‹ La Jérusalem délivréeChapitre 3 sur 19 · JULES JANIN · texte numérisé non relu

JULES JANIN

HIlilM I. I.nilll. Nil'.i IIWI l.\ i ROISADE.

L'ange Gabriel, messager de Dieu, se rend à Tortosc. — Godefroi de Bouillon est nommé général de l'armée. — L'armée, après avoir défilé devant son chef. se met en marche. — Saladin fortifie Jérusalem.

e chante les pieux combats et le guerrier qui délivra le tombeau de Jésus-Christ. De nombreux exploits signalèrent sa prudence et sa valeur, des travaux nombreux éprouvèrent sa patience dans cette glorieuse conquête. En vain l'Enfer se souleva contre lui ; en vain s'armèrent contre lui les peuples réunis de l'Asie et de l'Afrique : le Ciel protégea ses 'efforts, et il ramena sous les saints étendards ses compagnons errants.

0 Muse! ô toi qui ne ceins point ta tète d'un périssable laurier cueilli sur l'Hélicon ; toi qui habites dans l'Olympe, au milieu des célestes chœurs ; toi dont le front est couronné d'étoiles immortelles, ô Muse ! allume dans mon sein une ardeur divine, enflamme mes

■> l.\ .1 il; 1 SALEM DÉLH RÉE.

chants; pard ■• si j'orne la vérité de fleurs, el si je répands sur

mes vers d'autres charmes encore que les tiens!

lu mû que rhorame courl s'enivrer des mensonges du Parnasse; m Bais que la vérité, parée des gi tces de la poésie, entraine el subjugue les cœurs les plus rebelles. Ainsi nous présentons à un en fan I malade les bords d'un vase abreuv.és d'une «Innée liqueur : heureusement trompé, il l>"ii (\r> sucs amers, et «luit la \'w à son erreur.

0 magnanime Alphonse, ô mon asile et mon port I toi qui sauvas des injures «le la fortune et <\<^ écueils d'une mer en furie ma barque errante el à demi brisée, daigne sourire à des vers qu'au milieu de mon naufrage je li- vœu de te consacrer. Peut-être un jour viendra que ma

se, qui présage tes destins, osera chanter tes exploits; et en les

chantant elle ne fera que répéter ceux qu'elle va décrire.

(lui, si jamais les Chrétiens sont réunis par les nœuds de la paix; si jamais ils B'arment pour arracher une seconde fois au Qer Musulman la glorieuse proie que ravil son injustice : oui, ce sera toi qui commanderas leurs armées ou guideras leurs pavillons, lunule de Godefroi, daigne écouter mes chants, et prépare-toi aux combats.

Déjà le soleil avait cinq lois parcouru son oblique carrière, depuis que l'ardeur d'un saint zèle avait entraîné les Chrétiens dans l'Orient. Vicée avait cédé à leur audace : la puissante Antiocbe, surprise par leur adresse, avait été défendue par leur valeur contre toutes les forces île la Perse. Maîtres «le Tortose, l'hiver suspendait leurs efforts, et ils attendaient le retour <lu printemps.

Déjà ««'tic saison qui enchaîne l'activité des guerriers touchai! à sa

lui, quand «lu baul «le son troue. Je ce trône «|in s'élève autant au-

dessusdela sphère étoilée que les étoiles s'élèvent au-dessus «les enfers, (Eternel abaissa ses yeux sur la terre; en un seul instant, un seul '!■■ tes regards embrasse l'univers cl tous les êtres qu'il renferma.

"oui est présent à sa vue; mais surtout elle se fixe sur la Syrie el »ur lea princes chrétiens. De ce coup d'œil qui pénètre le- cœurs el 'I111 •'" éclaire les replis les plus tortueux, il voit Godefroi enflammé «lu "'ll' '•' pbis pur. Ce guerrier plein «le loi brûle d'affranchir Solirae du joug «le l'impie. La gloire, les empires, les richesses, tout est \il à ses yeux.

I. aiiil.itieux Baudoin n'aspire qu'aux grandeurs humaines dont il est

CHANT PREMIKH. ô

occupé tout entier. Tancrède, eu proie à un amour funeste qui l'agite et le dévore, dédaigne la vie. Boémond jette dans Antioche les fondements de son nouvel empire, établit des lois, crée les arts, et donne à ses sujets un culte pur et des vertus.

