unsonge horrible... un songe! ah, malheureux! « Non , je veillais : la nuit d'un voile ténébreux
' « Enveloppait du moins le meurtre et la victime z « L'inexora]ile jour vient révéler mon crime. « Clorinde! c'est donc moi dont le glaive inhumain...' « Et ce glaive , à présent timide sous ma main , « N*ose d'un tel for&it me payer le salaire l « Pour des assassinats il garde sa colère.
« Mais de mon châtiment remettons-nous au sort ; « Je ne mérite pas le bienfait de la mort.
« Du ciel qui me poursuit laissons a^ir la haine; « De tourmens en tonrmens que mon destin se traine ; « Des combats et du monde à jamais séparé , « De mes justes remords lentement déchiré , « Vivons pour accomplir mon terrible anathéme. tt Vivons errant, proscrit, exécrable à moi-même. « Abhorrant à la fois et la nuit et le jour, « Allons d*un antre sombre habiter le séjour. . • Là, seul , mêlant mes cris , mon désespoir , ma rage « Au fracas des tohrens , aux fureurs de l'orage , « Attendons que du ciel le courrpux satisfait « Égale , s'il se peut , le supplice au forfait. « Mais ô toi qu'immola mon aveugle furie , • En quels Ueux retrouver ta dépouille chérie?
• Que dis-je ? en ce moment, 6 «tëriles regrets ! « Peut-^tre , abandonna aux monstres des forêts , » Ses lambeaux... Ah! courons, s'il en est temps encore; « Courons leur disputer ces débris que j'adore; < Ou , si mon désespoir ne peut les recueillir , « Que ces monstres ,crueb viennent tous m'assaillir ! « Que leur rage , sur moi justement acharna , « A mon amante an moins joigne ma destinée. •
Ainsi le malheureux exhalait ses douleurs.
On lui dit que l'objet qni fait couler ses pleura An pairillon prochain repose exempt d'ootrage. • Alors comme un éclair qui perce le nuage , £t trace au sein des airs un sillon radieux , Une sorte de joie éclate dans ses yeux.
Sur la couche où naguère il souffrait immobile , U sonléye son corps douloureux et débile ; Au bras d'un écuyer s'attache , et d'un pas lent Vers ces restes chéris se traine en chancelant.
Hais quand il Toit l'objet que son &me idolâtre , Le beau sein dont son glaive a déchiré l'albâtre , Ces yeux éteints , ce front décoloré, mais pur. Serein comme le ciel dans une nuit 4'azur , Il garde quelque temps un silence farouche; Les soupirs , les sanglots se pressent dans sa bouche. Enfin : îi Beauté câeste , 6 toi dont les -appas « Adoucissent l'horreur compagne du trépas ,
• Prends pitié des remords qui dévorent mon âme.
• Quel mons tie de tes jours a <lonc brisé la trame f |« Qad sacrilège fer.... Dieu vengeur , c'est le- mien !
Cest Tancréde ! un amant qui t'assassine... . £h bien Ì
« Mìsera^ Tancrède , admire ton ouvragée!
« Vois ce corps pâle et froid* qttc ta procace ontri^ !
« Contemple la blesaure ouverte dans 9on cœuri .
« Jouis de ce triomphe^ ô fortuné yainqueur!
« Mais toi que j'immolai, chère et do^ce yiclime,
«i Hëlas ! loin d'aj^lçr la foudre sur mon crime ,
« £n tombant sous mon glaive impie et iWcéné,
« Tu m!as tendu la main, et tu m'as pardonné»
« Pour moîplu^ de pardon, plus de paix, plus detrive!
« Allons , il faut ici que mon destin s'achève ,
« Ici, pi^ de Gortnde » A ces mots de son âanc
U arrache en fureur l'appareil teint de sang;
Mais la mojrt se refuse à combler son envie;
La douleur le soutient et prolonge sa vie :
On l'emporte, livide et de sang tout souillé.
Des yeux jdus atten^fe sur ses maux ont vdUé.....
^t les secours de Tart, ranimant sa fiiiblesse ,
Le ramènent au jonr qui Tindâgncet le blesse.
Soudain la Renommée a redit son malheur.
Le pieux Godefroi , sensible à sa douleur.
Se rend près de sa coucke, et vient lui iaire ei^ndre
Tout ce que peut dicter l'intérêt le {dus tendre.
Inutiles efforts! le déplorable amant
S'obstine en ses regrors , et bénit son tourment.
Les prières , les pleurs de l*amiijié fidèle ,
Rien ne suspend le cours de sa langueur mortelle.
Comme sous une main qui cherche à la guént
On voit une blessure et saigner, et s'aigrir ,
Ainsi de notre cœur qu'un mal secret consuma
Les consolations accroissent l'amertume;
Quand Pienne , ce Tieillard chëri de rÉternel, . £t qoi .porte «lU héros un' atoour paternel , S'approche. de son lit.: « Tancrède, Tancréde, V Quel lâche désespoir et t'acoable et t'obsède I [ u Lui dit-il; quel nuage %>atssi sur tes yeux » Les ferme en ce moment à la clarté des cieux ? « Le ciej^ par le malheur t'avertit et t'éclaii«.
• Au lieu.de te punir dans sa juste colèfe ,
• Aa chemin que tu fuis il yeut te ramener; / « Soi^ courroux bienfaisant demande à pardonner.
« Chevalier du Très-haut, qu'est devenu ton zèle? « Esclave d'une femme à son auteur rebelle ,
• To rep<^usses la main qui vient briser tes fers, « Et les trésors de grâce à ta jeunesse offerts^
• Reprends cette ferveur qu'une foi sainte anime. «Arrête...., oi^vre les yeux.... ne vois^tu pas l'abime t Entr'ouvert sous tes pas , et prêt â t'engloutir? «Profite 4u momenIPqui reste an repentir.
• Et crains de te Hvrer, en perdant la lumière, « A l'éternelle mort qui suivrait la première.
« Ami, je t'en conjure. » Il a dit , et ces mots ^me terreur pieuse ont glacé le héros.
^ se condamne à vivre , et même s'abandonne Aax soins oom^lâssans que l'amitié lui donne, ^lais, il consacre aux pleurs et ses nuits et ses joun ; ^ d'iene mort fatale il s'açc^se toujours.
Pent-étre à ses regrets son amante chérie Prête du haut deê cieiÀ une oreille attendrie..,.. Qoek^uefeit il espère* et s0n cqsur palpitant Ba poids de ses eannia se repose UA instant, .. ' 5
5o l'A JERUSALEM DELIVREE.
O Clorinde! c'est toi qu'à l'aurore noorelle , Toi qu'au déclin du jour il invoqpie, il appelle^ Ainsi quaud l'oiseleur lui rayit son trésor, Ces doux fruits de l'hymen, sans aile et nus encor, Philomèle. se plaint dans sa toistesM amère.
L'entendeK-vous gëmir ? inconsolable mère.
Sur son rameau désert elle veille , et les bois , Les ombres , les Tallona , soupirent à sa voix.
Cependant le sommeil , qui suspend les alarmes , Dans les yeux du héros se glisse entre les larmes, 11 s'endort ! Mais voilà qu'aux portes d'Orient A lui s'offre Clorinde en un songe riant.
Des célestes clartés la splendeur l'environne ; Son front éblouissant d'étoiles' se couronne , £t, des hauteurs du ciel qu'elle habite aujourd'hui, Sur un nuage d'or elle descend vers lui.
Sous l'éclat immortel qui l'embellit encore Tancrède a reconnu la beauté qif il implore.
D'une main complaisante elle semble essuyer Les pleurs on le héros se laisse encor noyer, Lui sourire en disant : « Ami tendre et fidèle , « Contemple mon bonheur , vois comme je suis belle, j tt Je te doB ce bonheur, et ton zèle pieui^ <j
« Au rang des immortels m'élève dans les cieux. « Ton l>ras ne m'a ravi que des jours périssables. • Si tu pouvais savoir quels plaisirs ineffiibles , ft Quel mélange de gloire et de félicité « Je goûté dafis le sein de la Divinité !
« Ah! loin de t^a0lfger, tu bénirais toi-même « Une mort qai m'élève à la grandeur suprême.
CHANT DOUZIÈME. 5i
« Tous ces Inens à mes vœux prodig^ saut retour,
• Ces trâors infinis de lumière et d'amoor,
« Tu peux ies partager , si toutefois ton àme
« D'une sainte ferveur ressuscite la flamme ,
« Et si les Tains regrets donnes à mpn trépas ,
« Du sentier de Thonneur ne te détournent pas.
« Adieu ! rappelle enfin ta constance sublime ,
o £t couronne ton front des palmes de Solime.
« Va , je t'en fitis Taveu : je conserve pour toi
« Tout l'amour qu'un mortel peut obtenir de moi. »
En achevant ces mots , dans son ceil étincelle
Un celesti rayon d'espérance et de séle,
Et parmi des «{Vendeurs dont l'éclat éblouit
Le fantôme charmait alors s'évanouit.
Aux sons de cette voix' fui fi-appe son oreille ,
Tranquille , conscie , le héros se réveille, ^
£t, cessant d'exhaler des regrets superflus.
Aux vœux de ses amis il ne s'oppose plus.
Cependant pour l'obiet dont le d^l le sépase f
Par ses ordres pieux un tombeau se prépare.
On n'y voit pas l'Amour, en marbre figfiré^
A l'ombre d'un cyprès, gémir désespéré. .
Dans un étroit cercueil , que sans art on dispose ,
Une chaste beauté loin des vivans repose.
Et sitôt que la nuit enveloppe ces bords »
Des prêtres du Seigneur, chantant l'hymne de^ morts ,
S'avancent , éclairés par des torches funèbres
Dont les faibles lueurs tremblent dans les ténèbres ,
£t déposent Clorinde en son dernier séjour.
Aux branches d'un vieux pin qui s'élève alentour, .
Sa LA JERUSALEM DÉLIVRÉE.
On attache en troi>fa4e et son cas^e , et ses armes. Le iendemaÎB Tancrède , étouffant ses alarmes , ■Abandonne sa conche étrangère au sommeil»
Et devance en ces Uenx le retour du soleil.
C'est là qn'il rient gémir sur la tombe isaerée Où dort une dépouille à jamais adorée.
A peine il aperçoit cet humble monument.
Pâle , glacé , muet, il s'arrête un moment Sous le poids de ses maux , il frissonne et soupire.
M veut parler sa voix sur ses lèvres expire.
£ufin, parmi les pleiirs de ses jeux échappés ,
Son désespoir éclate en mots entrecoupés :
« O toi qui dans ton sein renfermes tant de eharmes,
• Tombe auguste , reçois mes baisers et mes larmes ; « C'est mon dflirmer bonheun Quoi f tout ce quej'aimais, « Mes désirs, mon espoir , sont détruits pour jamais! « Malheuretix que je suis ! en quelle soUtude
« Vais-je tMfner mes pas et mon int^iétude ?
• Puisse du moins l'objet que je privai du jour , « Du sommet radieux de son nouveau séjour ,
« Jeter sur ma misère un regard d'indulgence !
« Il n'est plus dans le ciel de haine et de vengeaace.
• Ma Clorinde peut lire en ce cceur déchiré
« La honte -et les remords dont il est dévoré. < Elle sait cpie ma main lut seule criminelle ; « Que mon dernier espoir est dé mourir pour clic; « De mourir en l'aimant, et d'expier, faëlas! « Par des pleurs étemels son injuste' trépas. « Non , je ne quitte plus cette fatale enceinte! « Ici , pftle , à genoux , près de la toinbe sainte
CtìANT DOUZIÈME. 55
« Où se spnt englputis m$L paix et mon bonlieùr, « Je pleurerai «ans cesse une coupable er|*eur,
• Heureux enfin , heureux si lai mort que j'implore « Réunit ma dépouille à tout ce que j'adore î »
Cependant un bruit sourd, dans Sion rëpandi; Tient sur Tëvënen^ent le peuple suspendu.
Mais bientôt le tr^^pas de l'illustre guerrière ' , Dans le trouble et l'effroi plonge )a ville entièi:e. Vous entendez gdmir les femmes, les enfans, Comme si dans ces murs les chrétiens triompbans, De la flamme , du fer déployaient le ravage , £t soumettaient Solime au joug de l'esclavage.
Ârsès, surtout Athia ô quel est son malheur!
Des cris n'exhalent point sa mortelle douleur. Son silence est affreux : ses yeux n'ont point de larmes. Le vieillard , au milieu des publiques alarmés , Se déchire le sein , et« les cheveux épars.
Gomme va spectre hideux s'offre à tous les regards. Mais Argant, à travers cette foule éplérée, S'avance le front haut , la démarche assurée : « £Ue n'est plus ! dit-il ; et que n'ai-je pas fait
• Pour prévenir , hélas ! cet horrible forfait ?
« Je voulais hors des murs joiiidre l'infortunée ;
• Ma valeur malgré moi , dans Solime enchaînée , « N'a pu la secourir ni prévoir son trépas.
• Les ordres d'Aladin ont retenu mes pas.
« Àa milieu des dangers Argant l'aurait suivie; « Et j'ose me flatter que mon bras l'eut servie. « Oublions ses destins^ ils devaient s'accomplir :
• Mais je sais quels devoirs elle laisse è remplir. . ,
'54 - l'A JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.
« Sion! prête Toreille à ma voix redoutable!
« Écoute mes serraens, ô ciel impitoyable!
tt Et si je les trahis, que ton foudre vengeur « Punisse mon parjure et ddvore mon cœur.
