‹ La Jérusalem délivrée (volume 4)Chapitre 3 sur 4 · IT · texte numérisé non relu

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laS LA JÉRUSALEM DÉLIVAÉE.

Pour retenir l^ingtat qui cause ses malheurs. Elle n'a désormais d'antre appui que «es pleurs. Au mépris de son rang , de sa gloire oubliée ,

Ou la voit ciel vengeur, qu'elle est hmniliëe!

Qu'elle dififère , hëlas ! en ce jour malheureux , De ces' jours où, troublant tout Tempire amoureux, Un seul de ses regards , un gèsrte , un doux sourire , Des plus fameux hëros nourrisftAient le délire Ì Alors , avec dédain les voyant sur ses pas , Tremblans, brûlés de feux qu'elle ne sentait pas. Cette beauté fatale, orgueilleuse et sauvage. N'aimait dans ses amans que leur servile hommage. O jeux cruels du sort ! à présent elle suit Mourante, échevêlée, un traître qui la fuit.

D'espérance et d'effi'oi comme son cœur palpite ! A travers les tochers elle se précipite ; Lcé torrens , les glaçons , les neiges , les frimas » £t les cailloux roulant sous ses pieds délicats , Rien ne peut ralentir son ardeur insensée.

Enfin près de Renaud par ses cris devancée , £t le voyant déjà qui, sur le bord des mers ,, S'apprêtait à quitter ces funestes déserts ; ue loin elle s'écrie : « O toi qui m'abandonnes, « Infidèle ! adoucis la mort que tu me donnes ! « Arrête un seul moment! demeure! ou par pitié

• Arrache-moi ce cœur dont je perds la moitié! « Pourquoi donc à mes vœux te refuser encore?

« Ce n'est point un sourire, un baiser que j'implore; « Garde tous ces bienfaits pour une antre que moi;

• Je ne veux, je n'attends qu'une grâce de toi ;

CHANT SEIZIÈME. la^

«Écoufe les adieux de ramour le plus tendre

« Mais quoi! tu peux me fuir , et tu n'oses m'igntendre ! »

Renaud à son aspect se détourne et frémit; Sar le sort dVne amante en secret il gémit.

Mais la gloire commande et lui rend son courage. U s'éloignait; Ubalde alors tient ce langage : (* Un chevalier chrétien, fidèle à ses sermens , • Doit-il craindre l'amour et ses eraportemens? « La Yoici , belle encor dtins sa douleur extrême ; « £h bien, il faut l'attendre et te Taikicre toi-même. « Renaud , c'est par la force et des combats puissant « Qae la raison s'épure et maîtrise nos sens. » 11 dit : Renaud s'arr4te. Armide ayec ses charmes , Ses longs cheveux épars , ses yeux noyés de larmes , Arrive; et , soit courroux, soit dépit , soit fierté , Elle se tait long-*temps. Renaud, de son côté. Jette furtivement sur Armide abattue Des regards où se peint son &me combattue.

Tel , avast que sa voix reprenne un libre essor , Un chantre harmonieux saisit sa lyre d'or :

U recorde ses tons, prélude avec adresse.

Et dispose nos cœurs à des chants de tendresse; Telle Armide , malgré son profond désespoir.

Malgré le trouble j^eux qu'elle laisse entrevoir. Ne veut point négliger l'artifice et la feinte. Quelques faible soupirs ont préparé sa plainte; Et, pour mieux d'un ingrat amollir la rigueur, Elle attache sur lai dès yeux pleins de langueur , Se recueille , et bientôt en ces termes supplie : « Perfidel ne crains pas, lorsque ton cœur m'oubli**.

il8 LA JÉaUSÀLERf DÉLIVRÉE.

tt Que d'âne j^manCe ici je reclame les dcoiM*

« Ai;mide , yt ie sa^s , t^ fut chère autrefois. ,

tt Tout est cba|!^é,pa^r jio\is : piu&^^e ^9 tf Êoblesse

tt L'importun souy;eiur e^t t'offenseet 4e )»1^^ :

ft Puisque Armide a eessié 4!^e ^)eJ,le A ie» yeu^

a £t ne te semble pl^s ^u'un obj^t pfli<^x>

« Comme ennemi du )Qoi^ écoute s^^pxj^èf^,

« Tu peux , en jn'accordai^t cette g^âce ^eip^im ,

« Me conserver (toujours ta b^dne et tes mépris.

