‹ La Jérusalem délivrée (volume 4)Chapitre 4 sur 4 · FIN DU CHANT SEIZIEME · texte numérisé non relu

FIN DU CHANT SEIZIEME

SOMMAIAS.

L« «aKfe tûH le d^ombr^mvnt At aes tro(it>«s fltfas lesnars <!• Gaza, àrmifie se ioint à se* ^uflrn«n, «tiet in^àrvMQ «m saccès Je sa cauiet ReDaa4 arrive pendant la nuit dans une forêt, où le même vieillard dont le pouvoir a guide jusqu'au palais d'Ârwidc Ubaide et le Danois, lui prf^scnts un bouclier sur lequel sont graves les exploits de ees ancf-tres. Il donne de sages conseils an htfros « r|tti ' ittotre dans le csùoip» >

Aux confins àt Peluae et de U Palestine , O^za dn sein des flots s'éièye et le« domine^ Autour de ses remparts un terrain sablonneux S'allonge» e& du soleil i-^dëchit tous les feax. U àea yents du midi la dévorante baleine Divise en tourbillons une poudreuse arène, Dont les flots embrases engloutissent i ouvent l^ voyageurs perdus en ce désert mouvant, n

Jadis elle appartint aux enfans dn propbète.

U monarque d'Egypte en a fait la conquête; £t , de Merapbis pour eUe oubliant le sé)Ottr , A porte daùs ses murs et le trône et la cour. C'est là qu'en ce moment ce chef de tant de princes Hassemble les guerriers de ces vastes provinces.

i4o )^A JÉROSALEDI DÉLIVRÉE.

O muse! redis-moi quels furent ses ëtats? ,

Redis-moi de quels bords , de quels lointains diniat» Tant de peuples vassaux de son grand diadema Accoururent en foule à son ordre suprême !

Seule tu peux comptei; leurs nombreux* bataillons ; D*une clarté nouvelle ouvre-moi les sillons ; Viens m*of&ir cette pompe à grands frais ëtalëe, £t la moitié du mondie en ces lieux appelée !

Quand TÉgypte , infidèle aux lois de TËternel , Brisa de ses tyrans le sceptre criminel , Un fils de Mahomet l'asservit tout entière , £t fit sous Talcoran ployer &a tête altière.

On l'appela calife ; et trente souverains Affermirent encor l'ouvrage de ses mains. • f Leur empire envahit et l'Asie et l'Afrique , £t bientôt, étendu jusqu'à la Marmariqne , Il embrassa Cyrène, Alger, Maroc, Osmus, Et le vaste climat qui vit régner Crésus; Puis d'un rapide vol traversant le Bosphore , Il dispensa des lois aux peuples de l'aurore ; Renferma l'Arabie et ces bords renommés Où Moïse sauva les Hébreux opprimés ; £t, côtoyant r£uphra.te, il prolongea sa course Jusqu'aux lieux où du Nil se dérobe la source.

Un calife y commande. Il sait associer Les vertus du monarque aux talens du guerrier. Héritier des soudans fondateurs 4c sa race ^ Il méirita l'honneur de s'asseoir à leur place. Le glaive en main , le front couronna du turban. Il combattit le Tiu-c , l'Arabe , le Persan,

Et, Tainqnenr ou yainca , nulle indigne fidblesse N^a jamais de son sang dementi la noblesse.

Maintenant qu'un grand âge appesantit son bras, a pose le fer , instrument des combats.

Mais , pressa du besoin d'illustrer sa mémoire , U conserve en sonxœur l'amour de la yictoûre; £t ce prince héros , malgré le faix des ans , Combat par son génie et par ses lieutenansi Une telle vigueur anime sa vieillesse , A tant d'audace encore il joint tant de sagesse» Que, sans fatigue même , il supporte le poids De cet empire immense accru par ses exploits. ÀQ seul bruit de son nom l'Afrique s'épouvante. L'Inde en loi de Brama voit l'image vivante ; Et du riche Yémen les errantes tiibus , A ses pieds , tous les ans , déposent leurs tributs. Tel est le souverain dont la jalouse rage Des chevadiers du Christ menace le courage :

Au gré de sa puissance il soulève contre eux Et les rois ses sujets , et leurs peuples nombreux , Tous , en espoir , vengeant FAsie humiliée.

La jeune et belle Armide , à leur cause alliée , Parmi tous ces héros «e montre au même instant Oà le roi , du sommet de son trône éclatant, Compte les bataillons déployés sur la rive.

Par cent degrés, d'ivoire k son trône on arrive. Le Êiste oriental sur ses pompeux habits Éclate, et, sous- un dais enflammé de rubis.

Le monarque à ïes pieds foule un tapis superbe Où Vor pur et l'argent s'entrelacent en gorbe.

i4a LA.JÉEUSALEM DÉLIVRÉE.

Un lin , par sa blanchenr, de la aeîge mal Enveloppe en taiinn son front impérial.

Une barbe à longs flots descend sur sa poitrine; Son seul aspect rérile une illustre origine ; Les ans n*ont pas ëteint les éclairs de ses ^reux ; Digne du rang sacré qu'il tient de ses aïeux ^ Sa main porte le sceptre, et dans ses traits respire La double majesté de Fàge et de Tempire.

Ministres du calife et de ses volontés , Deux satrapes debout s'offirent à ses côtés : Ils partagent Féelat de la grandeur royale ; Égaux en dignité , leur puissance est égale ; L'un porte dans sa main le glaive de la loi ; L'autre tient un sceau d'or, marque de son emploi; L'un , des secrets du tifóne beureax dépositaire. Pèse tous les délits dans sa balance austère ; L'autre règle des camps le nombre et l'appaml, £n nomme tous les chefs , préside leur conseil. Ne rend compte qu'à lui des trésors qu'il «iispeiise , Et ministre absolu , punit ou récompense.

Mille Circassiens d'un coun^e éprouvé Veillent autour du trône avec pompe élevé.

C'est là que, sur un siège et de pourpre et de «oie, Le calife rayonne , et d'un œil plein de joie Voit en ordre marcher tous les corps principaux Qui devant lui passaient i inclinant leurs drapeaux^ La haute et basse Egypte ont donné la naissaiic« A rimmense escadron qui le premier s'avance.

L'Egypte, en ce moment l'orgueil de l'univers,» Fut jadis un limon usurpé sur les mers i

^ CHANT BIX-SEPTIÈME. 143

€e limoD , raffermi des mains de la nature ,

Devint avec le temps propice à la cultore.

Et le fleijiTe du Nil, pour mieux le féconder ,

Tous les ans de ses eaux se plut à l'inonder.

Dans son immensité que de plages désertes

Aux seuls navigateurs forent' long-temps ouverteat

Le premier batailloii sort de ces murs vantés

Qae d'an nom belliqueux Alexandre a dotes,

£t s'ëloigne à tegrét d'un climat pacifique

Borné vers le couchant par les côtes d'Afrique.

Araspe le conduit, Araspe dont le bras

Jamais ne se signale au milieu des combats ;

Mais il sait avec art ourdir un stratagème :

Habile à varier sa politique extrême ,

n surpasse en détours le Maure insidieux.

Sar les pas d'Arontée on voyait après eux

Des soldats plus vaillans et voisins 4e l'aurore.

Lenrchef, qu'un rang illustre, un nom fameux décoi^ t

A l'errante déesse aux cent yeux , aux cent voix.

Jamais n'a fait redire un seul de ses exploits.

Daus l'ombre d'un sérail trônant sa vie obscure,

Jamais il n'a fléchi sous le poids d'une armure;

U trompette jamais n'a troublé son sommeil;

n devance aujourd'hui le retour du soleil ;

Un vain désir de gloire , une aràeur indiscrète ,

L'arracheiit aux plaisirs de sa molle retraite.

La troupe qui les suit et marche sons Gazcl, Né dans la plaine antique oà s'élevait Babel, £st moins un escadron qu'une innombrable armée. Pour recueillir les grains dont l'Egypte est temée «

i44 I^ JÉRUSALEM DÉLIVKEE.

On ne croirait jamais qu'il faUqt rassemblei; Tant de bras eu ce jour prêts à se signaler.

Le seul Caire pourtant, dans ses vastes niurailles. Les a tous rëu^s et formés aux batailles.

Aux coups des ennemis ils savent avec art Opposer tour à tour et Tépée et le dard; -^

Ils n'ont point d'autre armure : et l'or, les pierreries Parent leura dolimans de ricbes broderies; £t leur présence inspire à l'avide Latin . Moins la peur de la mort que la soif du butin. Les peuples de Barca , presque nus et sans armes , Venaient sous Alarcon s'essayer aux alarmes , Misérable ramas par le meuitre a^^ iU; Les rois de Sumara , de Fez , de Tripoli , Entraînent sur leurs pas quelques bordes féroces ^ Moins sauvages peut-être, et non pas moins atroces* Ces deux peuples , tremblant à l'aspect du danger, Excellent aiu combat dans l'art de voltiger.

Mais voici les pasteurs de l'beurcuse Arabie. Là ( si l'on croit dn moins tout ce qu'on en publie) Les cbaleurs de l'été , les glaces des hivers Respectent des vallons les tapis toujours verts. Là croît le haut palmier; là bourdonne l'abeille; Chaque aurore se lève et riante et vermeille^ La rose d'Yémen , au calice pourpré , Brille et s'épanouit près du safran doré; C'est là sur un bûcher de fiiyrrhe et de cinname , , Que le divin phénix se couche, meurt, s'enflamme. Renaît, et vers les çieux prend un nouvel essor. Dans sa serre argentée enlevant l'urne d'or

CHAKT DIX-SEPTIÈME. 145

Qui Toile sa dépouille ëternelle et fi^nde ,

Vers iiëliopolis , oà de Tastre du monde

S*âèye arec orgueil le temple renommé ,

II vole , et sur Tantel de roses parfumé ,

Sous les yeux du pontife , il dépose la cendre

Qu à son nouveau trépas lui-même ira reprendre.

Heureux le voyageur qui , de sables couvert, -

£t long-temps dévoré par le ciel du désert,

Peut se désaltérer en ces pures fontaines ,

Et s'asseoir un moment sur Témail de ces plaines!

Partout à ses côtés s'exhale un ambre pur;

U croit Toir, du sommet de la voûte d*azur.

Descendre mollement sur ce iàrais élysée

Un nuage de fleurs , d'encens et de rosée.

Le carquois sur l'épaule , un arc d'ivoire en main ,

Ces pasteurs pour leur chef reconnaissent Osmin.

Voyez-Tons accourir ces soldats indociles î Habitant des déserts , sans foyers , sans asiles , Us traînent après eux leurs errantes cités, £t montent des chevaux habilement domptés.

Sur leurs fronts que brunit la chaleur africaine îlottent de longs cheveux aussi noii-s que Tâi^èae. le premier escadron est conduit par Morgand , ^ Le second par Syphax , moins guerrier que brigand.

Ceux-ci de la mer Rouge ont quitté le rivage. 1^ flotte sous les eaux ce brillant coquillage Où la perle , promise au front de la beauté , B^obe à l'œil du jour son éclat argenté.

C'est Osmar qui les guide, Osmar, guerrier farouche, Qoi, toujours la menace et l'insulte à la bouche ,

l4<( LA JÉKUSAXBM DÉLIVRÉE

Foulant aux pieds l'honneur , bravant toutes les loia. Embrasse avec dédain la querelle des rois.

Quel est ce tourbillon ? Comme un ^dair rapide Se precipite et vole une foule intrepide :

L*ile de Mëroë la vit naître en son sein.

Chevaliers du Très-haut , qu'ils menacent en vain*^ Estimez leur courage! il est dignp du vôtre.

Le grand Nil d'un côte; FAstrabora de l'autre, Ceignent l'Ethiopie où dorment leurs aïeux.

Trois souverains égaux commandent en ces lieux ^ Mais leur culte diffère : Assimir et Brimane , L'un et l'autre nourris dans la foi musulmane , Vassaux du grand calife , et prêts à le venger , Sous les drapeaux d'Egypte accourent se ranger. Le troisième, qu'éclaire une sainte croyance. Avec l'impiëtë n'a point fait alliance :

Étranger à la guerre , il reste en ses états. Deux autres souverains amènent aux combata Une élite déjà par la gloire illustrée :

L'un règne sur Ormus, vaste et belle contrëa Que le golfe Persique embrasse de ses eaux ; L'autre sur le Bécan» si fertile en troupeaux. Quand les flots de la mer comme des monts se dressent, Lp Bécan est une ile; et, quand les flots s'abaiaseiit t On y voit d'un pied sec passer U voyageur.

Et toi, fière Altamore! à l'appel de l'honneur ^ De la couche d'hymen désertant la mollesse , Loin d'une épouse en pleurs que ta gloire délaisse , Tu veux partir!... Mais elle , au bruit de ton dessein, Tombe à tes pieds , meurtrit Talbàtre de son sein :

• Toi qve veat m*enlever la fortune jalouse,

« Prends pitie des sanglots, des larmes d'une épouse ! « Ne Tabandoqne pas aux plus afireux tourmens ! a Ne te souvient-il plus de tes premiers sennens ? « Rappelle-toi ce jour et cette auguste fête « Où du bandeau des rois tu parais la conquête!

• Aux autels de Thymen prosternés tous les deux : « Zélime , .disais-tu , seul objet de mes vœux ,

• J'en attesté l'amour, j'en jure par tes charmes , « Je renonce à jamais au tumulte des armes.

(t Sans cesse dans tes bras , heureux de ton amour ,^

« Le bonheur près de toi m'enchaîne sans retour.

« Je te crus ; aisément on croit ce qu'on adore.

« Et cependant tu fuis , infidèle Altamore !

« Ah ! pour toi, cher époux, je crains tout l'univeii.

« Mon cœur désespéré te suivra sur les mers.

<*■ Par pitié pour ton fils, au nom de ma .tendresse ,

« Abjure, tu le dois, ta fatale promesse,

« Et ne m'accable point d'étemelles douleurs! t

Yaib. espoir! le héros se refuse à ses pleurs. Le faimeux Altamore, assez grand par lui-même, Doit tout à ses vertus, et rien au diadème.

Il règne à Samarcande , et le bruit de son nom A souvent retenti dans le camp de Bouillon.

Je vois déjà , je vois son tranchant cimeterre Des pins vaillans chrétiens au loin couvrir la terre ! Le corcelet, le sabre, et l'arc et le carquois Arment les cavaliers dont il a fait le choix.

Loin des bords^ne Tlndus a séparés du Gange Adraste &it voler sa terrible phalange.

1^8 tA JERUSALEM DELIVREE^

Son corps démesure s'ëlève tont couvert

De l'ëcaillcuse peau d'un serpent noir et vert :

Voilà son bouclier et sa seule cuirasse.

Un enorme ëlëphant qu'a dompte son audace »

Comme un coursier docile, obëit à sa voix.

Tel s'avançait Adraste an milieu de vingt rois.

La troupe qui le suit est IVlite choisie Et la fleur des hëros et d'Afrique et d'Asie. Dans la guerre ou la paix son intrépidité Veille au maintien de l'ordre et de l'autorité. Le calife en tout temps a distingué son zèle , £t se» nombreux bien&its se répandent sur elle. Chacun de ces guerriers lève un front belliqueux ; La terreur et la mort s'avancent avec eux ; D'acier, de pourpre et d'or leurs armes resplendissent, Et lancent des éclairs que les cieux réfléchissent. Là j'aperçois Tidore et le Êirouche Hyrcan , Ces pirates jadis l'effiroi de l'Océan ; Arimon qui dans l'art des manœuvres savantes Façonne en peu de jours les colonnes mouvantes ; Cet Oldemar superbe, et dont la fermeté Ramenant sous le joug l'Arabe révolté , Vainqueur , en a reçu le surnom d'Arabiqne.

Ici voyez Ormond , Musulman fanatique , Qui trame dans son coeur la mort de Godefroi ; Le bel Aridamant; et toi, Tigrane , et toi.

Invincible aux combats, à la course, à la lutte; Et toi qui des guerriers précipites la chute , Tisapheme , bientôt aux croisa si iàtal , Toi qui dans l'Orient ne trouves point d'égal ,

CHANT NX-SEPTJÈUCE- if^

Soit que SQr un coursier d'an tisul bond tii<tM!ance& , Ou que ton bras moissonne un champ semë de lances,

Ëmircn est Içur chef et leur premier soutien ; Sons le nom de Clément jadis il fUt chrétien ; Mais, dn .vrai Dieu depuis abjura ht la doctrine , n embrassa la loi du brigand de Medine ; £t, quittant TArménie où s'ouvrirent ses yeuic ,. Seul avec son épëe il parut en ces lieuit ; £fc les premiers essais de sou jennâ courage Des 8atra|»e» d'Egypte obtinrent le suffrage : Ses vertus , sa prudence et sa haute valihir Ont gagné du soudan l'oreille et la faveur.

Armide est la dernière ; elle arrive exhaussée Sur un char magnifique, et la foule empressée D'an regard curieux contemple ses attraits.

La fureur ,- le dé{ût éclatent dans ses traits ; Mais la furems lui prête une grâce nouvelle ; Et fière , et menaçante , Armide est toujours belle. Parsemé de rubis son char roule , pareil Au char éblouissant qui porte le scJeil.

Six licornes au joug deux à deux attelées Lui font franchir les monts, les plaines, les vallées. Prompte comme l'éclair, elles volent; leurs pas Se posent ^ur le sable, et ne l'effleurent pas. Cent vierges au firont pur , cent écuyers , cent pages Que Damas a. nourris sur ses heureux rivages , Rangés autour du char , montent des coursiers blancs , £t d'un éperon d'or aiguillonnent leurs fianca. Aradin e^t le chef.de la troupe aguerrie^ Qo'Hidraot soudoya dans la vieille Syrie ;

lào l'A iÉKUi»AL£M DÉLIVBÉEì

Et tel qtie, s'ë^happatit de son bûcher de Ûean ,

Le phénix ranima Êiit biiUer les couleurs

Dont la riche inconstance embellit son ptumagei

Charme l'ëcho du ciel de «on divin ramaige,

£t , roi du peuple aile qui Tadmire et le suit ,

Comme un astre nouveau dans Tiùr voyage et knt;

Telle Armide paraît plu& ravissante eucore^

A peine on l'aperçoit , et déjà tout l'adoreu

U n'est point de mortel si rebelle à Tamour

Que son premier aspect n'enchaine sans veto*»;

Les peuples et les rois cèdent à «on empire^ .

Sur son front cependant la colère respire «

£t ses y eux soiït armes de superbes dédains*

Quel serait knr pouvoir, si , plus doux , plusjâreiiis,

Leur aimable sourire et leur gailé folâtre

Encourageaient l'dspeir d'une foule idolâtre 1

Le vieux rcu, satisfait de ce dénombrement^ Veut qu'un seul chef soumette à son commandement Tous les chefs réunis dans cette longue plaine^ Il fait un signe alors de Isa main souveraine. Émiren de son maitre a pressenti le choix.

D'un air majestueux et modeste à la fois II s'avance : la garde , en deux rangs divisée , A ses pas jusqu'au trône ouvre une route aisée* Une main sur son cœur , l'autre sur son tarban , Il se prosterne aux pieds de l'auguste Soudan » Qui lui dit : tu Je conna^is ton séle et ton audace; a Prends leseeptrCf Émiren , et commandée ma jdace. « D'un roi qui m'est soumis cours sauver letf é^ts| « Punis ces vils chrétiens de ton* leurs attentats {

tt Ponr de tels ennemis |>oint de lâche indnlfence; « Qu'ils tombent, dëvorës du feu de ma vengeance, « Pars , combats et tnompbe. • H a dit : le b^ros Reçoit le sceptre d'or , et répond en ces mots : « Oui , je para à l'instant ; je rais soos tes auspices « Justifier ton cboix /par de nonyeanx serrices , a £t , chargië de remplir tes ordres absolus , « Je reviendrai vainqueur , oif ne reviendrai ]4us. • Il n'est point de përib que mon ardeur ne brave. « Je puis raourk , seigneur; mais ton fidèle esclave , « J'en atteste le ciei , jusqu'au dernier moment « Ke démentira point son premier dévoàment.

« Si je dois succomber , puisse au moins ton armëe « « Toujours ^igœ au trône et de sa renommée ^^ a Aeparattre k tes yeux , et mêler devant toi « A ses cbants de triomphe tin seul regret pour moi! *

Il dit : mille clameurs à l'instant retentissent; An serment d'Émiren toutes les voix s'unissent : On bénit le calife ; et les trompes , les cors Confondent dans les airs leurs barbares accords. Cqpendant au milieu d'un superbe cortège Le monar({ue , suivi du bëros qu'il protège , £t sur qui des con^tiats repose le destin, Retourne à son palais, et convié an festin Dont la pompe s'ëtale en un vaste portique L'élite des guerriers de l'Inde et de l'Afiriqne. les honore tous d'un coup-d'œU gracieux ; £t bientôt chaque mets, chaque vin précieux, * Abondamment servis sur sa table brillante , Sont offerts par son ordre à la ioul^ vaillante.

i5s LA JÉRUSALEM D£LIVK£Ë.

Mais le baïK^uôt splondide est enfin tarmine.

Au milieu des pjaisirs de ce jour fortuné

Armide ne veut point faire le sacritioe

D'un projet dont son cœur a mûri Tartifice.

Sur elle en ce moment tous les yenit'sont fixes ;

£t des signes certains lui font connaître assez

Qu'il n*est point de guerrier si cruel , si farouche ,

Que sa beautë divine et h'enflamme et ne touclier

Composant avec art son visage et ta voix

£n ces mots elle parie au chef de tant de rois :

« O lumière du monde, 6 monarque suprême,

« £t moi je yiena aussi venger ton diadème.

« Je suis femme, mais reine, et ce rang nie permet

é De m'umr aux hëros en&ns de Mahomet.

« Qui veut de sçn grand nom yoir la terre occupée <

« Doit porter tout ensemble et le sceptre et ^'épëe^

« De mon sexe timide abjurant la langueur ,

« Mon bras , quand il le faut , peut s*armer de vigueur,

« Aime à' lancer des dards ; et leur atteinte sûre

« Sait au flanc des hâros ouvrir une blessure.

« Ne crois pas que ce jour fasse naître en mon sein

« Ce transport, ou plutôt ce belliqueux dessein;

« J'ai dëjà combattu pour la cause commune , ,

V Et dans les jeux sanglaos essayé ma fortune,

« Mes exploits à ta cour ne sont pas inconnus.

« Cent chevaliers chrétiens dans mes ^s retenilê

« Me semblaient un présent digne de ta colère.

« Pai^ton ordre privés du jour qui les éclaire ,

« Sous le fer des bourreaux ils auraient justemenl

« De leur témérité snbi le châtiment ;

« Leur trépas t'assurait le destin des batailles;

« Enchaînés et conduits au pied de ces n)uraiUes ,

a lis marchaient... quand Renaud... tu connais ce guerrier,

« L'éclat de sa valeur frappe le monde entier ;

« Quand Renaud , délivrant mes captifs de leur chaîne ,

« Les rendit aux drapeaux que mçnace ma haine.

« Si tu pouvais savoir de quel indigne af&ont

« Cet insolent chrétien a faib rougir mon fronti

• Tu le sauras un jour. Lâchement outragée ,

# Un seul mot jme suffit : je veux être vengée ,

« Sans atteindre le but , on peut bien (^elqaefois , « Je ne l'ignore pas , épuiser un carquois ;

^^■ Mais quelquefois aussi le sort , plus équitable ,

à A dirigé le trait dans le sein du coupable.

t Si mon bras impuissant k remplir mes souhaits « Me refuse le sang du chrétien que je hais , « Qu'un autre jAus heureux à me servir s'apprête ; « De Renaud à mes pieds qu'il apporte la tête ; « £t s'il veut que l'hymen m'engage sous sa loi , .« Je lui donne Damas , mes trésors et ma foi ; « J'en atteste le ciel « garant de ma promesse ; « J'en jure par ce trône où régne ta sagesse. » S'il est donc un héros ^ qui , prompt à. me venger, « Trouve la récompense égale à ce danger , « Qu'il se montre et qu'il parle. « Â sa fureur en proie Elle disait. Brûlant et d'amour et de joie.

Adraste . dont les yeux dévoraient tant d'appas , Adraste l'Indien : « Non , non , tu ne dois pas a Lui dit-il, de tes mains immoler ce perfìde; « 11 ne mérite pas la vengeance d'Armide.

i54 L^ JERUSALEM DELIYKEE.

Vi Moi seul j'acquitterai le vœu de ta fureur; ^i A ce fier ennemi j'arracherai le cœur., u Tu verras cette main, remplissaut.ton attente, u Disperser les lambeaux de sa chair psdpitante, « £t, sans t'importuner d*un fiivole discours, u Je promets son cadavre, à la faim des vautours. « Princesse, à mon triomphe ose croire d'avance. •

Tisapherne» indigne d'une telle arrogance, S'ëcrie : « £h! quel es-tu , soldat présomptueux « Pour ëtaler ainsi tes sermens fastueux a Devant nous, et surtout aux regards de ton maître? a Parmi tant de guerriers il en est un peut-être « Qui, certain des exploits que ton orgueil promet, « Au silence pourtant par devoir se soumet, t Adraste l'Indien lui rëpond : « Téméraire!

<» Ce qu'Adraste promet, Adraste peut le fìkire; £t je sais bien qu'ailleurs , s'il m'eût ainsi bravé, « Xi'autenr d'un tel discours ne l'eut point achevé. •

Tisapheme pâlit, et , la main sur son glaive ,

Furieux il allait Le calife se lève.

Enchaîne d'un coup^d'œil leur ^er ressentiment,

£t leur dit : « Modérez un tel emportement ,

», Guerriers; de ce débat que le scandale cesse : '

tt Je vous l'ordonne. £t toi, jeune et belle princesse.

uTu mérites sans doute un hommage plus doux;

« £t ces deux souvorains , l'us de l'autre jaloux,

a Ménageront «i sang à tes vœiix nécessaire.

« Ils ont appris de toi comment on peut te plaire ,

u £t dans le champ d'honneur, contre le seul Reuaad,

« De vaillance et de zèle ils doivent l^iire assaut •

CtìANT DIX-SEPTIÈME, ,55

L*nn et l'autre guerrier, qu'apaise ce langage , A la cause d'Armide avec transport s'engage ; D'aotref Tiennent encore appuyer leur serment, Et tous font éclater le même empressement.

Tandis qu*à ses fureurs Armide abandonnée Du hëros qu'elle aima poursuit la desUnëe , Déjà loin du séjour à sa' gloire fatal U vogue heureusement sur Thumide cristal.