« J'en atteste ce glaive, instrument de ma rage, ' « L'assassin va^ bientôt expier son outrage; a Et ses membres sanglans , dans la plaine sen^ , « Serviront de pâture aux vautours a&més. »
Tout le peuple applaudit au serment du barbare* Mais déjà contre lui le destin se déclare ; Lui-même tombera sous les coups du guerrier Qu'aux mànet de Gorinde il yeut sacrifier.
rtX DU CBAI^T DOUZIEME»
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SOMMAIRE
Indcb eadianta U forêt, et 1* rend in«ece«ta>le. B««fU«a 7 faroie êeê prÎBcipaax guerriers ; mais tons j sont saisis d'une frajenr soudaine* Tauerède trionaplie des obstacles que les damons lui opposent. Il pénètre dans la fordt ; Jtaai> la von de Clorîsde qui frappe son oreille U iflace de terreur, et le oootraiut & la Ibite. Grande s^efaeresse ^ni tourmente les clir^tietts. God«froî imploie le Tr^s-haat» qui lui accorde une pluie a)>ond»n|«*
A peine dans les feux la tour s^est abimëe, , Que du barbare Ismen la haine enrenimëe Veut encore dea chr^ena redoubler les tourmeas . U songe à leur ravir par ses encbantemens L'usage et le secours d'une forêt prochaine , La seule qui s'élève en cette aride plaine , £t dont les noirs sapins et les hauts peupliers S'étaient changés pour eux en instriunens guerriers. Dans un vallon sterile , et non loin de ces tentes Où flottent des croisés les couleurs éclatantes , S'allonge une forêt qu'habite la terreur.
Sous son ombrage règne une éternelle horreur. Vainement le soleil, ai^ milieu de sa course , iÊpanche de ses feux l'inépuisable source.
56 * bA ^ÉjiuSALEM PÇLltJlÉE.
Le sein du boit j^rofond n'est jamais ëelair^
Que par un jour dputeux , tremblant, décoloré.
Mais le Boieil à peine est cache sons les ondes ^
Des brouHlards empestes, des ténèbres immondes.
Au sein de la forêt r^}andus à grands flots,
Y versent IVpouyante et la nuit du chaos.
Au seul nom de ce lieu sauvage, solitaire.
Tous les cœurs sont' saisis d'un trouble involontaire ,
Là jamais nul berger ne conduit ses troupeaux i -
Jamais le voyageur ne cherche le repos.
L'un et l'autjce à l'aspect de ce bois qu'il redoute
Frémit, baisse les yeux , passe et poursuit sa route.
C'est la , si l'on en croit de merveilleux récits »
Qu'entourés de vapeurs , sur un nuage assis ,
Les pâles nécromans , les hideuses sorcières ,
Sous la forme d^s boqcs , des hydres meurtrière^ ,
Descendent à minuit; y viennent en hurlant
Déployer l'appareil de leur festin sanglant ,
Sous ces dômes touffus s'unir à Faventure ,
£t dans leurs jeux lascift outrager la nature.
A leur fatal pouvoir ce bois assujetti
Des coups du bûcheron jamais n*k retenti.
Les seuls chrétiens , armés de force et de coYira|fe ,
A la hache inflexible ont livié son feuillage.
C'est là que, protégé des ombres de la nuit^
L'enchantetir apostat vient , pénètre sans bmit ,
£t soumet à son art cette forêt antique.
Sans ceinture , debout dans un cercle magique »
Vers l'orient trois fois, trois fois vers l*occident.
Il se tourne , il s'incline ; et , pàlè,"et l'œil ardent ,
Il agite trois fois la terrible baguette
Qui donne des accens à la tombe muette;
Trois fois de son pied nn frappe le sol du bois ,
Et prononce ces mots à^ane effrayante voix :
« Écoutez , écoutez , ô vous que le tonnerre
« Plongea da haut des cieux aux gouf&es de la terre ,
« Et TOUS qui, voyageant sur le char des éclairs ,
« Allumez la tempête au vaste sein des airs ,
« Vous qui , dans les enfers , par dVtemels supplices
« De vos propres. forfaits tourmentez les complices;
« Toi surtout dont l'orgueil osa braver ton Dieu ,
« Qui ceins un diadème et de bronze et de feu ,
« Je con 6e à vos coins cette forêt sacrëe,
« Que les plds^ grands périls en d<îfendent l'entrée
« Aux soldats de ce Dieu dont le bras vous punit.
« Et comme l'àm'e au corps étroitement s*unît ,
t A ces^ chênes f ces pins , que j'ai comptés moi-même ,
« Allez , unissez-vous par un charme suprême ;
« Et si quelque chrétien ose au tranchant du fçr
« Promettre ces rameaux animés par Tenfer ,
« Qu'il s'arrête effirayé de prodiges sans noipbce! •
U ajoute à ces mots reteutissans dans l'ombre
Des mots que sans blasphème et sans impiété
On ne redirait pas au monde épouvanté.
La nuit voit à l'instant s'éclipser les étoiles Dont l'or mòbile et pur fait resplendir ses voiles. L'air se trouble et mugit La lune , en ^émiss^nt , D'an nuage livide entoure son croissant, l^îais aux regards d'Ismen que la rage dévore I^ esprits infernaux ne s'offl'ent point encore.
58 l'A JÉRUSALEM DELIYREE.
Il s'écrie en fureur : « Ministres du trëfia9 ,
« Vous qu'appelle ma voix , ne m'entendez-yous pas ?
« £h quoi! de yqs desthis ne suis-je donc plus maitre?
« Esclaves indolens, t^s attendez peut-être
« Que ma langue sanglante ëpuise contre vous
« Les malëdictions , gages de mon courroux.
« Je me souviens toujours de mon art implacable.
« Faudra-t-il proférer ce nom si redoutable ,
« Ce nom mystérieux, ce nom que votre roi
« N'a jamais entendu sans frissonner d'effroi ?
« Obéissez enfin, ou ma juste colère
« Va » Mais Tenfer l'exauce , et le charme s'opère.
Autour de lui soudain, en foule rassemblés.
Se rangent les démons , par ses cris appelés , Les démons de l'abime , et ceux qui sur nos têtes Promènent en grondant la fondre et les tempêtes. Encore intimidés des oirdres de Michel Qui leur a fait défense , au nom de l'Éternel , De troubler les combats livrés sous ses auspices , Ib viennent lentement , à l'enchanteur propices , Et craignant à ses vœux d'opposer un refus , Habiter les rameaux de ces arbres touffus.
L'enchanteur, satisfait, est rentré dans Solime, n aborde Aladin : « Monarque magnanime, » Lui ditrii, de ton sort c'est trop s'inquiéter. « Le trône désormais n'a rien à re.douter; « J'ai contraint les enfers à servir ta querelle.. « Mais apprends un secret que mon art me révèle : « Et Mars et le Soleil , réunissant leurs feux , « Au signe du lion vont entrer tous les deux.
CHANT TREIZIÈOfE« 59
« Le soir et le matin , les vents et la rosee
• Ke rafratchirbnt plus la campagne embrasée;
« £i )*ai lu dans le ciel les présages certains
a Des &years qu'à tes yœnx réservent les destins.
« Jamais les Kasamons , jamais les Garamanter,
« M'auront yu le soleil sur leurs rives fumantes
« D'une telle chaleur répandre les fléaux.
« Nous , dans Jérusalem , à l'abri de ces maux ,
« Soùs des ombragesl&ais , sur le bord des fontaines ,
« Nous verrons les chrétiens, dans oes ardentes plaines,
« Se dessécher , languir , combattre , mais en vain , .
« La £aimine , la soif, et le courroux divin ;
« Et , traînant les débris d'une affreuse eidstence ,
« Au fer égyptien céder sans résistance.
t Ainsi ne tente plus le hasard des combats ,
« Et laisse respirer tes généreux soldats.
Si le Circassien , que le repos fiitigue ,
« De sa haute valeur sans mesure prodigue ,
« Vient, suivant son usage, à toute heure, en tous lienz,
« T'assiéger de conseib toujours audacieux ,
« Modère » tu le dois, cette fougue importune,
« Et , remettant au ciel le soin de ta fortuné l
« Tu le verras , fidèle à ce qu'il nous promet,
« Contre nos ennemis susciter Mahomet, s
Ismen parle eu ces mots. Ses traits , son assurance , Dans le coeur d'Aladin relèvent l'espérance.
A l'appel du vieux roi, les murs endommagés Par de noov^dles tours s'élèvent protégé, n commande aux travaux; sa présence dirige Tous les retranchemens que le p^il exige.
6o LA JÉRUSALEM DÉLIVKÉE«^
Esclaves , citoyens , gaerriers , femmes , TÎeilIardf , £nfans même , tout veille au sein de ces remparts , £n efforts se consume, et déjà s'abandonne A Tespoir du succès que l'enchanteur lui donne.
Cependant Godefroi ne veut point hasarder Un assaut que le ciel le force à retarder.
Mais, prêts à &briquer des machines nouvelles Qui puissent investir les remparts infidèles , Sitôt qu'à rhorizon repérait la clarté.
Les travailleurs du camp , vers le bois enchante » Pleins de zèle et d'ardeur, s'avancent..... Mais à peiœ Ils découvrent ces Heux, qu'une frayeur soudaine! Je ne sais quel effroi vague , mystérieux.
S'empare de leurs sens et Êtscine leurs yeux. Ainsi qu'un jeune en&nt encor simple et timide Croit voir errer dans l'ombre un fantôme livide , Ainsi les travailleurs , ne pouvant dcméler La forme des objets qui les font reculer , Retournent vers le camp , tout pâles , hors d'haleioe, Raconter la terreur qui déjà les ramène.
La foule curieuse à leurs côtés grossit, Écoute, et ne croit pas un semblable récit.
Le sage Godefroi dacgne aussi les entendre.
D'une terrecCr nouvelle il veut bien les défendre t , Et de nombreux, soldats vieillis dans les dangers Vont braver ces périls que l'on croit mensongers. Ils partent résolus à forcer le passags.
Mais l'aspect de ces lieux , ce Taste etoéir AnbrAge Une seconde fois les fra]^ de stppevr.
Chacun d'eux vainement, sou9 tin caU»e trompeur,
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CHANT TREIZIÈME . 6i
S'attache à dëguiser sa surprise et sa crainte
Leurs fronts dëcolorës trahissent leur contrainte.
Ils s'approchent pourtant Du sein de la forêt,
Dont rimmensitë sombre à leurs yeux apparaît, S'âève ad même instant une rumeur étrange.
C'est un funèbre accord , c'est un affreux mélange De menaces , de pleurs , de soupirs , de sanglots. ' Ici sifflent les vents , là frémissent les flots. Le cliquetis du fer, l'éclat de la trompette Que dans ces profondeurs l'écho tremblant répète , Les longs mngissemens des panthères , des ours , Les soupirs de l'orfraie et les cris des yautoàrs. Tant de lugubres sons roulant dans les ténèbres Ne formentqu'un seul bruit de tous ces bruits ftinêbres. Travailleurs et guerriers, tout firémit à l'instant. Et le courage expire en leur sein palpitant.
Loin de c^ lioîs dffrcnx , dont l'aspect les menace , Une invisible main les repousse , les chasse. Pour retenir leurs pas entraînés à la fois.
Le devoir est sans force , et la raison sans voix ; Et près du général que ses barons entourent, '
Les cheveux hérissés , en désordre ils accourent. L'un d'eux parle en ces mots, et cherche à s'excuser:
• Seigneur ,'il n'est plus temps de te rien déguiser. « Du monanfue infernal ce bois est la cdnq^iéte.
« C'est lui-même, lui seul dont lebras nous arrête :*
• Et pour braver encor son pouvoir souverain , « Je ne le cache pas, il faut un coefnr d^ûraîD. o
Alcaste en souriant écoute ce langage , Alcaste , dont le braa et la yaleur sauvage
6a LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.
Affrontent les destins, les mortels et la mort :
« Comme tous ces guerriers je tenterai le sort.
« 11 n'est point de dangers dors qu'on les méprise.
« Alcaste.ne connaît ni crainte , ni surprise :
9 Ltê fantômes , les flots , les monstres rugissans «
« Qui toujours du vulgaire intimident les sens »
« Ne pourront en ces lieux étonner mon audace*
« J'assiégerai l'enfer dans sa dernière place;
« El si du noir abime il m'ouvre le chemin ,
« J'y descendrai sans peur et le glaive à la main. »
Le superBe disait Godefroi l'autorise
A ne plus différer cette grande entreprise.
Il part , et la forêt se découvre à ses yeux.
Les cris , les hurlemens des monstres furieux »
Sans arrêter ses pas fatiguent son oreille.
Il garde ses dédains..... Mais bientôt, ô meryeiUe!
Un rapide incendie éclate à ses regards ;
La flamme en tourbillons monte de toutes partf »
Se transforme en cb&teau, s'élève en tours altières,'
Dont le faîte est couvert de machines guerrières.
Surveillans de ces forts et de ces arsenaux.
Ah ! quek monstres hideux , à travers les créneaux ,
Jettent sur le chrétien des yeux sanglans et louches !
L'un d'eux le considère avec des ris fiurouches;
D'autres la hache en main , fantastiques géans ,
Lui défendent l'abord de ces gouffres béans.
Aicaste quelque temps et s'irrite et s'indigne.
A son destin contraire enfin il se résigne;
Il fuit , mai» lentement ; tel que , dans seê forétt ,
Des chasseitts rassembla le lion fuit les traits.
CHAMT TKEIZIÈBIB. 63
Pour la première fois ce grand courage cède .
A rinTincible horreur qui le trouble et Tobtéde.
Sitôt qu'à tes regards le bois s'est dérobe,
Dans son ^tonnement le héros absorbé
Ne peut ni réfléchir , ni descendre en son Ame.
le repentir Faccable , et le dépit renflamme.