Profondément absorbé dans ces grands desseins, il ne parait plus connaître d'autre gloire, ni d'autres exploits. L'âme impétueuse de Renaud appelle la guerre, et s'indigne contre le repos. Ce ne sont point des trésors, ce n'est point un empire qui flatte ses veux: il ne brûle que pour l'honneur: mais il brûle d'une ardeur immodérée. Son oreille attentive s'enivre des récits de Guelfe, son oncle, et son creur s'enflamme à l'éclat des exploits qu'il lui raconte.

Après avoir sondé l'unie de ces guerriers et des autres princes chrétiens, le Roi du inonde appelle Gabriel, qui tient le second rang parmi les ministres de ses volontés. Gabriel, interprète lid.' ie entre Dieu et les justes, messager toujours agréable, porte sur la terre les décrets du ciel, et reporte au ciel les vœux et les prières des mortels.

« Va trouver Godefroi. Dis-lui de ma part : Pourquoi cette inaction? Pourquoi Solime opprimée attend-elle encore ses libérateurs? Qu'il assemble les chefs, qu'il hâte leur lenteur. 11 sera leur général et leur guide. Je le choisis, et ils le choisiront: aujourd'hui ses égaux, et bientôt les exécuteurs de ses ordres. »

Dieu dit, et le fidèle Gabriel a déjà revêtu d'une forme aérienne son invisible substance. 11 a pris une figure humaine: mais une majesté céleste brille dans ses regards. Il est dans cet âge qui sépare la jeunesse de l'enfance. Des rayons éclatants ornent sa blonde chevelure.

Des ailes agiles, infatigables, sont attachées à ses épaules: elles sont blanches, et les extrémités en sont d'or. A l'aide de ces ailes il fend les vents et les nues, il plane sur la terre et sur les mers. Déjà il a franchi les célestes barrières et les limites de monde. Ses ailes balancées arrêtent un moment son vol au-dessus du Liban.

Enfin il se précipite vers les plaines de ïortose. Le soleil entr'ouvrait les portes de l'Orient ; plus de la moitié de son disque paraissait encore plongée dans les eaux. Déjà Godefroi offrait à Dieu son hommage accoutumé, lorsque, s'avançant à l'égal du soleil, mais plus brillant que lui, l'ange se présente à sa vue.

« Godefroi, voici la saison des combats; pourquoi diffères tu d'affranchir Solime? Assemble les chefs de Tarmée, gourmande leur pa-

| l.\ .1 Kl; I SALI M UÉL1\ lil I .

Dieu L'a choisi pour les i ommander : ils L'obéironl d'eux-mêmes. <;', .-i Dieu qui m'envoie; c'est sa volonté que je te révèle. QueJk

il doil l'inspirer! quel zèle <lnii enflammer ton ameel se communiquer •< Ion .unir, .. Il .lit. et il est tlrjà dans le ciel* A ce discours, bit, Godefroi, les yeui éblouis, reste înterdil et étonné.

Mais enfin, sorti de son trouble, il songe el aux ordres qu'il .1 re< us, bI 11 Dieu <|in Irv du donne, «•! au ministre qui les lui annonce. Son

* le se ranime e re il brûle «!<• terminer une entreprise <l<>ni il est

devenu le chef. Ce n'esl poinl l'orgueil d'un vain titre «pu enflamme son couragi m.ii~ ~.i volonté s'allume dans la volonté du Ciel, comme l'étincelle dans un grand feu.

Il invite ses compagi a épara .1 se raaaemblei • les lettres, les couj

riers volent de tout | uijours au conseil il unit la prière, foulo

qui peut ébranler, émouvoir une àme généreuse, tout ce qui peut réveiller la valeur assoupie, il le trouve dans son àme; et les ressorts puissants qu'il emploie entraînent et séduisent tous les cœurs.

Les chefs accourent ; les autres les suivent. Boémond seul reste dans ses Etats. Une partie est dans les murs de Tortose, d'autres campent dans les plaines qui l'environnent. Enfin, au jour marqué, tous les guerriers se réunissent et forment un conseil auguste et solennel. Godefroi est au milieu d'eux ; la majesté brille sur son front; une noble éloquence éclate dans ses discours.