« ^a haine!... £h bien , ^uel! je 1> Tieux . j^ squscds.

tt LivréHoi sans contraii^e à ses douceurs «funestes.:

« Elle e4 ju^ jsans doute; et moi que , tu détestes ^^

• N'ai-je pas abbona tes cbi?étiçns et>t^ Xçi?

« Que dis-)e les chrétiens? non, ba|?bare ! c'est toi

« Dont je fus seulement rimplacïabte,€|i)^inie.

« Dans celte ^^mi^^,par mqii .oultie,a&rjKiie,,

« Et reine , et mu«|il<niu^> il m*mk^ iUv^ doux

« De voir le -fîer Bienaud /expirer soas m^ -^oups.

« Je t'ai persëctt^ ». trahi , charge de .ohjuines ,

« Traîna loin des coinba^ sur o^pI^esloilUain^...

«i A ces crimes ajoute. un crime plus a^-eux ,

« Le seul dont me, punisse m gMerci^r g/^^ù;eux.

« Détours insidieux) ! , coupables arlifif^es !

Cl En effet , de^qn cœur te garder les^f^émiœs ,

« Changer ces lieux d^^ts en un s^iour.^ïhanuafit,

« Prodiguer de soi-^mâme à son perfide amant

« Ce qu'à n^llc bëros constans , dignes de plaire »

« Ou aVait ,refust^ comme un trop doux salaire,

« A tes brùlans ddsirs enfin m'abandonner ;

« Voilà tous mes forCiits! comment les pardonner?

• Si tes rseuentûoens ëg^eut ton injure,

« Je ne te ^etiem plus ; fuis, laisse-moi, parjure; « Passe les mers; cornets; par des succès nguyeanx ! « Cours effacer Tëi^at de tes premiers trayaux. « Anéantis ma loi; Êiis triompher la jtienne

• Maloi! cieli qu*ai -je dit? non,cen'estpluslamienne! « Idole de mon coeur , toi seul es sans retour

« Ma patrie et mon dieu, ma gloire et mon amour. « Enfin , tu le sais trop, sans toi je ne puis virre*

• Oh! ne m'enlève pas Tespoir où je me livre, « A la suite d'un char les captila amenés

« Accompagnent toujours des yainq[ueurs fortunés» « Les brigands derrière eui^ ne laissent point leur proie. « Souffre que sur tes pas à toute heure on me voie. « L'abaissement d'Armide, hëlas ! et^on çialheur,

• Plairont à Godefroi , que rejoint ta valeur.

« Qui nous retient? fuyons cette rive lointaine. « Parmi tant de guerriers victimes de ma haine ^ « Traîne-moi dans le deuil et la captivité ; « Us aimeront à voir cette fière beauté ,

• Cette Armide à leurs feux autrefois si rêbejile « Expier son orgueil et suivre ^un infidèle.

« Esclave dédaignée , à quoi' bon désormais

• Garder ces blonds cheveux que pour toi seid j'aimais ? *■ Que du fer à tes yeux ib subissent l'outrage ; -

« Qoe tout en moi réponde k mon humble esclavage.

• Dans l'ardeur et le choc des combats meurtriers ,

• Je porterai tes dards , conduirai tes coursiers.

« Ces mains , ces faibles mains pour seconder un maitre «Auront assez d'adresse, et de vigueur ^eut-être.

i3o LA JERUSALEM DÉLIVRÉE.

« Je serai ton appui, ton guide , ton secotira ,

• Ton écuycr Enfin, pour dëfendre tes jours,

« Rien nMpouvantera mon amoureuse audace ;

« Et si- d'un ennemi le glaive te menace ,

« Provenant tout à coup son horrible dessein ,

« Je te ferai , barbare , un retnpart de mon sein.

« Que sais-jé même ? est-il un Sarrasin farouche

« Que n'arrêtent mes cris , que ma beauté ne touche ?

«» Malheureuse ! est-ce à moi de vanter des appas

« Dont le pouvoir m'abuse et ne te flëchit pas ? »

Elle dit. Ses accens se troublent, se confondent; Ses yeux restent baisses; et des pleurs les inondent. Le héros attendri n'ose l'envisager.