11 contemple ces mers tombeau de tant de sources, - £t le pôle et le char que traînent les deux ourses , Et ces astres sereins dont les rayons jumeaux Protègent dans la nuit le nocher sur les eaux. 11 s'instruit à loisir des mœurs de ces contrées Qae de notre univers les flots ont séparées , Admire le soleil qui dans ces profondeurs Plonge , ou bien , revêtu d'immortelles splendeurs , Allume en s'élevant le front des promontoires. II s'informe surtout du nombre des victoires , Ou plutôt des revers qui , depuis son départ , Ont des héros chrétiens affligé l'étendard.

Des derniers feux du jour l'onde était éclairée , Quand la nef vint toucher la live désirée.

» loL fortune et les vents ont secondé nos vœux ,

♦ Dit alors l'étrangère aux beaux et longs cheveux t « Vous voyez devant vous l'antique Palestine.

« Allez remplir le sort que le ciel vous destine :

♦ Moi j'ai rempli le mien. » L'étrangère se tait, £t comme une vapeur aussitôt disparaît.

Mais cependant la nuit, par degrés plus épaisse, D< la éinic des monts sur la plaine s'abaisse ,

l56 LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.

Et d'un manteau J'ëbène enveloppe les airt.

Les trois hi^os , perdus en àes sables d^erts ,

Regardent , ëtouués et pleins d'incertitude.

Nuls vestiges humains dans cette solitude ,

Nul guide , nul abri , ne s'offrent devant eux.

£nGn vers Tboiizon brille un point lumineux

Dont l'ëclat vacillant colore la nuit sombre;

Des rayons d'or , d'argent , ëtincellent dans rombre.

Ils marchent à ce feu dont s'allume la nuit ,

£t distinguent bientôt l'objet qui le produit.

Une armure attachée au tronc d'un sycomore Des rayons de la lune éclate et se colore :

Autour de la cuiiysse et du casque pompeux L'or et les diamans confondent tous leurs feux ; . Des figures sans nombre avec choix rassemblée» Sur le grand ]x>uclier rayonnent ciselées.

Au pied du sycomore est assis un vieillard Qui semble surveiller ce chef-d'œuvre de l'art. On lit dans se$ regards sa noble bienfaisance. A l'aspect des guerriers il se lève , il s'avance , Les salue , et déjà , le voyant de plus près , Ubâlde et le Danois ont reconnu ses traits.

Le vieillard à Renaud qu'étonne ce mystère :

« C'est toi que j'attendais en ce lieu solitairie ,

• Dit-il ; sur tes erreurs ma vieillesse a gémi.

• Tu ne me connais pas, mais je suis ton ami. « Demande à ces héros si ton sort ^l'intéresse.

• Guidés par mes conseils près de l'enchanteresse « Qui de tes grands destins osait borner le cours ,

% Aux combats du Seigneur iU rendent ton sccoori.

u MaintenaQt afiranchi d'une houteiue chaîne,

« Écoate mes avis jusqu'à l'heure prochaine

«i Où la voix d'un mortel par Dieu même inspiré

^ Doit parler à ton cœur en6n régën^ré.

o Non, seigneur, ce n'est pointsur le bord des fontaines ,

« Sous des ombrages verts, au milieu des sirènes,

u Que le> faible mortel peut trouver le bonheur;

« 11 repose, éloigne d'un monde empoisonneur,

u Sor un roc dont l'abord tortueux et sauvage

« Attriste les regards , fatigue et décourage.

« Qui prétend parvenir au périlleux sommet ,

û Dédaigne les plaisirs que l'amour lui promet;

« Redouble à chaque pas de force et de constance,

<* De la, vertu rigide implore l'assistance ,

"^ Et, roi de ses désirs, toujours calme et serein,

'( Aux tempêtes des sens oppose un cœur d'airain.

« Aigle superbe ! eh quoi ! veux-to loin de la cime

u Dans le creux des vallons cacher ton vol sublime !

« Connais ta dignité : Pour contempler les cieux

* La nature éleva ton front audacieux ;

* £lle allume en ton sein la flan^me du courage; Mais de ces dons sacrés que t'importe l'usage, "< Si, fléau de ton camp troublé parta fureur,

li De tes fiers compagnons tu deviens la terreur? u Garde a nos ennemis ce courage invincible ;

* Pour ton frère indulgent, pour toi seul inflexible ,

* Permets que Godefroi de ces transports brûlant 9 Au gré de son pouvoir dirige les âans. •

Cependant le héros de ce vieillard austère Recueille avidement le conseil salutaire;

i58 liA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.

£t son regard pensif « yen la terre baissa , Montre de quel remords son grand cœur est pressé. « O vieillard, rëpond-il, pardonne à ma Êiiblesse ! • J*ai langui, je Favoue , au sein de la mollesse ; « Mais , de ma chaîne en6n dégage sans retour , « Pour de plus nobles soins j'abandonne l'amour. « Que puisse en ces dëserts où sommeillait ma gloire « De mes. jeunes erreurs se perdre la mémoire ! « Toi qui transmets du ciel les ordres absolus» « Achève de fixer mes vœux irrésolus. • Mais le sage vieillard : « J'ai su lire en ton âme ; « Un repentir sincère et l'anime et l'enâamme : « Il suffit. Maintenant, mon fils , lève les yeux; « Vois dans ce bouclier le sort de tes aïeux ; «Vois leur gloire immortelle en tons lieux proclamée. « Combien loin d'eux encor ta jeune renommée « Se traine dans là lioe où ces enfans des rois « De la belle Italie ont soutenu les droits ! « Allons , qu'à leur aspect ta fierté se réveille , ' « Et médite une gloire à leur gloire pareille. » Il se tait à ces mots. Cependant le guerrier Mesure d'un coup-d'œil l'immense bouclier.

L'image des héros fondateurs de sa race.

Les faits prodigieux que le burin retrace Relèvent son courage un moment abattu , £t versent dans son coeur l'amour de la vertu. Il voit, il voit déjà Solime prisonnière; Lui-même de la Croix saisissant la bannière , Il Tarbore au sommet des remparts ennemis; Et, déjà possesseur du triomphe promis,

CHANT DIX-SfiPTIÈME. 169

Superbe, et les y eus pleins de belliqueuses lamies , Le hëros a rinstaiit se couvre de ses armes.

Quand le Danois s'avance et lui tient cç discourt : « Invincible Renaud , à toi seul j'ai recours.

• Mon maitre Sn^non par ma voix te demande

« Une mort qu'il désire et que le ciel commande,

» La mort de Soliman , son barbare assassin.

« Combats cet iiifidèle, et plonge dans son sein

Le glaive que jadis , en des teufps plus prospères ,

« Mon prince consacroit à la foi de nos pères.

t Hélas! il a peri sous un ciel étranger;

« 11 n'est plus ; mais tu vis , mais tu dois le venger ,

• £t, comblant tous les vœux de mon âme ravie « ' Acquitter le serment qui m'attacbe à la vie.

• — Oui, j'accepte ce fer, lui répond le héros;

" Oui , du saiig que tu bais il répandra les flots. « Puisse avec moi le ciel agir d'intelligence, tt £t ue plus différer l'heure de la vengeance! •

Mais le sage interrompt ces nobles entretiens. « Il est temps de vous rendre aux pavillons chrétiens. « Partons : ne craignez point l'obscurité profonde; « Je vais guider vos pas , et mou art vous seconde. • Le sage sur son char à l'instant est monté.

Les guerriers ont pris place , et le char , emporté A travers les détours de cette forêt sombre , Roule vers l'orient encor plongé dans l'ombre.

A l'horizon bientôt uu éclat incertain Annonce aux voyageurs l'approche du matin ^ Et l'œil même déjà distingue entre les tentes Les diverses couleurs des bannières flottantes.

i6q la ;rÉRUSALEM DÉLIVRÉE.

Le jour s'accroît; ses feux yersës de toutes parts Illuminent le carap, Solime et ses remparts.

« Cheraliers , dit le sage , il faut que je vous quitte. « De mon dernier devoir envers vous je m'acquitte. « Sans guide maintenant retournez aux combats : « Un pouvoir invincible arrête ici mes pas, • . Les trois guerriers alors descendent dans la plaine. Le sage les salue; et, sans reprendre baleine. Les chevaux, s'ëbranlant comme un rapide trait, Volent, fendent l'espace , et le char disparait. Bientôt les voyageurs, qu'un noble feu dëvore , Dans le camp des chrétiens entrent avec l'aurore. La prompte Renomme^ a soudain répandu Le bruit de leur retour vivement attendu ; £t Bouillon , fléchissant l'orgueil du rang suprême , Pour mieux le» accueillir s'est avancé luirméme^

FIN DtJ CHANT DIX-SEPTIÈME.

SOMMAIRE

Renaocl renfre.daa» le camp , et témoigne k Dooilloa son amer repentir. Semi, et eouvert de •••» araies, il rm dans la forêt «Dclantcc. Ea rata le fantôme d'Ârmidc se présente à sta yeux , en vain Vcn' ferini oppose mille obstacles; il enti-iomplie, et tranche le ejprèn fopeste auquel le ciiarme «tait altaclié. On reconstruit alors dn ■oovelle» maclikicfl , et Booillon ardonne l'assaut. Renaud, le premier, escalade 1rs remparts. Les Infidèles fuient, et les cbrctiçsf pénètrent dans S olirne.

I\K N A u D près de Bouillon avec respect s'avance : tt Seif^enr , dit-il , je viens implorer ta clémence.

• Le soin de mon honneur inflexible et jaloux « Te priva d'un hëros immole par mes coups.

« Mes remords l'ont venge ; si fai pu te déplaire ,

• Si j'ai bravé ta loi , pardonne à ma colère.

« Tout mon sang t'appartient; et mon glaive soumis « Ne demande à tomber que sur tes ennemis. *

Charmé de son discours et de sa noble andace , Le pieux Godefroi le relève et Temb^sse :

« Perdons , jeune héros , un fatal souvenir ; « Tes regrets, ton exil, ont trop su te punir. « Je n'exige de toi que d'ilhistrcr encore « Un nom déjà fiimeux du clochant à l'aurore.

j69 1^ JÉRUSALEM DÉLIVRÉE*

« Solime doit enfin nous oayrir ses remparts. ^ Mais , 2^Tant de tenter ces beHiqueux hasards , « Il faut construire encore des machines nouvelles « Dont le choc foudroyant brise ces murs rebelles. ê Va purger la forêt de ses enchantemens , « £t dans Jérusalem dégageons nos scrmens. •

Il a dit; et Renaud, sans crainte, sans surprise Se dévoue aux périls d'une telle entreprise.

Le feu de ses regards est garant du succès , £t de ce bois magique il a promis l'accès.

Gi^elfe contre son cœur avec amour le presse. Tancrède et tons les chefs , pour lui pleins de tendresse , L'enlacent tour à tour dans leur embrassemens. Mais c'^est peu de répondre à ces empressemcns , Renaud daigne accueillir avec un doux sourire Les respects du soldat et son bruyant délire. On croirait aux transports causés par s0A retour» Qu'il revient triomphant des barrièies du jour. Enfin il congédie une foule empressée; 11 marche Vers sa tente avec pompe dressée , £t là , faisant asseoir les principaux guerriers , S'entretient avec eux des combats meurtriers . Où des héros chrétiens a succombé l'élite^ Et de cette forêt que l'enfer même habite.

Quand on a satisfait ses désirs curieux , On srfetire. Alors Pierre, organe des cieux.

L'exhorte à la prière, et hii tient ce langa|;e : « Des bontés du Très-haut ton retour est le gag«. « Par quels soins désormais t^cquitter- envers lui ? « Son invincible hi»» l'« prêté son appui ;

CHANT mX-HÇlTIÈWE. ,^

« Lui seul brise to chaîne , et sa faveur sacrée

« Reconduit au bercail la brebis égarce.

• Mais le héros vengeur de notre sainte loi ,

« Ce chef si renommé , ce pieux Godefroi ,

« 'Voudrait-il au succès de la cause éternelle

« Employer une main profane et criminelle ?

« Les charmes de l'amour, sa perfide langueur,

« Ont desséché ton âme , amolli ta vigueur ,

« £t tous les flots du Nil , de r£uphrate et du Gange ,

« Ne pourraient épurer ton cœur souillé de fange.

» Implore toutefois le Dieu de Tunivcrs ;

« Les trésors de sa grâce au pécheur sont ouverts :

« Cette grâce divine est ton dernier refuge..

« Tremblant I humilié, 3ollicite ton juge;

« A ses pieds souverains épanche tes douleurs»

« £t sans honte avec moi prie et verse des pleurs ! »

Pierre ainsi &it parler la sagesse suprême* Le hëros s'attendrit : il abjure eu lui-même Ses soperbes dédains, et ses^ foUes amours, A la gloire, aux. veitus il consacre %e» jours ; Pressé par l'aiguillon d'un remords salutaire , 11 soupire ; il s'accuse aux pieds du solitaire ; Un repentir profond a 6^ aveux s'unit , £t Pierre an nom 4u ci^l Tabsout et le bénit. Puis donnant plus d'éclat à sa voix solemielle : *■ Au sommet du Séir cours dès l'aube n«uvelle%^ « Conjurer le Très-haut de répandre en ton seia « La force nécessaire â ton nouveau dessein, « Marche vers la forêt : à ses aifreux prestiges « De ta haute vaillance oppose les prodiges.

i64 l'A JÉRUSALEM BÉLÎVRÉE.

a Si de Vaines erreurs n'abusent point tes sens ,

« Si de la yoluptë les pi^es rayissaus ,

« Les cris de la douleur , les sanglots et les larmes ,

« L^aspect de la beauté , son sOuriré et ses cbarmes

« N'effleurent point ton cœur brûlant d'un feu diVin ,

« De Tenfer conjure tout Teffort sera yaîn. »

Les conseils du yieillard / sa pieuse espër ance , Ont du jeune héros redouble l'assurance.

Le sommeil cette nuit ne ferme point ses yeux , £t , devançant l'aurore au réveil gracieux , Affamé des périls que son ardeur embrasse , Il se lève , il choisit une sombre cuirasse , Revêt sa belle armure , et vers le mont sacré , Seul , marche le front calmie , et d'un pas assuré.

Avec le jour naissant la nuit luttait encore. Sous la voàtc des cieux qui déjà se colore , Du char de Syrios, en silence roulant , Commence à s'édipser le feu pâle et tremblant. Le héros s'avançait , et d'un regard avide Mesurant cfes grands corps balancée dans le vide :

• Quel cdat, disait-il, quel Ì^$te éblouissant, « Décorent le palais du Dieu fort et puissant! « lia nuit, ces astreà d'oi* , cette lune argentée,

• Font rayonner du ciel la demeure enchantée ; « Et le jour , possesseur de l'empire des airs ,

« Le êéttii vient s'asseoir sur un trône d'éclairs. « Cependant ces trésors , ces merveilles sans nombre, « Qu'enfantent tour à tour et la lumière et l'ombre , « A peine un seul moment des mortels insensés tt Attachent les regards vers ce monde- abaissés.

CHANT DIX-HUITIÈME. l65

» A la beauté d'an jour tout notre corar se lirre , « Un sonrire , nn coap d'œil foHement nons enivre , « £t de vaines clarté a>loaÌ88ent nos yeux. »

Tandis que le bâ'os à ces pensers pieux Tout entier s'abandonne , et d'une indigne flamme Éteint le sonvenir dans le fond d e son âme , Du mont des Oliviers il atteint le sommet, li, jalons da succès qu'à son zèle on promet « Vers l'orient pompeux il se tourne et s'incline : « mon père ! ò mon roi ! que ta grâce divioe , • Efiaçant les erreurs d'un jeune infprtunë!

« Le rende à la vertu dont il s'est dëtoumë ! « U pleure devant toi : daigne , Ò maitre du monde , « Purifier en lui tout ce qu'il a d'immonde l « Ainsi priait Renaud. La câeste faveur De ces voeox p^nitens couronne la ferveur.

Mais voilà que du jour l'aimable avant- courriére , De l'orient vermeil francbiuant la barrière , Au milieu des parfuins a repris son essor.

Ses rayons nuancés d'argent, de pourpre et d'or, Éclairent à la fois d'une lumière pure £t la cime du mont, et le casque, et l'armure Du guerrier qu'ëblouit cet aspect radieux, ^n vent )ëger et pur qui se joue en ces lieux D'un gonfile caressant rafratcbit son visage , £t du sein de l'Aurore épanche un doux nuage , IJtte moUe vapeur de rosee et d'encens , Qui du jeune héros réjouissent les sens.

Ces flots aériens sur sa tête ruissellent.

Son casque , »es habits , ses armes étincellent,

i66 I^A JERUSALEM DELITRÉE.

£t sa cuirasse même éclate de Uancheur,

Ainsi « lorsque le soir raméae la fraîcheur,

Se levant sur sa tige , une rose flëtrie

De son odeur suave embaumé la |)rairie.

Tel encore au printemps le serpent rëveillë

Étale For nouveau donit il est émaillë.

Le fier Renaud s'étonne à ces clartés soudaines ;

Je ne sais quelle ardeur bouillonne dans sta veines ;

D'un triomphe prochain il se flatte en secret »

Contemple son armure , et marche à la fbrét.

Il aperçoit déjà ses vertes colonnades ,

Ses portiques ombreux , ses mobites arcades ,

Dont l'aspect entouré d'épouvante et d'horreur

Fit aux plus grands héros connaître la terrete.

Mais ce bois à ses yeux n'offire rien de sauvage,

£t flotte couronné d'un immortel ^uillage.

Il s'avance : bientôt des accords incertains ,

Un mélange de sons vaporeux et Icôntains «

Ont frappé son ordlle : il écoute en silence.

Un folâtre zéphyr , qui dans Tair se balance »

Fait frémir les rameaux mollement enlacés ;

Du rossignol en deuil les soupirs cadencés;

Et la plainte du cygne, et le bruit de la source.

Sous les ombrages frais précipitant sa course ;

Un aimable concert d'instrumens et de voix ,

Mille sons^ variés , mille aecens à la fois

Se prolongent au loin , tremblent , murmurent, grondent

Et dans un même son tous les sons se confondent.

Renaud qui s'attendait en ces lieux retirée Au bruit des feux , des vents et des flots conjurés ,

CHANT DIX-UUITIÈME. 167

N'entendant qae la toîx. des nymphes , des sirènes , Le marmare des flenrs, des oiseaux, des fontaines, Dans 89. roate on moment s'arrête confondu.

D'an pas tantôt rapide et tantôt suspendu , Au sein de la forêt il pénètre , il s'engage. Un fleave tout à coup lui ferme le passage.

Les plus brillantes fleurs , ceinture de ses bords , Se plaisent à le voir , prodiguant ses trésors , Baigner de la forêt la Terdure ëtemelle. En humide guirlande il serpente autour d'elle. ' Au milieu tle son cours un limpide canal De ses flot» en deux parts diyise le cnstal.

Par un échange heureux, ainsi des eaux du fleurt La forêt rajeunie incessamment s'abreuve , £t le fleure a son tour voit sur ses claires eaux ' La fbrét épancher l'ombre de ^es berceaux.

- L'impatient Renaud , pour gagner l'autre rive» De toos côtés promène une vue attentive.

n n*est point de passage. O prodige ! i l'instant S'allonge un pont de marbre et de jaspe éclatant, Qui sur ses arches d'or ouvre une large voie An guerrier tressaillant de surprisse et de joie. A peiné l'antre bord retentit sous ses pas , Le pont , derrière lui croulant avec ihicas , S'abîme dans l6s eaux en torrent transformées. 11 se retourne , il voit les vagues animées Se replier, rugir, et du pont, en fuyant, Roaler les longs débris dans leur sein tournoyant. Toutefois ces beaux lieux commencent à loi plaire , £t dans ce bois profond, qu'un demi-jour éclaire,

i68 LA JÉRUSALEM PÉLIV&ÉE.

Un d«?fir curieux Tinvite â sVgarer.

Là, d'un nouyd ëdat tout semble se parer, Il voit naître el fleurir des moissons odorantes; 11 voit de clairs ruisseaux, des sources transparentes; Aux lueurs brillans du jour la rose ouvrir son sein ; De beaux lis se dresser; un jeune et frais essaim De plantes et de fleurs arec choix mariées Déployer leurs couleurs , leurs pompes variées ; £n boutons s*ëchapper, en globes s'arrondir; £t partout la forêt , qui semble reverdir , Dans toute la vigueur de la jeunesse même , Lever son front paré d'un flottant diadème.

Le héros contemplait ces prodiges divers.

Tout à coup l'épabseur de ces ombrages verti Une seconde fois se réveille et soupire. Le théorbe plaintif, l'harmonieuse lyre.

Accompagnent des voix dont les chants tour k tout Expriment la douleur, l'allégresse et l'amour. Étonné malgré lui, Renaud ne peut comprendre D'où partent les accords, les sons qu'il vient d'entendre , Il s'éloigne, etson oeil au détour d'un sentier Que bordent le cyprès , le cèdre et le palmier , Voit un myrte géant dont les feuillages sombres Sur toute la forêt jettent leurs vastes ombres.

Mais quel nouveau spectacle à sa yeux s'est offert! Du large sein d'un cèdre au même instant ouvert Sort brillante d'attraits une vierge folâtre , £t cent jeunes beautés à la gorge d'albâtre , Déesses de ce bois qui leur donna le jour , De cent cèdres voisins s'échappent à leur tour.

CHANT DIX-HUITIÈME. jÇg

Comme dans ses taUeaiix une scène imposante

A nos yeux abuses quelquefois représente

Les njmphes de Diane ou celles de Vénus,

Leurs blond^ cheyeux ëpars et leurs bras d^ni-nut,^

Ainsi devant Renaud , ces nymphes bocagiàres

Paraissent , et leurs mains rapides et légères

Do théorbe et du luth interrogent les sons,

Dëjà sur Therbe molle , au bruit de leurs chansons ,

Se tenant par la main , leur foule virginale

Enferme le héros en un vivant dédale;

£t tandis que leurs pas brillans et vagabonds

Se croisent en cadence et mesurent leurs bcnids^

Elles chantent : « Heureux le Jour qui te ramène!

« De ton Armide encor c'est ici le doramne ;

« Ici qu'elle gémit , et pleure loin de toi :

« Elle t'a conservé son afmour et sa foi.

« Oh ! viens combler les vœux de son âme ravie !

tt Viens rendre à sa beauté la firaîdieur et la vie !

« Vois conme à ton aspect ce bols sombre , effinyant ,

« Se pare et s'embellit d'un éclat ondoyfot. •

Elles chantaient Alors le grand myrte sonpîrt,

Exhale un son plaintif, s'entr'ouvre et se déchire. Est-ce une illusion ? quel fantôme charmant Vient au jeune guerrier s*offirir en ce moment ! Voilà ces traits divins à qui tout rend hommage! Juste ciel ! c'est Armide, ou plutôt son image. Dans Y^xar de ses yeux, qui subjiigaent les rois , L'all^esse et le deuil se peignent à la fois. Pâle et plus bdle encor, sa Yoix enchanteresse Laisse tomber eevmots j^eins de trouble et d'ivresse :

I^Q LA JÉHOSALEBI PÉUVaÉE.

« Est-ce toi ? mes regardt ne m'abusentp-ils pas ? « Ingrat amant , yers moi qui ramène tes, pas ? « Veux-tu de set ennuis consoler mon veuTage, « Hélas ! on me bannir de ce d^ert «auvage Ì « Qe cet aspect guerrier tout mon cceur a frémi. « Reviensntu mop amant, ou bien mon ennemi ?

tt Ah ! pour un ennemi sans doute ma tendresse « N*a point de ces forêts égayé la tristesse, ,

• Étendu ces tapis aux tremblantes couleurs,

« Bâti ce pont superbe, et prodigué ce» fleurs !

• Pourquoi donc m'inspirer de nouvelles alannei ? « Quitte ce fer cruel; abandonne tes arm^s.

i^ Que ce casque jaloux, par i^es maii^ détaché , « M'ofire le seul objet dont mon c<£ur fut touché !

• Et si je reconnais oet ama^t que j'adore ,

« Laisse*moi d^ m^ bras t*enveU^[^;»er eqipore !

« Qu'un long baiser d'amour nous unisse tous deux!

• Mais s'il ^nt qne, toujpurs insensible à mes feux , « Renaud pour me braver jusqu'en ces lieux revienne , « Ah ! du inoi^ que.sa main daigne presser la mienne .' •

Armida, ^achevant de proférer ces mots , Soupire tendrement; aux. genoux du héros Tombe, etd'unoôlenpleurs languissamment l'implore. L'incaiiuit de M>n front p&lit, se décolore : Mais quoique de ees pleurs le charme souverain Puisse iM99^ um peine ou le marbre ou l'airain , Renaud.,que désormais nul prestige n'abu^ »

Aux pi^es AMUMMeux tout entier, se Kefuse.

Soupirs , lannea , f«D|^ots , rien ne peut l'émouvoir; Fidèle è ses sfflMwni , fidèle à son devoir ,

' CHANT DIX-HUITIÈME. lyi

n marche droit au ihyrte , et hit briller son gkive* Armide en voit Tédair , pousse un cri, «e rdète » Entoure de ses brfts le myrte hospitalier « Et d'el&oi palpitante : a Indigne chevalier, « Arrête ! que fàis-tu ? c'est mon dernier asile : « Avant que pour jamais ton glaive 'm'en exile ,

« Avant de le frapper , oh ! dëchire mon sein «

Sourd à set cris, Renaud lève le bras Soudaîtt

Le fimtôme d'Armide en géant te transforme :

n menace , il rugit» dresse une tète éaorme ,

Où dans sa chevelure enlacés et rampans

Flotte et siffle un tisau de tortueux serpent.

Cent i^vea dans sa main frénnssent tt rayonnent;

Sor son dos écailleux cent boucliers résonnent ;

Eacelade nouveau , son front dominateur

Des pins de 1& fbrét suisse la hauteur.

Chaque nymphe à son tour s'est chaulée en <^cl<^.

Tonne, outr« un œil ardent, et de feux* s'enveloppe.

Mais contre le héros l'enfer se Mgue en vain.

Toujours calme , il s'avance , et , le glaive à la main. ,

Au myrte gémissant Ikit de larges Idesscorea.

Le jour s'éùUpse alors : miUo vapeur» obscuret

Au sein dé la ferét font deseendre là nuit.

Bans l'air Retentissant la ibudre gronde et hiit;

Les élémens troublée se déclarent là guerre;

Le choc des aquilons, le fracas du tonnerre,

Les cria , les h\irlcmens des monstres ftirieux

D'un horrible murmure épouvantent ces li^x.

Par la grêle astóilfi, battu par la tempête ,

L'indomptable Henaud n'a poiixt courbé sa tête.

i^t ' I«A JÉRUSALEM DÉUV|IÇE.