Il n'ose plus s'offiir aux regards de Bouillon ,
£t par de longs déCburs rentre en son pavillon.
Mais Godefiroi le mande. Il arriye , il balance ,
Veut se justifier , et garde le silence ;
On s'il répond , des mots confus , embarrassés ,
Révèlent tout reffroi de $e» sens oppressés.
Bouillon n'en doute plus , et fièrement s'adresse
Aux guerriers dont la foule en ce moment le presse :
• Dans vos rangs belliqueux, je ne veux point choisir ,
• Leur dit-il; si quelqu'un sent le noble désir
• D'affronter de ce bois les périls et les charmes ,
• Je ne le retiens pas. Qu'il disposé ses armes,
• Qu'il parte à l'instant même, et, s'il tremble âsontour ,
• Qu'il vienne près de moi, sans honte, sans détour,
• Me dévoiler enfin cet étrange mystère
« ijue chacun me déguise on s'obstine k me taire. « Bouillon parle en ces mots : durant trois jours entiers. Tous ces braves soldats, tous ces preux chevaliers , Vont tenter un succès dont leur gloire est séduite, Et la même terreur les condamne à la fuite.
Mais Tancrède, toujours de Clorinde occupé, £t de pleurs douloureux l'ceil sans cesse trempé , N'a point de ses amis partagé la disgiice.
Quoique le bouclier, le casque, la cuirasse.
Pèsent à sa, faiblesse et retardent ses pas , Une heure, un seul moment il ne balance pas.
Sa valeur d'un yain bruit ne peut être alarmée ; II connaît les désirs , les besoins de Tarmëe , Et sou àmc au-dessus d'une molle laugueur Imprime a son courage une telle vigueur , Que , lorsque la sauté dans ses veines bouillonne f] Une moins viye ardeur Tenflamme et T^guillonnel Vers ces périls nouveaux il s'avance à pas lents. Les fantômes , les flots , les tonnerres roulans Assiègent le héros, à, s«n oreille grondent,
£t dans l'épaisse nuit-Fun l'autre se confondent
Au trouble de ses sens son cœur n'a point de part« Soudain le feu s'allume et s'élève en rempart. Tancrède hésite alors, et se dit a lui-même : « Quel bras audacieux , quelle vaillance extrême « De ces chaînes de feu pourraient se dégager ? « Dans ces gouffres brûlans irai-]e me plonger ?
• On doit verser sonsangquandl'honneur le commande; a Mais faut-il que sans gloire ici je le répande ?
« Faul-il.»... mais juste ciel! que dira Godefroi? 9 Puis-je aller seulement lui conter mon effroi ! tt Je remplis donc ainsi les ordres qu'il me donne ! tf Je connais ce Héros : jamais il n'abandonne
• Un dessein résolu dans son cœur généreux;
« Et si quelque autre enfin, plus brave ou plus heureux, « Pouvait.,..; A ma mémoire épargnons un outrage. « Ces flammes, ces géans , ces monstres pleins de rage ,
« Peut-être sont le fruit d'un art fallacieux
« Allons, et de «mon sort remettons-nous aux cieuz. •
A travers l'incendie anssitôt il s'ëlance ; Mais ils n'en ressent point l'affreuse violence : Et comme un songe vain à ses yeux ëbloiiis Tous ces flots embrases se sont évanouis.
Soudain l'air s'obscurcit d'un nuage de glace , Qui lui-même à son tour disparait et s'efface. Le hëros est surpris , et non pas effirayë.
Sur sa lance fidèle il s'avance appuyë, P(5nètre sans obstacle au sein de ce bois sombre , £n sonde les détours , les défilés sans nombre , Et partout devant lui règne un calme profond. An seul bruit de ses pas l'écho voisin répond ; Et nul prodige afireux , nulle horreur imprévue N'inquiète ses pas et ne trouble sa vue.
Tandis que lentement il s'engage à travers Les replis sinueux de ces dédales verts , Eu vaste emphithéâtre à ses yeux se présente Un terrain nu , stérile , où la ronce serpente. Là s'élève un cyprès , colosse végétal , Qui porte dans les cieux un front pyramidal , Et voit flotter sous lui cette forêt immense. Pour le mieux observer , Tancrède , qui s'avance , Sur le tronc aperçoit des traits mystérieux , Tela que l'antique Egypte en figurait aux yeux ; Et d'autres mots gravés sur l'écorce sauvage Des peuples syriens reteacent le langage.
Tancrède lit ces mots : « O toi , jeune guerrier , « Dont l'audace à ces bois ose se confier , « Qui , souillant leurs réduits de tes regards profanes « « Viens troubler le silence et le repos des mânes ,
66 l'A JSADSALEM DÉLIVRÉE.
« Si ton cœur endurci par de sanglans exploits
a D*an reste de pitie peut entendre la roix,
« A des infortunes priyâr de la lumière
u Laisse au moins une paix dont jouit leur poussière, n
A lire cet ëcrit It héros attache
De ces lugubres mots cherche le sens cache.
Cependant au milieu de l'ëpaisse Terdure
Le vent soufflé , soupire , et pousse un sourd murmure.
C'est un cri lamentable, uti accent douloureux.
Qui jusqu'au fond du cœur Terse un melange affrettx
D'ëpouyante, de deuil, de pitié, de tristesse.
Tancrède, repoussant une indigne faiblesse,
A fait briller son glaive , et d'un bras foudroyant
Frappe le haut cyprès O' prodige effirayant!
Sur le sable à longs flots le sang coule, ruisselle t Tancrède, à cet aspect, et frissonne, et chancelle. Mais de sa gloire encor , de son devoir jaloux , Il ranime sa force , il redouble ses coups.
Alors , comme du sein d'un sombre mausolée , En plaintes, en sanglots une voix exhalée Lui crie : • Ah, cher Tancrède! arrête! et ne viens pas « Une seconde fois me donner le trépas!
« Cruel ! de ton amante épargne au moins la tendre , « Et respiscte la tombe oït tu la fis descendre. « Que me veux-tu ? pourquoi me déchirer le sein , « Me poursuivre en ces lienx de ton glaive assassin ? • Je fns Clorinde! hélas! mes déplorables restes * « Ne reposent pas seuls dans ces arbres funestes. « InfidèlejB , chrétiens^ tout ici confondu , « Regrettant, mais en vain , le jour qu'il a perdu ,
« Ke peut Taincre un pouToir dont le charme le force m A languir renfermé sous une dure écorce.
« Ces branches, ces rameaux respirent.... Inhumain, • Ne Uve plus sur moi ta sacrilège main. »
Tels que dans les erreurs oà le sommeil nous plonge Nous voyons accourir à la suite d'un songe Des spectres flamhoyans , des dragons venimeux , Qui roulent de leurs corps et déroulent les nœuds, £t mille objets hideux, mille confus vertiges, Qumqne notre raison demente ces prestiges , Leurs tableaux sans puissance et sans réalité Nqus frappent de stupeur et d'immobilité ; Tel Tancurède ^«séduit par des' images vaines • Sent un mortel effiroi 86 glisser dans ses veines. Au rapport de ses sens il veut se refuser; Mais tout son cœur , hélas ! conspire à l'abuser. Succombant sous le poids de l'horreur qui le frappe, Il frémît , sa main tremble, et le fer s'en échappe. Ce nom cher et fatal , ce lamentable cri * Exhalé du cyprès que ses coups ont meurtri , Ces reproches cruels , et ce sang qu'il adore , Dont lûs flots irrités le poursuivent encore , Tout le fait tressaillir. Ainsi donc ce guerrier. Que l'aspect de la mort ne pouvait effrayer , Abandonne son âme à des terreurs vulgaires.
Q cède , il ftiit des cris , des pleurs imaginaires , £t relève en fuyant son glaive ensanglanté , Hors du magique bois par les vents emporté.
Sitôt qu'il a paru devant le chef suprême.
Sans {n'étendre un moment cacher son trouble extrême.
u Seigneur, dit-il, je viens confirmer devant toi
« Dés rëcits où ton cœur n'osait ajouter foi.
« Ces merveilles , ces bruits , ces horribles spectacles
« Tout est vrai : j'ai voulu surmonter les obstacles ;
« Et d'abord les destins ont protégé mes vœux.
« J'ai vu SUI* des remparts bâlis avec des feux ,
« Aux lueurs de la foudre , aux fracas des tempêtes ,
• Des géans aux cent bras , des monstres aux cent tétei
« Se dresser contre moi., s'armer à mes regards
« De glaives sulfureux, de serpens et de dards , .
« Et , rugissant du haut de leur muraille ardente ,
a Environner d'éclairs mon audace imprudente.
« Dans ces gouffres brùlans je me suis élancé.
« Comme un songe trompeur le prodige a cessé ^
« Et le jour à l'instant sous des voiles funèbres
tt S'est caché : mois bientôt , dissipant les ténèbres ,
tt Le soleil en vainqueur a reparu dans l'air.
« Alors sur un cyprès mon bras levant ce fer
« Le dirai-je, seigneur, cette forêt vivante, « Ces rameaux palpitans m'ont glacé d'épouvante. « J'ai moi-même entendu leurs plaintes , leurs sanglots , e De leur sang à mes pieds j'ai vu couler les flots. « Cherche uq autre que moi dont le glaive les blesse ; « Je ne pyis t'obéir , ni dompter ma faiblesse, n
Bouillon surpris, mais calme, écoute ce discours. A sa propre valeur doit-il avoir recours , Et , du bois ennemi défiant le passage , De la crainte à son tour faire l'apprentissage ? Ou bien doit-il encor, jaloux de ses succès, A des bois plus lointains , mais d'un plus libre accès »
Demander les apprêts des iostrumens de guerre ? Tandis qu'il rëflëchit, le yéaéràbie Pierre Se présente à ses yeux , et lui parle en ces mots : « Ce n'est pas toi, seigneur, c'est un jeune héros « Que Dieu même a charge d'une telle conquête. « A. rejoindre nos camps son courage s'apprête. « U ya rompre ses fers , et voguer sur les eaux. ' « Tu le verras bientôt , par des exploits nouveaux , « Justifier du ciel les faveurs immortelles , « Et soumettre à tes lois les remparts inGdêles. « U se tait; et Bouillon, par le sage éclairé, Livre à des soins prudens son esprit rassuré. Mais déjà le soleil, dans sa vaste carrière.
Du céleste lion embrase la criniere.
Une chaleur brûlante accable de son poids Ces généreux chrétiens , chevaliers de la Croix. Dans l'enceinte du camp tous les travaux languissent. D'un ciel long-temps si pur les clartés s^obscurcissent. Des astres teints de sang , abreuvés de poison, Éclairent faiblement un rongeâlre horizon.
Leur maligne influence en ces lieux exhalée Enveloppe le mont, le coteau, la vallée.
Et sans cesse répand dans le sein des guerriers Des plus cruels tourmens les germes meurtriers. Un livide soleil chaque matin se lève :
Soit que son cours commence, ou que son cours s'achève, n se place à regret sur un char pâlissant , Et, ceint d'un crêpe noir, dans les flots redescend. A ce présage affreux tous les cœurs s'épouvantent. Et des maux à venir les maux présens s'augmentent.
On Toit à chaque instant e\t la fleur se flétrir , Et la feuille tomber, et les sources tarir.
Tout le ciel est d'airain ; la vue épouvante Se perd dans les torrens d'une flamme empestiée. Les nuages pesans, arides , sans frdcheur.
Fatiguent les regards d'une morne blancheur.
Les «ëphyrs sont muets. Bes riyages du More Accourt un vent mortel dont le souffle dévore. £n vain , pour ëmOusser les tnaits brùlans du iour. Les chrëtiéns de la nuit implorent le retour. Hëlas ! comme le jour la nuit même enflammée De comètes , d'ëclairs , de trombes pax'semlée,^ Apparaît menaçante , et ses voiles obscurs S'allument aux lueurs des phosphores impurs.
Pour toi phis de repos, 6 terre misérable !
Le ciel à tes désirs se montre inexorable.
Hélas ! et pour combler l'excès de tes doulenrt , La lune est sans rosée , et l'aurore sans pleurs. Ces effroyables maux qui dessèchent l'armée S'irritent de la soif dont elle est consumée. Depuis qu'un roi barbare empoisonna les eaux , Les chrétiens n'osaient plus aborder les ruisseaux. Du Siloé long-temps la source friche et pure Tempéra ces ardeurs que leur constance endure ; Mais lui-même 5 appauvri , dans son cours épnisé , A peine de son eau mouille un sabre embrasé* Non, l'Ëridan, le Gange, ou le Nil, quand ses ondes Couvrent l'Egypte entière et ses plaines ilécondes. Prodiguant tous leurs flots aux chrétiens malheureux , Ne pourraient de leur soif éteindre tous les feux.
CHANT TREIZIÈME. '^i
Soavtfit à leur m^moiFe un rain déiic rappelle Des bois de roccident la verdure ^teruelle , I^'ombre de ces vallons , où , sur l'ëraail des fleurs , D'un soleil en courroux ils fiiyaient les chaleurs , £t sortout ces ruisseaux , ces sources argentines En cascades tombant du sommet ^es collines , Et qui, sons un berceau par Zdphyr agité , Promenaient leur fraîcheur et leur limpidité. Mais à ces souvenirs combien croît et s'allume L'épouvantable horreur du feu qui les consume ! Ces guerriers dont Paudace eût bravé l'univers , Qui, cent fois assiégés^ battus par les revers. Ont toujours dans leur 4me étouffé le murmure , Qui îamais n*ont fléchi sous la pesante armure, Sur la terre itendus , en cris, en hurlemens, £t la nuit et le jour exhalent leurs tourttiens. Le coursier languissant , et la tête penchée , Broute à regret une herbe amère et desséchée. Il ne se souvient plus de ces jours glorieux Ou, dans les champs de mort, fier et victorieux, A l'appel des clairons levant sa tête altière, Il volait à travers le sang et la poussière.