D'un moment de surprise il connaît le danger; Et ses regards confus, sa pâleur, sa contrainte , Décèlent les remords dont son àme est atteinte. Mais dans son sein glace par la froide raison Si l'amour ne peut plus épancher son poison « Un sentinrent plus doux , la pitié le remplace. D'Armide qui l'implore il cause la disgrâce , Et, retenant ses pleurs toujours prêts à couler/ Renaud, l'ingrat Renaud cherche à la consoler. « Armide, lui dit-il ,' ton désespoir m'accable; tt Mais Dieu parle , et je cède à sa voix redoutable. « Hélas ! si dans ton sein je pouvais étouffer « Cette fatal ardeur que j'y vois triompher,

* Tu connaîtrais bientôt qu'une vengeance vaine « Ne sollicite point mes mépris et ma haine.

« Armide , épargne-toi des regrets superflus : « Si tu m'as offensé , je ne m'en souviens plus.

CHANT SEIZIÈME. ,3i

« Tu n'es point mon esclàye , et comment, à quel titre, « De tes nouveaux destins me rendrais*je Tarbilre ? « Ton cœur, extrême en tout, fut prompt à s'ëgarer ,

• Sans doute ; mais ces torts peuvent se réparer.

« S'il en est de plus grands dçnt tes aveux t'accusent « Ta jeunesse , ta loi , tes charmes les excusent. « N*ai-je pas à mon tour ( ô cruel souvenir ! )

• Partage les erreurs dont tu veux te punir ?

t £t puis-je encor parler de haine et de vengeance ,

« Quand moi-même aujourd'hui j'ai besoin d'indulgence ?

« Dans les prospiSritës comme dans les revers ,

t Armide et ses bienfaits me seront toujours chers.

« Sous nos saints étendards mon devoir me rappelle ;

t Mais je serai toujours ton chevalier fidèle ,

« Autant du moins , autant que me le permettront

• Et ma gloire, et le Dieu dont je venge l'affront. « Hëlas ! ce même Dieu te défend de me suivre.

« Va , d'un funeste amour que ton cœur se délivre.

« Sois heureuse , et reprends cette noble fierté

« Que t'imposent ton rang , ton sexe et ta beauté. »

Armide cependant jetait sur l'insensible Des regards allumés d'un feu sombre et tcrnble. Elle sèche ses pleurs , fait trêve à ses sanglots , £t , pâle de colère , elle éclate en ces mots : « Et la belle Sophie est ta mère!.... non, traîtres a Le Caucase neigeux ou la mer t'ont £iit naître^ ,

• Dans l'horreur des forets , sur un lit de cailloux « Abandonné, vomi par le ciel en courroux,

« Pour le malheur du moi^de une horrible tigresse f  de son lait sanglant abi'euvé ta jeunesse.

i3a l'A JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.

« Pourqaoî dissimuler? ce ffont calme et serein « A-t-îl daigna pâlir? ai-]> en ce cceur d'airain « Où ma douleur se brise , et que rien ne desarme, « Su^pris un seul regret, un soupir, une larme? • Il fuit, il m'abandonne, et se croit chevalier! « Magnanime vainqueur , il veut bien oublier « Les offenses d'Armide et les torts de son âge ! « Écoutez les leçons dVin hëros et dlin ^age t « Et Mahomet, du ciel Tapôtre et l'envoyé, « Mahomet qui Tentend, ne l'a pas foudroyé!

tt Misérable! va, fuis , je n'ai plus rien à dire; « Je te rends cette paix que ton cœur me désire , « J'en mourrai , je le sens : mais ne te flatte pai « Que ma fureur expire au jour de mon trépas* « Une torche à la main, pâle, défigurée « «' Mon ombre te suivra de serpens entourée ; « Et le jour et la nuit, pour dévorer ton sein^ « J'envertai devant moi le remords assassin.

tt Ma rage égalera l'excès de mon injure ; « Plus de repos enfin pour ton âme parjure , « Et s'il faut que les mers où tu vas t'engageir « Dans ta fuite barbare osent te protéger ; a Si les flots, les écueils, si tous les vents complices Retardent ma venges^nce et tes justes ftojf^plices; « si tu revois ce camp d'où l'on t'avait chassé, tt Dans rhorreut des combats de mille traits pôrcé, « Meurtri, couvert de sang, traîné sur la poussière, « Tu voudras , mais en vain , m'adresser ta prière. « Sans pitié comme toi , je te verrai souffiir , « Je compterai tes pleurs , je t'entendrai mourir.

