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^,^ LA JÉRSALEM DÉtiVRÉE.
Ainsi chante la nymphe ^ et d'un geste flatteur Sa compagne applaudit k ce chant sëdncteor.
Aux sons de la musette une jeune hergère Accorde ainsi les pas de sa danse lëgère.
Mais ces regtfds si doux, ces perfides accent Des deux guerriers à peine ont effleure les sens. Pleins du Dieu protecteur que tout bas ils implorent, Ces sons eflBéminés autour d*eux s'^raporent C'en est fait ; et tandis que , se donnant la main , Du magique palais ils prennent le chemin.
Les trompeuses beauté , que leurs mépris d^aissent, Au sein profond da lac plongent et di^araÎMent
FIN pu CHAUT QUINZIEME.
SOMMAIRE
Deseriptioii cla pftUis «t àet jardÎM d'Annide* Les deux foerrier* , cacb^s toma le feuillage, contemplent les transporU des jennea amans. Armide quitte enfin Renaud. Alors Ubaldo s'arance, et présente è m* regards le bouclier de dlaaiiant. A cet aspect le eoaragedmbtfrosse réveille. Lui-minte presse le d^part^ etsortdapslais. Cependant Armide yole sur ses pas, et par ses larmes, ses prières , s'efiôrce de Tattendrir. Renaud est inflexible, et profite, pour s*«<* loigner, du moment où la princesse est ifvanonie. Furieuse, elle jote la perte du btfros, fait détruire par les damons son magique palais , et s'euTule sur son ehaiu Arrirée daos la Syriof eUe rassemble ses femmes , ses guerriers , et se rend avee eux 4 Gasa.
A &M IDE, et les dëmons, empresses à Ini plaire, Ont trace du palais la forme cireulaire.
U t'ëlèye au milieu de jardins toujours rerts , Tels que n'en vit jamais fleurir notre univers. Autour de ces jardins , des pavillons sans nombre S'enchaînent Tun à l'autre , et d'un dédale sombre Les détours , les replis , dans leur immensité , Voilent à tous les yeux Tédifîce enchanté.
Cent portiques dont Tor &it resplendir les TO&tes Outrent aus deux héros cent lumineuses routes.
ij6 tA iékusalem délivrée;
Mais le riche travaille qui serpente dans Tor En relève la pompe, et la surpasse encor.
Des groupes ëclataus que Les guerriers admirent Ont Pair de se mouvoir, font croire qu'Us respirent; £t tel est en efiet le prestige des sens , Qu'a leur voix fantastique on prête des accens. Là, parmi vingt beautés^, vierges de Mëonie,^ Hercule de ses fers traine l'ignominie :
Ce héros que l'on vit , d'un bras audacieux , Dompter le noir Taitare et soutenir les cieux » Joue avec des fuseaux et tient une quenouille. Du monstie de Nëmëe essayant la de'pouiU^t D'une folâtre main Iole , à sts oôt^ , Soulève la massue et les traits redouta.
Mais la peau de Lion l'embarrasse, la blesse , £t de son corps charmant fatigue la faiblesse. L'Amour contemple Aloide, et «ou souris moqueur Du haut des airs insulte à ce fiimeux vainqueur. Plus loin avec fracas la mer grondç , s'allume , Et roule en bouillonnant ses flots blanchis d'ëcume. .Une, double h>tét d'armes et de vaisseaux S'ëlève , se prolonge et pèse sur les eaux.
Les dards , les boucliers , les glaives resplendissent; L'onde a TMat de l'or; mille éclairs en jaillissent; Leucate est embraie du feu de ces combajLs; Tout l'empire romain d'Octave suit les pas; Antoine , dans l'espoir de venger, son offense , Traîne tout l'Orient lev^ pour sa défense.
Les habitans du Nil , du Gange , de Tlndus , Et cent peuples encor mêlés et confondus.
On croirait voir des monts entre-choquer leurs cime;»,
Et pleuvoir en dëbris sur les yastes abîmes ;
Ou, de leurs lits £ingeui^ ensemble s'exilant ,
Les Cydades na^er dans un gouffire brûlant,
B^jà siffle le trait; d^ià le fen pétille ;
B*unlong embrasemejit Tonde ou loin fume et briUc.
Le sang couk et jaillit. Cependant le destin
£ntre les deux partis flottç encore incertain ,
Quand tout à coup s'enjGuit U belle Cléopàtre.
Antoine l'aperçoit : 4^Q^AÌne l'idolâtre ,
Hélas! et, succombant a qe 4crniçr rerers ,
Au trop heoreua^ Octave il cède l'univers.
Mais non » il ne fuit pas ; il ne £iit que la suivre .