Ces panaches , cet or dont il était si vain.
Ne sont qu'un vil fardeau qu'il porte avec dédain. Haletant sous le poids d'une chaleur cruelle, Loin de son maître , ici , voyez le chien fidèle Dans la plûne au hasard péniblement courir , Humer un air de feu , palpiter et mourir.
Les chrétiens en tumulte au loin jettent leurs armes. Leurs yeux secs et sanglans ne versent plus de larmes.
^a liA. JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.
« Que prëtend Godefroi ? qu'ose-t-il espërer ?
ft À de nouveaux combals croit-il se picparer ?
« Lui seul ue voit-il pas la colère divine
« t)e ce camp malheuieux prononcer la ruine ?
« Pense -t-il désormais que nos faibles efforts
« Puissent briser ces murs , puissent dompter ces forts ?
« Ah ! pour lui conserver et le sceptre et Tempire ,
« Faut-il que dans les feux chacun de nous expire ?
« Et le pouvoir d*un seul est-il un si grand bien
« Qu'on le doive acheter de tout le sang chrétien ?
« Mais qu'importe à Torgueil du tyran qui nous brave
« Le supplice et la mort de tout un peuple esclave ?
« Et voilà ce héros si grand , si généreux,.
• Ce loyal chevalier, ce prince valeureux!
« Tandis que sous les traits dont le ciel nous accable , « Inconnus , méprisés , nous mourons sur le sable ,
• Que les fleuves rians pour nous se sont taris, « Le barbare , entouré de lâches favoris ,
• Voit aux vins de Lesbos , réservés pour sa table ,
« L'eau du Jourdain mêler sa fraîcheur délectable ,
« Et , défiant du sort les redoutables jeux ,
« Au milieu des festins lève un front courageux ! «
Ils disaient. Mais Tazin , qui sans cesse déplore
L'absence des soleils levés sur le Bosphore ,
Tazin de tous ses Grecs attise le courroux.
« Sous ces drapeaux ingrats, amis , resterons-nous ?
« Que Bouillon, s'il le veut, enchaîne à sa folie
« Les destins et le bras 'des peuples d'Italie ,
% Qu'il reçoive avec eux une mort qui l'attend ,
« Peu m'importe : pour moi , je m'éloigne à l'instant. ^
Et l'ombre de sa fuite a caché le fnystère.
Tons ceux que le trëpas d'Hugues et de Clotaire ÀYait laissa sans chefe , ceux âçfip le désespoir Ne connaît plu^ ^e frein, reste sourd au devoir. S'apprêtent à quitter cçs rives homicides.
Gode&oi les entend : il voit fuir. les p€rfi4cs...é U les voit ^ çt , contre eu;i justement irrité , ^ ^
Il ne v^t point s*armer de son autorité. >
Mais^ plein de cet(e foi qui, peut dans les campagnes Changer le cours des, eaux , transporter les montagnes, Le Héros sur son cœur croisse humblement les mains, £t s'adresse, en. ces mots au maître des humains ; « O mon père ! ,ô mon Dieu ! dans l'Egypte embrasée « Si }adis, épanchant la manne et la rosée, <i Tu daignas secourir ton peuple malheureux ; «Soumis. à ton pouvoir, si le chef, des Hébreux»
• SoQs la verge d'airain , d'une montagne aride
« Fit jaillir le torrent d'une eau fraîche et limpide, ^ « £n faveur d^ d^rétiens désolés , sans appui , « Près de la ville sainte , ô mon péce , auJQUi;d'liui
• Daigne renouveler cet éclatant jffodige^
«Vois en pitidnos maux, vois ifos pleurs. . .mais que dîs-je?
« Péntnatre à. ton amour n'avons-nous plus de droits,
« Si notre ingrai^tiylê a m^connu^ tes lois ,
« Par ce» af&eux tourmens elle est assez puiiie,
« £t ta miséricorde, est jtoujçujcs infinie.
« De ces .infortunés J(e,trépas est certain '*, ,
« Puisqu'ils sont t^ soldats, relève leur destin. »
Ainsi Bouillon. priait : un ange de Jumiére L'écoute, et dans T^spaçe enlève sa prière.
^4 l'A JÉA0SÂ1£1« DÉttrUËE.
Elle pënétre an ciel. Le Dieu fort et puisant
Jette sur les chrëtiens un œil compatissant;
Et de ce fì'ont serein qui chasse les tempêtes :
« Écartons les flëaut amassés sur leut% tétés.
« Assez les élémens , le monde et lëè enfers
« Ont déchaîné les maux que mon peuplé a «oiifCêrts.
« Pour ces guehiers ^ue j'aime trnnòuveausort commence
« Courerts de mon appui , certains de ma clénif^ce,
• Aux succès de leurs vœux ils terront désormais
« Et la terre et le ciel s'attacher à jamais*.
« Que lé jeune Renaud vera leè champs de ta Itloîttt
« Reyole , et sur l'Egypte olitienne la victoire. -
« Je le Teux. « En ces mots le Séignedr a parlé. '
Aux sons de cett^ Voix tous les cieux ont trembil.
L'orageux Océan , les plaines , les' abfmei , '
Les coteaux et les monts aux gigantesques cimes,
'iilj^ut frémit : 6ur la gauche on toit bHlIer réclait*;
J^a foudre au métne instant gronde , éclate dans l'air;
£t déjà les chrétiens par mille tri» dé joie
Ont salué la foudre et le Dieu qui Tenvoie.
L'horizon s'obscurcit de nuages épait;
Ils ne s'élèvent point do milieu des marilê,
Ke se composent point de ces vapetuv gtxissières
Que pompent du soleil les flammes nourricières;
Mais formés dans le biel , mais an ciel descendus,
£n masses de cristal ils "flottent suspendus.
La nuit sur l'univers étend ses voiles sonibrès.
L'eau Ciâeste à longs flots tombe dtr sein des ombrea.
Se répand en ruisseaux dans les champs inondés ,
£t chasse de leurs lits les fleuves débordét.
CHA^T TAEIZIÈHE. ^5
Et tels que mUle piseanx à 1« yoix discordante. Aux bords d*uii Uc. tari par la saison ardente , D'ane finie argentée attendent le bienfait ; Pleat-il , Tons les voyez , dans leur toI satisfait, Étendre , déployer lenrs ailes desséchées , Y recevoir les eaux à grani bruit épanchées , Et, Tera le )ac profond ramenant leur essor, S*y plonger, en sortir, s'y replonger encor.
Tels les soldats chrétiens , réjouis par Forage » Reprennent à la fo^.leur force et leur courage. L'an toat entier sf roule en ses flots écumans , L'antre y baigne son col, aes bras , ses pieds fumans, Tous yedlent étancher la soif qui les embrase ; Tous s'arment d'unecoupe, on d'un casque, ou d'un vase; Sur leurs mains, leurs cheveux, leurs visages, leurs corps , Versent abondamment ces liquides trésors , Et boivent à longs traits la bienfaisante ondce* Après de longs ennuis à leurs vœux accordée. ' ^ D'autres, pluaprévoyans , l'emportent avec soin , Comme un secours utile en un pressant besoin. La terre, jusqu'alors aride, languissante, Tressaille, ouvre son sein à l'eau rafraîchissante , Remplit tous ses canaux, et de vives couleurs S'apprête à nuancer les plantes et les fleurs.
Telle aux vœux de l'Amour par la douleur ravie. Une jeune beauté ne tient plus à la vie.
Mais si le mal secret qui dévore son sein, Si la fièvre cruelle au retour assassin , Cèdent aux soins de l'art , ou respectent son k'^t , D'une gaité folâtre elle reprend l'usage ,
Recouvre de son tdnt i'iàcàriiat vif et pur; Lève ses yeux cbariUans où luit' un mol aenr, £t , dëjà reprenant son voile et sa goirlande , Aux auteb de TAmonr les depose en offrande. '
L'orage cesse enfin ; et dans ses arsenaux Le ciel a renfeimé les foudres et les eaux. ' L'horizon s'ëcÎaircit, le jour natt, l'air s'ëpure , Le soleil amoureax caresse la Terdcire.
O reine des vertus! ô foi de nos aïeux! ' Tu ëlianges des saisons le cours imp^rieilx, £t, des astres jaloiix désarmant 'la colère , De ta sainte ferveur tu reçois le Salaire.
PIV DU CHANT TRBIZfHME.
SOMMAIRE
Hagnes apparaît en tooge & GoJefroi. H loi eetiMilla de r«pp«ler Renaud. Bonillon, docile à la-votx'da metflager etfleste, ckarf e deux gveniers de eette haute entrepriaerlU partent , et reacoBtrent un ▼ieillard sur le bord du fleure qui baigne les murs d'Ascalon. Ila descendent avec lui dans les entrailles de la terre, et U ils apprennent de sa boucbe le sort du ] enne Renaud et l'amour subit qu'Armide avait conçu pour lui.
Ue la cîroe des monts , vers la plaine arrosée , Dëjà la Nnit humide et fraîche de rosée S'ayance , et , secouant ;on voile de saphirs , Où se )one nn essaim de folâtres zéphyrs , Elle répand les fleurs, les plantes, la yerdore, < £t des parfums du ciel Tessence la phis pure.
Tout le camp des chrétiens, dans l'omhre enseveli , Des maux qu'il a soufferts coûtait Theareux oobH. Aaz charmes du sommeil la terre était livrée. Mais l'arhitre du monde assis dans Fempyrée, Aa milieu des concerts et d'un jour étemd , Jette sur Godefiroi son regard paternel , £t vent qu'un songe heureux , envoyé par lui-même , Instruise le Héros de son ordre suprême.
78 liA JEKUSALBM DÉLIVRÉE*
Non loin de oe palais diaphane et vermeil »
Où dans sa couche d'or repose le soleil, Avant que par degrës Phorizon se colore De ce fen pâle et doux qui precede l'aurore , Une por(e d'ivoire , à Torient des' cienx , S'ouvre chaque matin aux songes gracieux Qui doivent des mortels alléger la souffrance , Et verser dans leur sein le calate et l'espérance. C'est de U que le >songe à Bouillon destiné Part , vole , et se dévoile à son œil étonné.
Jamais dans le sommeil de plus riches imaj^rcs Aux regards des humains n'ont hrillé sans nuages. Comme dans le cristal d'un radieux miroir ' Les yeux de Godefroi viennent d'apercevoir Toyus les glohet divers et cet espace immense Ou les temps ne sont plus , où l'infini commence. Mais , tandis qu'il admire avec un sain respect, De ces mondes nouveaux l'étendue et l'aspect , Le tonge , déployant la pourpre de ses ailes Et tout enveloppé de splendeurs immortelles ^ Se présente à ses yeux, ini parle; et d'une voix P|u8 douce qu'un zéphyr erratìt au sein des bois : « O toi dont l'amitié pour mdn cœur eut des char mes , ft Tu ne reconnais pas ton noble £ri^re d'armes ! • Revois enfin Dudon qui part^ea long^temps Des combats de la Croix les périls édatans. s Godefroi loi répond : « A ma £iible paupière « Ton front ma)estueox s'est voilé de lumière; ft O mon ami, pvdoune ! « En achevant ces mots « Pour presser sur son cœar le céleste héros ,
CHANT QUATORZIÈME. ^ç^
Trois fois il tend les mains , et troi^ fois il n'embrasse Qu'une ombre ùntastiqne et deboik dans l'espace. C^sse, mon cher Bouillon , des efforts impuissaos : Dn corps qu'il animait Dudon n'a plus les sens ; Je sois un esprit pur, une forme subtile :
Le ciel brille à tes yeux ; dans ce séjour tranquille Je reyis au milieu des chrétiens fortunés Que sous tes étendards le glaive a moissonna; £t le Dieu qui chérit ta généreuse audace Auprès de c€s élus te réserve une place.
Mais , avant de t'asseoir à ce suprême rang.
Il &at verser encor tes sueurs et ton sang ; Il fiiut aus Musulmans ravir la cité sainte ; De son temple afiranchi purifier l'enceinte, Et fonder en ces murs un empire chrétien Dont ton frère après toi deviendra le soutien. Ponr ranimer le feu qui dévore ton àme , Riarde et vois rouler tous ces globes de flamme , Ces milliers de soleils , miroir éblouissant Où vient se réfléchir le firont du Tout-puis»ant. Mesure , si ta peux , leur grandeur infinie ; Écoute de nos chants la grâce et l'harmonie ; Puis tourne tes regards vers cet amas fangeux ^ Tourmenté par les vents et les flots orageux. Au icmd jle quel désert un insensible atome D'un bonheur mensonger poursuit-il le fantôme ! Voilà cet Océan parmi vous si fameux , Qui ceint votre univers de ses flots écumeux : On le nomme un abîme , une mer sans rivage , £t d'un marais à peine il nous offre riznagc. »
dt^OOgÎQ
ao I^A JÉRUSALEM DÉLITKÎBE.
n disait ; et Bciuillon , abaissaDt ses regards , Voit les plaines ,les mers , les royaumes (^pars , Dont jamais Toeil humain n*embrassa retendue , £n un point rassemblas se confondre à sa vue. Il sourit de pitié; s'étonne qu'ici-bas, Au prix de son repos et de sanglans débats , Une argile animée à la grandeur aspire , £t de <!e grain mouvant ose rêver l'empire.