« Guerriers armés pour venger la querelle du Ciel, vous qu'un Dieu choisit pour relever son culte et ses autels ; vous que guida son bras au milieu des armes, à travers les dangers de la terre et les écueils de la mer; vous qui avez soumis à sa loi tant de provinces rebelles; vous qui, parmi les nations vaincues et domptées, avez déployé ses enseignes victorieuses et fait triompher son nom !

« Ce n'est point sans doute l'amour d'une vaine renommée qui nous a fait abandonner nos femmes, nos enfants, notre patrie; ce n'est point pour commander à des peuples barbares que nous avons bravé une mer infidèle et les basards d'une guerre lointaine : une gloire si commune, de si viles complètes ne sont point le prix du sang que nous avons versé.

« Arborer nos étendards sur les murs de la cité sainte, arracher des Chrétiens au joug d'une servitude qui les avilit et les accable, fonder dans la Palestine un nouveau royaume, donner à la piété un asile assuré, rompre la barrière qui fermait à ses hommages et a ses vœux l'accès du saint tombeau, tels furent les objets de notre illustre entreprise.

« Nous avons affronté mille dangers, nous avons soutenu les travaux, les plus rigoureux; mais nous aurons peu fait pour notre gloire, et rien encore pour nos desseins, si l'effort de nos armes s'arrête ici ou se dirige sur d'autres lieux.

« Que nous sert d'avoir entraîné toute l'Europe au fond de l'Asie, d'avoir porté la flamme dans ces vastes contrées, si tant de mouvements finissent par bouleverser des empires, et n'en élèvent point d'autres?

« 11 n'élève point des empires, celui qui veut, les poser sur de terrestres fondements. Entouré d'étrangers, d'infidèles, de païens,

au milieu de Grecs jaloux et perfides, loin des secours de l'Occident, il verra s'écrouler son fragile édifice; et, accablé sous ses ruines et ses débris, il n'aura l'ait que creuser son tombeau.

« Les Turcs vaincus, les Persans défaits, Antioclie soumise ; noms fameux, nobles el brillants exploits! mais ces exploits ne sont pas les nôtres. Ils lurent un bienfait du Ciel et l'œuvre de sa puissance. Si ses grâces ne sont dans nos mains que des instruments de révolte, si nous ne nous en servons que pour combattre ses desseins, je crains qu'il ne les retire, et que le bruyant éclat de nos victoires ne devienne la fable des nations.

'( Loin, ah! loin de nous un si coupable usage de la faveur céleste î Marchons d'un pas toujours égal, et couronnons par une illustre fin la grandeur de notre entreprise. Les passages sont libres, les chemins sont ouverts, la saison seconde nos projets : courons, volons vers ces murs où le Ciel a marqué le terme de nos exploits. Qui nous arrête encore?

« Oui, princes, je vous l'annonce, et mes présages sont infaillibles; j'en atteste l'univers, j'en atteste les siècles à venir, j'en atteste les célestes puissances qui m'entendent : oui, les temps sont arrivés, et tout est unir pour le succès de nos armes. Si nous tardons encore, le moment nous échappe, et bientôt notre victoire s'évanouit. Je vois déjà l'Egypte voler au secours de la Palestine et triompher de nos lenteurs. »

Il dit : à son discours succède un doux murmure. Après lui Pierre se lève; simple solitaire, Pierre était assis au milieu des princes, t't de ses conseils il servait une entreprise dont il fut le premier moteur. « Ce que Godefroi vous invite à faire, moi je vous le conseille. Il n'y a plus à balancer. La vérité vous a été démontrée; vous la sentez, vous en êtes convaincus ; je n'ai qu'un mot avons ajouter.

« Quand je me rappelle ces discordes malheureuses, sources de tant d affronts que vous avez reçus, ces divisions qui ont arrêté ou suspendu \..- succès, ces lenteurs éternelles, j'en trouve l'origine dans le funeste el trop long partage d'une autorité qu'anéantit l'équilibre «les opinions.