Jouet du sort &tal dont le charme l'enivre ,
Vous le voyez pâlir, frissonner toijir à tour
De honte, de ftireur^de vengeance, d'amour.
Contempler et sa ilotte , et la mer écun^nte ,
Et l'esquif d^nt la voile entraine son amante ,
Dans les détours du Nil on se cachent ses pas «
Auprès de Géopàtre il attend le trépas*
Un regard, un seul mQt de l'objet qui l'enâammê ,
Apaisent le remords élevé dans son âme.
Idûds de tous ces tableaux , £ruit d'un art merveilleux
Les chevaliers chrétiens ont détaché leurs ye.u;^.
£t dans les pr^ondenrs du vaste labyrinthe ,
D'un pas ferme et rapide , jils- s'engagent sans crainte.
Tel qu'on voit sur ses bords frais ejt voluptueux Se jouer le Méandre en replis torjtueux ; De sa source à la mer, de la mer à sa source , Un doux caprice égare ^t promèpe sa course ;
„S l'A JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.
Et le âot qui remonte au flot qui redescend Livre , sur son passage , un combat innocent» Tel , et plus varie dans sa route confuse , he dedale s'oppose aux guerriers qu'il abuse. Mais f enfin démêlant ces détours sinueux ,
Ils s'avancent Soudain voilà que devant eux
S'offrent dans tout Tëclat de leur magnificence Ces jardins qui d'Armide attestent la puissance. O quel mélange heureux de mobiles ruisséaax « De gazons émaillés , de jeunes arbrisseaux î Ici de frais vallons , là de rians bocages , Émules de fraîcheur , de verdure et d'ombrées ; Mille essaims embaumés de plantes et de fleurs Dont le cristal des eaux voit flotter les couleurs ; Des cavernes , des lacs , des grottes « des fontaines. Des coteaux f de grands bois, et de fertiles plaines. L'art qui de la nature emprunte le pouvoir Jamais en Timitant ne se laisse en^evoir; D'un aimable larcin déguise l'imposture; Semble de tous ses droits investir la nature, ' Et prête à ce séjour, par lui seul habita, Un charme de mollesse et de simplicité.
L'air féconde les fleurs; l'air, à la voix d*ArmÌde, Encourage l'essor de la sève timide ; Et les fleurs et les fruits , qu'il réchauffe en son cofin« Dans un ordre constant se succèdent toujours. Sur le même rameau la pomme jaunissante Voit blanchir le duvet de la pOmm^e naissante. Plus loin , sur le sommet des coteaux lumineux La vigne de son pampre entrelace les nœuds ,
CHANT SEIZIÈME. igi
Étale 868 bourgeons , avec orgueil déploie De ses grains trausparens la firaicheur et la joie, £t suspend autour d'elle en un riche appareil Ses grappes de rubis qu'enflamme le soleil;
Mille oiseaux diffërens de voix et de plumages En soupirs amoureux confondent leurs ramages. Cbantent-ils ? le-zëphyr s'arrête au même instant : Qu'ils se taisent, soudain le zëphyr inconstant Reprend son yol l^er , redouble son murmure , Fait fremir les ruisseaux, les forets, la verdure. Et les ruisseaux, les bois, par des sons ravissans Des oiseaux attentifs prolongent les accens.
Mais le silence règne. Alors se fait entendre On ne sait quelle voix harmonieuse , tendre , Qui, d'un hymne d'amour charmant tous les ëchos, Remplace le concert de la terre et des flots :
« Voyez dans nos bosquets la rose vierge encore
• S'ëchapper du bouton qu'une nuit fit ëclore. « Plus elle s'enveloppe, et plus l'œil enchanté
• Devine sa fraîcheur et prévoit sa beauté.
• Moins timide , bientôt la rose printanière ,
• Se dégageant du nœud qui la tient prisonnière , Aux caresses du )our abandonne son sein,
« Hélas! et son éclat a disparu soudain.
• Elle languit et meurt , cette rose si belle,
« Que brdlait de cueillir plus d'un amant fidèle
« De la jeunesse ainsi la fleur s'épanouit,
« Ne briUe qu'un moment , tombe et s'évanouit.
• De myrtes, de rayons la tête couronnée,
« L'aimable et doux printemps ramène chaque q
lao LA JÉnUSALEM DÉLIVREE.
« Mais il ne peut, hëlas! ramener dans son cours
« La première fratcheur de nos premiers beaux joon.
« £h bien! puisque le soir elle sera flétrie,
• Cueillons dès le matin la rose de la vie.
« Dans rage des plaisirs , aimons, lorsque Tamour
« Nous promet les douceurs du plus tendre retour. «
Elle dit : les forêts plus mollement g^miâsént| Au chant aërieH les oiseaux applaudissent; Vous les voyez fremir d'une nouveDe ardeur:
La colombe « oubliant sa plainte et sa pudeur. Poursuit de ses baisers sa oompâg&e chérie.