Sur le guerrier céleste il relevé les yeux :
« Puisqu'un ordre éternel m'encbaîne dans ces lieux , « N'est-il pas quelque main dont l'appui me seconde , « £t daigne me sauver des embûches du monde ? « Parle : dans quel chemin dois-je assurer mes pas Ì « — - Ce chemin, tu le suis, ne l'abandonne pas. « La sagesse te guide , et son flambeau propice « Éclaire devant toi les bords du précipice.
« Mais voici le conseil que je puis te donner : « Au fils du grand Berthold Bi)uillon doit pardonner : « Et qui peut égaler son courage sublime?
« A ses pieds tomberont les portes de Solime; « Lui seul doit accomplir tes généreux desscinf. « Les guerriers de l'Egypte unis aux Sarrasins « Ne pourront balancer les coups de son épée ; « Sans lui tu gémirais sur ta gloire trompée; « Et de cette forêt que l'abîme défend tt La conquête est prpmise à son bras triomphant. « — Ami, reprend Bouillon, tu le sais , mon estime « Payait à sa valeur un tribut légitime.
« J'avais fondé sur lui mes vœux et mon espoir, « Et ihon plus grand désir serait de le revoir.
CHANT QUATORZIÈME. 8i
« Msôs iknt-il près de lai descendre à la prière ? « Est-ce à moi de flëcliir devant cette âïoe altière? « Et yeux-tn qu*arti mëpris de mon rang et des lois... « — L'Éternel le commande, obéis à sa roix:
« La faveur de son choix t'ëlève au rang^ suprême; « Et Uesser ton pouvoir ,- c'est blesseï' le sieh même . « De ce jeune hëros à qui tout va exiler ' ' '
« On demande la gifâcei , et tu dois l^èeordfer. '
• Guelfe, qui de Benaud pleure ton jours l'absence , « Guelfe va , ce jour même, implorer ta clémence :
• Accueille sa prière et laisse toi flëchir.
« Celui qui de vos maux saura vous affuemofair •, « Dans les bras d'uiie femme , en un dësert sauvage', « Languit en ùe moment et cache ^ou courage. ^ » Le besoin qui vous presse et la voix de rhonneui* » Dissiperont bi^itôt un charme suboracur. "
« Je n'ajoute qu'un mot : le ciel te fait connattro « Que son sang doit s'unir au sang qui t'a vu naître,-*» En achevafit ces nnits: le songe heureux s'difint, - Ou comme uxke vapeur dans l'air s'^anouit.
Embaumé des parfum» dont l'odeur s'évapore -, Bouillon s'ëvetlle ,' et voit l'horizon qui se d«ire Des premières clartés que verse le soleil. ' U charge soA atfmare et se rend au conseil , On les chefs réunis attendaient sa présence.
A peine il s^ëst placé , Guelfe vers lui s^avance : «Seigneur, au nom du camp je viens te supplier « D'^ottdfë tfe sa £i«rte tin jeune chevalier ^ ■> c Cette gtâce eit effet, par ma voix implorée.;, « Pour un chef moins clément serait prématurée.
« Maûi, ëeigoeur , je m'adresse au ^ieai^ Godefimn « Il s'agit 4e Renaud, ce remparl d^ U foi; « £t lorsque Guelfe ici te conjure ^t te presse « De luireiidr<e un parent digne de sa tepdresse, « J'ose embrasser l'espoir d'un généreux pai^on. « Permet» que lelpiéros qui. doi( Tenger Dudoa « A ton joug dëserniais attache l'Idom^, a Et de son hrm puissant couvre la sainte armée. | « U vaincru la for4t : 1^ përiis ^t ^ mort , « Les hasards des combats, l'inconstance du #ort, j « Il afftx>nter«, tout Solime prisonnière » I
« Et libre par loi seul, verra nob^ bannière ' \ « Flotter sur ses vempa^rts à tes ordres joumisv . | « Venx'ta dompter l'orgueil de tes ^^s* «nnemis , | « Anéantir <nQn leur dernière phalange? . :
« Pardonne 4 ce bëros; qu'il aceoure et nous vea^i'* « A son proche retour, ô. daigne consentiri -'« Prends •pttié^ de sa gloire et de son repentir ! « Assure à tes pn^ets im iastrumeni docile , « Et le triomphe Alors te dctviendra.^mcile^ i* II dit ; et touà les chefs prësens à ce discoUDi . De leurs. voeux réunis lui prêtent le aeeours* A l'importunité Bouillon fetnt de se rendre : « Ah! contre vos désirs c'est assesme déCendre^ * Dit-il, et votre chef^ sollicité par tous, « Ne- refusera point des hâ«08 tds que i^On». « La loi peut murmurer...^, que sa rigueur extrénae « Sous le vœu général .âéchiise à l'instant même. « Il suffit : je pardonne, et ce gnienier f aillant |
« Domptera , je Fespère , un courroux trop bonillant^
CHAiffT QUITOBZIÈME. 83
• A T08 tmpTtêiemens c^t â lui de r^poiidrt.
• Si j'en doutais , eh bien ! paisse-t^il me confondra » Par ion obeisaanee, et des exploit! nouveaox,
» Dont l'èchi an respect condamne ses rivaux ! > Gndfe g choisis toi-même un messafcr fidèle i
• Qu'il porte à ton nereu Tordre qui le rappelle. » Le cheralier danois à l'instant s'est lerë ,
St s'expnme en ces mots : « Si mon xèle ëprourë
• A l'honneur d'un tel choix me permet de prétendre, % Commander., je suis prêt» et veux (ont entreprendre.
• C'est à moi de remettre à ce fiuneux guerrier » Le ghdTe dont le ciel le déclare héritier.
» L'ombre de Soéaon que je ^ure sans cesse
• Da sein dei morts m'invite à remplir ma promesse* » Guelfe accepte les soins du généreux Danois ,
Et pour raccompagner ce héros a fait choix D'Ubalde, dontlA sage et longue expérience N'a jamais un moment trompé sa confiance.
Aride Toyageor , Uhalde en ykigt climats , A la fleur dç ses ans , avait porté Ha pas.
Étudié les mœurs et les divers langages Des peuples répandus sur de lointaines plages. Dans un âge plut mûr , au rang de ses amis , Pour le récompenser. Guelfe l'avait admis.
Tels sont les deux guerriers à qui Guelfe confie . Les destins de l'armée et du fils de Sophiç Si l'on en croit un bruit dans le camp répandu , Auprès de Bohémond le héros s'est rendu; £t c'est vers Antioche , oà Bohânond r^de.
Qu'on dirigeait l'ardeur de ce cou|de intrépide ,
^ UL JÉAnSAI.EHI DÉLIYAÉfi.
Quand Pierre Uftit à coii|> : « Cheyaliert , n*aUez psf
« Suivre ttn guide infidèle, et. perdre aiosi vos pas.
tt Marchez ters Ascalon , et côtoyer non fleuve
• Jusqu'à l'heure ou, fuyant les vallons qu'il abreuTe,
« Dans la profonde mer il engloutit 4es eaux.
« C'est là que, pour guider le cours de vos travaax,
« Doit s'offrir devant vous un pieux solitaire.
« Le passé , l'avenir sont pour lui sana notyaière.
« U aime les chrétiens , et je l'ai prévenu
» De ce lointain voyage à vous-même inconnu.
« Dans le fond de vos coeurs recueillez en silence
« Les conseils de son âge et de s» bienveilla-nce.»
Ubalde et le Danois devant le sainl vieillard S'inclinent , et tous deux s'éloignent mw retard. Us touqhaient à ces bords £imeux dans la 6yrie , Bords que J^Oujours assiège onci mer en furie , Quand un fleuve soudain , gonflé par. les tprrens Dont il a dai^ son cours reçu les flots errans. Devant eux se déborde , et du briuit de aon onde Fait retentir au loin la plaine qu'il inonde. Tandis que les guerriers, arrêtés un momentt Regardent ce spectacle avec éto^nement, ^ Un vieillard vénérable à leurs yeux se présente. L'âge n'a point courbé sa stature imp^^a^Ae ; Un lin pur et flottât le couvre tout entiçr« Debout, et le front ceint d'un rameau d'olivier. Il foule sous ses pas le fleuve qu;il pç^onlç. Telle ont voit sur le Rhin, que son audace affronte, La bergère , au milieu d'un rigoureux hiver , Glisser d'un pied rapide et que chausse )e fer. ■
jj5 CHAî?T QUATORZIÈME. '
Près des deux voyageurs descendant au rivage, L*inconni| leur sourit , et leur tient ce langage : « Amis, rassurez-vous, Pierre m^avait instruit « Du gënëreux dessein qui vers moi vous con4oit. tt Mais sans iin guide sur votre entreprise est vaine. « Ce héros dont vos mains doivent briser la chaîne « « Qui seul de vos exploits peut assurer le cours, • £n de mqlles langueurs plongé par les amours , « Ensevelit sa gloire aux limites du monde.
« Avant que le succès à vos dësirs réponde , « A travers les ëcucils et les âots inconstans , « Sons des cieux étrangers vous voguerez long-temps. « Cependant suivez-moi dans la simple retraite « Où je fuis les regards d'une foule indiscrète. « Là je vous apprendrai tout ce qu*il faut savoir « Pour mieux vous acquitter de votre saint devoir. »
Le vieillard à ces mots se tait. Sa main puissante Fait un signe , et soudain la vague obéissante Recule devant lui , se divise en deux parts , Gronde, ëcume, s*élève en liquider remparts, Et dans le sein du fleuve ouvre une route immense. Vers ce gouffre béant le sage alors s'avance , Conduisant par la main les voyageurs surpris, lis découvrent au fond de ces vastes abris Des grottes de corail , des cavernes obscures , Où mille flots grondans confondent leurs murmures*. Là sont les réservoirs de ces fécondes eaux Qui dorment dans les lacs , serpentent en ruisseaux , fcument en torrens , jaillissent en fontaines , £t des fleuves divers enrichissent les veines.
86 l'A JÉRUSALEM DÉLIVRÉB.
Plus ^oiv, sur des caillotis un ruisseau t^^lnrcfux
Roule un argent fluide et des flots sulfureux.
Cette sombre liqueur lentement se condense,
S*ëpure « et du soleil l^ardente violence
Par degrés la transforme en ces riches mëtaax
Que sur la lourde enclume attendent les marteaux.
Le rivage émaillë de pierres précieuses
Fait )ouer en reflets leurs masses radieuses.
Leurs feux-ont triomphe de ce séjour ohscnr.
Là brille le saphir et son celeste azur;
Ici de rayons d'or la topase ëlincelle;
Là naissent l'escarboucle et l'opale infidèle;
L'ëmeraude y sourit aux regards enchantés,
£t le pur diamant y darde ses dartës.
Ces magiques aspects, cette pompe imprëvae Des chevaliers chrétiens éblouissent la vue.
U balde le premier : « £n quel lieu sommesnâous « « Mon père ? ces tableaux , ces prestiges si doux , «Fruits d'un art criminel, ne sont-ils qu'un mensonge? « Daigne éclaircir le doute où notre esprit se plonge, tf -^ De la nature ici reconnaissez les jeux. « Vous avez pénétré dans ses flancs orageux; « £t jamais, sans la main que je viens de vous tétidre, « Dans ces gouffres, profonds vous n'auriez pn descendre . « L'asile où je vous mène au sortir de ces lieux « Des plus vives splendeurs va briller à vous yeux.
• Je suis ne Musulman; mais les eaux du baptémi « De mes premieri destins ont purgé l'anathème. « Votre maitre est le mien. Gardez-^vous toutefois « De penser que l'enfer obéisse à mes lois.
. C0ANT QUATOUZIÈMl, $•;
« Les philtres, les poisons , le sang, les cavtctèrei « Ke me soun^tent point les ea|^ts tributaires. « Loin de moi ce poQToir qui ya ddos les tombeaux « Des cadavres ^ars rasiembler les lambeaux ! tt Non» d'un art criminel les travam et les veillas tt Ne font pas devant vous édore ces meweilles, « Au sein des végétaux , des sources et des fleurs , « Je surprends des secrets qui trompent les douleurs. « Et , par un charme heureux , dépouillé d'artilke , « Enchaînent la santé dans son firéle édifice.
• Quelquefois , m'éloignant de ce sombre séjour ,
• Au sommet du Carmel je devance le jour.
• Là tout le firmament à mes jaox se dévoile. « Du piktre syrien je vois briller l'étoile.
« De ces astres diversi^ sentinleUes des cieuic ,
• J'étudie à mon gré le cours silencieux «
« Les aspects , l'influence ou propice ou fr taie. « Visible pour moi seul, dans son ocbe'sMtale , « S'allonge la comète aux regards Ibudroyans , < « Et le iront hérissé de cheveux flamboyans.
« Là je vois s'assemblar, s'épkissk les nudges « Qui tantôt dans leur sein amaisent les orages , « S'illuminent tantôt: dct ftux de Tare. vermeil « Qiie sur leurs flancs noircis imprime k soleil» « J'entends mugir les vents , et sans craiinte je fimlc « Le tonnerre bruyant qui sous moi gronde et roule. « Hébs ! de Inon savoir autrefois eniviié j
• Mon esprit â)loiii se croyait éclaifé.
« J'en dérobais Fhommage à la cause pfemiére , «Source d'intelligence, et trésor de kiraière.