« Il nul nu maître unique don! la sagesse distribue les récompenses et la peines : où le pouvoir est divisé, là le gouvernement Hotte incertain, >aiis principes et sans règles. Ah ! réunissez en un seul corps

dos membres qui ne tendent qu'à se rapprocher. Mettez dans la main d'un chef des ressorts qui conduisent et un frein qui arrête : armé «In sceptre et <ln pouvoir, qu'il ait et les droits et la majesté d'un souverain. »

Ainsi parla le vieillard. 0 Dieu, ton souffle pénètre tontes les pensées el embrase tons les cœurs : c'est toi qui inspiras le solitaire: c'est toi qui imprimas ses paroles dans l'âme de tons les chefs : tu étouffas en eux le sentiment de l'indépendance et cet orgueil si naturel de commander ,m\ autres. Guillaume et Guelfe, les premiers,

«lu 'nt à Godefroi le titre de général, auquel ils avaient le plus de

droits de prétendre. »

Tous les autres applaudissent. « Qu'il soit, disent-ils, rume de nos entreprises; qu'il nous commande, qu'il impose des loi > aui vaincus; qu'arbitre de tout, il donne ou la guerre ou la p..i\ : que ses égaux obéissenl à ses ordres, el ne soi( al plus que les ministres de ses volontés. » Aussitôt la Renommée vole el porte partout la nouvelle de cet

illustre choix.

Godefroi se montre aux soldais ; il parait à i«mi> digne du haut rang où le Ciel l'a placé. D'un front serein, d'un regard tranquille et modeste il

reçoit leurs hommages, il entend leurs applaudissements, il répond

aux témoignages de leur amour el aux protestations de leur obéissance : ensuite il ordonne que , le lendemain , tous dans une vaste plaine se rassemblent en ordre de bataille.

Le soleil |4i- serein et plus lumineux réparait à l'orient : aux premiers taxons du jour qu'il ramène, les drapeaux flottent dans les airs, et tous les guerriers s'avancent couverts de leurs arme- les plus brillantes. Ils se rangent dans une vaste prairie. Bouillon parait •. infanterie, cavalerie, tout défile sous ses yeux attentifs à les distinguer.

0 toi qui dissipes la nuit des ans et de l'oubli, loi qui conserves dans un dépôt fidèle les événements passés, Mémoire, redis-moi les noms des guerriers et le nombre de leurs soldats I Que leur antique renommée, perdue dans le sileme. obscurcie par les années, revive et reprenne dans mes vers son premier éclat. Donne à ma langue desons que tous les siècles entendent, et qui retentissent encore au delà dès temps.

Les premiers qui s'avancent sont les Français, troupe d'élite formée dans l'Ile-de-France, dans ce pays riche et fertile que quatre fleuves

8 I A IÉBUSALEN DÉLIVRÉE.

ut ; Bagues, le frère de leur roi, les avait commandés; mais - n'était phu, et les fleuri de lis flottaient alors bous tes ordres de Qotaire. Ce guerrier porte le aom des i"i- ; sa vskur et ses <\ ploits l<- rendent digne de i e rang.

Di sont .m nombre de mille cavaliers : mille antres les suivent; ils ont même discipline, même caractère, mêmes armes el mêmes traits la Ni dstrie leur [donna naissance. Hébert est leur Bouverain et leur chef. \ pi . - eu déploient leurs enseignes Guillaume et Adhémar, tous deux princes, el pasteurs des peuples tous deux.

L'un et l'autre étaient sortis « 1 « - t'ombre <!<■- autels; un casque presse l»-ur longue chevelure, el leurs mains, consacrées ;'« un ministère de paix, manient des armes cruelles. Sous le premier marchent quatre cents guerriers qu'Orange ;i nourris; le second en commande quatre cents autres, non moins courageux, auxquels la ville «lu Puy donna !<■ jour,

Baudouin parait iprè eux, et conduit douze cents Boulonnais : une partie avait suivi sei drapeaui Godefroi, Bon frêne, lui a confié les autres, depuis qu'il commande à tous !• - i hefs. On héros intrépide à la guerre el prudent au conseil, le comte de Chartres, guide après lui quatre cents guei i iers.

Guelfe marche sur ses pas, Guelfe que son mérite élève à la hauteur fortune : Italien d'origine, il compte dans la maison d'Esté une

longue suite d'aïeux : mais l'Allemagne lui donna un suri i <'t des

l.i its, el il soutient la -Inné des Guelfes qui l'ont adoptéj La Carinthie reconnaît ses lois, et il commande aux régions que les Rhétiens el les Suève pèrent jadis entre l«- Danube el le Rhin.