CHANT SEIZIEME. i33

« C'est mon espoir!.... « Alors sa langue s'embarrasse; Une froide sueur au même instant la glace; Le front décoloré, sans yoix , sans mouyement. Elle cbancelle , et tombe aux pieds de son amant.

Armide , ouvre les yeux! regarde , infortunée, Et console un moment ta noire destinée !

Ce Renaud qui te fuit à Tinflexiblc honneur Immole en garnissant sa flamme et son bonheur. Va , les derniers adieux qu^en partant il t'adresse , Tu ne le croiras pas , sont remplis de tendresse. Qoe fera-t-il , grand Dieu ? sur ce stdrile bord Doit-il abandonner aux horreurs de son sort , Mourante et sans secours, celle qui lui fut chère? La pitié le défend. Mais la gloire sévère L'ordonne , et du héros enchaîne tous les vœux. Déjà de l'étrangère agitant les cheveux Les vents soufflent. Déjà sur la plaine liquide Cingle légèrement la nacelle rapide , Et Renaud, malgré lui , par les flots emporte, Cherche encore des yeux le bord qu'il a quitté.

Armide cependant soulève sa paupière , Rassemble ses esprits , et revoit la lumière. Quel silence profond ! autour d'elle un désert Où sa yoix gémissante et s'égare et se perd.

Long-temps elle promène une vue indécise.

Enfin se voyant seule ì et sur la roche assise : « 11 est parti! dit-elle; ô réveil odieux!] « Quoi! je n'ai point reçu ses funestes adieux! « n a pu voir Armide à ses pieds abattue , « Et ne pas différer un retard qui me tue!

i34 LA JERUSALEM DELIVREE.

« Mes jours prêts à s'éteindre imploraient son appui,

« J'expirais sous ses yeux, et le monstre il a fui!

« Il comble la mesure, 6 ciel !.... et je Tadore !

« £t mes pleurs sans vengeance ici coulent encore !

» C*est trop me consumer en des vaines douleurs;

• Pour armes contre lui n'ai-je donc que des pleurs ?

« Ah ! je le poursuivrai. Ni le ciel , ni Tabîme ,

« Ne pouiTont le cacher au courroux qui m'anime.

o A ses nouveaux destins attachons ma fureur.

« Dëjà je le saisis..... je déchire son cœur,

« Cet insensible cœur qui m'avait dédaignée.

Dans les flots de son sang que ma rage baigna

« Enfin se dësaltère, et puisse épouvanter

« Les perfides amans qui voudraient l'imiter!

e L'infidèle m'apprit à devenir barbare.

« Malheureuse ! reviens du trouble qui t'égare. "

V II fallait le punir quand , loin de tous les yeux §

« Enseveli vivant dans ces sauvages lieux ,

tt L'ingrat à tes fureurs se livrait sans défense.

« Que peux-tu maintenant pour venger ton offense f

« Ce que tu peux ! en vain pour la première foi»

« Mon art impérieux se refuse à ma voix.

« Je hais; je suis Armide , et ma beauté me reste.

• Oui , tu peux me servir , ô beauté trop funeste î

tt C'est toi qu'on raiéprisa , c'est à toi dé laver

« L'irréparable affront que tu viens d'éprouver.

« Rivaux infortunés , Armide .vous appelle !

« Si le péril est grand , la récompense est ,belle ,

« Vengez-môi ! Parmi vous est-il quelque guerrier

« Qui, plongeait dans son cœur un homicide acier.

CHANT SEIZIEME. i35

< Du traître à mer genoux veuille apporter la tête ? « Ma coaronAe l'attend ; ma main est d^jà prête. « Mais si dans mon malheur je ne puis mëriter « Qu'au prix de tout son sang on ose m'acheter , « Si rien avec mon cœur n'agit d'intelligence , «Quim'arréte? mourons... Ciel? qu'ai-jedit? Vengeance f « Toi qu'implorent mes vœux rejetés par Tamour, « Ânàuitis le traître , et je souffire le jour. »

Armide cependant s'éloigne du rivage , Les cheveux hérissés, et les yeux pleins de rage» Elle rentre au palais , où ses cris redoutés Conjurent de l'enfer ie$ trois cents déités.