88 t'A JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.
a Mais TOtre Bierre enfin , dessillant ma raison ,
« M'oayrit dans Tcrnivers un pins Tafste horizon ,
« Et , dn Jourdain- sacré sur moi versant les ondes ,
« Lava mon cc&ir chargé de sonillm-es immc»ides.
ft Je reconnus ak>l's'que lès faiUes' mortels
« Ne peuvent pénétrer les secrets éternels ,
« Et <i«e la vérité , notre plu» heau partage ,
« Se cache à l'orgueilleux et se découvre au sage*
« De mes illusions pour jamais revenu,
« Je trouvais ce hònbeur que fâvais^éoontMi.
« Mais , docile aux conseils d'un maître que fhooore ,
« A mes premiers penchans je m'abandonne encore.
9 Je repose 'Cn ses mains; il me commandé ea roi,
« Et de remplir vos vœux il m'impose la loi. .
« C'est donc pour obéir à soikOC>dré suprême
« Qu'à votre grand projet m'a'ssociant mbi-mémé,
« Mes soins vont arracher à ces Îioi:Aeax liens
« L'invincible Renaud, seul espoir des^chrclicns. n
Il achevait ces niots , et k grotte ignorée Se découvre à Pinstaût dé splendeur entourée. Ils entrent Quel éclat! quelle pompef jamais . Les rois de l'Orient, au sem de leurs pdais.
N'ont vu s'amonceler tant de trésors superbes. Partout édate i'or; partout rayonne eu gerbes , Étincelle en éclairs ,> s'unit en serpentant Des plusricfaes couleurs l'assemblage inconstant; A la voix du vieilUsd mille escla-vcs s'empressenf ; L'argent et le'^riital, suc les tables ^'ils dressent^ En coupes arrondis, en vases cisdés, Frapp entres Voyageurs interdits et troublés.
CHÀMT QUATORZIÈMES ^<^
De cent mets saTOoirewx l'abondaÎDce ehonie, Tribut des eaux , des monts , et des plaines d'Asie, Flattent l'cteil et le goàt incertains dans leur «choix; Au splendide ban«[iiet ils se placent tous trois; De la myrrhe et du nard layapeor émbanmfj^e Se répMid et s'exhale en suave fum^e.
Dans le lointain soupire un bruit mystérieux » Comme si , descendus de la route des cieux , A travers ces détours sonores et magiques Mouraient les derniers sons des harpes sëraphiques. Quand ils ont éraoussë l'aiguillon, de la iaim Qu'une route pénible a fait naître en leur sein : « Amis, dit le vieillard , il ne fiiut rien vous taire; « Des destins de Renaud apprenez le mystère.
« Vous connaissez Armide et son âital pouvoir; « Vous savez quels ressorts l'impie a fiiit mouvoir, « Son arrivée au camp et ses ruses perfides, « £t coDiment vers Gaza vos guerriers. intrépides , « Ënchainés , se rendaient pour y subir la mort , « Quand le jeune Renaud , d'un indomptable effort, « Vainquit h» Sarrasins cl^argés de ^ur conduite; « Mais de l'événement vous ignorez la suite.
« Je vais vous en instruire enfin , et démentir « Ces bruits que dans Tarmée on a &it retentir.
tt Dès que l'cBohanteresse eut appris cet outrage , « Se déchirant le sein de douleur et de rage :
• Il ne jouira pas d^un triomphe si heau ,
« Dit-elle, et l'insolent a creusé son tombeau. « Pense-t-il échapper à ma foreur extrême ?
• U a brisé b^nrs fers , qu'il en porte lui-même;
90 l'A oéftUSALEM DSLIT&ÉE.
« Dans nn long désespoir qu'il ^poîte les.coop*
« Que pour cliaçun d*eii tre eni^ réseryait mon courroux.
« Elle dtt, et,» cédant au d^pit <|uî renflanmae,
« Elle ourdit dans son cœur mue OAureUe trame «
« Et Tole jn«qu*jattx lieux où tes Iwayes. soldato ,
« Par Renaud .oimibattui, onfcp^ toiis sou liréi.
« ÀTant de sVlpigner de ce Ueux solitaire •
« Renaud À tous les yeux prétendit, se soustram*
« Et , quittant son armure,, il avait revêtu
« CeUe d^un Sarrasin par son glaive abattu»
• Armide, rassemblant ses armes dispersées^
« En couvre d*un sc^dat les dépouilles ^céea «
« Et près de ce cadavre elk. place un des aiene
« Qu'elle charge du soin d'abnaer les clu^tietis.
« Sitôt que dans ces Keux ils viennent à panaltre^ '
« Les clûrétiens en effet interrogent le traître ,
« Qui , répétant trop bien sa perfide leçon , i
« Sème dans leurs esprits nn faornble soupçon.
• Du trépas de Renaud la nouvdle semée
« De boucheen bouche alors4SOQrut dans votrearmée; « Et vous n*ignorez pas que des séditieux « Accusèrent Bouillon de ce crime odieux.
« Mais lui ( de la vertu td est le privilège ) « Confondit ce mensonge atroce et sacrilège.
• ^rmide cependant trame d'autres complota*
• Sur les bords de l'Oronte elle attMid ce héros
« Av?Llieuxoù,danSsoncoursplnslentetphistnHtiquille. «t Le fleuve de ses eaux embrasse et forme «ne Ile,
• Et sur un sable pur se promenant en paix ,
« Baigne ses bords parés dé gaions toujours irass.
chjlnt quatorzième. 91
« Le jeune chevalier en ces b^nx Ueiix arrire. « Une Golcmné d'or s'ëlève sur la rive.
« On y lisait grayës ces mots insidietnc : « Qui qui to sois , 6 tm, votaoxub cuueux , « Si TV TKuz AMmsn tujs de Tniscms ensemble « QuB'im ncfBD av mim l'uniters n'en bassemble , « Passi au-j«la na vlevyb , et rtwxs daks ce séjovb « Qui f abeht a l'enti la hatvbi et l'amoub.
« Le héros , emporté par la fougue de l'âge , « Dans un l^ar es({uif flottant près du rivage « S'âance , et , sur le bord laissant son écuyer« « Aox flots seul et sans guide òse se confier. « Comme un rapide éclair le flot roule et l'entraîne ; « Et, déjà descendu sur la rive p^rochainé^
* n va, s'égare, court, cherchant de toutes parts
* Les merveilleuz objet» promis à ses regards.
* Mais , ne voyant partout <{ue de firatches prairies ,
* Des grottes , des berceauE, des pelouses fleuries ,
* n rit du pi^ ofTei^^ sa crédulité. ^ « Malgré lui toutefois il se sent arrêté,
* Et de ce lien paisible il admûre les charmes ,
* Y dépose son casque , y d/pouiUe ses armes ,
« S'assied au bord d'un lac aox flots silencieux ,
* Et res^re à longs traits un air délicieux.
• Mais un léger murmure a frappé son oreille; <* Et du miHeu du lac , dont le cristal s'éveille, «Une vague s'âève et gronde en écumant.
* Le hèt» voit flotter sur rhumide élément « D'unç jeune beante la blonde chevelure r
* Bientôt un col de Us d'une blancheur si pure,
99 LA JERCJSALEIII DÉLtTRÉE.
« Que d^.3»iges iki pôle il efiace 1 Vela t.
« Bientôt un.aein métó ^l'tdbàtre et d'ineol'nat, «£t mille attraits «ncor, dont ki pudeur atisCère « Aux regards amoureux déroi>e ^e my^re , « Apparaissent sans voile à ses" yeux eocinaiitës. « La nymphe , se dressant sur les, fiots^argent^ , « Tient une lyre d*or, et. mollement .soupire « Les aocens de l'amour que sa présence inspire. « C'esjt ainsi qWau thëâtre un art ingénieux '« Noua montre une dëesse en son <}liar radieux. « C'çst ainsi qu'autrefois dans les eaux de! Tyrrhèiie tt Folâtrait une aimable et trompeuse sirène. ,. /■ . « Tel /et plus ravissant, du bruit de ces concerta , « Le magique ûntôme au loin dîarme Les airs ; « Il chante, et le zéphyr, et le rivage, et l'onde, « Écouteut retenus dans une paix profonde :
« O vous que le ïprintemps couronne d^ sçs fleurs, « Vous à qui la beauté destine ses faveurs, « De la froide raison méprisez ie langage.
Suivre tous ses désirs , c'est la raison du sage. « Enfans de la nature , à son école instruits , « De toutes les saisons savourez tous les fruits. « Pourquoi dédaignez-vous l'amouf et'soq ivresse ? « Pourqucn la Renommée , inconstante déesse « « Vient-elle un seul moment distraire vos loisirs ? « Insensés f cette gloire , objet de vos d^ira , « N'estqu'un souffle, iinéchoj'ombreméme d'unaonge, « Dont un instant voit naître et mourir le mensonge. « Libres d'inquiétude , épuisez tour à tour « Les biens d'un âge Aimable et qui ftiit sans retour.
c Voulez-vous étr»^ heureux ? contentez rotre enyîe. « Aux molles yolnptës , dâices àt la Yiê , « Aux prestiges du monde abandonnez vos sei^s. « Que du ciel à son gré les foudres impuissans « Tonnent sur yos plaisnrs et menacent vos tétcs. a Aux lueurs des éclairs , aux fracas des tetnjpétes , « Sans crainte, sans remords', achevez' de jouir; « Et le courroux du ciel , prompt à sMvanouir ,
• Sur vos couches d'amour où la beauté ^repose ^ ^ « Fera bientôt descendre un nuage de rose.'
« Renaud à cette voix, à cet enchantement, « Ferme ses yeax chargés d*nn doux acëaMement ^
• Dans ses veinés dëjè le sommeil s'insin^è ;
« Et la foudre en ëdats s'échappant dé la ttue,
• Et les vents conjures ne rarracheréietit pfts - « A ce fatal repos , iraîige du trépas.
« Armide au méMe iììstant , du lieu qui la rëoile «Sort...... Un fer homicide en sa main étin'ftdle.
« Mais , quand elle- aperçoit ce superbe eiMfeAii «Étendu mollement, zvtr les fleurs endormi;
• Quaînd elle voit ee front où le oalnse respûre ,'
« Et sa bouche où repose un aimable soiîriré.*...»
« Ahf si le doux sottmèil ii'eàt point ferméses yeux!
« Le voilà ce guerrier , ce jeune audaeieux ,
« Ce Renëud que* cherchait et qu'iA trouve ta haine ,
« Armide, lé voilai ta vengeance est certaine :
• 11 dort.... Qui te retient ?....^. Hélas , en os momei^t , « Que son cœur est troublé d'un autre sentimient! «Incertaine, éperdue, elle tremble, soupire,
« Envisage Renaud , et son eourrdux explm
y4 ^A /JÉRUSALEM DÉLIVAÉE.
« C'«9 fst 4oiu: Élit. L'amour égare ta raison* « £Ue Tient 4e. t '^eoir tur le naitsant gazon , « Et le f oi;i9^ o4orant de ^ bouche vermeille « S'unit, an souffle pur d^ guerrier qui. sommeille,
• Palftitante d'amour , maià n'osant s'y livrer , « De sa balle conque elle veut a'assurer.
» Des plantes et des fleurs » dons trésors de cea plaines, « Sa main tretK ^vec art d'indissolubles chaînes t « Entoure lei héros de jasmins et de lis,.
« Tout entier l'enveloppe en leurs brillans replis ; » Sur, son nutgiqne «bar ordonne qu'on le place ; ft S'assi«d à sas côtés , et se perd dans l'espace.
« Ce n'est point dans les mnrs de cet antique fort, « Assis sui; nn marais dont l'eau croupit et dort ; « Ce n'est pmnt à Damas que, 'déposant sa proie >« « Elle va s'enivrer de bonheur et de )QÌe.
ft HQnten«e de sa damme , et craignt^nt l'univers « « EUê /rôle et ê% cache au vaste sein des mers « « Dans une ile sauvage, où la nature ingrate « A l'otU épouvanté n'oSre rien qui le flatte. « Su^la cime d'un mp^t, c'est là que sans délais « Elle ordonne aux. enfers de bâtir un palais. « I^e pied dn monA chenu de frimas s'environne ,
• Et soii firont pvintanier de n^rtes se couronne. « C'est U,\ c'est en ces lieux, rians et fortunés
• Qu'étendus sur les fleurs » et de fleurs couronna, « L'învinoible héros et son enchanteresse
^^« Coulent, des jours charmans ^ê$ par la mollesse. « De sa douce prison vous devez l'arracher , « Et le Dien^def chrétiens devant vous va marcher*
CHAHT QUATORZIÈME. 95
• Quand tous aurez quitté cette me itte<miiiie , « Une femme viendra s'officir à yotre Toe*
• Vous la reconnirîtret à tes cheveux flottant, « A sa robe surtout dont les plis édatans
• Àjol rayons du soleil s'argentent ou se dorent, a Et de mille couleurs à l'envi se décorent.
tt Elle Toos recevra dans un esquif léger ,
« Que seule au sein des mers elle peut dirìger;
« Et le fera voler , comme un aigle rapide, '
• A travers les écueils de la plaine liquide.
c Au pied de la montagne où , par un art fiital, a Armide a su bâtir nn palab de cristal , » Des tigres^ des lions , des oorses courroucées, « D'énormes sangliers , des hydres hérissées , « S*armant tons à la fois de griffes et de dards, « Viendront ramper, rugir , hurler à vos regards. « Que rien ne vous étonne et nç vous inquiète : « Ils fuiront à Faspect d'une simple baguette « Dont je sais le pouvoir, et que je dois demain, « A l'instant du départ , remettre en votre main. • Sur la cime du mont où s'étend une plaine ,
• Du sein d'un roc d'albâtre uiie claire fontaine
« Jaillit à flots brillons et fuit sous des berceaux ; « Gardez-vous de toucher à ses funestes eaux :
• Quiconque ose céder â la soif qui l'entratne
• Est frappé malgré lui d'une ivresse soudaine,
• D'une £itale joie il goûte le transport,
« Et des ris insensés le mènent & la mort.