Cet héritage de sa mère lin agrandi pai Bes conquêtes. Ses soldats

vn||i sfl 1er la mort par Bes ordres avides de périls, ils aiment,

dans la paix, les festins et les jeux, et il- tempèrent par une douce chaleur le froid de leurs climats. Cinq mille avaient suivi bs (bruine mais '• »ei du Perse en a deji ûssonné plus des deux tiers.

I itl ensuite l'élite de ce peuple que pressent de tous côtés la France, l'AJIemagneel la mer, et dont les fertiles sillons h les patu- Bontarroaéa, et souvent inondés, pa'r la Meuse el peu te Rhin. I ne blonde « hevelure ajoute encore à la blancheur de leui teint. Parmi eux -«'ni ,|,.. insulaires ai - outumés i braver l'Océan qui les environne; il- I arrêtent pai des digues profondes : mais souvent l'Océan brise ces

barrières, et engloutit à la fois leurs vaisseaux, leurs trésors et leurs cités.

Ils composent ensemble mille guerriers, et marchent tous sous les ordres d'un autre Robert. Après eux vient l'escadron plus nombreux des ] Anglais. Guillaume, le second fds de leur roi, les commande. Les Anglais excellent à lancer des traits.

Avec eux est un peuple plus voisin du pôle; sauvages habitants des forêts, leur patrie est l'Irlande, qui touche aux dernières limites du monde.

Tancrèdc vient ensuite : Tancrède, le plus brave, le plus généreux,

Ki LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.

te j»ln> intrépide, l«- plus beau de tous ces guerriers, -i Renaud n'était pas avec eux. Une ombre légère se mêle à tant d'éclat; c'est un Funeste amour, un amour né d'un coup d'œil au milieu des combats, <|ui vil dans les chagrins et se nourrit d'amertumes.

<>n dit que ce jour que rendit à jamais célèbre la défaite des Perses par les Chrétiens, Tancrède, victorieux, lassé de poursuivre des ennemis qui fuyaient devant lui, chercha enfin un :i-il<- où il |»ùi reposeï ses membres fatigués et éteindre une ><»il' brûlante. Il entre dans un sombre bocage où coulait une claire fontaine entourée de bî< ges de M'ii gazon.

Soudain une fille paraît ;'i si vue; l'armure qui la couvre ne laisse voir que >;i tête : c'était une Persane, une jeune guerrière, qui était venue dans eel asile chercher aussi l'ombre et le repos, (ancrèdela voit, il l,i Mut et l'admire; il est enflammé, il brûle pour elle. <!h

amour, qui ue fait que de naître, déjà règge en tyran dans son cœur.

A la vue du guerrier, elle remet son casque , et elle fondait sur lui, si une troupe de Chrétiens n'était survenue. Cette lière beauté cède au nombre qui la menace; elle part : niais Tancrède vaincu conserve son image, elle vit dans son cœur; toujours plein de son idée, tout lui retrace et ses traits, cl son attitude, et les lieux où il l'a vue, aliments éternels de la flamme qui le consume.

Le cœur gros de soupirs, les yeux mouillés de larmes, il marche la tête baissée, et fait lire dans son maintien son amour et son désespoir. Huit cents cavaliers sont sous ses ordres. Us ont abandonné pour le suivre les coteaux fortunés de la Toscane et les plaines fertiles de la Campanie, pays charmant où la nature étale sa pompe et ses richesses.

Deux cents Grecs viennent ensuite; ils ne sont point couverts de fer : des cimeterres pendent à leur côté : un arc et de- flèches résonnent sur leurs épaules. Leurs coursiers agiles, infatigables, ne connaissent presque ni repos ni nourriture; prompts à l'attaque, prompts à la retraite, errants et dispersés, leur fuite est encore un combat.

Tatin est à leur tète; Tatin, le seul des princes grecs qui osa s'asso • cier à la fortune Avs Latins. 0 crime! 6 honte! malheureuse Grèce, tu demeuras tranquille spectatrice d'une guerre qui se faisait sur tes frontières; ta faible politique attendait les événements pour se décider : vile esclave aujourd'hui, gémis sous le poids de ta chaîne, mais n'accuse point l'injustice du sort qui t'accable : il était dû à ta lâcheté.