Tout ronivert croulant ne Tëtonnerait pars.

Le ipyrte sous ses coups enfin tombe en éclats , Se brise, et. dépouillé d'un cbarme imaginaire, N'offire à Tœil du héros qu'un arbuste ordinaire. Le ciel au même instant dévoile son azur.

Les monstres , les géans , tout ce cort^e impur , Comme un songe menteur déjà s'éyanouissent, Et d'un nouveau soleil les clartés resplendissent . Cependant le héros, par de nouveaux essais , De sa no>le victoire aflfermit le succès.

Piircòurant à l<Hsir ces défilés , ces routes , Sons leurs mille berceaux , sous, leurs flottantes Toùle» Il ne voit que rhorreur dont le bpis est empreint : « Vains fiintômes, dit-il, insensé qui vous craint! » Vers le can^ des croisés bientôt il s'achemine. Pierre , que du Très^haut la ùveur illumine , A pressenti déjà son retcHir glorieux , Et s'écrie : « Il revient,. il est victorieux : « Le voyez-vous ? L'enfer , vaincu par son épée , « Lui cède la fiorét trop long-temps usurpée. « Le fils du grand Berthold a rempli son destin r « C'est lui-même. » £n effet , Renaud dans le lointain Vient frapper les regards de la foule guerrière, n marche noblement, lève une tête altière ; Et sur son casque d'or, où luit un fen yermeilv L'aigle aux plumes d'argent jéfléchit le soleil. ' Un murmure flatteur se prolonge à sa vue ; Mille chants de triomphe ont fait gronder lai nue. Oodefroi dans ses bras le presse avec orgueil. Et prodigue an héros le plus brillant accueiL

GHàNT BIX-HUITlÈttE* |.,

Mais lui : « J'ai parcoam cette enceinte lata|t :

« Ke crains plus dësonoait qu'à noi yevx elle ^tale '

« L'appareil menaçant des pi^es de l'enfer :

« Commande, et ses rameau. Tont g^nir sons le fer,

« Elle est libre, seigneur. • Il a dit ; la cognée

Soudain fait retentir la forêt dédaignée.

Ainsi Jérusalem verra tomber ses forts.

Les traTaiMeqrs du camp riyalissent d'efforts , £t h&tent les apprêts qu'un grand assaut esige* Ces ouvrages divers, Guilli^ume les dirige.

Maitre de l'Océan, il avait autrefois Fait respecter l'honneur du pavillon génois; Mais son propre génie et l'art de ses pilotes Des Sarrasins ligués n'ont pu vaincre les flottes. Retirés dans le camp, ses matelots e| lui^ Ont offert aux chrétiens un fiivorable appni. Deux cents braves exercés, à ses ordres fidèles, Combinent leurs travaux sor de s^vans modèles ; Mille instrumens de mort, taillés sous ses regards, S'âèven^, et de loin menacent les remparts.

Témoins dç ses travaux, tous les yeux s'en étonnei)? L'atelier retentit sous, les marteaux qui tonnent. Déjà la catapulte ai^ front large et grondant. Et la lourde baliste, et le bélier ardent.

S'apprêtent à briser l'orgue^ de ces murailles. Superbes et debout après tant de batailles.

Mais Guillaume fiiit plus : il construit une tour Dont cent ormes courbés dessinant le contour.. D'un triple cuir épais au-dehors revêtue, Par la flamme et le fer vainement combattue «

,^ LA JÉRUSALElf DÉLIYHÊE.

Citadelle mouvante , elle doit agsnrér

La gloire du combat ^e Bouillon va: Errer*

O prodiges de l*art! ses diverses itikrtieiy

Au talent rigonreut toutes assnielties,

Par une seule main peuvent se diviser,

£ntre elles se rejoindre ou se décomposer.

De son flano droit sVchappe un bélier indomptable,

Au front nrmë de bronze , au choc inévitable ;

Et du sommet s'élance un pont mobile et sûr^

Qui doit en s'aMongeattC joindre 1& tour mu raor.

Cette machine immense, et de troupes chargée»

Par cent essieul roulant vers la ville assiégée ,

Peut , sur un sol uni, se frayer un chemin. *

Mais, Ò nouvel efibrt d'une savante main!

Voici deux tours encore , à la première égales ,

Qui doivent l'appuyer de leurs forces rivales.

Ces apprêts belli^fueuz n'avaient point échi^»pé A l'oeil du S«rrasin, d'étonnemfnt frappé.

11 a vu dans le «amp les peupHi^rs , les ormes , Les pins s'amonceler en montagnes énormes ; Et du haut de ses murs il cherche à démâer La forme de ces tonnr qu'un mot doit ébranler.

A. ces grands mouvemens nuit et jour attentire, Solime toutefois ne restait pas oisive , Et voyait s'éleVer des ouvrages nouveaut.

Un art industrieux préside à ses travaux; Et , partout des remparts rehaussant la structufe , Aux lienx mal défendus prot^e la nature.

Tout le peuple , à l'abri de ses forts relevés , Brave en piaix les assauts qui lui -sont réstovés.

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CHAUT DIX-aOïnÈMB. ,7^

Ismen , le noir Ismetk ajoute à cet dëfetiieé ; Et, le cœur alc^ de tet pro|»ret oflentet , 11 «'apprête à fenger tant de projets àé^m.

Tant de mortels affronta que son art a t«fai* Le salpêtre dormant anx gouffres de la tefre. Le soufre qui s'attache ans aâes do toDAerre» Le bitume subtil , la lave des TolcAnay Des chrétiens à sa T(Hx embrasaront les camps. Perdu ^ous Tëpaissenr d'une carême sonri^,' A ces apprêts de mort il traraiUe dans Torabre.

Tandis que les deux chefs, l'un à l'autre opposés , S'apprêtent au Combat , sur le camp des croisés On Tit une colombe , errante messagère , Fendre l'air effleuré de son aile l^ère, £t , du sommet dés deux par degrés s'abaissait , S'approcher des remparts oà flotte le croissant* Tout à coup fond sur elle unéperriar Toraoct Au bec dar et traneh^t , à la serre tenace.

11 ya U déchirer Pleine d'un jatte effit^

Elle fuit, et s'abat aux pieds de Godefr<^.

Le héros la déf^d d'une mort si cruelle,

£^n toir sein la recueille , et bientôt sons son aile ,

Non sans étonnement, voit un Milet caché ,

D'un léger fil de pourpre à son col attauhé.

n l'ouvre , et lit ces mots : • Puissant roi da Solime ,

« Salut. Livre à l'espoir ta valeur magnanime.

• Durant cinq jours encor repousse les chrétiens.

• Je t'amène k grands pas d'innombrables soutiens ;

• Et la sixième aurore aura vu sous tes portes

« De ces lâches brigands succomber ks cohoaies. «>

1^6 LA JÉAUâAX4EM DÉLIVAÉ^.

BovUloD , r€<^iiii«û$aiit du secret r^yâé, Redonne yn iihire essor an messager aile , Qui, honteux d'une course infidèle à son maître, A ses yeux indigna n'ose plus reparaître.

Le Hëros aux guerriers qu'il assemble k Tinstant Dëcourre du bâlet le mystère important :

« Du ciel , vous le voyez, la laveur se dëelare, « Leiigr dit-îl; mëriU^ns un bienfi^it aussi vare ; « Précipitons l'attaque, et, sous l'œil du Très-haut» « A la sainte cité livrons un triple assaut.

« Toi , Eaymond , du midi cours tenter les approdies : « Ce lieu que la nature a hérisse de roches, « Défendu par un sol montueux et dësert, « D'armes et de soldats doit être moins couvert. « Moi , des remparts du nord me réservant le si^* « Auxgutrriers d'Aladin mes soins vont tendre un pi^e. « Ils croiront que mon ordre a rassemblé contre eoz « Sur ce point important mes corps les plus nombreni ; « Et notk« grande tour , qui se cache à leur vue , « Ira form^ plus loin une attaque imprévue.

« Toi, CamiUe, commande à la seconde tour, « Et marche à l'orient par un secret détour. • Il se tait; quand Raymond , toujours prudent et sage : « Oui , mettons à profit un utile message.

« Il le faut : cependant, pour ne rien négliger, « Je voudnus qu'un de nom , sans crainte du danger,

• Au camp des ennemis fi^t prompt à s'introduire; « Que , de aa force exacte habile à nous instruire, ^ « Et rassemblant pour nous des fiiits dairs et précis.

• Il rtirtnt éc^rer nos projets indécis.

C^NT DIX-HUITIÈME. i^^

« — J*ai pour cette entreprise un ^uyer fidÛe , « Dit Tancrède : à Bouillon je garantis son zèle. « De mes propres desseins lui seul est confident; « Adroit , audacieux , et jamais imprudent , « Des peuples de l'Asie il connaît les usages , « £t parle tour à tour leurs diffërens langages. »

On appelle Vafrin : mais à peine sait-il De quel copiplot ses yeux doivent chercher le fil , Souriant , et déjà sûr de son stratagème , Il répond : • Chevaliers , je pars à l'instant même.

• Sons deux jours à Gaza je serai parvenu»

« Sans attendre la nuit , sans ^tre reconnu «

• Je jure à Godefiroi de remplir son attente.

• Je veux parler aux chefs, me glisser soqs leur tente, «Et d'un oeil pénétrant , jusqu'au fond de leur seiut

« Démêler à loisir le plus secret dessein.

« Vous conndt^ez encQr , je puis vous le. promettre,

« Le nombre des guerriers qui pensent vous soumettre. «

Vs£rin parle en ces mots , et, bridant de partir «

l)'an habit sjrnen il court «e revêtir.

Sur ses armes s'abaisse une robe échanorée ;

De son torìtMn s^élève une aigrette dorée;

Il suspend à l'épssule un carquois plein de traits;

Varie avec ti^nt d'art ses accens et ac8 traits ,

Que des guenri^rs , témoins d'une telle merveille ,

U trompe tour à tour et les yeux et l'orbe.

On eût dit à Memphis : C'est un Égyptien;

Et le peuple de Tyr l'eût cru Phénicien. .

Su un coursier rapide alors Vafrin s'élance ,

Part, et dans toi^ les cœurs il laisse l'espérance.

1^8 . LA JÉRUSALEM DÉLÎV^B.

Cependant Us chrétiens d'efforts ont rcdonlAë; Du teeas des marteaux l'air sans cesse est troubla* Poor ménager anx toars nne pente fiidle Us frappent : le granit À la biche docile Se creuse, se transforme en chemins aplani»; Et déjà , s'ébranlant sous leur» bras rëunds , Ces colosses oltiers dont la plaine est couverte > Ont essayé la route à leur passage ouverte.

Le redoutable assaut est enfin préparé.

La veille de ce jour si long-temps désiré , Aux pieds de l'Éternel Godcfroi s'humilie.

Il veut à sa ferveur que tout le camp se lie , Que les chefs , les soldats, hundoles et repentaas. Fléchissent à l'autel leurs genoux pénitens , Et , par Dieu même absous des tOTts dont ils gémisaient , Du pain miraculeux ensemble«se nourrissent.

Après avoir rempli ces soins religieux»

Et sitôt que la nuit enveloppe les deux.

Vers le oôté du nord une manœuvre habile Fait sourdement rouler la tour vaste et nkohile* Raymond avec deux tours , dont le front sourciHeiix Domine du midi le rempart orgueilleux , S'avance : tout son cœur d'un saint zèle palpite » Et Camille au levant vole et se précipite.

Déjà vers l'horizon l'Aurore de retour A rallumé ses feux avant-coureurs du jonr; Et l'Infidèle voit à ses clartés naissantes S'âever de trois tours les eimes menaçantes » Et des chrétiens armés le terrihie appareil.

Alors, brûlant d'un zèle k leur z^ paveU»

CHAifT DIX-HUITIÈIIE. 4.^

A l'attaque prochaine Ofiposant des barriiret, 11 ra«8emMe, il conduit ses machines guerrières Vers les lieux que BouiUon lui scinhle en ce moment Designer aux fureurs de, son ressentiment.

Cependant le Hëros pour sa noble entreprise Des camps égyptiens redoote une surprise.

Vers lui Guelfe et Robert sont appelés soudain ; « Sur Yos coursiers , dit-il , reillez le fer en main ; a Tandis qu'à mes guerriers prêtant mon assistance « « Je vais de ce rempart forcer la résistance , <i Vous, observe! la plaine, et d'un oeil assidu « Voyez ^i des coteaux l'ennemi descendu ' « Ne. vient point entourer ma dernière colonne. • TM» sont en peu de mots les ordres qu'il leur donne,

Akns trois bataillons de courage il vaux Sur trois points différens commencent trois assauts « Et partout Aladin avec ardeur s'apprête A repousser l'orage étendu sur sa tête.

11 ranime en ce jour son antique fierté , Charge son bras du fer depuis long-temps quitté , Et, ployant sous le faix de l'armure et de Tàge ^ n ose au vieux Raymond disputer le passage.

Sc^iman marche au nord par Bouillon menacé.

Pour combattre Camille Argant s'est avancé :

Le ciel V las d'éclairer sa brutale arrogance , Amène au piéme lieux Tanorède et la vengeance.

Tous les arcs sont tendus : dans les cieux étonnés Les dards , les javelots , les traits empoisonnés Volent , et du soleil les clartés s'obscurcissent. Sous le choc dies béliers les rempai'ts retentissent

i8o LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.

L'enorme catapulte onyre bientôt ses flancs ;

Les cailloux augtileux, le^marfore en blocs rovilans,

Brisent les boucliers , fracassent les* armures.

Les Sarrasins , poussant d'effroyables murmures , i

Expirent, et partout du sommet des remparts

Tombent des corps bideax et des membres épars.

La blessure et la mort suivent le trait rapide;

Le guerrier le plus lâche ou le pins intrepide.

Par la roche meurtris, par la flèche perca ,'

Roulent <?galemcnt l'un sur l'autre entassés.

Mais ce mortel assaut, mais cet affreux carnage, Des Sarrasins encore ont redouble la rage; Par mille corps lëgers , devant eux étendus , .De la terrible attaque ils se sont défendus. Dans les replis mouvans des toiles qui fléchissait Le choc perd sa fureur; tous les coups s'amollissent, £t sur les ra]!igs serrés des bataillons épais Ils lancent à leur tour les pierres et les traits. . Cependant lés chrétiens , en dépit des obstacles « D'une ardente valeur prodiguent les miracles. Ils s'avancent toujours cachés sous des abris Où viennent expirer les traits et les débris. Déjà sur les remparts, dont les créneaux s'afiidssent, Les grands ponts, de leurs tours, s'allongent et s'aboissefit , Tandis que le bélier s'ébranle en frémissant , Gronde , et d'un front d'airain bat lé mur gémissant Mais Renaud, promenant une vue incertaine, S'r.rréte irrésolu; dans son àme hautaine - Il roule vingt projets , et méprise un dali|;er Qu'aveclui le vulgaire oserait partager;

. C1U«T SIX^HCrriJÈltfE. l8i

II yeut d'antres përils. Il faut à sou aucUce Uo m^ inaccessible, et des chemins sans traoe. S'adressant aux héros dont il est escorta : :

« Voyez- vous , leur dit-il , ce rempart t^cartó ?

• Qaelle honte pour nous ! lui seul , exempt d'outrage ,

• Repose , et lève un front oublia par Torage. «Ah! troublons ce repos! venez tous, suivez-moi. «Vous qu'enflammait Dudon, chevaliei-s de la foi, « Voulez- vous dans la plaine attendre la victoire?

« Ce roc fortifia nous promet seul la gloire fi « La fortune s'attache à la témérité ; « Qui tente le succès, d^jà Ta mérite.

• Blarchons ! et que des traits lancés sur notre tête f Kos boucliers ums repoussent la tempête, t

U dit : ses compagnons , qu'anime son discours» De IVpaisse tortue empruntant le secours.

Forment d'un toit de fer l'impénétrable voûte : Jusqu'aux murs sarrasins ils s'ouvrent une toute. Kien n'arrête leurs pas : les pierres et les dards Sur la tortue en vain pleuvent de toutes parts; lis arrivent en foule, et l'attaque commence. Renaud d'un bras nerveux dresse une échelle immense : £lle cède à sa main, comme au souffle du vent . Cède un roseau léger sur sa tige mouvant.

Les .traits, les javelots, les rochers qu'on hd lance |. Tout est vain : il frémit « il s'irrite , il s'élance ; U venrait sans pâlir et l'Olympe et FAtlas Sur son front orgueilleux se briser en éclaÙ : Indomptable , il reçoit la tempête ennemie.

Qiie dis-je ? sa. vigueur en parait raffermie;

i8a l'A JÉRUSALEM l^ÉLIYRÉE.

D'une main toa tenant son large bouclier Dont.â cou Tre sa tête et son corps tout entier, £t de l'autre ébranlant le mur qu'il escalade , Il réalise aux yeux la £ible d'Encelade.

Ses nobles compagnons «par sa voix rassurés ^ De récbelle après lui montent les cent degrés. Un destin différent préside à cette lutte; L'un meurt, l'autre survit à sa pesante chute. Mais fienaud le premier , toujours calme et serein, Froissé paj* une gréle et de marbre et d'airain. S'élève fièrement. Nul eflbrt ne l'arrête; Déjà même du mur il peut toncber le feite.

MiUe bras sont tendus pour l'en précipiter..... O prodige] un seul homme ose tout affronter; Et , d^ns l'air suspendu , combat seul une armée Sur un terrain solide en bataille formée ; Et tel qu'un grand palmier battu par l'aquilon, Debout, dans sa hauteur, domine le vallon.

Tel sous les enn^ms do^t tout le, poids l'oppcesse* Plus vigoureux encor , le héros se redresse.

Les foudres de sa voix , les éclairs de ses yçux Font reculer d'horreur les plus audacieux; Enfin tout se dérobe à son glaive homicide ; Tout fuit épouvanté : son. destin se décide.

Et, maitre du sqccès qu'enviait son grand coeur, Sur le rempart soumis il s'élance vainqueur.

Mais au jeune Bouillon, qui pàlit et chanceUc, Déjà prêt à tomber du sommet de l'échelle.

Le héros de sa main daigne tendre l'appui.

Et le fiiit au reeopart arriver après lui.

CUkìXr DIX-HUITIÈME. i85

Godefiroi vers le nord latte sans avantage^ , Entre les combattaos la gtoire se partage.

C'est là qu'un même téle , une même chaleur De» bataillons rivaux enflamme la valeur.

Là du peuple assiège l'industrieux courage Vient d'élever un tronc, dëbrîs d'un grand naufrage; A ce robuste appui s'attache fortement Une poutre de fer, qui, d'un prompt mouvement Sur des câbles nombreux avec art balancée, £t défiant la tour devant elle placée , Tonne, avance, recule, et du poids de ses coups Fait géinit et gronder le colosse en courroux. Mais la masse résiste , et n'est point abattue. ^

Telle qu'aux bcurds des mers nous voyons la tortue Hors de sa ronde écaille un moment s'allonger, £t dans son épaisseur soudain se replonger; Teile assiégeant toujours la gigantesque masse ^ La poutre va , revient , l'insulte , la menace , ' Pëoètre dans ses flancs, relâche ses liens, l'es brise , et les disperse aux regards des chrétiens. ^ai8« à lins tant, du sein de la tour agitée Sortent <leux longues faux , dont la dent irritée Vient teancher les supports et les chaînes d*aciev Qi^i dans l'air suspendaient le terrible bélier. Tel qu'un vaste rocheir debout sur la colline £n souverain commande à la plaine voisine; Depuis cinq cent hivers les autans mutinés Battent sa tête chauVe et ses flancs déckamél; De son poids immobile il fatigue la terre.

Mais enfin , si les vents , la grêle , le tonnerre «

,g^ LA JÉBDSALEM DÉLIVRÉE.

Si tous les £ots du ciel en torrens descendus, Lui portent à la fois des coups inattendus , Le vieux roc , s*arrachant à sa hase ^raalëe , Tombe , et» de bonds en bonds roulant dans la y allée, Entraîne les forêts , les bergers, les troupeaux ; Telle aveo les soldats , les armes , les jcrëneanx , La poutre énorme tombe : au loin les monts mngissent, Et les flancs de la tour trois fois en retentissent^

Tandis que Godefroi se flatte d'emporter Ce mur qui trop long-temps a su lui résister, Il voit les tourbillons d'une épaisse fumée Descendre du rempart et couyrir son armée.

Avec plus de fureur , non , jamais de l'Etna Le courroux embrasé dans les airs ne tonna.

Sous le ciel indien des vapeurs moins brûlantes Dessèchent les gazons et dévorent les plantes. En cercles arrondis , figurés en poignards , Des feux noirs et sanglans volent de toutes parts. Une foudre inconnue au loin gronde et s'allume ; De cent vases d'airain le soufre , le bitume , Coulent à gros bouillons , ruissdient en éclairs , Et d'une infecte odeur empoisonnent les airs. Aveo un bruit affreux qui fait trembler la terre Ils roulent vers la tour, vont lui porter la gveire. Et l'assiègent partout de flots étincelans.

Déjà le cuir épais qui prot^e ses flancs Se ride , se retire ; et si le ciel encore Tarde à se déclarer, la flamme la dévore.

Dans le commun effiroi Bouillon toujours serein De tons c6téft promène un regard souverain ,

CEâNT MX-HUmÈOTE/ • ,Ô5

El de ses coÉDpagiiOlM eilcoórage le zélc.

Ils s'opposent en .ftmie à la flamme, rebelle ; Maia , ô êosna saperflos ! la topr va s'eminwo», - Et Tonde teconraUe «»t prête à sVpniser.

Soudain le venfc se léyc , et , devant loi chfl6sée, Contre les Sarrasins la flamine est i^poasiëcw Les toilet, les. tissos déployés devant eux Disparaissent kienlòt , investis par les felix. gc^nérenx nMMrtd! 4 d^ne capiti^ne!, , ; Poitr toi le ciel cottM , fai vietoire et certaine. Tous les vents mssemblés an bmit de tes clairons Accourent en tumulte, et vengent tes affronts. Ismcn alors , Ismeu , q|ii voit un iel prodige De ses eni^antemens confondre le prestige , Pour çomlNittre les venU , la nature et le ciel , Ose ençor recoui^ir à ^on art criminel.

A travers l'incendie allumé par loirméme , Les yeux rouges de sang , le teint livide et hUme, La barbe. Ii^rissée , et les cheveux épars , Si baguette à la main, au sommet des rempiarts Hsft montre, escorté de deux femmes impies.

Sous ces difiormes traits sans doute les Harpies Aux regards des mortels parurent atitrefois. D^^ les.élémens se troublent à leur v^oix ; Dëjà l'astre dû jour sous des nuages sombres Se cache, etson flandieau tremble et meurt dans les ombres, Quand du sein de la tour, vers ces monstres affreux, Du rocher tout à coup vole, tombe sur eux; De sa chute pesante ensemUe les foudroie , £t dans, leur «ang inpur les confond et les noie.

i86 l'A jéaUSALEM

Sons la meule broyé tel 1» grain dit|iardt' Du globe des TÌTans elilés À regret, Ils roulent tous les trois un fyaà dn noèr mliime..*. Tremblez , penrerç! le cid punit toi^urs ie crime.

Mais déjà sur lentuTt de tontes paÉU foroé, De la tour k grand brciitle pont «'lest idMÎsaë. L'intrépide saltan, qn^émporte son €Oiiia|[et' Une hacbe à la lâain vers cet <^troil péssage Vole , et frappe le pont de ses coupa r^éoutdés. Peut-Ôtiie il triomphait...^ lorsqt^ «e^ yeuâ troubla Une seconde tour / dn aeia de la promière , S'allonge dans les airs , dresse une cime ^tldre Qui plane sur la Tille et les hauts mitiarets. A cet aspect tout fuit. Soliman êè plus pris S'avance , et, conserrant le calme de Tandacé, Affronte seul les tours et leut* double menace. C'est alors €|[ue dés cieux, envoyé par son roi , Michel se rend visible au sage Oodefroi.

Une odeur ravissante autour de lui s'exhale* Des darCâi d\i soleil soti armtire rivale Illumine la plaine , et ses divins baMtr Étincellent partout des éclairs du rubis.

« Godefroi, lui dit>il, l'heure e*t ertfin sonnée « Où dans Jérusalem si long* temps profimée , tt Après tant de combatà , tu pourras librement « Aux yeux de l'univers acquitter ton serment. « Contemple le Se<îours qu'à tes drapeaux j^mènc! « Mais il iaut avant tout que ta faiblesse humaine « Puisse d'un tel aspect soutenir la splendeur. « Du*I>ieu qui te chérit céleste ambksaacfeur,

« Je vais, à oettaUeanx préparant ta paupière^ «• Déchirep de te» àens l'enveloppe grossière.

• Regarde mamténant, et yois ces logions « Qû éétmettat da ciel les baotes régions!

• Vois , parmi cea guenriert , dont la noUe aséuranee

• De SoMme avec toi-presse la délivrance,

« Tons cet mteea gnenriers, qui , martyrs de la Croix , « An sein de l'Giient ont marché soas tes loisf

• A traverà ces tonrens d'âne noire poussière ,

« Ces flammes , ces débris, d'une main meurtrière

« Hugues , ton jewN ami , combat les Musulmans ,

« Et dea toars du midi sape les fondemeAs.

« Plus loin le fier Dudon anime ses cohortes,

« £t du nord à ser^eds il fiût tomber les portes.

«Le pontife Adbémar, de palmes couronnij,

« S'offre sur la colline à ton œil étonné ,

« £t, sous les saint» habits qu'avec pompe il étale ,

« Lève ponr vous bénir sa main sacerdotale.

« Porte plùa haut tes yeux, et vois de toutes pàfts

« Les miliees du ciel Ibudrcyyer ces ren^rts. »

Il dit , et le héros de se» regards embrasse

Les escadrons ailés qui traversent l'espacé^

Armés de lances d'<v, de glaives radieux.

U voit les séraphin» , peuple immortel de» deux ,

Combattre en sa fkveur , et , protégeant sa gloire ,

Aux drapeaux» des ^chrétiens attacher la victoire.

Bouillon baisse on instant son regard ébloui ,

Le relève, et doudaiB tout s'est évanoui.

Mais ramenant wê yeux vers ses troupes guerrières,

H voit sons l««rt eéorts s'éarouler les barrières,

i^ LA JÉRUSALEM DÌUVEÌE.

]^( p^ioiit le trioBif>he à jamaû Moœë.

Renaud, de ses soldats fièrement entouré « Comme un astre fatal sur les murs ^tinceUe.

Bouillon, <{u*enâamme alon une audace iioii?eBef Brûle de partager ces immortels exploits.