Tout s'unit, se confond, s'enlace, se tasLVte, Une sèv« d'amour inonde à flots errabs Les prës , les bois, les fleurs , les v Allons odohuis. ■ Le lierre au bras flexible enveloppe le cbéne; Tout ce peuple d'amans forilie une étroite cbatoé , D'un long embrassement savoure le plaisir , Et tremble , tourmenté des fHssons du désir.
Au sein de cette vaglie et tendre mélodie , Les gucrriei^s c ependant d'une marche hardie S'avançaient, et, toujours maîtres de lenr raison , D'un charme insidieux repoussaient le poison. Tout à cotip leurs regards à travers le feuillage Ont cru voir..,, ce n*estpointune trompeuse imaçe.... ^ rmide sur des fleurs assise mollement tpure de ses bras son invincible amant, ^onde cheVelure au gré d'un vent folâtré «^f et de son beau sein voile à demi l'albàtrc. ^nguit d'amour : un brûlant incarnat ^ de son front la blancheur et l'éclat.
CHANT SEIZIÈME. lai
Tel que luit un rayon parmi les flots limpides , La flamme da dësir brille en ses yeux humides, Armide, toat entière à ses feux renaissans, De pleurs délicieux , de baisers caressans , Couvre le front d'ivoire et les lèvres de rose Dn jenne et beau guerrier qui près d'elle repose. Mais, lui de son bonheur se laissant accsibler, On dirait que son âme est prête à s'exhaler.
Il brûle , il se consume , et d'un regard avide ' Dévore les beautés et les grâces d'Armide.
Sons un myrte voisin les deux hëros cachés Tiennent sur ces amans leurs regards attachés.
At|x branches d'un lilas se suspend avec grâce Un magique miroir dont la splendeur retrace Ces mystères d'amour et de félicité.
Armide avec orgueil de sa propre beauté Y cherche seulement une image fidèle.
Renaud ne voit qu'Armide , Armide ne voit qu'elle. U est fier de sa chaîne ; elle de son pouvoir» « toi, mon seul amour et mon plus doux espoir, • Armide, disùt-il, daigne tourner encore « Vers ton heureux amant ces beaux yeux rru'il adore. ■ Pourquoi chercher toujours dans ce miroir trompeur « L'image àe$ attraits qui subjuguent mon cœur ? « Laisse^moi contempler leur touchante merveille , « Et respirer l'amour sur ta bouche vermeille. » Armide en souriant éctoute ce discours , Achève sa parure , et s'admire toujours.
D^à de ses cheveux sous ses maip empress'édi S'enlacent molîement les ondes fiispersées.
222 LA JÉRUSALEM DÉLIVBÉE^
Elle y mêle des fleurs dont Tëclat ravissant
Brille comme l'email dans l'or resplendissant ;
Aux lis de son beau sein joint la rose étrangère ,
£t dëroule à longs plis son ëcharpe légère:
Ainsi le paon superbe ouvre aux feux d'un jour pur
Les yeux de sou plumage éblouissant d*aznr.
Ainsi la belle Iris, à la fin des orages ,
Quand le ciel est encore obscurci de nuages.
Attache en souriant à leur front pluvieux
De l'arc aux sept couleurs le prisme radieux.
Mais l'art et la nature unissant leurs prodiges , De sa riche ceinture ont tissu les prestiges : Soumis aux lois d'Armide , et servant ses projets, Ils ont su rassembler d'invisibles objets, Donner des traits à l'àme , un corps à la pensée. On y voit la pudeur craintive et menacée , D'un cœur novice encor les battemens confiis , Les dépits simulés, les attrayans refus, Les langueurs du plaisir, ses larmes, son sourire, Le calme de l'amour et son fougueux délire.
Armide, pour séduire et tromper tous les yeux , A tressé de ses mains , a trempé dans les feux De ces objets divers le magique assemblage.
Depuis cet heureux jour, fière de son ouvrage. Et du charme nouveau que son art a conçu , EDe ne quitte point le merveilleux tissu.
Mais des feux du matin l'horizon se colore :
Armide, en s'éloignant du guerrier qu'elle adore. Lui donne un doux baiser, et va loin de cet lieux Interroger en paix' son art mystérieux.
CHANT SEIZIÈME. ia3
Aenand ne peut la suivre. Errant sous ces ombrages. Au milieu des oiseaux , peuple de ces rivages , Loin de sa beUe amante il languit tout le jour, £t demande à la nuit de presser son retour.
Mais à peine la Nuit, laissant flotter ses voiles. Abandonne aux zéphyrs son char seme d'étoiles, Armide , que ramène un doux empressement.