Aux derniers rangs parut une trempe que l'honneur, le courage et les talents devaient placer avant toutes les autres. Ce sont ces foudres de la guerre, la terreur de l'Asie, héros invincibles connus sous le nom d'Aventuriers. Fabuleux Argonautes, chevaliers (niants plus fabuleux encore, vos exploits si vantés disparaissent devant ceux de ces guerriers. Mais qui sera digne de les commander?

Dudon les guide; sa verte vieillesse conserve toute la force de l'âge mûr : sa vigueur éclate encore sous ses cheveux blancs,' d'honorables blessures conservent la trace de ses exploits. Si le droit de commander eût été le prix de la naissance et de la valeur, tous y auraient prétendu; mais tous s'accordent à choisir pour leur chef celui qui avait rendu le plus de combats et acquis le plus d'expérience.

Eustache parait avec éclat dans cette troupe: Eustache, illustre par lui-même, plus illustre encore par Bouillon son frère. On y voit der-

i2 là Jérusalem délivrée.

nanti : ce fils du roi de Norvège vante et ses titres, et les couronnes, et les sceptres qui l'attendent. Roger de Beraaville et Enguerranu* y soutiennent leur antique gloire, (ienton, Raimbaud, deux Gérard y brillent par leur courage et par leur audace.

On v remarque Ubalde et Raseinond, héritier du duché de Lancastre. FierObizon, héros de la Toscane, et vous, Achille, Sforce, Falamède, ton- trois frères, tous trois L'honneur de la Lombardie, vos noms appartiennent à l'univers et il< surnageront sur l'abîme de l'oubli : et le tien aussi, généreux Othon, loi dont le bras conquit ce laineux bouclier sur lequel était peinl un entant tout nu sortant de la gueule d'un serpent.

Je n'oublierai point Gaston, Rodolphe, ni l'un et L'autre Gui, tous deux célèbres par leurs exploits. Evrard ni Garnier ne demeureront point ensevelis dan- la nuit d'un injurieux silence. Où m'entrainez-

vous encore, Gildippe, Odoard? Fidèles amants, tendres époux, toujours inséparable-. vous vous suivez jusque dans les combats, et vos noms seront encore uni- dans mes vers.

Que n'apprend-on pas. Amour, sous ton empire! D'une faible amante tu li- une intrépide guerrière. Gildippe, attachée aux pas de -on époux, combat a ses côtés. Leurs jour- n'ont qu'une même trame: il n'est point de douleur, point de blessure qui ne 3e répète de l'un à l'autre. Le coup qui atteint ramant frappe l'amante, et la vie de l'un s'écoule par la blessure de l'autre.

Mai- Renaud, un entant, efface tous les héros chrétiens. Sur son front majestueux éclate, une douce fierté. Ton- les regards sont lixésur lui. Ses exploits ont devancé l'êge et surpassé les espérances; les

premiers jours de son printemps donnent de- fruits que d'autres ne

cueillent que dan- leur automne. Couvert de son armure, la foudre à la main, c'est Le dieu des combats : -'il ôte son casque, c'est l'Amour.

Sophie, la belle Sophie lui donna Le jour sur les rives de l'Adige; et Berthold, le puissant Berthold e-t son père. Il était encore au berceau quand Mathilde l'adopta : élevé sous ses veux, il apprit tout ce qu'on enseigne aux enfants des rois, et il demeura toujours près d'elle jusqu'au moment où la trompette guerrière retentit du côté de l'Orient et enflamma Bon jeune courage.

Alors, il n'avait pa- encore trois lustres accomplis, seul il se dérobe aux mains qui l'ont nourri et parcourt i\vs routes inconnues : il tra-

verse la nier Egée, il franchit les rivages tic la Grèce cl vient dans des contrées lointaines se joindre aux Chrétiens. Fuite héroïque et digne de trouver un imitateur dans quelqu'un de ses illustres neveux. 11 \ a déjà trois ans qu'il combat, et à peine un léger duvet ombrage son menton.