« Fuyez avec dédain ces ondes homicides; « Craignez encor, craignez ces alimens perfides
« Sur \eJMi^:dj9$ ruisseaux avec pompe jetës;
tt Fuyez au seul a^»ect de cent jeunes beautés
« Qui vous, appelleront d'une voix ingdnue ,
tt Qui , les yeyx jpleins d'amour , la gorge demi-nue ,
« Aux eh^rmes des plaisirs inviteront vos sens.
* Fuyez, fermées IVjreiUeà ces trompeurs accens;
« Et, dignes de mes soins, d'un pas ferme, sans crainte,
« Pënëtrez du parais le confus labyrinthe.
« Dans leur, fraîche parure , à vos regards charmés
« Alors s'étaleront des jai;dins embaumés , ,
« Où la nature et l'art , confondant leur puissance ,
« Rivalisent de grâce et de magnificence.
« Toutes les voluptés peuplent ce beau séjou^:,
« £t le feuilbge même y respire l'amour.
« Là , sous de frais berceaux , où mollement s'étale
• Du myrte et du jasmin la fraîcheur végétale , « Armide et son amant s'enivrent de leurs feux.
« Quand Renaud sera seul , montrez-vous k aea yeux.
tt Au sein du bouclier que pour vous je dispose , « £t qu'un seul diamant de sa splendeur compose , « Qu'il contemple ses traits , ses cheveux parfumés , «i Ses vétemens pompeux , de roses tout semés , « £t ce faste indolent dont l'éclat déshonore « Les destins d'un guerrier que l'Occident implore. , « Alors , n'en doutez pas , un dépit généreux « Chassera de son cœur les désirs amoureux.
« Au nopi de Godefroi , que sa mollesse oublie , « Vous le verrez frémir ; et la gloire trahie « Reprendra sur son âme un pouvoir absolu.
« C'est TOUS en dirç assez, le reste est superflu.
«iVfarcheZ) ne craignezri<ni des Tengeances d'Amiide; « Lé ciel Teille sur tous , et je t uis votre guide. « Mais la nuit cependant nous invite au sommeil : • Soyez prêts à partir au retour du soleil. »
Le vieillard , à ces mots ^ les conduit vers Tasile Où dëjà les attend une couche tranquille.
Là, rêveurs, mais«ontens, il laisse les héros» Et lui-même , à son tour, ya goûter le repos.
SOMMAIRE
JLitfl âenx guerriers» conduits par une femme ineonatte, s*emI>arqiieBt, "EUe leur apprend la future d^conrerte du NouTeau-Mandeé Ds arri- ▼ant au îles Fortunées, s^ur de renslkaBtaressa.L» baauU d« «es Ueax les ravit ; mais ils ferment Voreill* «nx aecords-tonekaBS da la Volupté, et trioB^hent des sirènes qui cbercbent iles séduire. Vain* meurs de tous les obstacles , ils entrent dans le palais d'Armide*
La ntiit d^ja fiiyait, et l'aube matinale Commençait à blandiir la riTe orieniiAe, Quand le sage vi^ard, repoussant le sommeil « Des chevidiers chrétiena ra presser le r^yeil. , Aux succès de leurs soins sa vertu TinUresse. 11 remet dans leurs mains , fidèle à sa promesse, Le brillant bouclier et ]ai>aguetiè d'or.
• Gie^aliers ^ leur dit<il , qm vous arrête encor Ì
* Que rien ne vous ëtonne et ne vous intimide ; « Partez , et triomphez des prestiges d^Armide, »
Ubalde et le Danois, se rendant à ses vœux, De la pesante armure ont ceint leurs bras nerveux. A travers ctxA détours où la nuit règne encore Us s'engagent ensem^e» et la fiaÌ8«ant« aurore
loo l'A JERUSALEM DÉLirBÉE*
Aux rivages du fleuve éclaire enfin leurs yeux*
« Amia , dit le vieillard , reeevez met adieux ,
« £t puisse le Jbonlieur couronner votre audace ! •
£n achevant ces mots, tous deux il les embrasse ,
£t regagne îl pas lents son paisiMe réduit.
Les héros voyageurs, i^e Dieu même conduit»
S'élancent sur le fleuve , et l'onde transparente
Les soulève tons deux cornube la. feuille errante
Que du sommet d'un chêne ont fait tomber les vents,
£t qui se livre seule aux jeux des flots mouvans».
Bientôt au gouvernail d'une barque légère ,
Se montre à lewn regards cette femme étrangère
Dont l'auguste vieillard leur promit le secours.
Elle paraît encore au printemps de ses jours;
Son visage , où se peint son Itme tout entière,
Ofire le 4oux aspect d'un ange de lumière;
Ses~ cheveux ^svr îmk» front tombent néglijtemmcnti
Une splendeur mobile orne «on vêtement ;
Tissu mystérieux dont la vue attentive
Cherche en vain à saisir la cemlenr ftigitive.
Ainsi l'oiseaà chéri de la reiéc des dîeiix
Étale «m pkima^ en cerdes ractiemL.
Aux éclairs du soleil il briMe ^ il étincelle;
Tantâ« éaxm ses replis l'or à longs flots ndssdk;
Taidòt il fait jemer au souffie du léph^v
Le vert de fémcrande on le bien dn saphir;
Et sa pompe toujevrs inconstante et oonfuse
^ilouii les i^krds^ lies charme et les dbnse. .
« Heureux mocteb, dit-elle, approches sans efioi;
« Le SMitve fiM fe sers recommande jàxaa fot
« Le som de seconder Totre saiate entreprise* « Passez dans cet esquif; le ciel le irnvoiise. « U méprise la fofKlre et les flou toffaolefis. s Elle dit « et la nef les reçoit dans 9Ci$ flancs. V^aMigèn , aossitòt commençant le Toyage , S'empare da timoo , s*âoigiie da rìvtage , Abaudonne la Toile aux caresses de Tair^ Et l'esquif sur les eaux f lisse comme ma édrnr^ Le ûenve , resserre da«s un étroit espace^ Élargit cependant sa tranqtnUe sm^Moe , Josqnes aux Tastes mers précqiite aon «ovrs , Et dans leur profondear s'a1>tme pour toujoon. O prodige ! ces mers de loin si menaçasites Apaisent tout k coup leurs Tagues frëtmssantes | La tempête s'enluit ; le ciel devieiit pins pur; Et le xaSmt s'assied sur son tvèae d'aaur. ^
' Mais la «nef, que dirige «ne main immc^eUe^ Laisse à gauclie Ascalon , et dë|à derant elle Se présente Gasa , neble «et reste cité Sur les débris d*on poi^ asdse avec écrié.
Des armes , des soldats , des tentes , des ceardages Couvrent ea ce moment la plaine et ses rivages. Partout brille Pairaio et retentit le 1er.
On compterait plutôt les sables de la mer Que tous ces batailloBs dont Tappareil s^étal^, £t poursuit les apprêts d'ime guerre létale.
L*ëlépbant, le obamean» le coursier généreux « Font voler sous leurs -pas des iouriûllons poudreux. Plus loin, au fond du port où mugissent les ondes, Cent vaisseaux retenus par les ancre»,>profoBdés
Ida LA JÉRUSALEk DÉLITRÉE.
N'atten'dent qa'on signal, et déjk sont tout prète A fléchir- «ons le poids de ces yastes apprêts»
Tandis que les héros admirent en silence Ce mélange inconnu de guerre et d'opulence , L'étrangère leur dit s a Ces soldats , ces vaisseaux , « Tout ce qui 8*offlre à vous , dans le port , sur les eaux , « N'est encor cependant que l'élite ohoitie - « Des forcés: do oalife> héritier de l'Asie.
tt La florissante Egypte et les cHmats yoisius « Ont seuls jusqu'à présent armé les Sarrasins, « Qui du Nil en ces lieux transportent leur banniè^'e ; « £t Fon verra bientôt cette foule guerrière tt Se grossir des renforts qu'elle attend chaque jour. « Mais parmi les chrétiens vous serez de retour « Avant que le calife aux champs de l'iduméc tt Puisse eniki réunir son innombrable armée. »-
ËUe se tait » l'esquif à ses ordres soumis Rase d'un vol léger les vaisseaux ennemis, £t dans sa course échappe aux yeux des Infidèle» : Ainsi l'aigle superbe a d^loyé ses ailes , Se balance an milieu d'un horizon vermeil , S'élève at disparaît dans les feux du soleil. Au gré des vents heureux qui poussent la naceUe , Les chevaliers chrétiens , pleins d'espoir et de zèle , ' Poursuivent leur voyage , et laissent derrière eux Rafli , Rhinocolure et ses sables afireux.
Ils découvrent bientôt eette roche escarpée ,. I>épôt rdigieux des cendres de Pompée.
Ici parait Damiette. Au pied de ses remparts • Le grand fleuvç.du Nil vient frapper leurs regariU;
CHANT QUINZIÈME. . io3
I^ Nil , qak dans les mcn , paT sept bouches grondantes
Épanche le trihot de ses eaux, abondantes.
Là resplendit ce phajre ami des matelots ,
Que la terre loi^-temps a séparé des flots.
Plus loin Toici les mats oà le vainqnear d'Arbelle
Attacha de son nom la splendeur étemelle.
Rhode et Crète » fuyant le regard, incertain ,
Se cachait vers le nord dans Thorizon lointain.
Voilà Ptolën^«M, et les plages stériles
Où Tantique Cyràne a yu fleurir cinq yiUes :
C'était là , ftou^ un ciel aride et nébuleux ,
Que dormait autrefois le Léthé fabuleux.
Les héros , grâce aux soins de leur guide céleste »
Longent la grande Syrte aux nochers si funeste ;
Dans Ifi détroit 4^ Magre il pénétrent alors ,
Et le cap de Judecque est doublé sans efforts.
Malt^ s*en&nce «u sein de l'orageuse plaine :
Mais Tripoli commande à la rive prochaii^e.
Du peuple lotophage autrefois le séjour ,
Alzerbe aux Toyngeuvs se découvre à son tour.
Dans son golfe Tunis tout à coup leur présente
De ses hauts minarets la candeur imposante;
Et plus Unn Lilybée au fropt audacieux
Regarde la Sicile et menace les cieux»
L'inconnue , aux guerriers signalant cette plage ,
Ut regarde et leur dit i « C'est là que fut Carthage.
* Bfais Çarthage n'est plus : quelque fiiible débris « La reconunande à peine au voyageur surpris ;
« Ses pompeux monnmens ont disparu sous l'herbe.
• Ainsi tombât la ville et l'empire superbe l
io4 l'A Jt&USALEM DÉLIVRÉE.
€ Hélas! et «ependant l%omme, né pouf souffrir» « Quand tout meurt à s€S yeux, s^Aigne de momir. « O dëmence ! » Elle parle; et, fhmchissant Kserte, Cran, la Thigitaiie et sa piaiae déserte, Ils s'engagpeiit aloin dans le détM>it fiimeii& Où la mer a Terse ses bouiiloiis éoam«tnc , Et que ravtiquitë, confiante c^ orëd«le, PJace an rang àts travaux de t^innoMe Hereolfl» Sans doute quelque jonr TOte^n ònM, Las d'être retenu dans son immeniité.
De Calpé , d'Abita séparant le trvafe, Voulut avec orgueil seihiyer on passage :
Tant des siècles nombreux le long enehaînement Trouble de l'univers l'ordre et le mouvcanent * Le soleâ , quatre fois ndknaant <a lumcève »
Quatre fois a fini le cours de sa cœTière , Depuis que les héros , icdn des mms d'AsodoQ, Voguent sous trn ciel -pur où se. tait 'l'aquilon. Enfin dans l'Océan leur navire s^iHanœ.
Ubalde le premier a rompu le lilciicç :
« Toi qui nous sers de guide , en oés iiei^ inoomivi, « Dis-moi , d^autres mortek wrtteBt-^b ftarveavs ? « Par-delà cette mer où le sott nous rassemble • « Où les flots et les cieux se «confondent ensemble , « £xiste^t41 encore des peuples d^rens?
« —Quand de 9'£nrope Alcide eut vakicn les tyrans , « Pour la première f«is accessible è la crainte , « Il n*osa de ces lieux passer l'humide enceinte, « Et, contraint d'ignorer leurs mystères divers, « Il borna dans son tour cet immense aaivers.
CHANT QUINZIÈME. ,o5
Ulysse tontefois, dédaignant ces limites, Plein d'ardeur , s'élança loin des bornes prescrites ; n paya de sa mort un ditfsir curieax.
Son destin, si long* temps illustre et glorieax» Est encore ignoré des peu|»les de noire ikge. Si quelque autre, abusé par le même courage « Osa jusqu'en ces Heux pénétrer à son tour , Vainement sa fiimille attendit son retour.
Cependant cette mer, en désastres £{eoQde« Embrasse cent états cachés à l'œil du monde. Leurs bords sont incoimus , mais ils sont habités ; Le soleil y répand ses propices cLurtél; Là , comme parmi nous, sa chaleur Ait édore £t des fleurs et des fruits que la poufpi^ colore. Cet astre, amour du ciel , a-Vil brillé jamais Sans répandre partout la ¥ie et les bienfiâts ?
— Mais les peuf^es ^pars diam/^ ces riches contrées Sont-ils assujettis à des lois rérérées?
Connaissent-ils nos maux ? et , pour les secourir^ A quel dieu protecteur les yoit-on recourir ?