Terrible, et, saisissant le drapeau de la Croix « Sur le pont de la tour le premier il s'ëlancé; Mais Soliman vers lui court ; et brandit sa lance; 11 l'arrête au passage : 6 quels £iits glorieux Dans cet espiioe e'troit soudain ^^appent les yeux! • » Amis,, dit Soliman, secondez mon envie; « Pour le salut commun je renonce à la •▼!€• « Briser, brise? ce pont; qu'il cmule sons mes pai; « S*il ftut pour TOUS sauver recevoir le tr^s , « je ven^ciû cher du moins ce( instant qui me reste, p Il dit; Renâiid parait; à son aspeiit funeste Tout H faié Soliman s'est ëcrië soudain :

• Que finire? dans ce lieu je combattrais en vain : « Je m'immole sans fruits» £t, modérant sa rage. Pour se défendre ailleurs il cède le passage* A peine il s'ëioignak, Bouillon sur le rempart S'âance , ^ de la Croix arbore rëten4^jrd.

O prodige! ô bonheur! l'enseigne triomphale Dans Vw avec orgueil se déroule et s'étale ; La voiU qui rayonne ; il semble q^e les venta Avec plus de respects enflent ses plis mouvans; Que de l'astre du jour la lumière , avec joie , Plus brillante, autour d'elle éclate et se déploie; Que des arcs sarrasins les javelots partis Reculent à sa vue , ou tombent amortit ;

CHANT DlX-HUITIÈMË, i8^

Et que Jënisakm , à son coite fidèle , Du haut des monts Toisins s'incline deraut elle. L'armëe entière a m ce drapean glorieux , Et pousse yers le ciel des cns yictorienx , Dont les ëchos lointains prolongent Tallégresse. Tancrède sur Ârgant fond alors et le presse, n a franchi le pont déployé par sa tour , Renverse le satrape , et triomphe à son tour. Tout cède à sa yaillance, et sur le mur il plante Ou diyin Rédempteur l'enseigne étincelante.

Mais d*an autre côté , vers le hràlant midi , Oh le sage Raymond , par les ans engourdi , Combat plus lentement le roi de l'idumée , A des soccès moins prompts sa troupe accoutumée, Au pied de la cité, qui le défie encor , De son immense tour n*a pu guider resscHr.

Là , des guerriers choisis dans son peuple idolâtre Aladin soutenait l'ardeur opiniâtre ; Là , pour fortifier un trop faible rempart, 11 avait rassemblé tous les secours de l'ait. Long- temps la grande tour , sur ses appuis mobiles , Gravissant âe$ sentiers à vaincre difficiles , Bans leur l^re terrain , malgré de vains secours , Chancelle et s'embarrasse en son pénible cours. Mais à peine ont frémi tous ces hymnes de gloire Qui des soldats du Christ proclament la victoire. Le tyran de Solime a tremblé pour les siens.

Raymond ne doutant plus du succès des chrétiens : « Entendez ces clameurs qui partent de la plaine ; * Ah! de nos compagnons la victoire est certaine;

IQO LA ^ÉRUSiXEM DÉLIVRÉE*

tt Jërasalem est libre : et noiu, amis grand Dlea!

« Quand nos frères dé^ sont maîtres du saint lien , u Quoi! sercns-nous les s^ulsqn'unyain obstacle arrête? « N'aurons-nous point de.part à la sainte conquête? » Il dit i mais ces discours déjà sont superflus ; Le tyran se retire, il ne se défend plus.

Et s'enfuit au sommet de la ville infidèle , Dont il espère encor^uver la citadelle.

Alors sur les d^rîs des portes , des remparts , Les vainqueurs dans la ville entrent de toutes parts. Plus d'obstacles! la mort, à leur voix dëchain^. Fraine des Sarrasins la foule cpmtem^ Tout ce peuple vaincu , péle-mèle courant , Sous la pierre écrasé , sons le fer expirant* S'abîme en des torrens de poussière et de flammes. Entendez-yous les cris des enfiins et des femmes? Partout régnent TefiGroi , le carnage , Tborreur ; Le sang coule, et du glaive assonyit la fureur.

J^IN DU CHJkJtT DIX-HUITIÈME.

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GHANT DIX-NEUVIÈME.

SOMMAIRE

CoBB^at d*ÂTgiuit et dt Tancredi», Le Sarrasin saceoml>e , et Taneréde, dangereusement blessa, reste sans connaissance sur le cbamp de bataille.. Jérusalem est livrée aux borreurs du pillage. Ses plus ♦•iUans dëfeus^mrs expirent; mais Solimaa rit euoore, et, reuftm< dans une tour aTeo Aladin et les priacipaùx fuerrierf , il ?*P«asae les chrétiens qui renient s!emparer de ce dernier asile. La nuit arrive ; Godefroi fait retirer ses troupes, et met un frein â Îtnr cupidité. Cependant Vafrin pénètre dans le camp des Infidèles, Parmi les femmes qui eomposent la suite d'Armide il feeoifaait Herminie. Tousdeuk, à I» faveur des ombres, «b«iidaBaent lé Ç*<Bp. La princesse dévoile A Vafirin le complot tramé contre les )«urs de Bouillon. Elle lui raconte tuB malheurs, et la naissance de son amonr pour Tancréde. Non loin des murs de Solime, il tfwve ee héros étendu êtir le sable et baigné dans son sang. Rè' ftH d»U tendre Herminie , son artrappelle anjour l'Ane fugitive '** gttenier. Qn le tritnsporte dans la ville, et Vairin révèle à BoQÎUon les secrets dont il est instruit. Sur Tavis de Rajmond, •a prépare pour le lendemain un nouvel assaut.

Jj*«* Ordres d'Aladin, Tëponvante et la mort ^^uple de Solime ont arrêta l'effort, ^^ut BUT le« remparts «qui Tiennent de se rendre, ^'Sant, le seul Argant s'obstine à les défendre. ^ butté ans ennemis armes contre ses jours , ^^ glaire in&tigable il ks comlMit tonjours ,

iga LA JÉRUSALEM DÉLIYRÉE.

£t craint moins le- trëpat dont Taspect le menace

Que le simple soupçon "d'avoir manque d'audace.

Plus d'un brave assaillant a perì sous ses coups 9^

Lorsque Tancrède enfin, plus terrible qu'eux tous.

S'élance , et fond sur lui comme un ëdair rapide.

A sa brillante armure, à son air intrépide,

Le satrape à l'instant reconnaît ce h^ros ,

Et d'une voix brutale il l'insulte en ces mots :

« Te Yoiià donc Tancrède ! et ma juste colère

« Peut de ta lâcbeté te payer le salaire I

« Transfuge d'un combat par la nuit suspendu ,

• A mon glaire ennemi le sort t'a donc rendu!

« Tu reviens un peu tard , et non pas sans, escorte.

« Seul ou suivi des tiens, ^prés tout, que m'importe?

« Adroit Êibncateur de béliers et de tours ,

« Mets en œuvre à présent tes ruses, tes dëtoura !

« Ourdis pour me tromper quelques nouveUes tnases!

« Cacbe-toi dans les rangs ! noble assassin de lèiiuiies , 1

« De ta chute ma haine ici marque l'instant. . . j

« Tu n'ëchapperas plus à la mort qui t'attend. •

Tancrède , que rehausse une Valeiir si rare , ■ Sourit avec dédain à l'orgueil du barbai^':

« Mon retour est tardif, il est vrai; mais, crois-Moit « Peut-être je reviens encor trop tôt pour toi; « Et je verrai dans peu ta vabur; moim aUtèret « Désirer entre nous l'Océan pour barrière.

« Des gëans , des héros formidable vainqueur , « L'assassin d'une femme affronte ta valeur. • A ces mots se tournant vers sa brave cohorte c « Compagnons, modérez le feu qui vous transporte;

. CHAfilT DlX-NfiDVUkM£* i^

« De la dMite d'Argani ne «oyez point jaloux.

« La justioe do ciel le livre à mon courroux.

« De tous mes ennemis c'est le plus implacable.

« Liés par on serment auguste, irrëfocahie,

» Laissez-nous seul à seul rider tons nos dâ>ats.

« — £h bien! r^que Argant, qui t'arrête? combab.'

« Sur ces remparts détruits, en un lieu solitaire ,

« Dans le fond d'un dÀert , au centre de la terre «

« Je te sniyrai partout : voyons si tu sauras

« Une seconde fois te sonstrnre k mon bras. «

Ces doux fiers cbampions , qu'on même espoir anime ,

SVUncent à, la fois des hauteurs de Solime ,

S'ouwent loin de la fonie un rapide chemin «

£t la Haine les suit une torche à la main.

Mais Tancrède commande à sa juste iurief

De Fiodienx satrape il protégea vie.

Prêt à laver Tafiront que sa gloire a reçu ,

Dans sa nc^e vengeance il Ae croirait d^çu ,

Si du sang qu'il abhore une goutte échappée «

Une seule à ses yeux mouillait une antre épêe*

Il veiUe sur Argant , et de son bouclier

Aux regigrds des. chrétiens le couvrant tout entier t

De loin même il leur crie : « Ah.! respectez sa tête! »

Ses pdSres» sts cris détournent la tempête

Qui grMidait sur le front du cruel Sarrasin z

U conserve sa proie, et tous les deux enfin

S'enfoncent daps le sein d'une étroite vallée»

Qu'ombrage, de hauts pins la cime échevelée ,

Et qui semble en ces lieux muets , $ans habitans i

Une carrière onverte au choc des combattans^

,^ LA JÉRUSALEM HÉLIYBÉE.

Là , sur J^nualem, qa'en ce moment ravage

Un vainqueur affamé dt Bang et de piUnge,

Le satrape long*temps prom/ène un œil réreivr,

« Que fais-tu ? dit Tancride ; et d'où vient que ton éoenr

• Semble se démentir à son keure dernière?

« Songes-tu qu'il est temps de perdre la lamière? « Puisque rien désormais ne peut cbanger ton aort»

• Sans fiûblcsse du moins envisage la mort.

« — Je plains , répond Argant, eettc ville puissante , « De tant d'autres cités reine si florissante,

• Et que tous mes efforts, héias ! n'ont pu ravir « Au farouche étranger qui vient de l'asservir.

« Tes jours , que le destin abandonne à ma rage , « Pourront-ib dignement venger un tel outrage ? « Et ton trépas enfin esibii d'un si grand pria, « Qu'il puisse ramener le calme en mes esprits? »

Ib s'approchent alors avec la défiance Qu'inspire à chacun d'ea& leur commune vaiDanes. Tancrède joint l'adresse à l'intrépidité.

Ses moindc^ mouvemens sont pleins d'agilité . Sous le glaive ennemi , que de son glaive il ehaise , Aussi protn^t que l'édair légèrement il passe. Argent , ^è son côté , sous un autre maintien Montre une égale adresse, et du guerrier chrétieii Laissant en paix le fer, d'une main prompte et sùf» 11 cherche à lui porter la première Uefsmre^ Pareil à ce Titan par le ciel foudrc^é , Dans toute sa hauteur fiérenieQt déptojé , . Le bxiss tendu , tou)our» son arme meurtrière Du casque d'un rival menaoe la visière*

Mais Tancrède, toujours" prit à se garantir D'un bras dont la vigueur pounrât Tanëantir, Se courbe , rompt l'attaque , et par d'halK^es feintes Du Sarrasin feroce ^iude les atteintes.

Tels, semblables en force, en grandeur in^auz, Sur la tranquille nier combattent deux vaisseaux. L'un, dans son vol l^ger, de l'ennemi se joue« Court, passe mille fois de la poupe à U proue ; L'antre reste immobile , et de son poids fiUal Menace à ehai}ue instant d'accabler sou rival. Tandis que du hëros l'adresse et le courage S'occupent sans relàdie à dëtounier l'prage , Argant lève son fer; il retombe.... soudai Tancréde voit le coup, mais il le pare en vaiu; Le i^ive dans son flanc se plonge et le d^cbire. Argant s'en applaudit,, iait un amer sourire : « De ta Êôblesse ainsi te voilà convaincu.

« Le fiunenx spadassin dans son art est vaincu. • Le héros , «nflammë de d^it et de honte , Mëdite dans son cosur àne vengeance proraj^e. n change son attaque, et, d'un mouvement fier. Ramène aux yeux d*Argant la pointe de son fer. Argant rabat le coup; Tancréde, qui l'épie, Croiie ail gré de ses vceux le glaive de l'impie, D'une iròbuste main saisit le bras d' Argant, £t dans le côté droit du sfitrape arrogant Plonge un acier cruel : « Tiens voilà ma réponse î « Lui dit-il , sans reterd le.vaînca la prononce* » Le Sarrasin frémis , et tente vainedaent De dégager son biras captif en ce moment. ^

i^Ç LA JÉRUSALEM OÉLIVRÊE.

Lass^ de tatit d*eifòrts , 3 confie à sa chaîne Le glaive, désormais arme, impuissante et vaine , Se jette sur Tancrède, et, de ses bras nervenx: Autour de cehëros multipliant les nœa ds , II le presse , l'étreint , Tenveloppe et Tobsède. . Dans ce perii pressant, le valenreniL Tancrède . A rassemble sa force, et les deux combàttans Cherckent À s'ëbtanler tous deux en même t emps. Tels jadis se pressaient dans leur lutte vantëe £l l'indomptable Alcide , et le féroce Ant^ew Tous deux tombent ensemble , et de leur double poids Font trembler le vallon , la colline et les bois. Soit hasard, soit qu*Argant eût saisi Favanti^e» Son bras captif naguère eik tombant se dégage , Et celui de Tancrède, à son tour prisonnier , Demeure enseveli sous rénorme guerrier.

Tancrède , qu'étourdit sa chute inattendue « Du péril fontefbi s mesure l'étendue, ^ Fait de nouveaux efforts , se rdèVe, et djms Fair De son glaive affranchi déjà brille l'édair.

Le Sarrasin, plus lourd , se relève avecpeiiie; Mais , avant que son corps soi t. debout dims la pUîne, Un coup aussi pesant que le déVis d'un mont Sur sa large poitrine a £nt pencher son front$ Et comme un chêne altiet battu par la tempête Incline au même instant et rriève sa tête , , Ainsi le Sarrasin, tout prés de succomber , Reprend sa force entière alors qu'il va tomber. Implacable , mortel, le combat recommence :

Ce n'est plus des deux parts qu'une horrible démène '

B^jà te sang rougit l'armure du h^ros.

Mais Argant voit le sien sVchapper à grandi floU. Ses coups moins forcen^a bientôt se raientissent; Son feu a'^vanouit, ses^a^ s'appesantissent;^ A peine il se-apiiEent : telle sans aliment La flamme se consume et meurt languissamraent. Tancrède, qui le voit d*un« main faible et lente A peine t^epousser son attaque vaillante , A senti la pitie se glisser dans son cœur » Et, loin du Sarrasin , lui dit avec douceur : « Rends-toi, brave guerrier» si tu le veux, accuse « Le bonheur de mon bras ou le sort qui t'abuse. • Je ne viens point ici rabaisser ta valeur , « £t je ne sus jamais triompher du malheur.

« Conserve tous tes. droits. «« Le superbe Infidèle S'anime en l'écoutant d'une rage nouvelle.

D'une voix frémissante il rëpond : « Vil chrétien , « Oses-tu donc juger mon cœur d*après le tien ! « Applaudis h ta rage un moment satisfaite ; « Use de ta fortune , et rêve ma défaite» »

Tel que , prêt à s'éteindre, un flambeau vacillant Se ranime, se dresse , et jette un fèu brillant. Tel Argant » sur le point de mordre la poussière , Vei|t illustrer encor la fin de sa carrière.

Il saisit k deux mains son redoutable acier , Dont le poida tout à coup tombant sur le guerrier L'^branle , se fiiit jour à travers sou armure , £t de l'épaule au flanc prolonge sa blessure. Si le tœur de Tancrede alors n'a point frémi , Contre tous les hasards ce ca»ir est affermi.

,98 BA JÉRUSALEM DÉLIYRÉB*

Argant veut redoubler : furieux il relève , £a poussant un grand cri , son bras charge da gUire; Tancréde se retourne , et le vent seul irappë Siffle au loin sons le fer dam son espoir trompe. Victime , ô brave Argant , de ta rage implacaMe , Entraîne par ton poids , tu mesures le sable ; Trop heureux. , en cëdant à ta propre fureur , Qu*unautre de ta chute au moins n*ait point rhonneor ! Ses blessures soudain se creusent, sMIargissent; Les restes de son sang à longs flots rejaillissent; ' Mais déjà, d'une main sur la terre appu^r^ , La tête haute , fière , et le genou ployë , 11 menace, il s*emporte, et songe à se défendre. Une seconde fois l'invitant à se rendre , Tancréde lui promet le jour, la liberté. Sourd à ces nobles vœux , l'Infidèle irrité iîampe auxpiedsde Tancréde , et lâchement le blesse. Le hëros indigné d'une telle bassesse :

« Puisque ton fol orgueil refiise ines bienfaits, « Traître , reçois enfin le prix de tes forfaits ;

t « Meurs î o II dit, et du glaive à travers la visière

Il plonge par deux fois la pointe meurtrière. L'aiïi eux Argant expire ainsi qu'il a vécu \ Superbe, audacieux, sans paraître vaincu.

Sur tous ses traits s'étend une pâleur horrible; Mais il menace encor , mais d'un regard terrible 11 semble défie'r son rival glorieux , £t ses derniers accens ont blasphéma les cieux. Le généreux guerrier , content de sa victoire,

^ : Offre au Dieu des chrétiens l'hommage de sa gloire.

CHAîrr DtX-HEirVlÈMÉr 199

n a remis le fer dam «on fourreau saugUnt.

Épuise du combat, et d'un ^ chancelant, 11 marche vers Solime, ou plutôt a' se traîne A travers les sentiers de cette aride plaine. D'an fidble espoir encor son grand cœur est sëdmt; Mais que peut-il? sa force et l'abandonné et Mt. Brisé par la douleur, le malbeurettz s'âiirétc » S'assied , et sur sa main laisse tomher sa tête, n voit fe ciel , la terre, ensemble confondus. Et tourner et s'éteindre à ses yeux éperdus.

Non loin du fier Argant renversé dàn» l'arène U toiabe évanoui, sans couleur, sans balme^ Et tons les deux couverts des ondires du trépas , Le vainqueur , le vaincu, ne se distinguent pas.

Cependant les chrétiens, maîtres de ce» rivages. Dans la ville sacrée étendaient leurs ravages. Oh trouver d^ couleurs pour oes afflreiui tableaux ? Les mourons et les morts , élev^ en monoeaux , Embarrassent les pas des vainqueurs homicides. Voyez-vous devant eux, d'^uvante livides, Ces vierges , Fœil en pleurs et les cheveux ^pars t A travers les débris s'enfuir de toutes parte? Les voyez-vous tomber et devenir la proie ï>u soldat enivré d'une brutale joie ?

Sur le sein maternel que d'enfens égorgés!

Dans c[uel fleuve de sang ces vieillards sont plongés! Partout la mort , partout le deuil , les cris, les larme» , L'accent du désespoir, et le firacas des armes.

Bu côté du couchant , siu* le chemin poudreux Qui monte à la colline oh le roi der Hâ>renx ,.

Salomoa, quelque tempt «Ugœ dntUadèrae»

Fit éitrtx un temide aa monarque «apréme,

Brillant :ccMAme U fmidre» et plus terrible encor,

Renaud a <yjà jun$ son beUiqucas essor.

Il vole , et tout frëmit. Sa généreuse ëpée ,

Dédaignant une foule & le fuir occupée «

Fait grloeàU^ terreur, et frappe seulenient

Tout guerner.<^ s*il en est qui INittende un moment

Sa ibn^idaUe voix tonne , éclate en menaces.

Les dards , les boucliers , les casques , les cuirasses

Sous s» robnite main se brisent en ëdats.

Devant son fier courroux le peuple , les soldats ,

Les cheft mime* lassés d'un effort inutile ,

Tout palpitans d*efiroi » vont obercker un asile

Dans ce; temple fi^penx , ouvHage de vingt rois ,

Qui» t^t de fois détruit , relève tant de fois ,

Et n'ofihtnt désormais qu'une ombre de sa gloire.

Aux fib de Mabomet écbu par la victoiile^ ,

Voit flotter sur $e» murs l'enseigne du turban.

Jadis Iç marbre, llor, les tèdres du Liban»

Le porpl^f« , l'ivoire et les tributs du monde

A l'envi décoraient son enceinte profonde.

De sa première pompe à. présent dépouillé ,

Veuf de tant de trésors , par le aime souillé.

Ce n'est pbis qu'un vieux fort, on le bronze et la pierre

Opposent leur obstacle aux fureurs de la guerre.

Aux regards de Renaud nul. accès n'est ouvert : D'armes et de soldats tout le &ite est couvert Deux fois d'un ceil terrible il n^ure, il contemple Ces apprêts de défense et la bauteur du temple.

CHANT DIX-NEUVIÈME. aoi

Deux fois , pour y chercher quelque lecret détour , D'un pas sûr et rapide il en a £iit le tonr.

Tel un loap, que la faim et sa propre ftirie Amènent yers k soir prés d'une hcrferie , Rôde long-teraps dans Tombre, et, de sang altère, Cherche à, calmer la soif dont il est d^oré.

Enfin Renaud s'arrête, et la troupe barbare Attend avec effiroi l'assaut qu'on lui prépare. Non loin de l'édifice, un grand mât à Técart De Renaod tout à coup Tient frapper le regard. Il surpasse ou hauteur les plus fortes dntennes |>e ces vaisseaux promis aux mers ligisriennes. Le héros s'en saisit, frappe à coups redoublés , Fait mugir a l'entour les remparts ébranlés , Et bat l'airain teemUant de la porte sonore.

Les pâlea Sarnuins , que la terreur dévore, * De hurlemens plaintifs font retentir les airs. he tonnerre tombant au milieu des éclain , Le Wlier dont le front brise les citadelles , Épouvanteraient moins. le cœur des Infidèles. ,

Mais le guerrier s'obstine en «es efforts puis^atis. Enfin les larges clous , les gonds retentissans , La serrure de bi:oBae en débris dispersée, Tombent; et sur le seuil de la porte enfoncée , Comme un torrent grossi par Tété pluvieux, Renaud , suivi des siens , s'élance furieux.

L'impitoyable Mort avec eux est entrée , Et le glaive moissonne un^ foule abhorrée.

Mais alors Soliman , avec les Sarrasins , Dont il a rallié les timides essaims ,

3^2 l'A JEROSALBM DEUTRBE.

Vers la lour de David «e hâte de se rendre.

Ce roc fortifie peut eacor le défendre.

Par des retratichemaiis il en ferme l'accès ,

Et ton coeur belliqueaz se flatte du sncc^.

Le barbare Aladin, lâcfae dans sa détresse.

A joindre le hëroapëmblement s'empresse.

A peine Soliman Vient de l'apercevoir ,

Il lui crie : « Aladin , faisons netre devoir.

« Viens; tu ptux conserver et le jour et Fempire:

Ce fort nous s^ypartient, et SoKman respire.

« — Ah ! répond le vieax roi, pÀhs et de pleurs ba^né,

« Tout est fini pour nous : j'ai vécn; j'ai régné.

tt Solime est sous le fer d'vn vainqueur recloutabk ;

« Voici le dernier jduT, le jour inévital^.

« — Quoi ! répond Soliman , pénétré de douleur ,

tt Se peut^il qu'on revers accable ta valeur ?

Cette antique fierté , de POrient connu ,

« A i'beure du péril (]f0*est-eMe devenue ?

Llm pitoyable sort peut tout nous enlever;

u Mais notre honneur nous reste, il fiiut le conseittr.

« Viens donc ; viens parmi nous réposer ta vieiHesset

« Et cbasie de ton cœur une indigne fidUesse. *

Il a dit. Aladin s'enferme dans la tour;

%\ Mais Pespoir de son âme est banni sans retour. i

Le terrible sultan , armé d'une massue ,

Sur le sémi de la tour , désormais sans issue ,

Se tient debout, et là dispute aux assaillans

Un passage' couvert de leurs membres sanglant.

Quiconque ose affronter son arme époovantaMe

Meitr(, ou tombe du moins renversé surie table.

U re4oable d'éfSdriM , et d^ jà loin de loi ,

Glacés à*^n jiute eflEroi, chefii, soldats , tout a fui»

Le comte de Toulouse en ce momeut s*a|^roche.

Cet auguste vieillard sans peur et sans refroohe

Veut forcer le passage • et frappe Soliman.

Mais il le frappe en vain; l'intrépide sultan

Sourit, lére à Tinstant rënorme et lourde masse,

£t d'un coup plus heureux à ses pieds le terrasse.

Parmi les flots de sang en ces li^ ux répfuidus »

Le comte, dumoelani et les liras étendus.

Tombe à côté des siens mutilés et sans vie.

La lumière à Aaymond pourtant n'est point cavie ,

Mais il reste coucbé muet et sans couleur.

La foule des elurétiens tépioins de soli malheur

Hésite à le finger, recule, s'intimide «

£t cesse de tenter le passage^homicide ;

Tandis fOe les vaincus ont senti par degrés

Renaître l'espérance en leurs oeeurs rassurés »

k l'aspeel de Raymond pdpitant sur Tarène,

Soliman crie aux siens il'une voix s6ilv#l*aine s

* Compagnons, sans retard enlevé» ice gueni^,

« fit qu'uii fond de la tour il resta prisonnier. »

A ses ordres somnis , les Sarrasins s'avaneentr ,

Contre eux au même inatant mille ciicétiens s'éJanceni .

La pitié, la foreur avec aeharncmeol

Luttent pour un tieiUard privé de sentiment.

Les soldat» de Raymoad «qu'an ubbie lèle. anime.

S'efforcent d'arracher leur prince magnanime

Aiux Un dont à leurs yeux on prélend leoouvrir.

Hélas ! les «lalhaumax ne peavant i|de mourir. .

2o4 I'^ JERUSALEM pELIVBÉE.

La masse du sultan , prompte eoname la foudre , . Brise les boucliers , met les casques en poudre.

U allait triompher quand de noureaux reaforts

Accourent des chrétiens seconder les efforts. C'est Bouillon, c'est Renaud qui, d'une ardeur rivale, Déjà plaine k la tour frakichissant l'intervalle. Arrivent à la fois pàc des chemins divers.

Ainsi, lorsque les cieux , de nuages couv^ts. Des lueurs de l'orale en grondant ëtincellcat ; Que dans leurs fiancs noircis les foudres s'amoac^ent, Le berger attentif vers le jnrocbain hameau, D'uiï pas prÀïipitë , ramène son troupeau , Le pousse devant lui, le surveille, le preste, Et des plus indolens gourmande la paresse i Ainsi, màlgrë sa forée et ses exploits vaillans» Dès qu'il voit s'approcher cesfnouveaux assailkns 9 Dans le sein/de la tour ^ dont il ferme les pprtçs, Le sultan fiiit rentrer ses ^dèles cohortes.