Le jour pâlit, les vents, précurseurs des orages, Grondent dans les forêts et les antres sauvages ; Déjà le ciel vomit de bleuâtres éclairs ; Mille foudres rivaux se croitent dans les airs ; Des spectres menaçans , ^9 monstres fantastique» Assiègent le palais , inondent ses portiques : Oo entend dans la nuit leur formidable voix SifQer , fi-émir , hurler et rugir à la fois. La tempête redouble. Une ardente rostre Pleut et roule en torrens sur la plaine embrasée. Le palaia, ébvanlé jusqu'en aes fondemeiis.

Semble pousser au loin de longs gémissemens , Et, battu par les vents , Tenfor et le, tonnerre * De ses pompeux débris partout jonche la terre , Plus de rians bosquets , plus de jeuoes beautés, ,

^ttes , sources , vaUons , berceaux , bois enchantés , fout disparaît....: Le ciel, qui déjà se colore, Hecommencc k vener on jour. d^mteux encore;

i36 LA JERUSALEM DÉLIVRÉE.

Et comme un songe heureux qu'enfante le sommefl, S'enf\iit et s*évapore à l'instant du réveil ; On comme ces vapeurs dont les airs s'obscurcissent , Au souffle du matin bientôt s'ërahouissent :

Ainsi de ces beaux lieux le charme foudroya S'ëclipse pour jamais ; partout l'œil effirayë Cherche en vain le palais , et ne trouve à s9 place Qu'une muette horreur et des rochers de glace.

Armide sur son char déjà tout prépare S'élère , et disparaît dans un ciel azuré.

Au sein des' tourbillons et des fiottans nuages , - Elle voit sous ses pieds les mers et leurs rivages , Les colonnes d'Alcide, et vingt climats divers Qu'ignore la moitié de ce vaste univers.

Son vol enfin s'arrête aux plaines de Syrie.

Ce n'est point à Damas , éon heureuse patrie , Lieux si chers autrefois , qu'elle veut désormais Sans gloire et sans vengeance hdnter un palais. Furieuse , et dans l'air poursuivant son voyage'. Elle pousse son char vers la stérile plage Où son château s'assied sur un lac croupissant. Après nn long circuit , c'est là qu'elle descend , Et que , loin de sa cour , dans un profond silence , Entre mille desseins eUe hésite et balance. Enfin de sa colère exhalant les transports :

« Oui i le ciel me l'inspire ! oui, j'irai sur ces bords « Que le roi de Memphis a couverts de ses armes. « Là , de mon art fatal épuisant tous les charmes , « Le carquois sur l'épaule , et le glaive à la main, « Je suivrai des combats le périlleux chemin.

CHANT SEIZIEME. iS^

« Là , pour mieux accabler rinsolent qnî me brave ,

« Des plus yaiUans guerriers je me ferai l'esclave;

« £t , foulant à mes pieds un Tain reste d'honneur ,

« Je soufflerai partout ma haine et ma fureur.

• Ah! ne m'accuse point, 6 monarque perfide !

« Hidraot» je te dois ce transport homicide.

« Hâas! si, de mon sexe abjurant tous les droits,

« De l'austère pudeur je méconnais la voix ;

« Si je deviens errante , inhumaine , implacable ,

« Ta Tas voulu ; c'est toi dont l'adresse coupable ,

« Aux ruses , aux complots destinant ma beauté,

« Me ravis le bonheur que j'aurais mërit<^;

« Et lorsque j'ose tout pour laver mon outrage ,

« Dans mes crimes nouveaux reconnais ton ouvrage. >>

Autour d'eUe à ces mots appelant ses guerriers j

Les femmes de sa pour , ses nombreux ëcuyers ,

Avec tout l'appareil qu'exigent sa puissance ,

L'ëclat de sa fortune et sa haute naissance ,

Elle part , elle vole , et n'arrête ses pas

Qu'aux bords où le calife assemble ses soldats.

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