— Chacun d'eux a ses lois , sa langue , ses usages. A des monstres les uns adressent leurs hommages. Les autres, Ò iiiblesse! 6 crime des humains !
Y respectent des dieux, ouvragés de leurs mains. D'autres yers le soleil, la lune ou les étoiles , Qui de la sombre nuit lédaircissent les voiles , D'un crimind encens font monter les Tapeurs.
Tous ont un culte impie et de barbares mpours.
— Ainsi le Dieu de paix que le chrétien révère A ces infortunés refbse sk lumière f
io6 lA JÉRUSALEM DELIVREE.
« — La foi visitera ces rivages si beaux ;
« Les arts y porterout leurs lumineux flambeaux;
« Né dans la Ligurie , un mortel intrépide
« Doit franchir quelque jour les colonnes d'Alcide.
4 C'est en vain qu'à la ibis tous les vents déchainés
il Armeront la tempête et les flots mutinés :
« Des tempêtes , des flots le bruit et la menace
f Ne pourront efi^yer sa généreuse audace.
tt Dans son rapide vol , bravant tous les dangers ,
• Il verra des climats" et des cieux étrangers;
« £t , rival du soleil , dans son cours solitaire ,
• Ses yeux eiAbrasseront le reste de la terre.
« Ce sera toi , Colomb ! Vers un pôle nouveau « Les arrêts du destin pousseront ton vaisseau^ « Que les enfans d'Euterpe et les fìls'dc mémoire « D'Alcide et de Bacchus éternisent la gloire ! « Que» de mille héros retraçant les combats , a lis comptent les tyrans terrassés par leurs bras ! « 'S'ils veulent consacrer de plus dignes mervcilli*t , « Un seul de tes travaux fatiguera leurs veilles. •
En ce moment la nef, d'un essor plus hardi.
S'éloigne du couchant et fait voile au midi.
Mais la clarté du jour tout à coup répandue Laisse voir aux héros, dans l'immense étendue'* La cime d'un rocher qui, du sein des brouillards , S'allonge en pyramide et fâme à leurs regards. Tel se montre debout , aux plaines de Sicile , L'Etna , toinbeau brûlant du géant indocile Qui , soulevant le poids dont il est écrasé , Vomit contre le ciel son courroux embrasé.
Non loiu de ce Tolcan , des îles fortanëes , De myrtes, des fiestoDs, de pampres couronnas, Versent tous leurs parfums sur les flots écuroans. Là, disait-on jadis, en ces climats cliarmans, La terre se refuse au soc de Triptolème , £t de riches moissons se pare d'elle-même.
Là murmurent toujours de limpides ruisseaux; Un miel suave et pur coule des arbrisseaux; La vigne sans culture à la bouche altérée Prodigue son nectar et sa fraîcheur ambrée.
Rien ne trouble la marche et le cours des saisons. Une égale chaleur entretient les gazons.
Les zéphyrs amoureux de ces rives fleuries Folâtrent sur les eaux , caressent les prunes , , £t balancent dans l'or des nuages flottans Le char voluptueux où s'assied le printemps.
• Vous voyez devant vous ces îles enchantées « Par les 61s d'Apollon d'âge en âge vantées. « Mais combien aux beautés de ces lieux séducteurs « Les hhles ont mêlé de récits imposteurs ! » Charles alors : a O toi dont l'appui favorise « U^ périlleux dessein que Dieu même autorise f « Laisse-nous parcourir ces bois silencieux, < Y respirer ensemble un air délicieux.
«Un jour, environné d'une jeunesse avide,
« Je dirai : J'étais là » Mais leur céleste guidfi :
« U ne t'est point permis de sonder les secrets « Que l'Océan dérobe aux mortels indiscrets.
« £t que puis-je pour toi , quand le destin s'oppose « Au projet curieux que ton cœur se propose ?
loS l'A JÉRUSALEM DÉLIVRÉE,
« Dans ravenir lointâiH combien «ont reculés « Les jours où ces climats nous seront réveil ! « Si le Dieo tout^puissant dont le bras vous seconde « Au sein de cette mer , où la tempête gronde , « Vous laisse impunément voguer auprès de moi ,
• C'est pour briser les fers d'un soutien de U foi ; « Pour ravir aux amours sa jeunesse ëgar^ ,
« £t rendre son courage à la guerre sacrëe. ^
« Porter vos vœux plus haut, ce serait offenser « Le ciel, que vos vertus peuvent intiresser.
« Cependant vous voyea sur deux lignes égales , « Que séparent à Tœil deux fkiUes intervalles , « Ces îles d*un aspect si doux et si riant « Lever leurs fìbnts tournés vers Tantique Orient ; « En voilà sept que pare |ine riche culture.
« Trois autres, j|ue délaisse une ingrate nature,
• Sur les monts, dans les bois au loin retentissant, tt Assurent un asile aux monstres rugissant. »
Tandis qu'aux chevaliers elle tient ce langage , Déjà le bord voisin, terme dé leur voyage.
Se courbe en deux croitsans qui forment un bassin, Dont nul vaisseau jamais n'a pénétré le sein. Semblables à des tours , deux rdohcs élevétts« Des vagues de la mer incessamment lavées.
Aux nautonniers futurs serviront de signaux.
De profondes forêts couronnent ces tableaux.
Le lierre, déployant sa souplesse rampante , ' Jusqu'au fond d'une grotte et se traîne et serpente. C'est là que rétrangire, avec les deux héros , Descend, forme la voile , et leur paiie en ocs not| :
* D'an meryeillenz palais la splendeur imprime '
• Sor le haut de ce mont ëbfouit votre vufe ; " Là , de mille plaisirs la profane douceur
* A la foi des chrëtiens enlève un défenseur.
• Aux premiers feux du jour, remplis de confiance,
* Marchez : mais , jusque-là , de votre impatience •* Que la raison modère et suspende l'excès :
• Le retour du soleil importe à vos succès »
Sur la rive soudain les chevaliers s-ëlancent ,
£t jusqu'au pied du mont sans obstacle s'avancent. Le magiqne palais , d'abîmes entoure , Semble âeverau*ciel un front démesuré.
Des neiges , des ravins , des glaçons et des rochei Contre les voyageurs défendent ses approches. Qui le croirait ? au sein de ces àpi'cs hivers Naissent de beaux gâtons , flottent des arbres verts ; Le lis , que dans ces lieux un <iharme fil éclore, Dans sa coupe d'argent boit les pUurs de l'aurore* La rose , accoutumée à de plus doux climats , S'étonne de fleurir au milieu des frimas.
La violette même , et modeste et timide»
Exhale ses parfums , tant la puissante Armide A vonla de son art déployer l'appareil.
Cependant les gtlerrîelrs ont vu fàir le soleil. Dans un antre sauYage ensemble ils se retirent, Et trouvent sur la mousse un repos qu'ils désirent. A peine un faible jour vers l'hoiizon s'étend , L'on et l'antre 8^écrie : Allons^ au même instant. Pleins d'une ardeur nouvelle , ils suivent leur voyage. Alors un monstre afireux leur ferme le passage. ., ta
Dragon ëpouyautable, il rampe : le sentier Sous sa vaste épaisseur disparaît tout entier. Sa créte s'enfle et luit; ses regards dtincellent; Bes^feux noirs » des poisons de sa gueule ruissellent; Il se traîne , il se courbe , il allooge à grand bruit Les anneaux écaillés dont la chaîne le suit L'intrépide Danois k l'attaquer s'apprête; Il agite le fer, quand Ubalde l'arrête :
« Que fais-tu ? » La baguette a sifflé sous sa tnain;
£t le dragon , fuyant , leur cède le chemin.
Plus loin un 6er lion rugit et les menace.
La colère a ridé les muscles de sa iaoe ; Il dresse sa crinière , ouvre des yeux sanglans , Et de sa longue queue il bat ses larges flancs. Mais à peine a-t-il tut l'immortelle baguette , Je ne sais quel présage ou quelle horreur secrèl« Désarmant son courroux et sa férocité, Il sç trouble , il recule , il fuit épouvanté , Et livre le passage à ce couple intrépide »
Qui poursuit çon chemin d'un pas ferme et rapide* Voilà que des essaims de monstres déyorans , . Tous de formes , de cris et d'aspects différens ^ A l'œil des chevaliers apparaissent ensemble. On dirait que l'enfer au même lieu rassemble Les divers animaux qu'en leurs bois ténébreux. Noqrrissent THyrcanie et le Caucase afireux.
Vains efforts ! cette armée innombrable et sauvage Se disperse en hurlant, laisse tomber sa rage; Et rédatante égide , et la baguette d'or, Hême loin des guerriers U font frémir cncor.
CHANT QUINZIÈBIE. Ut
Enfin de roche en reche , et d'abfme en abime , Us ont de la montagne escalada la cime.
Dieux! quels rians tableaux, quels abris embaumes Se présentent en foule à leurs regards charmes! Lé sommet s'aplanit. Une onde transparente , Un vent pur , un beau ciel , une plaine odorante , De grands bois enlaçant leurs rameaux tortueux t D'un peuple entier d'oiseaux les sons Tolaptuenx , Des gazons toujours frais, des âeurs toujours vermeilles. Des fruits toujours dores , et cent antres merveiHcs Qu'étale de ces bords l'immuable beauté , Tout respire l'amour et la félicité.
Cependant , élevés sur le cristal humide , Les superbes jardins et le palais d'Armide Dominent les coteaux et lei bois^ d*alentour. Les chevaliers chrétiens , de détour en détout , Ont franchi de ces bois le vaste amphithéâtre. Tout à coup devant eux une source folâtre Du sommet d'iin rocher tombe, jaillit par bonds. Fait resplendir Pazur de ses flots^agabonds.
Serpente , se divise , abreuve la verdure ^ £t les. fleurs, de sa rive ondoyante bordure; Pais , sous d'épais berceaux qu'éclaire un demi-jour On la voit s'cfnfoncer en murmurant d^mour; A travers les replis de ce frais élysée Distribuer ses eaux en féconde rosée ; Et, riche des trésors qui parfument son sein. Disparaître et mourir dans un vaste bassin« « Voilà, dit le Danois, la magique fontaine.
« Étouffons le dés» qui déjà nous entraîne.
113 l'A JÉRUSALEM DÉLIVHÊE.
« Aux piëget séducteurs prêts à 1100& entourer » « A de perfides cbants il faut nous i^ëparer. « Soudain s'ofire à leurs yeux, sur la rive ombragée , De vingt mets savoureux une table charge $ Des vins frais et yermeils riaiei|t dans les orittaox : Deux nymphes près de là sa jouaient sur le« eaux» Plongeaient, se défiaient, .se suivaient à La nai^e, S'approchaienl tour à tour, s'ëioignaient du rivage; £t chaque mouvement rëv^ aux dsux h4rQ§ Mille charmes trahis par le cristal des flots. Ils s'arrêtent , et même un trouble involontidrfe Commence à triompher de leiv sagesse auatèM , Quand Tune, de plus près sur les flots se dmtimtj Découvre d'un beau sein Tivoire éblottisaaBit. Que de charmes plus doux, de formes -htt Ttartm , Restent demi-voilés par les eaux eareasantea l Ainsi que du milieu 4es vapeurs 4e la nuit L'étoile du matin se dégage et nous lait , Ainsi paraît la nymphe , et de sa chevelure En gouttes de cristal s*épanche une onde pore* A Taspect des héros , dont les yeux enchantée Erreut complatsamment sur ces )euAd9 beauté « Une feinte piideur, qui l*emb^t eneoTe, Donne à ses traite émus l'incarnat deVAifvofei Et sa main s'empreesant à délier les neeud* Qui retiennent caj>tif l'or pur de ses cheveu», Ils tombent a longs flote , et leur voiie ^Utr» De son sein virginal environne ratt^Ore.
Sous Jl^^ouvant tisaa qnel charme «Mn^fgtt 1 Mais quelle grâce 4u.core et qua «ouvSTSrait!
CBANT QUINZIÈME. ,i3
La heilt tupMïghc , ainsi s'enveloppant de l'oade ,
£t da rése^ qa'élenà ta d^Telvre blopde ,
Tourne vers les guerriers pleins d'un tendre désir
Bes yeux où se confond Tao^onr et le p^ûsir.
Son trouble est à la fois i^ngQprepiL et npip^U;
Son soarire embellit une rougeur Q^k»te,
Et de cette rougeur, par unfohaimAnt.cQlotir*
Ce sourire piquant s'eifdtellit k a«n 4oar^
La nyi^p^e, moin» timide i ^UMÎtot f«ijt .enteiidre
Les accens d'une toì|l si na|ve et ^i teudre ,
Que du |Aus At>id mortel, par un eliarme vainqueur,
Us remptiment d'i^nour et les nm et le cœur.
« Jeunes hëros , ò tous que les destins propices
« Amènent parmi nous en ces lieux de délices ,
« C'est ici 'que le ciel , sous ces rameaux épais ,
« Des premiers jours du monde a conservé la paix.
« Tout y âatte nos ^nx , y comble notre enrîe.
« Cet asile charmant est le port de la vie.
« Suspendez Totre armure à ces berceaux flottans,
« L'herbe molle des prés , les gazons éclatans ,
« Ces lits Toloptueux que le zéphyr caresse
« Fayorisent l'amour et sa touchante ivresse.
« L*amour seul vous appelle à de nouveaux combats
• Complices fortunés de nos tendres ébats ,
« Nous vous présenterons à notre aimable reine.
• Sur un ttône de fleurs la jeune souveraine « N'impose à des sujets épris de sa beauté
« Que les lois du plaisir et de la volupté.
• Cependant, rafraîchis dans une onde si belle,
• Puisez à nos banquets une vigueur nouvelle. •