Mais l'on juge aisément que l'indomptable roi tiède au destin jaloux à et non pas à l'effiroi.

A peine elt-il entre , dans sa fottgue, guerrière , Aenaud vient. Il n'est point de Bcmpart, de bamère , Qui puissent un moment arrêter sa fìireur$ 11 sème devant lui le tumulte et l'horreur.

La mort de $uën<»i presente « sa pensée , Le besoin de punir le ^rran de Nicée » ^ ' Le serment qu'il a âlit, sa gloire, son devoir. L'embrasent tout entier d'un généreux espoir^; £t sans doute son bras , à qui tout est possible , £ût fait croider bìeiltòt ce roc inaccessible ;

CHANT DI&-1IS0VIÈBIB. ic^

Soliman saccombait;.'.. Voici qu'au même iottaol Le manteau de la nuit sur la plaine t'ëtend » £t du Ger Sarrasin retarde la défaite.

Le sage Godcfroi iait sonner la retraite; Mois , pour recommencer le si^e de la tour, De la nouvelle aurore il attend le retour; « " ' Et , le front radieux d'une noble all^eise , A tons ses compagnons en ces mots il s'adresse :

• Soldats , TOUS le Toyes : le Dieu fort et yi?ant « Couronne du succès votre zèle ferrent.

• Un seul, un faible obsUde encore nous arrête, u Et demain cette tour sera notre conqliête.

• Libres de tant de soins , à nos frères blessés

« Prodiguons maintenant nos secours empressés, « Leur sang nous ouvre enfin la céleste patrie. « Guerriers de FÉternel , vainqueurs de la Syrie , « Vai ces devoirs pieux liàtea^vous d'eapier « Les fureurs de ce jour avide et meurtrier.

« De coupables excès ont flétri votre gloire : « Allez; je vous défends l'abus de la victoire. « Que la trompette sonne , et de sa voix d'airain « Prodame dans le camp mon ordre souverain. •

A ces mots , écontant la pitié qui le toucbe , 11 marche vers la tente où'Raymond sur sa couche Souffre encore et gémit du coup qui l'a frappé. Alais le fier SoUman , dans sa rage trompé , De tous set compagnons, forts de son assitlanoe, Par ce noMe discours ranime la conftance :

« Bravons, amis , bradons la rigueur du destin. « Loin de vous affliger d'tui revers ineei^tain,

306 LA JÉRUSALEM DÉUVRÉE*

« Songez que trop souvent la pear nons exagère

« Une perte en soi-même et frirole et légère.

« Tant qu'un rayon d'espoir peut briller à vos yeux,

« Soutenez dignement l'honneur de vos aïeux.

« Les chrétiens, il est vrai, maitres de cette place,

« Retiennent dans leurs fers la vile populace ;

« A des murs renverses par leurs sanglans exploits ,

« A de» palais en cendre ils dispensent des lois;

« Maïs ce fort est debout : mais Aladin respire :

« C'est dans votre roi seul que réside l'empire;

« Il est auprès de nous ; ses plus vaiilans sujets

• N'attendent qu'un signal pour servir ses projets. « Laissons , en attendant , ^ennemi qui nous braye « Régner sur des débris et sur un sol esclave*

« Vous les verrez bientôt ces vainqueur^ insolens»

• A force de débauche abrutis, indolens,

• Tout gorgés de butin, de meurtre etde:pillage, « S'endormir follement sur cette triste plage ;

« Tandis que de Memphis les nombreux bataillons , « Sur lès bords du Jourdain plantant leurs pavillons,

• Aux glaives , aux poignards vengeurs de notre offençe ~ « Livreront ces brigands désormais sans défense.

« Et nous , braves amis , du sommet de ce fort

« Qui de tout l'Occidisnt peut repousser l'effort,

« Avec impunité sur ces monstres avides

« Nous ferons à loisir pleuvoir nos traits rapides. »

Le guerrier en ces mpfcs ri^ssure les soldats ,

£t leur donne un espoir que peutrétre il n*a pas»

Vafirin alors errait dans l'armée ennemie.

A l'heure oii tout ae tait sur la terre endormie ^

CHANT DDL-REUVIÈME. ^gy

Stnt guide, et revéta d'an baUt tftraiifer.

En des chemiiit déserts il osa 8*a^[ager.

L'ailbe à peine éclairait la cime des montagnet »

Qu'il avait d'Ascalon traversé les campagnes;

£t le char du soleil, roulant du haut des deux «

Mesurait la moitié de son cours radieux ,

Quand les troupes d'Egypte, à Gaza rassemblées «

Sur la rivedes mers avec ponqpe étalées,

Viennent frapper les yeux du fid^ écujer,

n a vu dans les airs au loin se d^oyèr

De nombreux pavillons, des enseignes royales.

Les barbait accords des clairons, des cymbales»

Lei fiers hennissemens et les pas des coursiers ,

1^ longs crif des chameaux, des éléphans guerriers ,

Qui foulent à grand bruit cette aréne mouvante ,

Ce mélange inouï de charme et d'épouvante,

ToQt Vétomie; il se dit : « Quel art pro<^eitx

• A rassemblé l'Asie et l'Afrique en ces Ikux ? •

K ces mots vers le camp l'écuyer s'achemine.

^n oeil observateur d'dx>rd en examine

£t l'assiette , et la force, et les retranehemens;

^ il entre , de près suit tous les mouvemens

De la foule innombrable en ces lieux répandue.

Habile k d^uiser sa recherche assidue ,

D'un pas délibéré, ferme dans son maintien,

U s'avance , et parmi le peuple égyptien

Dei mœurs de l'Orient il montre un tel usage ,

Compose aivec tant d'art sa voix et son visage ,

Dissimule si bien l'objet de son désir,

Qa*à l'abri d^ soupçons il contemple à loisir

^o8 l'A JÉRUSALEM DELIVKEI^.

Cet immense appareil de combats et d'alarmes. Les hommes, les 4rapeauz, les pavillons, les armes. Peu satisfait encor de ce premier suecès , Vers la tente du chef il se fraie tin accès.

La to^e qui la couvre , en un lieu d^chir^ , Semble attendre une main pour être réparée.

yafr^l met k profit ce hasard singulier.

D'un air indiflSérent, mais libre et &milier. De l'étroitç ouvetture il s'ajpproche.en sikuce. Émiién, appuyé sur une courte lance,.

Sans casque , et Kevétu d*on manteau radieux , Est tp premier objet qui vient firapper ses yeux. Debout ,• près d'Émiren , ui| Sarrasin farouche Semble Tcntrètenir d'un projet qui le touche : La menace et l'orgueil éclatent dans ses traits. L'audacieux Vafrin s'avance de plijis près.. . Il écoute.... 6 surpriie! Ò terreur sans pareille! Le nom de Godefk'oi résonne à son or^e.

«X)rimplld, dit Émiren, puis-je compter sur toi? « Toii bras me promet-il la mort de Godefroi? « »- Mes compagnons et moi , nous l'avons tous jurée. « Seigneur, je te l'ai dit; ma parole est sacrée, « Et je m'engage ici par un nouveau serment « D'immolei^ cet impie à ton ressei^timent.

a Ma main du premier coup se réserve la gloire. « Mais je veux qu'un trophée,- honorant ma mémoire, « Dans )es murs de Memphis , par mon zèle sauvés,

• S'élèvf , et sur l'airain que ces mots soient gravés.

• A Bomixon , ({uhuoiputtout l'Orisiit p'alakuss,

« OUIOHD AVflC LB JOVE A SU lUVIlL CES AIMES.

CHANT mX-NEUVIEMB. , ; ,qj^

« Il les si7$fiki^ iqi vovk ^u*un tel sovteiciil .

u D'AGE EN AGE PAUYIENNE AUX SIÀCLES ^ l^VUl* •

Emiren souriant à l'orgueil du barbare :

« Ah! c'eat trop peu , dit-il, pour un esfploit si rare , a Au zèle ^i|i t'enflaipme,on doit un nouveau prix; « Compte sur les bienfaits du roi qjue tu cbëris. tt Mais au déguisement a-t>on pourvu d'avance ? • Car le jour 4u combat est plus près gu'on ne. pense » ~ Seigneur , tout est prévue « Là finit l'e^tfçtien. Vafrin ëcoute*ençor, mais il n'entend plus rien. Surpris , épouvanté d'i|ne trame si poire , An rapport de se^ sens à peine ose-t-il croire; Dans son esprit confus il cherche vainement A pénétrer l'objet d*ui;i tel déguisement. Mais enfin il s'éloigne , et la nuit tout entière S'écoule s|ins qu'il ferme un moment sa paupière. 1^ jour renfdt ; l'armée aux zéphyrs du matin A livré ses drapeaux, elle part ; et Vafirin Dans sa marche la suit en compagnon fidèle « S'arrête aux mêmes lieux, redouble encç^ de zèle, £t du fiital complot qui se voile à ses yeux S'efforce de saisir ^e Çl mystérieux.

Cependant qu'il s'égare en sa route indécise. Sous un pavillon d'or il voit Armide assise.

1^ faste syrien brille en »eê vétemeus :

Un cercle adulateur de femmes et d'amans L'entoure, et de ses maux s'occupe à la distraire; ^ais elle, ne songeant qu'à son destin contraire, £t de l'ingrat Renaud gardant le souvenir , Avec «es noues clmgrins paraît s'entretenir.

% IO LA JÉRITSALEBI DÉLIFRÉE.

Sa téte rar fa main plus bianche qne ì'atbàtre Langaiisaminent s'appuie , et la foule idolâtre La Toit avec ennui sur la terre attacher Set yeux brillans des plfiursr qu'elle Voudrait cacher.

Adrasta , roi géant des peuples de l'aurore » En hce d^elle assis , d'un regard la dévore.

Ivre de tant d'attraits , il ne peut maîtriser La fougue des désirs <{ui viennent Fembraser. Tisapheitie à la fois tous deux ks eonsidère. Eniammé d'un* dépit qu'avec peine il modère, La sombre jalousie , et l'orgueil , et l'amour , Dans tes mobiles traits se peignent tour k tour. De femmes entouré, le roi de Samarcande, Altamore* plus cafane, à ses désirs commande. Il se tient l l'écart; là, son côl plus hardi Se repose tantôt sur un bras arrondi , Tantôt suf l'incarnat d'une bouche oit s'éUle Dans toute sa fratcheàr la rœe orientale.

Quelquefoia à travers le tissu transparent De beautés en beautés son oeil toujours errant Plonge fortivemant, se promène, et cavestne D'une gorge de lis la forme enchanteresse.

Armide enfin relève un oeil moins attritté| Son beau front a reprit quelque sérénité.

Et des sombres chagrins qui voilent son visage Un soorîre charmant édaircit le nuage.

On ne sait qud espoir tempère son courroux. . • Vaillans guerriers , dit-eUe, 6 combien il m^est doux « De remettre an vos mains tonta mon espérance ! i« Je ravoàndt mon asMur>, flétri par la'i

CBJkKT DIX-MEUVIÈME. l,i

« Sur la fbi d«s serment <(v» de Toat }'« raçnt , « Se repose des vœox dans m kaiiie coi^^uh^ «

Adraste l'Indien loi i^poad 3 « £h ! «Madame , « Ne calmerez^Toos paa le trouble de YOtre âme? « Je prétends déposer uot-ménM à tos gênons « La tête de Renaad iiÉnac^ par met eovpe.

« Ou • si Tooe prëlëres le tenir dans vos cbâtnet , « Virant je l*àbandonne à vos mains sbo^evaiBes. • * D'un discours ai baotain Tisapheme irrité.

Se tait, mais de ceranroox «m cœur a palpité. Sur Tisapheme alors nnsidiense Armide Laisse toaiber ses yeez pleins d'ane flamme hiimide a « Quand à ma cause iei je vois tont s'aUio', « Que ferei-yout, te^^nenr?— Moi« répond le goenier, « Du béros qui s'engage à finir voi disgriees « Je suivrai, mais de loin, les glorieuses tmeet*

• — Oui , de loin, dit Adraste; aux pécâa étxanger , « Madame , il me remet l'bomiemr de vont yeOger. • Tisapberne à ces mots branlant sa iéte «Itiér* s

« Ah ! s'il m'était permis d'éconter ma eotère » « De me serrir dn fer captif à mon eâité^ « On Terrait ce <{ue.pettt mon intrépidité. ..

• Que m'importe l'excès de ta rage brutale^

« Et ta Tdeur » pent-étre à qnd^pie autre Alale f

« Retenu par l^moor et les <Mrdres du roî«.

« Ce sont eux que jeerains, bariMirev etnan (^ toi. »r

Adraste « finrieux , au même instant se lève.

TisapherBe-lirémit,«t Va tirer scmgkivet" '

Quand Armide se -jette entre les deux riranx.

«Quoit ToaleaMroustottjoortpardestransfortéiioaTeàttx,

Sti l'A JÉEUSALEM nihWV^B.

« Dit-^kt «Bifpûîaoaiier J'eapoîr oà je me livre ? « Après tant dé revers si }t conseils à vivre, « Si dans chftonn de vous j'honore un défenseur « Qui da làcbe Renaud doit punir la noirceur, « Songes .que vos fureurs retond>ent sur moi-mcme. « Je hais de ces débats rempourtemiont exiréme; « Je vous l'ai di^jà dit, princes, plus d'une fois. « Calme&rvous < je le veux. «» Au son de c^te voix, Les rivaux , qui de l'œil encore se joenficent , Tremblentv et sous leur joug A Vinsitaut se. replaeeat •

Mais Vafirin est présent; il a tout entiendu. De ce quiil vient d'apprendre étonna , confonda i Sur le complot* fòtal, sur le nom des complices II' va dan« tout le^camp cherdber d^Autrea indices, £t l'horrible secret qu^il br^e d'édaicir, Semble de plus en {dus à ses yeux s'obscurcir. Par robstade^ÛTÎté., son 4^ «ncor redouble.

Habile à. déguiser ses .chagrinA^ et son trouble. De groupe «n froupe il fiasse avec rapidité , Même à l'eibpvessement joint l'impoirtunit^^ S'attache à provoquer la moindre couÇdence.... Son art est en xyfaut ; ruse' , audace , prudence , H vient d'épuSsfff tOut« et le mystère afireux Demeura' «nveloppë d'un voile tënébren^.

Après de looof^ ctfopts, trompa dans son attente, ll'se dëeid^^cBfi^ ^ regagner la tente Où , d'espoir «t d'orgueil s'enivrant tour à toiif , La jeune Amiide .éclate au milieu de sa cour. 11 ose se flatter que, dans cette retraite Oà dea hérot choétâens on jure la défiôte»

CSÂNT mX^NEUVIEME. aiS

£<t que de TOrient remplissent tout les rois , Parmi tant de récits et d'amour et d'exploits Peut-être il saisira, par quelque adroite rose, Ce fil libérateur que le sort lui refuse.

Il entre, et s'approchant d'une jeune beauté, Comme si dès long-temps elle avait accepté Le tribut de ses vœux empressés à lui plaire , 11 dit en souriant : « Je voudrais satis&ire

• Au belliqueux espoir dont mon cœur est saisi. « Pour votre défenseur si vous m'aviez choisi »

« Peut-être que ma main, à frapper déjà prête , « De Bouillon , de Renaud vous offrirait la tête. • Vafrin se flatte ainsi , poursuivant son projet , D'amener l'entretien sur un plus grave objet. Mais, tandis qu'il parlait, un geatc involontaire De son déguisement a trahi le mystère.

Une autre femme accourt avec empressement, .

L'envisage, l'écoute , et d'un ton d'enjoàm^t : « Moi , de ton cœur aussi je biigue la conquête , ' « Dit-elle; à me servir que ton zèle s'apprête « Comme à mon chevalier , à mon vengeur discret, « Je veux bien t'accorder un entretien secret. •

En achevant cet mots d'une voix ingénue , Elle le prend à part : « Te serai-ie inoonime ? « Vafrin, regarde-moi. v L'écuyer (rémistont Dissimule avec soin le trouble qu'il ressent. « Madame , lui dit-il, non, rien ne me rappelle

• Des traitt éd§aes pourtant d'un souvenir fidèle. « Je ne suit pat celui que vous avez nomqié*

« Dant Biterte nourri, ^out un ciel enflammé.

tr4 ^^ JÉRUSALEM DÉLITRÉE.

« Du Tertnëux Lesbin j'ai reçu la naissance.

« On me nomme Almanzor. — Quand ma reconnaissance

• Envers toi désormais brûle de s'acquitter,

• Rëpond-^e, Vafirin, pourquoi me redouter?

« Ah ! pour sauyer tes jours je donnerais ma vie.

« Cesse de m'àbuser : reconnais Herminie ,

« Captive de Tancrède , et ton maître et le mien.

« Tu fus six mois entiers mon généreux soutien.

« Dans ma douce prison , sous ta garde remise ,

« Tit me vis autrefois k mou destin soumise ,

« M'applaudir de tes soins assidus et constans.

« Je jure par cet astre aux rayons éclatans ^

« Que tu peux sans contrainte ici m*ouvrir ton âme.

« Hëias! de ton secours moi-même je reclame

« Le prix de tant de maux injustement soufferts,

« Compatis À mon sort ; rends-moi mes premiers Ib».

« Ma triste liberté tdé p^e , m'importun^,

« Et chacun de mes jours , tompté par l'infortune «

s S^lève dans le deuil et dans le désespoir.

« Si chargé par Bouillon d'un périHeux devoir,

« I>ans le camp sarrasin tu- cherches à surprendre

• Des secrets que sans moi tu ne pourrais apprendre, « Écoute V et des destins admire la fltVenr. »

Elle dit : l'éeuyer, inquiet etTéveur, Qui se rappelle Armide et son art sacril^ , A sa crédulité craint qu'on ne tende un pi^é. Que sait-il f une femme est un ét^ inconstant. Qui veut et ne veut pas , qui change à chaque instant : A ses discourt trompeurs insensé qui se fie ! « Madame pemetles que je me jiwtifie ,

GHANT DIX-NfiUnillE. Si5

« Dit YaLÙm ; dans cet Ucax font etlttupeci pourmoi , « £t peut-être j'ai dû toupçoimer votre foL Mais je TOUS reconnais : tous êtes Herminie.

* Il suffit ; de ce camp ftiyez l'ignominie :

* Je m'offire à tous conduire « et j'apprendrai de Tont

* Ce qu'à mes yeux dérobe encor le ciel jaloux.

« Mais h&tons le dëpart. » L'un et l'autre s'engage A s'échapper dans l'ombre ; et de ce prompt Toyage^ Qoi des Tengenrs du Christ sert les grands intérêts « Vafrin Tole à l'instant disposer les apprêts, ^us la tente Herminie un moment est rentrée. . Aux £emmes, aux héros dont elle est entourée, Elle parle en riant du nouTeau cheTalier Qu'à ses destins future elle vient de lier, Hejoint bientôt Yafrin, se liTre à sa conduite, £t tous deux loin du camp déjà pressent leur fuite.

Dans un lie» solitaire ils arrivent en6n.

^ Princesse , dit alors l'impatient Vafrin , « Parlez ; instruisez-moi de ce complot in£bne. « —Huit guerriers , répond-elle , en ont ourdi la trame. « Ormond est à leur tête., Au milieu des combats, « Ce jour même où l'Asie avec tous ses soldats

* Fondra sur ies chrétiens, fléaux de sa puissance , « Pour immc^r Bouillon unis d'intelligence ,

« Et portant sur l'épaule, en or pur figuré , ** Venblême de la Croix panni tous révéré, « Sous les brillans habits de la garde fidèle

* Qui prodigue au hécps ses jrespects 9% son zèle»

* 1^ détestable Ormond et ses dignes amis « Se couvriront d'un sang au calife promis.

tt Au GÎmier dé leur casque ils laisseront paraître « Un signe qui des leurs les fera reconnaître ; tt £t quand les deux partis, ensemble se mêlant, « Auront change la plaine en un fleuye sanglant, « Parmi le deuil, les cris , le trouble et le carnage, tt Vers le pieux Bouillon se frayant un passage , tt Les traîtres dans ses flancs, au meurtre réserves, » Plongeront leurs poignards de poisons abreuvés. « Hëias! 8uis-)e à mon tour exempte de reproche? « La fîUe de Cassan , la reine d'Antioche « ì^e connut que trop bien , durant ses longs revers, « Des peuples d'Occident les usages divers.

tt Les cruels Tout appris. Sans pitié pour mes larmes , « Ils m'ont fait dessiner vos habits et vos armes. tt Maigre moi fai sei^i leurs barbares desseins. «Mais j'eus horreur du crime et d'un camp d'assassins; tt Je fuis avec transport ces monstres que j'abhorre.

u Dois-je te dire plus ? d'autres raisons encore •

Elle n'achève pas ; une vive rougeur

De son front à l'instant colore la blancheur,

Et sa timide voix sur ses lèvres expire.

L'écuyer la regarde; il l'entend qui soupire :

11 veut lire en son âme, et parle ainsi : « Pourquoi

« D'un -silence cruel vous imposer la loi ,

tt Madame ? vous savez si Vafrin vous respecte.

« Et depuis quand ma foi vous est-eUe suspecte? •

La princesse répond : « Trop sévère pudeur ,

tt Fuis , et de mon amour laisse éclater Tardeor.

« Depuis assez long-temps , à ton joug asservie ,

« Je n'ai fait qufe traîner une mourante vie.

CHANT DIX-NEUTIÈME. 3x7

« Tu mé parles en vain : je m'afihiuchîs de 4oi; «Et mon' fatal secret s*ëchappe maigre moi.

« Elle est toujours présente à ma triste pensée <» Cette nuit où, dans Tombre, Antioche forcée

• Vit tomber sous les coups de ses fiers conquérans « Ses temples , ses palais , mon trÒne et mes parens. « Si je n'avais du moins perdu qu'un diadème !

« Mais le destin jalouse, m*enlevant à moi-même,

• Sans retour fit passer dans les mains du vainqueur « Mon repos , mes tre'sors , mon empire , et mon cœur*

« Sans doute il te souvient que , pale, ëchevelëe , t Fuyant de mon palais Tenceinte désolée , « Je courus de ton maître embhisser les genoux. « toi dont la fureur s'appesantit sur nous , « Prète à mon innocence ^un appui tutélaire ! « Loi dis-je « et que mes pleurs désarment ta colère !

• Mais lui , sans écouter la fin de nion discours : « Princesse ! me dit-il , acceptez mon secours.

« Votre honneur m'est sacré ; j'en réponds sur ma vie. « Je sentis à ces mots dans mon âme ravie

• Se répandre et courir un doux frémissement

«Non, je te dirais mal par quel enchantement,

• Oubliant les horreurs qui m'avait tourmentée ,

ft Dans un monde nouveau je me crus transportée. « Tancrède cependant, à me voir assidu ,

• Consglait les ennuis de mon cœur éperdu ,

• Mêlait tes pleurs aux miens , et me faisait entendre « D'une douce pitié la voix sensible et tendre.

Un jotir enfin, un jour ô Êitale bonté!

« Reprenez vos trésors et votre liberté ,

3iS LA JÉRUSALEM OÉLIYBÉE.

« Dit-il; poisse le ciel, à mes rœnx exorable,

• Jeter sur vos destins un œil plus fiiYorable!

• Le cruel, en feignant de plaindre ma douleur,

• M*enleya pour jamais un reste de bonheur.

« Il me combla de bient et de largesses vaines ; « Il voulut m'affiranchir , et resserra mes chaînes. « Qu'un cœur vraiment ëpris sait mal dissimuler « he tyrannique amour dont il se sent brider!

• Souvent je te pariais des vertus de ton maître ;

« £t ce feu qu'en mon aein un seul instant fit naître,

• Triomphant maigre moi de tous mes vains efforts,

• Laissait en ta présence éclater ses transports. « Princesse , disais-lo , quelque secrète flamme

• Vous prive du repos dont jouissait votre àmc

« Et moi, pour tfabuser , sur mes premiers malheon

« Je voubis rejeter la cause de mes pleurs ;

« Je le voulais en vain. Tes regards pouvaient lire

• Dans mes traits , dans mes yeux l'excès de mon dâire. « Ah ! puisque je devais briser sans fruit les nœuds

« Du frein que la pudeur opposait à mes feux , « Hélas ! pourquoi dès -lors, accueilUnt ta prière, « Ne t'ai-je pas ouvert mon âme tout entière ! « Tes conseib généreux, tes soins compatissaqft « Peut-être auraient calmé l'orage de mes sens.

« Mais enfin je partis de regrets consumée , « Emportant la blessure en mon sein renfb-mée ;

• Déjà de mes beaux jours se desséchait la fleur :

• Je mourais, quand TAmour, touché de ma doukar, « Vint m'offirir je ne sais quelle vague espérance

• Dont le charme à l'iastant suspendit ma aouffirance.

n cause mes tourmens , lui seul peut les finir , Me ctis-je; à mon vainqueur allons nous réunir. Par l'aveugle fortune à me nuire empressée , Je perdis une erreur dont je m'étais bercée.

J'allais dans votre camp pénétrer sans effort , Quand tout k coup des cris de vengeance et de mort Signalent mon approche à travers la nuit sombre. Dirigés contre moi, des traits sifflent dans l'ombrCé Mon coursier s'épouvante, il m^emporte , et je cours Dans un hameau tranquille ensevelir mes jours. Là sous un toit de chaume , en habits de bergère Embrassant une vie à mon rang étrangère , Je gardai les troupeaux; et mes pleurs, mes regrets K'eurent pour confident que l'écho des forêts. Ma solitude , hélas l irrite encor mes peines. Tout entière à f ardeur qui fermente en mes veines , Pour revoir mon amant j'abandonne ces bois»

Bt le Sort me trahit une seconde fois. Par des Égyptiens poursuivie, arrêtée , Conduite dans leur camp , à leur chef présentée t Vers l'antique Gaza je me rends avec eux.

J*y reçus d'Émiren un accueil généreux.

Lui-même de ma bouche apprit ma destinée ; £t , plaignant ma jeunesse à l'exil condamnée t U me fil prodiguer des respects , des honneurs , Et de mon sort du moins tempéra les rigueurs. Voilà , mon cher Vafrin, ma déplorable histoire. Mais Tancrède toujours obsède ma mémoire.

C'est lui seul que mes yeux, de pleurs tou jóufis couverts , Cherchent avec transport dans ce vaste univers.

^20 l'A JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.