Vient d'un jour sans bonheur consoler son amant, £t passe près de lui les heures fortunées Qu'à ses plaisirs encor cèdent les destinées. Mais , enfin suspendant les amoureux combats , Elle a fuit : les guerriers de l'œil suivent ses pas , Et tous deux, s'élança nt de leur retraite obscure. Se montrent à Renaud sous leur pompeuse armure.
Tel, parmi des troupeaux, un coursier orgueilleux, Que l'on vient d'arracher aux hasards pâ-illeux , Dans les langueurs d'amour, au sein d'un pâturage , Epoux efiéminé, consume son courage.
Mais du clairon guerrier si le bruit frappe l'air, Si du glaive brillant soudain jaillit Téclair, n frissonne , il se dresse , et , sous un nouveau maitre, Dans le choc dts combats demande à reparaître. Tel , quand Tarmure éclate à ses regards surpris , Renaud s'étonne , tremble , et reprend ses esprits. Uhalde alors s'avance, et découvre à sa vqe Du divin bouclier la splendeur imprévue.
Renaud dans ce miroir contemple en frémissant D'an héros tel que lui le Êiste avilissant , Ces cheveux abreuvés d'essences onctueuses , Ces vêtements tissas de fleurs voluptueuses ,
£t ce fer 4ui lui reste , hélas ! déshonorié
Par les vains ornemens dont il est dëcorë.
Tel qu'on voit un mortel tourm.entë par tles songes ,
Même après le rëveil , douter de leurs mepsonges ,
Et sortir lentement de sa pënible erreur ,
Te.l le jeune Renaud, pâle, saisi d'horreur^
Détache ses regards du miroir trop fidèle
Qui lui rend de ses traits Timage criminelle.
Pour dérober sa honte aux yeux de Tunivers
Il voudrait se plonger dans les feux , dans les a^tn ;
Ou plutôt que le ciel, armé de son tonnerre ,
L*engioutit tout vivant au centre de la terre ;
Quand Uhalde s'approche et lui parle en ces mots :
« L'Occident aujourd'hui rassemble ses héros.
« Quiconque suit du Christ la loi sainte et chérie,
u Signale son courage aux plaines de Syrie ;
« Et l'appui des chrétiens, étrangers à leur sort,
« Aux limites du monde obscurément s'endort !
« Et le fils de Berthold , esclave d'une femme ,
« Cache dans les déserts son opprobre et sa fiamme.'
« Qu'est devenu Renaud ? quel charme sul^rneur
• Lui ferma àlHong-temps le chemiA de l'hpnnenr ?,
<» A de plus nobles soins que ton goeuf ♦'abandpnnr!
« Viens ; le camp te désire , et Gpdefroi l'ordonne.
4 Invincible g^ieiT^'' choisi p^r les 4^9^ *
« Aux ennemis de Dieu porte des coups certains.
u Et, dans Jérus^em d'épouvante frappée ,
« Du sang de l'Infidèle abreuve ton épce. »
Aux sons de cette voix Renaud reste un moipent Immobile, confus,, mnet d'étonneop^ç^t ;
CSANT SEIZIÈME. is5
Une roageur subite allume son risage.
Mais de ses aemi bientôt il recouvre Tusage ; Â la honte bientôt succède dans son cœur D'an gëni£reux dëpit le sentiment yainqueur ; Affiranchi désormais d'un amour ^'il abjure , U brise, il foule au;c pieds son indigne parure , Et, hâtajit son dépa]:t, il guide les guerriers A travers pes confus et ténébreux sentiers.
Tandis c[u'il s'abaudouue à l'ardeur ^ui l'entraîne , Tandis. qu'il jfuit Armidie , ( ô surprime soudaine \ ) Armide reconnaît sur la poudre étendu Le dragon , du palais surveillant ^ssidu.
Un noir pressentiment de son âme s'empare.
Elle aperçoit Çcnaud qqi d'elle se sépare , Et, déjà consommant toute sa trahison , D'un pas précipité fuit sa douce prison* Elle vent s'écrier : « Dans quels lieux il me laisse , ft Le cruel [ n Mais sa voix , que trahit sa £iiblesse , Expire, et tout le poids d'une horrihle douleur En sanglots étouffés retombe sur son coeur.
L'infortunée, iiélas 1 un ascendant suprême Lui ravit son bonheur et le héros ({i0^e aime. Elle n'en doute plus, et, pour la secourir, ^
Aux secrets de son art commence à recourir.
£Ue connaît ces mots que dans la Thessalie Proférait en hurlant l'immonde Ca^tilie; Les sons mystérieux et les pHissans accords Qui suspendent le jour et raniment les morts. Mais l'enfer, si long-temps de ses vœux tributaire, L'enfer reste immobile , et s'obstiue à se taire.