« O toi qui m'embrasas jeane ci timide encore « be ce terrible amour dont le feu me dévore* K Idole de mon cœur , par pitie laisse-moi « Respirer une paix qui m'attend près de toi ! « H en est temps : rassure une amante craintiye, • £t daigne dans ses fers rétablir ta captive ! •

£Ue parlait ainsi , l'ëcuyer cependant Écbappe à tous les yeux, et, conducteur prudent. Par les plus courts chemins , vers la ville sacrëè S'avance nuit et jour d'une marche assurde.

Mafs le soleil touchait à l'occident lointain , Et colorait le soir des clartés du niatin; L'ombre déjà des monts enveloppait la cime* Dans un vallon sauvage et voisin de Solimc , Des vestiges sanglans , autour d'eux imprimés t Frappent des voyageurs les regardjs alarmés.

Ils découvrent bientôt étendu s.ur le sable Un guerrier d'un aspect féroce et redoutable. L'armure qui le couvre annonce un Sa^asin , £t son cadavre énorme encombre le cheinin.

La princesse un montent s'arrête. Vafrin passe 9 Et , du sang répandu suivant toujours la trace , Voit.unautr^ guerrier qui, da^ ce lieu dt^sert* . Des voiles du trépas semble déjà couvert.

tt Cest un chrétien! dit-il; a et pour le recoaoaitre ! 11 détache le casque... «Ah! grand Dieu, c'estmonjnaitre! « C'est Ts^ncrède !... il est mort! «Ace cri plein d'horreur

Herminie oh ! comment exprimer sa terreur?

D'épouvante et fl.'amour son sein tremblant pidpi^. Elle ne descend pa^t ^^ se précipite;

C^AJIT DIX-NEUVIÈME. . aai

Et , qaand elle i^>erçoit ce front eoMpglanU , - - Pâle , mais dont la mort respecte la beautë ; Haletante,, éperdue, elle entoure , elle presse . De ses bras Jai^ymans l'objet de sa tendresse , Le couTre de baisers , de larmes , de sanglots, £t sa douleur, enfin éclate dans ces mots :

<i Je n'étais pas encore assez infortunée !

* Dans quel. état, ô ciel! ma noire destiné^ ,

« Tancrède , cher. amant, te présente à mes yeux! « Quoi! je vis , et tu p^rds la lumière des cieus ! « Tancrède! reconnais ton amante fidèle !

« Ouvre les yeiuu.... r^nds à ma voix qui t'appdlc t

* C'est moi ! c'est Herminie!,.,. 6 regrets supfsrflus ! « Je te yois , je te parle , et tu ne m'entends plus !

« Qui m'eût dit qu'une rue, k mpn bonheur si cbère « Comblerait aujourd'hui l'excès de ma misère ( « Quelle main sacrilège « au gré de son courroux, « Ferme ces yeux jadis si cruels et si doui^ ?

* Quelle moroe pâleur en ce moment cfiace

* De ce front si vermeil la fraîcheur et 1^ grâce ! ''Dans l'étemçUe nuit, où maintenant tu dors ,

Ombre de mon héros, pardonne à mes transports , ** £t laisse-moi cueillir sur ces lèvres éteintes ' Des baisers que l'amour promettait à mes plaintes ! ^' Que mon souffle brûlant, dans ton sein épanché,

* Y ranime ce cœur que je n'ai point touché !

* Malheureuse ! où m'emporte un délire funeste !

* Plus de vœux .'plus d'espoir! la mort seule me reste. » *^e dit ;' et ses pleurs , en source jaillissant ^ Mouillent de son beau teint l'incarnat pâlissant.

IQ.

222 I^ JÉRUSALEM DELITRÌB.

Cet plearft oot da héros inonde le Tisàge; Il n*i point de set sens encor repris Pasag e. Ses lèvres un moment s'entr'ooTrent, et soadtis Un soupire douloureux s'échappe de son sein.

Herminic? à l'instant : a Regarde^mbi , Tancréde ! « Dit-elle ; pfends' pitié du troilUe qui m^Aêèàt ! « ÀTant que d'expirer je t'engage ma foi; « Attends ; attends mon àwe errante 'aaj[»rés*de toi ! •

Tancrède cependant , pour reVoik" la lumière , Ouvre et ferme aussitôt sa débile paupière.

Vafrin s'écrie alors : • Suspendons nos doufeura ; « Il lui faut des secours , madame, et non des plewt. i L'amoureuse Herminie, à son zèle pi^pice, Lui prête de ses mains Tindustrieux oIRce, Promène sur les flancs du héros désarmé Un* pudique regard d'espérance anihié.

Examine avec soin, sonde chaque blessnrt, Interroge son art, et bientôt se rassure.

Tancrède peut renaître à la clarté du jour.

Et couronner enfin un si constant amour ! Mais du' sang qui s'enfuit comment tarir )es ondes ? Comment enyelopper ces blessures profondes?

L'amour et la pitié, d'accord arec ses rœux , Inspirent Herminie ; et de ses longs cheT^ox Sacrifiant bientôt la flottante richesse , De flexibles liens elle entoure « elle presse Son Toile , dont les plis , en 1^^ appareil , Emprisonnent l'essor d'un sang pur et yermeiL, Le safran , le dictame , en ce Heu solitaire « N'embaument .pas les aira d'un parfom salytâre;

CHANT StX-NEaVIÈMB. Sài

Mais elle sait des mots paissons , mystéiieax , Pour charmer les douleurs, réyêlét par les dieux. Tancrède se ranime à leur douce magie , Ouvre ses yeux errans , sort de sa lëthargie. Regarde , et reconnaît son fidèle ^cuyer :

« Cher Vafrin, près de moi qui vient de t'envoyer? • Dit-il. Puis, s'adressant à Taimable Herminie : « O vous , vous dont lés soins me rendent à la vie , « Beauté compatissante , eh ! ijui donc ètes-vous ! » Â ces mots pronoùcés d'un accent faible et doux , Elle exhale un soupire ; son l>eau teint se colore Du vermillon des cieux ^dairés par l'aurore ; £t la ciainte et l'espoir font palpiter son sein :

• Vous l'apprendrez, dit-elle , et saurez mon dessein. « Si fai pu de vos maux calmer la violence,

• J'ose rons commander le repos , le silence.

« Vos jours seront sauvés ; je m'en flatte du moins ;

• £t vous Verrez plus tard s'il feut payer mes êoina. '^ Alors sur ses genoux mollement elle pose

La tête du guerrier qui de son sort dispose.

Mais Vafrin cependant voudrait qu'avant la nuit

Dans l'enceinte du camp Tancrède fòt conduit.

Tandis qu'il y songeait , dans cette solitude ,

Pour les jours du héros remplis d'inquiétude.

Ses fidèles soldats accourent près de lui ,

£t Vafrin leur demande un secourable appui;

De leurs bras enlacés formant un lit mobile,

Ils y couchent Tancrède, et, d'un pas lent, tranquille.

S'apprêtent à marcher vers les remparté soumis.

Tancrède dit alon : • £h quoi! braves amis,

324 ^^ JÉRUSALEM DÉUYRÉE.

« IiaÎMeroQ9-nou8 Argant, prive de sdpyltQre,

• Des voraces corbeaux devenir la pâture ?

« J 'honore sa valeur; et ses derniers momen» « Ont vu mourir ma haine et mes ressentimess. « Rendons à ce h^ros , trahi par \^ victoire, « |>s suprêmes honneurs dignes de sa mémoire. « Mais VOU84 trantportez-ipoi daii3 le sein des remparts « Où de mes compagnons flottent les étendards.

• C'est là , si le des^n veut finir ma carrière ,

tt Qu*av,ec plius de douceur je perdrai la lumière. ' « Peut-être qM'en ces lieux , où , sur un bois cruel, « Pour le salut de toi^is mourut l'Homme immortel , tt Mon âjne rayonnante et de paix et de joie « S'ouvrira vçrsles cieMx une £icile voie, ft Heureux, <)uand ^e mes jours s'ët^indi^ le flambeau « D'expirer en chrétien prps du sacré tombeau! »

Il se tait. Les soldats à son ordre obéissent, Enlèvent rin6dcle , et sous son poids fléchissent. On marche vers SoHme , où déjà le héros D'un 8.ommeil bienfiiisant savoure le repos.

Non loin de là Vafrin a guidé la princesse Vers un réduit paisible , et, libre alors, s'empresse  prévenir Bouillon de Tinfòme complot.

Il est en sa présence introduit aussitôt ^ £t trouve ce guerrier assis près de la couche Où Raymond, abattu par le sultan farouche.

De sa chute récente est encore accable.

Là Bouillon, présidant le conseil assemblé.

Interroge des chefii la longi^e expérience , £t pèse leurs avis dictés par la prudence.

On annonce Yafrin : «^ A tes ordres soumis , u Seigneur, fai pénétré -dans les rangs ennemis. tt Mais le soleil naissant chasserait la nuit sombre « Avant qu'ici ma voix t'çn eût compté le nombre. « ils couTx«ntles vallons, les plaines, le^ coteaux, « DépouilleAt les guérets^ tarissent les ruisseaux , » Et leur foule innombrable est à peine nourrie , « Par les vastes moissons de toute la Syrie.

» Méprise tputefois ce ramas impuissant ^ Que déchaîne aujourd'hui la terreur du croissant « Jamais entre leurs mains un javelot ne blesse ; « Et le poids d'une armure accable leur faiblesse. « Quelques guerriers pourtant , endurcis aux travaux » « De la Pecse en ces lieux ont suivi les drapeaux. « Mais il est une troupe ,, à vaincre accoutumée , «

• Que peyt Jan« déshonneur combattre ton armée :.

• Elle seule jouit d'un assez beau r-enom :

• Attachée a« spudan, l'Immortelfe est son nom.. « Dans ses r|uigs, en eifet, que le glaive t;,errasse « Un guerrier, aussitôt un autre le remplace.

« Émiren, du calife auguste favori ^ .

« Ëmiren, dèè l'enfance aux dangers aguerri j

« Commande cette armées et, sous deux jours peut<»étre,

• Devant Jérusalem tu. le verras paraître.

« Heureux si , contre nous prêt à se mesurer , « Dans la plsdne voisine il peut nous attirer! <■ Pour toi, Renaud, défends ta glorieuse vie* « Par la baine d'Annide en secret poursuivie.

• Les plus viûllans guerriers, .de luipMire jaloux, « Aiguisent contre toi l^ir glaive et leur courroux.

S96 l'A JÉRUSALEM DÊLIVAÉE.

« Pour les associer à f excès de sa rage ,- « Cette beauté perfide a tout mis en usage , u £t son trône et sa main attendent le premier tt Qui percera ton cœur dW glaive meurtrier.

« Parmi les conjures on dtttingue Altamore; M Adraste , souverain d'une peuplade more, « Adrasto, dont le bras, en tons lieux triomphant, « Change en coursier docile an ^nonne ël^phant; tt £t Tisapheme aussi, que d*nne voix puldiqoe « Proclament sans rival et l'Asie et rAfnqne. »

Renaud d'impatience a soudain tressailli.

Mille ëclairs foudroyans de ses 3reux ont jailli. Il s*indigne , et son cœur , trop fier pour se contraindre , Brûle die tout oser quand il a tout k craindre* « Boui^on , poursuit Vafirin, je frémis de parlar : « Un secret plus affreux me reste ài dévoiler. « On menace tes jours ; une foule inhumaine « Te dëvoue aux poignards consacres, par sa haûie. *

Il rëvèle à ces mots l'horrible trahison, :«

Dëcrit fidèlement les armes, le poison; Les promesses du chef, les sermens des oompliees , Le prix qui les attend, et tous leurs artifices. Mais le sage Héros à Raymond s'adressant:

« £ h bien! cher comte, eh bien ! dans ce péril pMstant « Que ferais-tu ? Répond avee eette Ihinchise » Que nul ménagement n'altère et ne d^ise.

• —Puisqu'il faut devant toi m'expliquer sans détour , « Je n'attaquerais plus; j'investirais la tour, M Et, fermant tout issue i ceux qu'elle protège, ' n Seigneur, j'épargnerais les fiitigues d'un si^e

CHANT DIX-NEUyiÈMC, aa^

•• A ces raOlaiis soldats accablés de travaux ,

• Et prêts à s'engager en des combats noureans. « Prononce maintenant si nous devons attendre

• Ou chercher l'ennemi qui songe à nous surprendre. « Un soin plus important m'occupe tout entier :

« De la gloire avec toi nous suivons le sentier; « Notre empire est fonde sur ta seule puissance ;

• Sans toi, l'Asie échappe à notre obéissance,

« Tout périt , si tu meurs : ainsi donc songe bien « A ne pas exposer l'honneur du nom chrétien.

• Sachons adroitement démasquer l'imposture;

« Fais changer à ta garde et d'habit et d'armure |

• Que dans leur propre piège, arrêtés et surpris,

• Les artisans du crime en reçoivent le prix. « — Je reconnais ici ta prudence ordinaire • « Lbû répond Godefroi. Ton amitié m'éclaire.

« Tes avis son]t les miens ; et je vais commandât « Ce qu'ici par respect €à n'oses demander.

• Marchons à l'ennemi : derrière ces murailles

« Cacheroiis^nous un glaive , arbitre des batailles? « Non , non , c'est dans la plaine , à la clarté des cieux

• Qu'il doit dès Sarrasins épouvanter les yeux.

• Pourront-ils soutenir l'éclat de nos trophées ?

• Sous nos coups triomphans , ces hordes étouffées , « Dans les flots de leur sang nous verront cimenter s Un trône où l'Éternel enfin va remonter;

• £rt cette faible tour, leur retraite dernière,

« D'eUe-méme à rinst|int se rendra prisonnière. * Bouillon se tait alors , sépare le conseil , Et chacun s'abandonne aux douceurs du sommeil. FIN DU CHANT DIZ-NBUYiàMB.

SOMMAIRE

Le* Égjrptient vieontnt aa secourt des aMÎcges* H«rMg«ef de BoaiI> Ion et il*Én^reB & leurs armées. Le combat s'engage. L'indomptalile Renamd repousse les Infidèles, et porte ses pas juqu'aux lieux où, entourée ie ses amans, Armide se lÎTrait aux cbàrmes de Tespoir. A Taspect du h^ros, cette amante infortuné reprend tonte sa fureur; sa main tremblante kaoe des dards qui «e peuvent l'atteindre , ou meurent sur sa cuirasse. Renaud poursuit le,coun de êe* exploite , et imnaole Adrasto et Tisapbeme, deux des rois conjures contre lui. Mort toucLante de Gildippe et d*Odoard.Benand les Tènge. Il arracbe U vie au fier Soliman; et, par son courage, décide la victoire eu fa vour dos Français. Armide, d^sesp^Tr^e , oraignant de tomber dans 1rs icrs do vainqueur, prend la fuite, et se rend dans UQ Uen solîUire. Elle s'apprête i terminer ses jours, quand soudain Renaud arrive, et retient son bras. Ses larmes, son repentir» rallument dans le cœur de U princesse une flamme mal éteinte; elle oublie sa vengeanee , et iure au b^ros itoo étemelle tendresse . G«defroi poursuit son triom- I*e. Le brave Émiren le di^fîe , et tombe sons ses coups. Le camp del Égyptiens devient alors le prix de ses conquêtes. Suivi de ses guer. riera , il entre dans le temple; il y suspend ses armes, et , prosterna sur la toad>e sacrée , il acquitte enfin sa retfoanaissanee et ses veeu».

Le soleil cependant i leurs trayanx ditcri Rendait les habitans de ce vaste univers , Et d<5jà , mesurant les deux tiers de sa route , D'un ciel pur et serein il embrasait la voûte,

23o l'A JÉRCnALEM IlfeLiyRÉ&*

Lorsque les Masulmans , retranchés dans la tour Dont le Élite eommande aux riyes d*alentoiir, Aperçoîyent de loin comme un nuage sombre Couvrir les champs yoisins, les plaines de son ombre, Monter yers l'horizon noirci de toutes parts , £t s*ëtendre en roulant jusqu'aux sacrés remparts. Ciel! avec quel transport de surprise et de )oie, Bénissant le secours que Memphis leur envoie. Ils ont TU tout à coup de» drapeaux alliés ' Flotter la pourpre, l'or et l'azur mariés!

£t tels que des oiseaux, voyageurs dans la Thnce, Défiant des hiver» la prochaine menace.

Sur la dme des mcmts s'assemblent à l'instant, £t vers des lieux fdus doux s'envolent en chantant; Tel le peuple infidèle, après tant de souffrance, A senti dans son oosur renaître l'espérance ; Insulte les chvétiens, et fiiit pleuvoir sur eux Des traits accompagnés de Masphèmes affireux. Les chrétiens, avertis par ces clameurs soudaines, Du sommet des coteaux regardent dans les plaines, £t bientôt, à travers ces poudreux tourbillons» De l'Egypte à leurs yeux s'offrent les bataillons. Remplie, à cetas^çt, d'une sainte allégresse, La foule des héros en tumulte se presse Autour de ses drapeaux daos }es airs déployés. « Dieu le veut : sous nos coups qu'ils tombent foudro}éi « Les derniers délensenrs de oette-cause impie! « Illustre chef, commande , et le criipe s'expie. • Bouillon, sollicité par ce zèle indisci^t, $e refuse à des vœux qu'il partage en secret.

CHAirr ymoTiÈiiB. aSi

Soit qu'il cheréfacr « nourrir dant le mîii de l'amiéc Cette «oif des combats dont elle esf eonaoïnëe; Soit qnll Teoille peut-être «dl ycvx det Samuin Feindre nne incertitude utile à set d eii cini : « Mod^ez une ardeur à yout-aiénie contraire, « Répond'il , et'i^<^efe vn repot ■ rfctàiai it. « Demain nous cond^ttrona noa -derniert enaeiiia. » A cea mots tout se calme et baise un front soumit»

Jamais l'astre du jour , sorti du sein de l'onde , Atcc tant de splendeur n'a fait briller au monde L*or de son diadème ëblonitsant d'ëclair».

Astis pompeusement sur le Mme dea airs.

Il couvre de rayons cette lutte gnanrière,> Qui de ces grands combats dmt fermer la carrière.

L*aube à peine blancbit les riTea d'orient , £t d^à des croisa le lèie impatient Autour de leurs drapeaux en Ibule les rappelle. Voici ton dender |our ! tremble , peiq>le mfidèle l.*.. Le comte de Toolôdse , apptiyë des cbrétîent, Qui , de leurs oppresseurs secouait les lient , Sont venus les premiers , du ibnd de la Syrie, Dans le camp de Bouillon cfaercfaer une pairie , Enveloppe la tomr oà , plein d'un morne effk'oi.

Auprès de Soliman «e cache le vieux roi.

Mais Godefroi s'avance. On voit sur son vitage Du succès qui l'attend l'infaillible prësafeu Sur son front , où respire une noble valeur ^ La jeunesse renatt en sa premiers fleur; Et du Dieu qu'il ebërit la poittanoe eélette Dans chacun de set Inûtt brille el ta maâi^sale^

l3a LA sàKVSALEM 1M6IìITEÉE.

Suìtì de 'seédiìiipetttix dans Us ain 4iàl4ê ;

Au-deyant des tol<k(8 par TÉgypte assemMi^

Il mardie; et r«iu!ieim qoe cherche ■ sa. Taillance

Vient fraf^er ses regards dans cette plagie immense.

Alors d'une hanlewr qui se pr^efite à' lai

Contre les.assailUfts il se ùÀt un appui , , .

JËt sur 1» large front dispose son armëe.

£n triple hataiUon sa garde accool»in^

Se mêle aux eayaliera dont les yastfÇs renforts

Doitent des fimUssios seconder, les. effoits.

Au pied de la hauteur Tun des flo^rts commande

L*aile gauche f où sV5tend sa cohorte flamande.

Au brave Bapdouin tout le cel^re est «soumis.

Mais BotttUoB , prévoyant que les corp^ ennemis .

Plus fort^ Atiplns nombreux , par, une marche adroite

Peuvent facilemei^ entourer IVilç 4rpitef ., , .' ,

Se r^erve l'^MMUiduP^e Imì dicter des 1^> -

ï , tous les oompiignQns de ces pi^^iç^lp^ts.,

Les fidè^ft ItiOr<(ains«* et la troupe choisie ; •

De ces fiera Htévt^m% la terrenr derA^e*

£t quelques es0adr0pis unis aux f^^çsinf

SoutiepHiront sans fléchir le choc des Sarrasins.

Bouillon place plus loin les barflM^vplon^ires

Que la gloire et l'honneur rendent 4es;:^buUirei„

Et Goni^ à Renaud le soin de l^ «nider.

« Cher Renavd , lui dit-il , tout va se d<^idcr;

« Seul tu penx affexuir une ilhistre eonqnéte :

« A triompher, sous toiia fortune :ft'appréte.

« Je m'abuse, ou déjà cet innombisiblé essaim

« De noos e»r«loipper a conçn.le dessiliu:,

• Attends r^ycA piipopica»; . et quai^d 1^)^ {iiÀdMcA t « Répandus, inr, Dm, %^, inçudront k^ inyeitir, « Toi. d:uii,Aiwik,WM^,pjç# i|^,garv|tir.;,

• AuMitot d^voiifiBt;t^phaUi||ge;«f^cip^» •,*■>,,

• Faisrtpi jq^r 4 tr«^v«ç» leor|Cplpifl#« »f^p\if u Dëjà sur uii .9H^fi^.4oDjt flprçs^çi <W WP^fj. .i ^ Gode^oi , Iq/i»!^ !%%♦ Maiff i»ç .^ovf ^ xap^s^, , ^ Un épl^tjfo^j^i^^WM Je^yçiWF'f^tWîelle* \ Voit-il qvipl<i9ei;fo|i^sf,4Qnt:lA ja^t^,cha;i celle, ,

11 ranime d'^i^^^fiPtPJ^^.^fMree ^ so» eig^;^ ... ■■ ^ Aiixpiu«^4^qiff^ipay^Ue^enF4^ ^ :, ; ,

Aux plH%.Y«¥M|lew;9«Wfl|eiiti.^ V«|.»rofl^ JU g^ire ,. A l'autre^ Jl^.^r4s«F9qiU^>fÛTeut la vM^ir^VM ♦ Mais enfij^il^'^n^éUiamxL, lieux où^es reg^rdf , ; ' , Ont vu se àépJ<W*i.l^.p|»w fier» c^pc^rdsjr r . £t là , d'une lumteur^ilj parletà son, ao^fs, • • » . a, , « Sa voix, eiftjq«,yîipp»e«it.pv le, ciel rf^uoi^ev , Au cœur de ses gneirners p^iètres^as f9<ûrtf - « £t telles q^aod Z^jrr ^succèfie %^3^ v^çj^s diji, nord » , Des monts de VHely^^ à g^nd bro^ f^îW}!^ , Les neiges ps^torreps. tom^^t dans. leii y^es ; Des lèvres d|» li^rps Uh ces^oble^ accens ., Au loin seintht|&t rpuler.en 4pt»reteiitiasans.

« Guerriers , jdîgoes^^tttLenf du Dieu4e TOp anc^e« « . « O vous de rOi^ient les-Tsinqueurs et le^^i^tres, » Ce Dieu <pie yps^f, mi^z,\^exmhi^ à.yotre vamour, « De tout ce qis>*il.voas doit s'acqiûtte)«a-^n^seul joun; ^ « £t, sans vous impos^f des fatigMes nc(|u.Tel}es , - . « ILivre enseinlde à vos eqtips ces peuple ^fidèles, v .

,34 l'A JÉRUSALEM DÉLl^HÉE.

« Un seul , atf pràiid eoittbât1tnnîii« ti» tnfraax, « £b ! ne redoutez pas tous ces fiiMet ritanx »

• Sans ordres amoiÛÉèUs d&M Wte aaide pbiiie.

« Qoe poarrait ccfUtre tons le«r àoktdlâsdeyjâne f « Sourds à la ràix des cheft , ces bataillons nomlireiix « Vont âèë le frdàiét choc a^embarrasseip entre eœi; « Et nous T^onit Ineiitèt leur inottteiiiâssc

• Manquer en s'ébranlant de connue on 'dVspace.

• Les soldats que VÉ^ypte a chargées dto tes droite « Ignorent la valeur' den gneirierf de la Oòix.

« Parmi ces'Cèttâtàkttans il est peti d'adv^étMires; « Arrachez par oontminte à leurs ânpïois yii%aifes, « Sans ylgnenr ; tell larmés, <ììrrifi»òtos, trtnâilana,

• Dëjà Teifroi s'attache k lent* p$as dianoiehiis.

• De leufs dAOes mains dëfà le fer sMchappe , « Et le coorroox dn ciel par atance les frappe.

« Ce chef qui Ut tsondoil^, de powrpirè et d'or yéta ,

• Atcc qndqne snccès pent-étre a combitln,

• Peut-être il est vainqneter de PArahe ott da More; « Mais lût-il phis ntnanti pins ibrandaUe encore,

• Dan» ce désordre afirem , partage des hasarda^

• Saorà'^t'^il rassen^er ses escadrons ^rs ?

• Inconnu deii soldats , les connalt-il lui-même?

« Parlez rà qui d'entre eux , dans ce p^il extrême ,

• PounMht-il dire : Ami! je compte sur ta loi; « Tu coo2ilM(ttk aâleorff, et jMtais aVeo toi.

• Mais quds noeuds diffi&^nsàTCMdeitinftm'anissentt

• Et Toa hras et tos cœurs dès long-temps m'ohâssent « BouiHon de^os exploits par Tous-même est diitfgê. « Vos sneoés, vos revers, il a totit partagée

^CHÂNT VlNGTIÈMB.^ *■ s35

•r £b est-il parmi ravà dont ma mëmoité oaUie « Les serrices, le nom, le glaire et la patrie? « Qa*an trait sifile à grand bruit , par la corde diastë ^ « Je pieux nommer soudain le bras qui l'a lance.

• Ei^n, chers compagnons, d'une sainte entreprise « Montrez-Vous, dans ce jour que le cid faT<mse,

« A mes ordres soumis, étrangers à l'eflQroi,

« Et teb qu'en tous les temps vous a tus Godefroi.

« Pour la. dernière ibis signalez Totre zèle.

« An< milieu des périls que chacun se rappelle

« £t sa gloire, et la mienne , et cdle de son Dieu.

« Derant JÀrusaten^ d^gez un saint voon.

• Éiancez-Tous', fondez sur ces troupes barbares. « De leur sang criminel ne soyez point avares.

« Songez bien.... Mais pourquoi difiRfrer un instant? - « Je le lis dans vos yeux, le suoeès vous attend. »

Il achevait ces mots; une flamme sacrée Parut descendre alors de la voûte azurée.

Au milieu de la nuit c'est ainsi que dans l'air Éclate an météore , ou serpente nn éclair.

Peut-être du foyer d'oà sa vive lumière Tombe et roule à flots d'or sur la nature entière, Le soleil, tout à coup détachant un rayon Qui s'ammdit &k cercle au-dessus de Bouillon, Voulut à ce héros former un diadème , De son règne ftitur mystérieux emblème. • On bien , s'il est permis à l'homme audacieux De lire^ quelquefois dans les secrets des cieux, Le plus â^uissant de archanges fid^es, Sur Bouillon descendu , le couvrait de ses ailes.

a3^ LA JÌR0UI4ì:M l4hty^E.

Tan4if( <19e pe héros sollicite ^s ^^m « , liimircn, plei^il>rfleur, parle aux ^^ptiens. Règle leurs mouTemens, prévoit tout, et dispose. . Les apprêt^ d'oi^L combat. fui su^: lui seul repose. , Il déploie ayejç aft ses nombreux csçadroDs^^ Ainsi que Oodcfroi les range sur dei^x fronts ^ En carres belliqueux forme l'infa^t^ïrié , ^

Et protège. lem:s flancs de sa cfivaleiic,. , , L'aile droite à ses lois obëit seulement.

De la gaydie Altamore a le commandement.

Has^m r a»x fiintassins , doit prêter sofi egide. Au centre , sur, un -char , on voit la belle Armidc* Adraçte ,..TÌHpbeme , et l'escadron royal , Marchent d)i eètë droit sous le fier general. Vers la gauche, oà 6'ëten4 la troupe d' Altamore, Marchent Isqs rois, persans, ceux que TAfrique honore, Et les deux souverains de ces bords reculés , Par les feux du soleil incessamipçnt hrûlés.

C'est là qu'vnissast leur force meurtrière , ,, L'arc doit lai^cer le trait, et la fVonde la pierre. Émiren , satisfait, sur le centre et les flancs Promène to«t k coup ses regards Tigiljins ; A ses hordes sans .^ombre au icombat ^l^jà, prêtes . S'adresse par lui-même oq par ses interprètes, Flatte , gronde , enconrage et pienace à la fois. Il dit à l'un : <* Soldat , reconnais-tu ma. voix? « D'où nait cette pâleur sur ton y isage. empreinte ? « Et qui peut t'inspirer une frivole crainte ?. « Notre ombre suffira pour chasser loio.de nous « Ces lâches, dans leur fuite immoles par nos coups^*

CHANT VINGTIÈME. aS^

A Fautre : « Compagnon , plein d*ai*dear et de Joie , « 4u^ mains de ces brigand» conrs arracher leur proie. « Ressaisisspns no$ biens, nos tr^ors.p^e'cjeqx.

• Le eiel ror4onne ainsi, t» Quelquefo^ à leurs yeux De la patrie, en denil il présentait Timage :

C'est elle qui yons parle , ëcoiitez son langage !

« TOUS ^e )^ai nourris^ sauvez- mes l^mples saints {

« Dérobez votre jnère, aux coups des a^s^ins !

« A vos tremblantes sœurs épargnez ue^ outrage ,

« Que du soldât, brutal leur destine l^ ^age !

« Faut-il ^ç les chrétiens, iusqpe dans leurs tombeaux,

u De vos nobles.aîeux déchirant les Ijambeauz. .

• De ces fail^e^ yieillards écoutez la prièi:e.. ,

• DQÌyent-Us 4^^ les, fers î^cver leur carrière ?

« B*an affro]:^t;B^cr^l sauvez leurs cheveux blancs. « Voulcz-vçii^ gue le fer, les feux étincekns « Sous le toit paternel confondent J(eur8 ravages ?

• Ahî conservez mes ibis, défendez, ces rivages, « Vos épottsçs en proie aux plus vives douleurs ,

« Qui, le scin^palpitî^nt , les yeu;^,ppy^S.de pleurs, , « Vous montrentces enfans, doux firuijlificv^os tendresses, 9 £t ce lit nuptial tén^pin de vos ca^c^ses. ^ ,, . , Parfois il s'écriait : « Ah! sur nos étenda;:ds

• L*Asie en ^e.;90ment. attache SCS regardas. ,^ . « Du<trône^eK4? V*»"**! vengeons le priyilége l

• Frappez , e^termii^ez ce peuple s£|çri3ége î >>

Les accen^ ^'Émiren, avec ^ art voiries,' , ^ . . De tous les,bat^i}|oAs. àses soins conÎôos, . " , Doublent ainsi, ri^rde}2r, ou presse ripdolence. r ^

Mais Fun et iVutre chef garde éniin |e silpnce.

a38 I^ JÉRUSALEM DISLIYREE.

Fir un faible intervalle k póne séparés, Dea deux peai^es tirami Ica escacbona aerréa Attendent qu*(in aignal iear onvre la barrière. Quelle pompe à la fois magnifique et guerrièfe! Ces ^ndarda aana nombre aux vents abandon&éi , De panacfaea ^ttaiis ces casques cooroiinà, D'embltees, de couleurs cette foule choisie.

Ce mélange éclatant des anries de l'Asie , L'argent, l'or et llàder dont le riche appareil Se prolonge en éclairs sous les feux du soleil , De piques et de traits cette ibrêt mouvante, Tout |iénétre à hi/fois de charme et d'épouvante.

Dans la main><fles guerriere les dards, les javelots N'attendent qn'un éignal^ftour boire tous les flota Du sang que l'on promet à leur unpatience. L'arc est déjà tendu , la foudre se balance.

Du maître qui le dompte et ri^ son àrdtvtt Le coursier se pi^é^are à servit' la foreur ; Son pied retentissant bat et creuse la terre ; De ses naseaiix b^ahs il respire la guerre , Secoue avec orgtféil ses longs érins agités , Et la foudre s'allunie en ses yeux' irrités.

Des troinpettes , dea cors la masse réunie Frappe, les airs grondant d'une horrible harmonie. Mais dans leur appareil les chrétiens moins nombreni Havissent à la fois et l'oreille et les yeux ; D'un éclat solenbel Dieu métne les décore , Et prête à leurs clairons un accent plus aonore.

Ils ont sonné la charge. Émiren, qui l'entend» A ce noble défi répond au même instant.

Le fidèle à genoux baise humhlemeiit la terre ,

Implore avec terreur l'arbitre de la guerre ,

Se relève..... Soudain l'un et l'autre parti

S'ébranle , et sous ses pas le sol «^ retenti

Déjà sur les deux flancs un fier combat commence,

£t de meaiire afiamë le centre alors s'avance.

Qui fi*appe le premier? quelle vaillante main....

Gildippe, ce fut toi! sous ta lance d'airain

Hircaa , le roi d*Ormus, tombe et mord la poussière.

Ce prince , en soulevant sa dâ>ile paupière ,

Avant que d'expirer ( ô dernier coup du sort ! )

Entend vanter le bras qui lui donne la mort,

Et ce bras redoutaMe est celui d'une femme.

L'Amazone , cédant au transport qui l'enflamme ,

A de sa lance au loin rejeté le tronçon ,

Saisit le glaive , et vole affronter l'escadron

Que la Perse a cboisi ponr venger son empire.

Au rang le plus épais elle attaque Zopire ,

Le frappe à la ceinture , et d'un coup meurtrie^'

En deux sanglantes parts divise ce guerrier.

Dans la gorge d'Hassem son fer cruel s'engage.

Il veut crier, sa voix ne trouve aucun passage,

Artaxerxe n'est plus. Le fiiroucbe IsmaSl

A vu tomber sa main, et blasphème le ^el.

Cette main dont le glaive ouvne toutes les veines.

Du coursier en tombant abandonne les rênes.

Du sifflement du fer suipris, épouvanté,

Le fonguenx animal court , erre en liberté ,

Et dans les rangs voisins précipita^it sa fiiite.

Des plus braves guerriers embarrasse l'élite.

a4o l'A JÉnCSALEM DÉLIVAÉE.

O combien d'ennemis par Gildippe immoWs

Dorment dans leurs' tombeaux d'un morne oubli voilés !

Les Persans, furieux, s'ëlancent tons contre elle.

Elle va succomber ; ibais son ëpoux fidèle ,

Mais son cber Odoard, qui tremble pour ses jours »

Voit son péril extrême , et Tole à son secours.

Réunis par le ciel , en cet instant d'orage ,

Ils sentent redoubler leur force et leur courage.

O fortunés amans » héroïques époux ! ' Quelie ardeur ce combat vit éclater en tous ! Chacun d'eux , oubliant le soin de sa défense. De l'objet qu'il adore éloigne toute offense. Gildippe adroitement rabat les coups affreux Qui viennent assaillir un époux généreux.

Lui , de son bouclier protège son amante « ^

L'oppose au fer lev'é sur sa tête charmante

Ciel! avec quel transport, pour mieux la secourir, Au-devant de la mort toujours prêt à courir , , On le verrait aux coups de l'Infidèle armée Offrir , s'il le fallait , sa tête désarmée ! Odoard à ses pieds Êiit tomber Ârtaban , Qui raiigeaît soiis ses lois les peuples du Bécan. Alvante osait frapper une épouse chérie ; Il plonge dans ses ffancs une main aguerrie ; Et Gildippe soudain fend la lète d'Evrard, ' Dont le glaive a blessé le sensible Odoard.

. Tandis que tous les deux s'enivraient de carnage « Le rbi de Samarcande ; entraîné par sa rage , Dans les rangs des chrétiens proméne le trépas. Rien ne peut désister à l'effort de son bras :

CHANT VINGTIÈME. ^i

Tout vaillant fnnemi que désigne son gUiTe, Une fois abattu, jamais ne se relève; £t trop heureux cent fois à leurs derniers moroens Ceux dont un prompt trépas abregé les touripeiv i Car le coursier fougueux que dirige Alta more Écrase et foule aux pieds ceux qui vivent encore. Le hardi Brunellon , le géant Hardouin , Succombent, massacres par le fier Sarrasin.

Du^uràne d'Hardouin sous le grand cimeten?

Une horrible moitié tombe et rougir la terre. Atteint vers cet endroit où le rire naissant Jacques au fond du cœur va s'cpanouissant.

Le triste Brunellon ( effroyable martyre ! ) An moment de sa mort est contraint à sourirt. Al tamore poursuit. Sforce, Obizoïi, Garnier,

Palamèder Gérard Mais faut-il publier

Tous ces trépas divers , ces meurtres , ces blessures, £t dn coursier fatal les cruelles morsures?

11 n'est plus de rival qui cherche à TalU^per ; Tout fuit ; mais non , Gildippe ose le provoqujcr. Jamais le Thermodon sur sa live gueiricre Ne vit une Amazone et plus brave et plus fière , Sa hache dans la main, s'élancer au combat.

Sur rhomicide roi le glaive qui s'abat Brise le casque et l'or du pompeux diadème.

Altamore , en dépit de sa vigueur extrême , Sous le terrible assaut baisse un moment le front. Honteux , impatient de venger cet afiront , Avec tant de fureur il fond sur l'Amazone , Que du choc foodroyant elle tremble et frissonne. ^

ai

SJ2 LA JÉRUSÂLËiVI DÉLIVRÉE.

Une sombre pâleur se répand sur ses traits.

Odoard la soutient. Tel que dans les forêts , Du chasseur qui Taffronte épargnant la faiblesse. Un lion gënëreux le terrasse et le laisse ; Soit courage ou hasard , Altamore vainqueur Se l'étiré , et plus loin va porter sa valeur , Tandis que , secourant une ëpouse fidèle , A la clartë des cieux Odoard la rappelle.

Cepehdant cet Ormond dont les perfides maint Devaient trancher les jours du plus grand des humains, Le détestable Ormond et ses affreux complices , Se flattant qu'à leurs vœux les destins sont propices, La Croix sur leur tunique , en Français déguises , Dans îe feu. du combat se mêlent aux croisés. Tels qu'au déclindu jour quittant leurs antres sombres , Des loups enveloppés du noir manteau des ombres , Forts de leur ressemblance avec ces animaux Dont la fidélité surveille les troupeaux , Cherchent à se glisser dans une bergerie ; Tels ces brigands , jouets de leur propre furie , Sans être reconnus pénètrent jusqu'aux lieux Où Bouillon signalait son bras victorieux.

Mais il les aperçoit : o Les voilà , ces perfides ? « A-t-il dit ; les voilà ! Sous leurs- traits homicides « Devait couler mon sang à leur maître vendu. • Il s'élance à ces mots. Stupéfait, confondu, Ormond reste sans voix , sans force , sans audace. De Bouillon menaçant le seul aspect le glaee : Au courroux du Héros n'opposant nul effort, Sans fuir ni se défendre il a reçu la mort. - ■

Contre les assassins, qn'un même point rassemble , Tous les traits, tons les dards, tous les glaives ensemble , Se tournent furieux , pleurent de toutes parts , £t le sable est Jonche de leurs membres ëpars.

Tout couvert de leur sang. Bouillon vole, et s'élance Aux lieux où d'Altamore ëclatait la vaillance. Comme aux rives des mers en épais tourbillon Le sable roule et fuit cbassé par Taquilon , Ainsi devant les pas du superbe Altamore S'enfuyaient les chrétiens que la terreur dévore. Godefroi les rallie autour de leur drapeau.

£utre Altamore et lui s'ouvre un combat nouveau , Tel que n'en vit jamais le rivage du Xanthc.

Mais plus loin la mêlée est active et sanglante. Au pied de la colline où les Égyptiens , Soutenus par leur chef, attaquent les chrétiens , L'un des Roberts conuaande , et son bras se signale. De deux partis rivaux la bravoure est égale.

De sa peau de serpent Adraste recouvert , Adrasle l'Indien combat l'autre Robert, £i mutile à la fois et sou casque et ses armes. Tisapherne , entouré de ces nobles alarmés , Marche au hasard parmi les morts et les mourans : Son glaive irrésolu dépeuple tous les rangs.

Mais la Jbrtune encor ne s'est point déclarée. De cadavres hideux cette plaine encombrée Ne présente aux regards que les vastes débris De boucliers rompus et de casques meurtris.

Voyez -vous ce'Soldat qu'un choc pesant renverse Conserver dans son .sein l'arme qui le traverse?

344 ^^ JÉRDSALEM DÉLIVRÉE*

L'un mord en expira'tit le sol ensanglante ;

L'autre, près d'uû ami qui meurt à son côfcé,

Accuse le deâtin i tons les deux contraire.

Le combattant fameux, lé combattant volgaîre,

L'un sur l'autre étendus, par le fer mutilés.

Poussent des crl^ plaintifs, sourds , inarticulés ;

Et ce mélange affreux de satiglots, de blasphèmes,

Fait recule^ d'eflCi-oi Jusqu'aux vainqueurs eux-mératt.

Ces panaches d'argent, et dé poufpre, et d'axiir,

Ces casques, ces écu's, ces' cuirasses d'Orpur,

Horriblement souillëâ^, languissent dans la poudre*

Le démon des combats, précipitant sa foudre;

Noircit lès dolimans, les tissus oir Memphii

Épuisa tout son faste en l'faottneur de ses fiU.

L'acier perd son reflet; déê atiÀes firacàsséél

L'œil ne distingue plus les èouletri ètl^cées.

Que tout cet appareil iii pompeux et si grand

De son premier éclat, héiàs! est différent }

Alors , ce fdt alors que du bout de la plains

Sur un front déployé la cohorte africaine

Des bataillons chrétiens Yoiilut tourner le flanc.

Les archei^ , les frondeurs marchent ad premier rang.

Par le caillou rapide et là flèche lancée

La Taleur des Français est déjà menacée.

Renaud , suivi des siens , accourt au même instant

Sous un ciel orageux la Ibndrè Serpentant ;

Les feux dont le Vésuve embrase soh cr&tère

D'un bruit moins formidable épouvantent la terre.

Le roi de Méroé, le fougueux Aësimir,

Ans plus raillant chrétiens insultait sans fir^mr*

CâÀHT yiirGTfÈME. a45

Quand Renaad, d'une main par la rage «stratnée.

Fait voler dans les rangs sa tête basant ;

£t ce premier succès plaft à sou |cane cœur.

Qui pourrait maintenant arrêter ce vainqueur ?

Je ne sais quel transport Tenflamme et Taiguillonné.

L'ardente soif du sang dans ses vaines bouillonne «

jEt comme le reptile , abusant le regard ,

SemUe dans son courroux s*armer d'un triple dard»

Ainsi des Aâicains la phalange trompée

Croit aux mains de Renaud voir une triple ^pée.

Il renverse à ses pîeds les princes libyens »

Et les deux rois venus des Ix^ds ëtbi<^ien«.

Ses jeunes compagnons , qu'enflarâne son oQura^ ,

De tout ce peuple noir font un affreux carnage.

Par le glaive en fureur les malheureux surpris ^

A Son tranchant cruel â'opposent que des cris*

Bientôt , las de braver Une mort trop certaine.

Vers des périls moins granii la firayeur les entraîne^

Sans relâche frappò , et dans k plaine ëpars ,

On les voit en libriaàt s*enfuir de toutes parts.

Renaud vole ap^ etex , et ^on 1n%s les foudroie.

Dans tes €otS de leur sang il se baigne, il se noie.

Mais il s'arrête eï^6n, et son nobk coum>Éx

Pardonne an Vil eftoi qui les disperse tous.

Tel , quand d'utte fbr<k le tênêbkvnx feuâlage Insulte au vent du nord et combat son passage , Le nord impiétneux redouble , et , libi^ enfin | Souffle plus moHemefnt dans le Vallon voisin; Ou tels encor les Ilots , qui , défiant les roches , D'écume et de fàrenr s'arment à leurs approches,

ai.

46 ^^ JERUSALEM I^EUVRÉE.^

Roulent en j^eine mer cl*un cour; tranquille et leot, Tel Renaud à V aspect d'un ennemi tremblant Se calme , et va porter Tappui de son audace Aux braves fantassins que TArabe menace.

.Leur flanc droit, assailli, commençait à plier. Le hëros le soutient. Son âamboya<nt acier Des brigands du désert entame. la cohorte.

jSon escadron , rempli du feu qui le. traniporte , Bruyant comme Torage et les vents mutine , Égorge ces brigands pâles et consternés^.^ Ils fuyaient, et tombaient comme Therbe mûrie Sous une large faux tombe dans la prairie.

De courage et d*ardeur Rjcnaud toujours bouillant Pénètre jusqu'aux lieux où, sur un char brillant Qu'environne et protëge un^ foule intrépide, £n hs^it d'Amazone il aperçoit Arm^de.

Cette. fière beauté l'aperçoit à son tour.

Et frissonne et pâlit de colère et d'amour.

Renaud , de son côté, légèrement se trouble.

Pour s'éloigner du char de vite^e il redouble. Mais par tous ses rivaux , tons. ces rois conjurés, Voilà qu'au même, instant ses pas sont entourés* L'un s'est armé du fer ; l'aut^ bfandit sa lance. De ce choc imprévu bravant la violence « L'invincible guerrier s'éloigae avec dédain.

Armide tend sou arc; elle y pose soudain Un trajt qu'elle destine à son amant parjure. Hélas ! prête à venger l'excès de son injure , Sa main tremble, et l'amour, maitre de ses destins, Rallume tous les feux qu*cll^ crpyait éteints.

Xi'arc se courbe trois fois , trois fois il se redresse. '

Mais enfin le dépit surmonte la tendresse.

Dans les vagues de Fair le trait vole , ç'enfuit ,

Et, prompt comme les vents, le repentir le suit.

Elle voudrait déjà que la flèche lancée,

Loin de, punir Tingrat dont elle est délaissée.

Retournât en arrière, et, propice à ses vœux, .

Revint plonger la mort dans son cœur malheureux.

Pleine du souvenir qui l'accable et la blesse, '

Elle accuse, bientôt sou indigne faiblesse.

Et suit des yeux la flèche errante an sein de l'air.

Le héros est frappe. Mais la pointe de fer ,

Par un bras incertain trop mollement poussée ,

Effleure la cuirasse et retombe cmoussée.

U poursuit son chemin. Armide , Armide alors

Lance de nouveaux traits, s'épuise en vains efforts

«Quoi! Renaud, se dit-elle, est donc invulnérable 2 « Son cœur ést-il formé d'un bronze impénétrable î » £t faut-il que le ciel , lui prêtant son secours ,

* De sa coupable vie épargue ainsi le. cours!

*» Quoi ! mes yeux ni mes traits n'ont pu blesser son âme ! ^' Il se rit de ma haine , il se rit de ma flamme. Sans armes je languis , et tremble à ses genoux;

* Les armes à la main je cède à son courroux ; » Hélas ! et contre moi sa puissance affermie

» Confond dans ses dédains l'amante et l'ennemie f " A quels charmes nouveaux dois-je enfin recourir? " Vous qui pour me venger ne savez paé mourir , « O guerriers si fameux , faut-il que le perfide < Arrête sans combat votre foule timide!

« Que dis-je ? Ah ! pardonnez au trouble de mes 8em<

« Et vos traits et les miens seront tous impùiasans.

« J'ai TU s'an&intir ma vengeance dernière.

La fille de vingt rois, Armide prisonnière,

« Dans le camp des chrétiens va traîner dësormaît

« Ses destins avilis par Tingrat que j'aimais Ì

• Ah ! iHiyons. » Tel qu'un c^^gne aux rives-du Méandre ,

Quand du sommet des deux il voit l'aigle descendre,

De ses ailes d'argent se voile avec horreur ,

Et dans un champ de mort exhale sa terreur ,

Telle Armide , k l'aspect du sort qui la menace ,

Frissonne , et tout son. sang dans ses veines se glace.

Cependant Altamore, au milieu du combat , De sa haute valeur a fait briller l'ëclat , Et des braves Persans soumis à sa conduite Son exemple et son glaive ont retenu la fîiite. Mais, quand il voit Armide en ce pressant danger, li ?ole à sa défense, et , prêt à la venger , Il oublie et sa gloire , et sa troupe fidèle. Ah ! plutôt qu'une amante, une reine si belle En ce jour de colère ëprouve un seul revers , Triomphent les chrétiens ! perisse l'univers! Au char de la princesse, à travers le carnage» Le roi de Samarcande ouvre un large passage.

Sous les coups de Bouillon , de Renaud furieux » Ses soldats massacres succombent à ses yeux.

Plus amant que guerrier , il le voit , et soupire. Armide sous sa garde est libre ; elle respire ; H suffît. Dans un lieu tranquille et retiré Après qu'il a conduit cet objet adoré ,

. CHANT VINGTIÈME. a4g

Vers ces nobks gaerriars comme an trait il reTole ,

Il vient les secoarir Espérance frivole!

Les Persans ont vëcci. Mais plus loin les Francis Aux efforts d'Érairen s'opposent sans succès. Déjà l'un des Roberts , sans force et sans haleine , Tout sanglant , à la mort se dérobe avec peine. L'autre combat long-temps en héros, en chrétien, £t tombe dans les fers d'Adraste l'Indien.

Quel est ce tourbillon roulant comn» un tonnerre? Pourquoi donc les vainqueurs ont-ils mor^u la terre? Parmi les combattons Godefroi s'est montré.

Devant lui tout recule ou périt massacré.

Tandis que tour à tour la fortune inconstante Des deux partis rivaux trompe ou remplit l'attente t Le fier roi de Nicée au sommet de la tour Monte : sur les créneaux qui régnent alentour 11 s'appuie , et ses yeux , étincelans de haine , Dans son immensité mesurent cette plaine Où mille bataillons , se livrant mille assauts. De leur sang confondu font jaillir les ruisseaux. A ce premier aspect il demeure immobile.

Ainsi donc , enchainé dans un timide asile « Au sort de ses amis il demeure étranger !

Non ; ces périls lointains il veut les partager ; Et du casque royal couvrant sa tête altière : « De la tour à l'instant qu'on m'ouvre la barrière , • A-t-il dit; en ces murs c'est trop long-temps souffrir. tt Mon devoir le commande, allons vaincre ou mourir. * Soit que le juste ciel voulût dans sa vengeanee Briser des Sarrasins la dernière espérance,

a5o LA JÉRUSALEM DELIVREE.

Soit que Ters le tr^Spas dont il est mtnaoé Par lUi instinct fatal Soliman fut pousse , Il veut défendre encor Thonneurde la Syrie.

Déjà sur ses vieux, gonds la porte toarne, crie; £t, sans même songer st, partageant son sort. Les guerriers de la tour suivent ses pas , il sort ; £t, comme Touragan dans sa course rapide.

De carnage afiàmé, le monarque intrepide Au milieu des chriîticns vole et fond à grand bruit. Le glaive courrouce dans sa main siffle et luit. Les autres , entraînes par son audace e&tréme , Abandonnent la tour et le soudan lui-même.

Le debile Aladin à sa morne langueur A senti tout à coup succéder la vigueur.

Soutenu par Tenfer qui Tembrase et Tobsède , Le fier sultan s'avance , et Thorreur le précède. Le premier escadron qui Tose défìer Sous son glaive tranchant disparait tout .entier. De plaintes , de sanglots quel funèbre mélange ! La terreuf se répand de phalange en phalange. Tout fuit : le seul Ra^^mond, des siens environné, Dans ce désordre aBieux n*a point abandonné Le poste que Bouillon confie a sa bravoure.

L'orage .eu vain s'acx:roît, en vs^in la mort l'entoure : Du généreux vieillard le cœur n'a point ûémi. 11 voit , il reconnaît ce terrible ennemi Dont naguère le bras l'a jeté sur l'arène.

N'importe : à le braver son audace l'entraîne. Mais du coup qu'il reçoit , chancelant , ébloui , Aux pieds fU Soliman il tombe évanoui.

CHANT VIKGTIÈMfi. a5i

Cent glaire» aussitôt à TaecaUer s'apprêtent. Cent boucliers unis aussitôt les arrêtent; Tandis que , dédaignant son rival renversé. Comme on voit un mortel qui , de la him pressé , Quitte un firugal repas pour un banquet splendide , Le vainqpeur , se livrant au démon qui le guide , Cherche d'autres combats, enfonce tous les rangs. Écrase sous ses pieds les morts et les mourans , £t, las de triompher daos un étroit espace, Loin des remparts franchis vole, égorge, terrasse Tous ceux dont l'imprudence ou la témérité Disputent le passage à son fer irrité.

Poursuivis cependant par sa bi*ave cohorte, Les soldats de Raymond, que la terreur emporte, Pa<iseRt non loin du lieu par Tancréde habité. Ce héros,. sous un toit solitaire, écarté.

Faible encore et souffrant, sur sa couche sommeille. Ce bruit tumultueux en sursaut le réveille ; 11 se lève , il se traîne , et d'un œil éperdu Il aperçoit Raymond dans la poudre étendu , £t sa troupe qui fuit d'épouvante glacée.

D'un si lâche abandon sa grande âme offensée A son sang refroidi rend toute sa chaleur.

La force d'un héros n'est rien que sa valeur. Tancréde se dispose à quitter son asile , Du poids d'un bouclier charge son bras débile , Saisit son fer , descend , et s'écrie en courroux : • Misérables s<^dats , ô ciel ! où courez-vous ? tf A ce^ vils Sarrasins votre chef reste en proie] « Dans leur temple profane ib iront, jdein de joie»

fiS) l'A JÉKUSAI.EM DÉLIVBÉB.

« Suspeudre son armure ! et c'est vont , malhcoreiii « Vous qui dëshonorez un maitre gënéreox!

« Courez à ses enfaos porter cette nouveUe; « Dites-leur qu'une fuite indigne et criminelle « An plus mortel outrage a livré ce héros, f

Du bouclier immense il le couvre à ces mots.

Là viennent s'amortir les javelots , les pierres » Et des traits ennemis les pointes meurtiières. Demi-nu , sans cuirasse, et d'un bras vigilant. Il repousse l'orage autour de lui sifflant.

Sous cette ombra d'airain le vieillard magnanime Commence à respirer, et bientôt se ranime.

La honte sur le front, la rage dans le cœur, 11 se lève , et des yeux cherche son fier vainqueur. Mais , ne le voyant plus, d'une voix courroucée 11 rassemble sa troupe errante et di^ers^.

La fiice du combat change dès ce moment.

Raymond poursuit le cours de son ressentiment, S'euivre de carnage, et dans le sang expie L'affront que sa vieillesse a reçu d'un impie. Mais voici qu'Aladin se présente à ses yeax« Raymond le reconnaît, s'élance furieux , Le frappe , et fend sa tête.... 11 tombe , crie, expire, £t mord en expirant le sol de son empire.

Privés d'un double appui i le^ tremUans Sarrasins N'osent plus se défendre, et cèdent aux destins. Les uns , dans le transport d'un &rouche dâire , Pâles , tendent la gorge au fer qui les déchires Les autres , se flattant d'échapper au trépas , Du côté de la tour précipitent leurf pM«

tes yainqneim , les vaincu» y pënètrtnt ensemble. Sor tes vieux fondemens Ik forteresse tremble ; Elle est prise , et le sang inonde ses parvis. De meurtres fatigues, mais non pas assouvis.

Par d'borribles exploits les cbrëHcns se signalent. Au bruit des hurlemens , des sanglots qui s'exhalent , Sur la ciine du fort l'intrepide vieillard De la Croix triomphante arbore Tëtendard.

Il flotte dans les airs. Mais le roi de Nic^, Déjà loin de la tour par les chrétiens forc^, Dans une aréne immense , où triomphe la mort , Egare sa fureur , moissonne sans effort La foule des soldats par son bras poursuivie. Un coursier, dont le maître avait perdu la vie, Libre et le frein pendant, à ses yeux s'est offert. Le terrible sultan, de poussière couvert, 3é jette sur son dos*, et, saisissant les rênes. Le lance comme au trait ^a milieu de ces plaines. Aux guerriers sarrasins , qu'il vient encourager, il appwte un secours puissant, mais passager. ' ^•est ainsi que la fondre , éclatant météore. Dans sa chute à la fois gronde , éclate , dëvore, et sur le frt)nt du roc qu'en passant eue atteint «e ses flèches de feu laisse le vol empreint. J^ous la main du Sultan que d'illustres victimes liescendirent alors au fond des noirs abîmes' • U Gfldippe, OdoardV^ux infortunés, JJcs roses de l'hymen par l'amour couronnes , ^^le puissent vos malheurs , votre touchante histoire. Vivre éternellement gravis dans la mémoire !

254 ^^ JÉRUSALEM DÉLIVI^E.

Heureux, en vous chantant , si la postérité

Consacre à vos deux noms un tribut mërité !

Vos vertus , vos exploits , votre immortel courage .

Des siècles à venir iront luraver l'outrage,]

£t plus d'une beauté , sensible à vos revers ,

De pleurs délicieux arrosera ces vers.

Gildippe la première attaque le barbare.

La fortune d'abor4 pour eUe se déclare»

Du bouclier »on fer a traversé Tairain , - £t va blesser an flanc le cruel Sarrasin.

Mais lui : a Te voilà donc, vagal>onde guerrière ! a Ah ! pour te conserver la céleste lumière , « L'aiguille et le fuseau te conviendraient bien mieux a Que le vil spadassin qui te suit en tous lieux. » En achevant ces ipots il lève son épéc, £t d'un revers mortel rAqiazone est frappée.

Le détestable fer rompt tout , ose perc^ Ce sein que l'Amour seul avait droit de blesser. Gildippe de ses sens perd tout à coup l'usage. La pâleur de la mort couvre son beau visage.

A ce spectable affreux que devient Odoard ?

Il vole à sa défense; il vole, mais trop.tard! , Que fera-t-il ? çonunent /dans ce péril extrâme , Secourir ou venger une épouse qu'il aime ?

Comment servir enseinbie et^la haine et l'amour? Efitre ces soins divers partage tour à tour^ D'une main , de pitié, de rage frémissante.

Le malheureux soutient Gildippe languissante » £t de.l'autre s'apprête à punir l'assassin.

Le sort, l'injuste sort a trompé son dessein.

Soliman , E'im- v«vera de «on arme cruelle , Trancile ce brai , appui 4l'oiie amante fi<ièle. £lle tombe : Odeard, ^ui Imnbe au m^éme instant , Foule de tout son corps ce beau corps' palpitant.

Tel qu'on ormeau qu'embratsenne vigne amoureuse. Quand, battu par les Tenta , ^r la tempête afii^euse , « De ses rameaux bris^ û parsème le mont Que domina lonf-temps la hauteur de son ^^ont; 11 dëcbîre en tombant , il dcrase lui-même Les p^nipl^ , de sa tête ondoyant diadèma , £t ces fruito savoureux , briUan» d'un jus vermeil , Que venaient de mûrir les ra^^ons du soleil; Tel përit Odoard ; mais , dëdaignanl la vie , 11 ne plaint que l'ëpouse à sa flamme ravie.

Us voudraient sa parier, hêlas !.^. vœux impuissansi En sons entrecoupés expirent leurs accens.

Avant que de quitter la kimiêre celeste , Odoard , soulevant U seul bras qui lui reste, Presse contare son cœur, pour la dernière fois , Sa compagne d'amour , et d'hymen , et d'exploits. La mort en même temps vient fermer leurs paupières , Ensemble les moissonne ; et leurs èmes f uerrières , Ensemble abandonnant cette terre d'un fom* ^ S'eévolent d^ns le sem de^'ëternebs^Mir. • •

De ce double trépas la nonVeUe semitfe - - Passe de Jbeucbe en>bouche , et -consterne Tarmêe. Par un prompt messager Renaud' en est instruit. .De ton làebe sucoèS'4Ut>isi-tu goûter, le fraitv k • Barbare Solteian f non ? ta peite est certaine. . Renaud* fiWitj La piliëvia estere ^, la haine.

356 l'A JÉRaSALBM SÉLIVIÉE.

Se difptiteiit le cœur da héro$ féri«iiz.

Il joignait le stthan : maië jusque aout «e» yeux

Adatte rindien hai ISsme le pan9ge.

L'insulta, et d'une voix frémiasante de Tftge ;

« Te Toilà donc , Renaud! je t'ai k>ng-ten^ cherche,

t Et touiouis dans les rmgt ton e0roi a'est caché.

• Voici , voici l'induit de remplir ma psomef^e,.

• £t de porter ta té(e aux {âeda de ma princesae. « Viens , ennemi d'Armidé , avec ton d^fent^r

« Faire assaut de courage , ou fdatòt de iurear. » . • Accompagnant ces mots d'un sourire tetri'Uet Sur le front du hëros jl porte on. CQi^ horrible^ Le casque en retentit, et Renaud ébranle^ Renaud sur les ançons a soudain <^ancel^.

Mais , d^jà raffisnoi, d'une main toujoum «àriB Au flanc de l'InfidÂle il outre une hAessi|re# Telle , que d'ApoUoa fnrét à k aecoofir Tout l'art et les efforts ne pourraient le guérir* % Ce gigantesque roi, ce guerrier fwmidahtet D*un seul coup. tomàie et meurt étendn #iir le aahle. Infidèles, chrétiens, tout recule d'homuTt £t Soliman lui-même en pâlir de terreur^ il ne sait fue rësoudue ; un tel exj^it l'^aiie, £t d'un trouMe inconnu sa gs«»de Ânw ùmotm»»

11 Toit/il sénAd^à r&ëvitahle mort..*».

Mois qui peut soi-has échapper à son sort?

Tel qu'un homme 'soafficant doiUlea<mimeila'amf«re, Dans J'excès dis délire où sa raÎB(in s'égare ^ S'il voit «n spectre affreux et coarert dé. lambeau Tout pâle se Merdola nnit dea tombeatl»,.

. CHANT YINGTIÈMIS, ^y

Cherclie k fe fiiir bëks ! toni ses efforts raBufent,

Et ses pìbds et lea maint à ses vœax se refoseui;

11 demeure sans toix y imnuAile , glacé ,

Et SOU8 rhorriUe songe il palpite oppresse :

Tel Soliman Tondrait assort qui le menace

Opposer là Tigoenr àt sa jvemière anilace.

Un invincible efiroi tient ses pas endminës.

Pour dëlbidre ses jours an gbiTe destinés

n ne peut rien : dn moina, «ftiand le destin contraile

L'aibandonne an ronrronz de son fier adrersaire,

il ne trouTS en son oosur , d'oà l'espoir s'est ei^i »

Nal sentiment indigne et dn trône et de loi;

£t lorsqu'à succomber sa valeur est xëdoxte »

Il ne médite point la retraite on la faite.

Tandis qu'il hésitait, le vainqueur irrité Sur loi ImuI et s'^nce avec rapidité.

Dans 8tL main resplendit le fer impitoyable.

Jfamais sons nn aspect plus ûet , ^us effiroya^e , Aux yeux de Solimsm nul çnerrier ne s'offrit. Aux arrêts du destin nobleinent il souscrit , Et , sans déshonorer sa ehuie et sa disgrâce , Reçoit aVee grandeur le coup q«i le terrasse. Lorsque enfin ce héros , dans la guerre ^ronré^ AlMittu tant de ibis , taot de fois releva, Comme nn nouv^ Antée eut mo^du la poussière , Et de ses jours fionenx achevé la carrière ^ L'incon^ante fortune aux étendards firan^ais K'osa plus un moment dispater le succès; £t« dn pieux BouiHdAl terminant les alarmes v Vient défendrt^a ctmp et prot^er ses «mes. : . .i ai.

358 LA JÉRUSALEM DÉLITRÉE.

D^à de tontes parts l'inunortei eseadron- Que moissonne la mort en dëpit de son nom, Fuit deyant les chrétiens, et cède la vict<nre. Vainement Émiren rappelle à^a mëfiK)ir« Le serment solepnel au calife jure.

Tout l'abandonne : alors , par la rage ^arë , Àu-devant du soldat qui porte la bannière 11 s'ëlance , il l'arrête , et d'une voix, altière : « Rimëdon , lui dit-il , n'est*ee donc pas à -toi « Que favais confie l'enseigne de tcm zoi ?

« D'une telle faveur quand je te croyais digne, « J'ëtais loin de m'attehdre à cet afirb&l kiéigiie. « De quel effroi ton cœur se laisse-t^ troubler ! « Quoi ! je combats encor , làebe , et tu peux trembler! « Que craiâs^tn ? le trépas? mais une' mort certaine « Enveloppe la route où la frayeur t'entraîne. « Malheureux, sois mes pas, rappelle tou ardeur, « £t cherche iton salut au poste de l'honaenr ! • Rimëdon, affermi par ce noble langage, v A senti dans son cœur renaître le courage , £t retourne au combat expiert^dignemeAt Par une belle mort son erreoi' d'un moment.

Émiren , qui de honte et de xage patate, Au-devant dés soldats vole ; se: précipite , Les mêbace , les frappe , et sous lebra ètendardt » , Après de longs efforts , ramène les foyavds. La peuples dispersait, et la peur les rassemble. Rëtablis d^s leurs rangs , ils s'ananoent ensemUe. Émiren , dont les yeux surreiHèiit tous leurs pas, De la victoire encor ne dàespère ptK s

CHANT VINGTIÈME. a59

Et son inqui^fade est presque dissipée,

Lorsque de Tisapheme il voit briller Veinée,

Dans ce jour mémorable, aux Sarrasins £ital,

Tisapberne a long- temps combattu sans nyal.

Liui seul a foudroyé la cohorte flamande ,

Kt des 6ers Neustriens anéanti la bande.

/kprès tant de hauts faits , certain que Tayenir

Cafardera de son nom l'immortel souvenir,

Aux plus fougueux transports sa vaillance se livre.

A. tous ses compagnons il ne veut point survivre;

Et, cherchant un guerrier digne de son courroux ,

D o terrible Renaud il affronte les coups.

A peine il reconnaît ses armes azurées ,

O ouvertes de poussière et de sang colorées :

« En6n je vais combattre! et le ciel, qui m'entend,

tt IHonore ma valeur d'un péril éclatant ,

« A-t-ii dit. Sous ma main puisse la belle Armide

u Voir à ses pieds rouler la tête du perfide !

« Accorde , ô Mahomet , le triomphe à mes vœux !

4 Et ma reconnaissance , en ce temple fameux

tt Que vient de tMlever le calife mon maître ,

tt Ira te consacrer les armes de ce traître. »

Itf ais son stérile vœu dans les airs s'est perdu , E t ^on prophète sourd ne Ta pas entendu.

C omme un lion féroce agite sa crinière , lU, prêt à s'élancer du sein de sa tanière,

I loule sa voix tonnante en longs rugissement» /linsi ce Sarrasin, fidèle è.ses sermens,

/ 1 l'aspect 4u héro« «mòne sa furie.

I I fait siffler le f<^'^ans sa main, aguerrie ,

Et, de son large ëcu te conTrant tout entier , Sur Renaud qui l'attend se jette le premier.

Les deax partb , témoins de la lutte homicide , Font irèye à leur colère , et, d'un regard avide , De ces nobles rivaux suivent les mouvemens.

Animé par l'eitcès de ses ressentimens, Tisapherne fraj^pait; mais Renaud, plein d'adresse, Se dérobant aux coups qui l'assiègent sans cesse , Faisait couler le sang du héros sarrasin , Et brisait le rempart de ses armes d'airain.

Tisapherne pâlit. Sous ce rapide orage Chancellent par degrés sa force et son courage. Armide , dont les yeux observent le conibat , Voit de son défenseur le déploi-able état, Et du ciel pour jamais sa cause abandonnée.

De tous ses champions la foule consternée S'éloigne de son char, où, seule et dans les pleurs, Nul espoir désofBMÎs ne flatte ses douleurs.

Elle abhorre le jour felle craint l'esdavage. Juste ciel ! quoi j des fers deviendraient son partage.... ^ Elle descend du char, monte un coursier , s'enfuit. Mais l'implacable amour l'obsède et la pourtuifei Sitôt que Tisiqpheme a vu fuir son amante, Effrayé des pérâs d'une tête charmante , Il croit qu'à ses regards interdits et troubla Du grand astre du jour les' feux se sont voil^ A voler sur ses pas c'est en vain qu'il s'apprête. Le glaive vigilant le prévient et l'arriête.

Il se retourne alors, et, d'un bras affermi, U feit tomber à plomb sur le casque ennenn

CHANT VIKGTIÈHB. a6i

Un coup Semblable à ceux dont l'antre du Cydope Gronde sous le marteau de Vénorme Stërope.

Renaud du coup &tal est presque foudroyé ; Son invincible front un moment a ployë.

Soudain il se relève : il venge son injure , Frappe, de son rival ouvre Tépaisse armure, Et plonge tout le glaive en son cœur palpitant. L*àme du Sarrasin s'enfuit au même instant.

11 n'est plus. Du vainqueur les regards téméraires Ont dans la plaine au loin cherché des adversaires. Partout autour de lai le combat est désert.

Sur le sable * de sang et de débris couvert, Partout des Missulmans les corps épars languissent, £t du pieux Bouillon les destins s'accomplissent. L'indomptable Renaud , quitte envers son devoir , Sion à la pitié permet de l'émouvoir.

iV^paise son glaiVe , et d'Armide éplorée , D'Armide qui s'enfuit , de périls entourée , Le touchant souvenir se réveiHe en son cœur* Lorsque, pour obéir à la voix de l'honneur, Et rendre aux saints combats sa valeur et son zèle, Le héros ^'éloigna d'une amante si belle , Il lui fit le serment d'être son chevalier, Et son cœur généreux est loin de Poublicr.

^Déjà , s'abandonnant à l'espoir qu'il embrasse, Aussi prompt que les vents , il vole sur sa trace. Dans u^ sombre vallon propice a son dessein , De terreur éperdue , et la mort dais le Sein , Armide arrive enfin , par le baSàrd gmidée.

Là , cédant aux ennuis dont elle est obsédée t .

aCa tA JERD8ÌXEM OÉLIVAÉE.

Elle jette à set pieds et son arc et ses traits. « O vou» qui D*ayez pu consoler mes regrets , « Armes vaines, dit-elle, en mes mains avilies, « Au fond de ces dëserts restez ensevelies!

tt Si vous avez trompé mon injure et mes vœux, « Si des jours du guerrier qui dédaigne mes feux «« Vous avez épargné la criminelle trame , <« Du moins accordes-moi le bien que je réclame, « Le seul que ma douleur puisse attendre de vous. tt Persez mon sein tremblant, je ine livre à vos coups. «< malheureuse Armide! à quelle destinée, tt Par un perfide amant , te vois-tu condamnée! « Il est. temps d'échapper à des affronts nouveaux, « £t d'appeler la mort au secours de mes maux. tt Heureuse si l'excès du feu qui me dévore « Dans l'ombre du tombeau ne me suit pas encorel « Impitoyable. Amour, cesse de déchirer «Un cœur où tu régnas pour le désespérer!

« Fuis, barbare! et, content des maux où je succombe, « Laisse-moi respirer sur les bords de la tombe ! « Que mia seule fureur survive à mon trépas l « Que partout du cruel elle assiège les pas , « £t de songes hideux épouvante sa couche!

« Que je vienne moi-même, avec un ris farouche # « Spectre affreux et sanglant, lui reprocher ma mort, « Retourner dans son cœur le poignard du remord , « £t , dévouant le trai tre à d'hombles supplices , « D'une douce vengeance épuiser les délices ! • A la clarté du jour, à ces mots, renonçant, Sa main dans le carquois choisit un trait perçant.

Le tourne vers son cœur.... Renaud d'an pa? rapide Accourt.... Cielî qiiattd il voi^la jeune et belle Armide, Le front enveloppe d'une sombre pâleur, D^jà prête à finir ses jours et son malheur.

Il fi-^mit, il s'^ahce, et d'une main puissante Éloigne avec horreur la pointe menaçante.

Armide pousse un cri Tenvisage.... soudain

Dëtournaut ses regards charges d'un fier dédain, Comme une tendre fleur que le soc a touchëe.

Dans les bras de Renaud haletante et penchée ,

Elle s'dvanouit Ému de ses douleurs ,

Renaud sur ce beau sein laisse tomber des plettrs. Comme dans les vallons sur sa tige arrosëe Se redresse un lis pur et brillant de rosee, Armide ainsi renaît : trois fois languissamment Lève ses yeux niouilMs des pleurs de son amant , Les referme aussitôt , et l'amour et la haine Triomphent totir à tour dans sou âme incertaine. ' De son bras vigoureux le hëros la contient»

Elle veut repousser ce bras qui la retient; Mais dans ce vain combat tous ses efforts se lassent. Les nœuds qu'elle veut rompre obstinément l'enlacent. CaptiVé en ces liens qu'elle eût pdîs aimés , ' '

Et toujours ses beaux yeux de colère enflammés, Sans regarder l'objet qu'elle adore et déteste , Elle exhale en ces mots son désespoir funeste : « Perfide, qui f amène eh ce falal séjour ?

« Cruel à ton départ, cruel à ton ïétout";

• Toi qui crcu^ la tombe où je m*cn vais descendre,

• Toi mdti aeûf itittssin , au jòtti' €o veux inc rendre ! *

a64 "^^ JÉRUSALEM 'DÉLIYAÉE.

« De nui juste foreur to prends me satiyer!

tt A quel indigne affront m'ose^tu réserver ?

tt Je lis dans tes projets : pour rehausser ta gloire ,

« Insolent ! tu voudrais à ton char de victoire

« Atteler une reine , et parmi tes rivaux

« Promener en triomphe et ma honte et mes maux.

« Hélas ! il fut un temps où mon âme asservie

« Te demandait ensemhle et la paix et la vie :

« Avec un froid orgudA tu repoussas mes vœux ;

a La mort seul à présent est tout «e ^ue je veux :

« Mais cette mort, si douce à ma douleur affreuse ,

« Si je te la devais ^ me serait odieuse.

« Je Tohtiendrai sans toi, lâche; et dan» n» prison

« Si le lacet fatal, les armes , le poison ,

« Manquent à mes desseins, pu. trompent ma colère ,

i J'en rends grâces au ciel qui m'inspire et m'éclaire -

ft Malgré tes vains efforts, oui, tu sauras me Voir

« Échapper à la vie ainsi qu'à ton pouvoir.

« Tout prêt â des sermens que son coeur d4s^voue«

• De mes ennuis mortels comme ring^t se joue!

« — Ah Mui répond Renaud , invincible heauté ,

« Que le calme renaisse en tonseiu agité.

« Armide , à tes genoux mon amour me rappelle ;

« Je suis toa chevalier , ton esdaye fid^e#

« Qui , moi! te pr/éparer des fçrs injurieux !

« Je te promets le trdne ou r^aiei^t t^ uîeu^,

« De ma sincérité , quoi! tu doutes encore!

tt £h bien ! lis dan» mes jeux l'ardeur qui m9 dévore,

« £t cesse de confondre avec leu enaemif

« Renaud que iei^ destins pour jamaû fout foujuii.

CHANT yiHGTIÈME. a65

« Ah ! «i le juste ciel, sennUe à m^ prière, . « Sur ton aYeuglement épanchait sa lamine « « Si ton âme s'ouvrait à sa divine loi, « L'Orient n'aurait point de reine ^9Îe à t^i î » Aux aons d^ <3«tte voix mëlodieua^ ^t tendre» Aux pleurs f ue le hëros ne cesse de rendre , Tout le courroux d'Anni^è , aoudli par l'amour. Se fond comnie la nei^ ì^ìo, rayons d'un heau jour. « C'en est lait : j'obéis, hû rëpcûui-elle, ordo^x^e ; « £n esclave k tes Ipis Armide s'ahandom^e- »

Cependant Émiren , de toeur ëperdu , Voit r^tendard royal dans h pQudrç éteiidu^ Tous ces guerriers déûôts , Rimédon qui chancelle Renversé par Bouillon d'une atte^ite mortelle. Le fier Égyptien en fràoit de douleur.

Mais , craignant de flétrir l'^dat de son malheur, Il veut qu'iin beau trépas hjp^çre sa défaite ^ £t, s'il ]^ut l'obtenir , sa croire çst; s^tis&i^^ Parmi tous cf s hâros d'un si £imeu|: renoqft , Son noUe désespoir ne cherche que fioiHllon.

U vole , et, sccoui^ l'épée étiiiceUnte ^ S'ouvre vers ce héros une ro^te sapg li^.

A peine $tê regarda de loip VfM ♦pWfÇ^, Plein du d^rniçr espoir ^n soii tuM» ^iiçv« « .QodwfrQi , Iw d^itril, ^*eêt toi qfue je M^ « A sa valeur en^op^e Émireii le <?P9fie.

Viens m'arracherle ji»u?;imiispiMssé'rjeeii|no«ran|; « Sur le s%ble k mes pieds te ieter ei^pk^l a Les deux <diels «nssitâli l'pii^^r l'a»^^ f'^i^nc^t: Les deux gbivea riystWRtois Umf$ ff^t^f^ se h^lancen

366 l'A' JERUSALEM BÉLIVrÊE.

Émiren blesse au front Tillustre chevalier.

Godefroi d'Émirén brise le bônclier ,

Le presse , Tétourdit , traverse sa cuirasse ,

Et , lui perçant le coeur, à ses pieds le terrasse.

Le vainqueur, dans la plaine étendant ses regards,-

Voit partout son ^iompbe , et poursuit les fuyards.

Tout à coup i! 8*arréte à Taspect d'Altamore

Qu'entourent les chrétiens , et (|ui résisté encore.

Sans casque , et du tronçon de son glaive brisé

Ce prince repoussait plus d'un vaillant croise.

Godefroi s'intéresse au roi de Samarcande,

Et crie à ses soldats : « Bouillon vous le commande ,

« Amis, retirez-vous, je le veux. Toi, guerrier,

« Cède enfin , rends ce glaive ,et sois mon prisonnier. *

Ce héros, qui )amaispar aucune Ikiblesse

N'avait du rang stipréme outragé la noblesse*

Dés qu'il eut entendu ce nom vû^torieux ,

Et dans tout l'Orient à jaiiiais glorieux ,

Sentit d'un «^^int respect sa grande âtme frappée.

Oui, du'V les mains, dit-il /je remets mon épée. « J'ignore si mon cœur est capable d*effroi , ' ^

« Mais on peut sans rougir* iàe rendre à Godeflroi. « Du prix ide ma rançon' je te laisse !e maître ; « ïi'or et les diamans c^ue la Perse voit naître , « Par ub'é tendre épouse à làoi' vaint[ueur offerts ', ft De mes royales 'mains feront tombek- les f<^. • ~ La ^ieuie fertcur ^ont mon âme est remplie « Par an trafie si bas né peut être avilie, « Lui rép<ïnd Godefroi ; garde Ces Vains trésors. « Je prétends conquérir, noa fttarehander ces bords» *

Il dit, et le confie à sa garde intrépide.

XJn reste d'cnDcmis, troupe faible et timide t 3Par la mort oubliée en ces affreux moment , S*enfuyait vers Tabri de ses retranchemeus.

J^es chrétiens, furieux, de leurs craintes s'enivrent, A.U tranchant de Tacier tous ensemble les livrent; Et leur faste barbare , à grands frais amasse , £n des fleuves de sang nage au loin dispersé.

Mais le jour luit encor. Plein d'un feu magnanime Oodefroi triomphant ramène dans Solimc , Dont sa noble conquête a fini les revers , Ses guerriers de poussière et de sang tout couverts. 11 entre dans le temple ; il y suspend ses armes. Sur le divin tombeau , qu'il arrose de larmes, Il baisse avec respect son front-religieux, Acquitte ses lermens , et rend grâces aux deux.

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