Aux cavaliers succède l'infanterie : Raimond commande la première bande: Toulouse obéit à ses lois. Du pied des Pyrénées, des bords de la Garonne et de L'Océan, quatre mille guerriers ont suivi ses pas; tous bien armés, tous formés à une discipline sévère, intrépides dans les dangers, endurcis aux travaux, braves soldats, ils ne peuvent avoir un capitaine plus brave ni plus expérimenté.

Etienne d'Amboise en conduit cinq mille que Tours et Blois ont vus naître. Quoique tout couverts d'un acier brillant, leurs corps sans vigueur cèdent aux premières fatigues. Nés sous un climat riant et vo-

! | LA iUil MU. M l)KU\ lll.l..

luptueux, ils en ont la mollesse et la langueur. Il- estai impétueux au premier choc, mais bientôt leur ardeur s'affaiblit et B'éteint.

\|. i-i« rient ensuite, !<• regai d menaçant, la démarche litière; i<-l m vit i langues -""v les murs de Thèbes. Six mille Belvétiens Bont descendis arec lui <lu sommet des Alpes i e peuple audacieux et Ger .1 donné des Formes nouvelles et un plus noble emploi au fer qui traçait des sillons et déchirait le Bein de la terre. D'une main accoutumée à conduire de vils troupeaux il va défier !<•- rois.

\ h tête de la dernière troupe flotte l'étendard où Boni peintes la tiare et les clefs. Sous le brave Camille marchent sept mille soldats 1 ouverts d'armes éclatantes. Camille, fier de l'honneur de les commander, as Datte il«' faire revivre la gloire de ses aïeux, et de montrera l'univers que rien ne manque à la valeur romaine, ou que la discipline seule lui manque.

Godefroi, satisfait, appelle les chefs et leur découvre le secret * I « ses projets : " Demain, leur dit-il, aux premiers rayons du jour, que l'armée B'ébranle H que la cité sainte soil investie avant que l'ennemi nous ittende. Allez, généreux guerriers, courez aui combats, ou plutôt .1 la victoire. » A ce discours hardi d'un héros plein « 1 « - - ig< ssi . toul gîte, tous les courages s'enflamment, et leurs vœux impatients hâtent le retour de ramure.

1 1 pendanl l« vigilant Bouillon n'est pas sans crainte, mais il la cache au fond de son cœur. Des a\i> trop certains lui ont appris que I Egyptien marche vers Gaza, H qu'avec des forces redoutables il menace d'entrer dans la Svrie. Il connaît ce prince audacieux. Nourri dans les combats, il m- peut croire qu'il languisse aujourd'hui dans une molle oisiveté. h"|i sur de trouver en lui un ennemi opiniâtre, il parle ainsi 1 II m 1. son messager fidèli

■• Monte -m une barque légère et pas» en Gréa une main qui ne m'a jamais trompé m'écril qu'un jeune héros, un rejeton <l<- rois, N arrive pour - .1— "« i< 1 à nos armes: c'est le prince des Danois 'I amène .1 -.1 suite des peuples qui habitent les climaU glacés de I Ourse.

Peu! être le Gre< artificieux et fourbe tentera de le faire retourner -m set pas, ou de portei ses efforts • 1 son audace dans des contn i>luignées de nous. I>>i. ministre fidèle de mes volontés, loi, l'organe de 1 1 vérité, fixi ce prince au parti que lui dictent son intérêt et le nôtre. Dis lui de ma pari qu'il vienne, que tout délai flétrirait -.1 .1

« N'accompagne point ses pas : demeure auprès du monarque des Grecs pour hâter ce secours tant promis, ce secours que doivent nous garantir les traités. »

Munifde ces instructions et desjettres du héros, Henri part. Bouillon, plus calme, commence à goûter le repos.

L'Aurore ouvre au Soleil les portes de l'Orient : on entend tout à coup le son des tambours et les éclats de la trompette guerrière : tout s'émeut, tout s'ébranle. Le tonnerre, qui promet une pluie bienfaisante à la terre altérée, n'est point aussi agréable aux mortels que le fut à ces guerriers avides de combats le son des instruments belliqueux.

Dans l'ardeur qui les presse, tous s'assemblent, tous vont se ranger sous leurs chefs. Déjà l'armée est en ordre; les enseignes se déploient, et au milieu d'elles flotte triomphante l'enseigne de la croix, le gage de la victoire.

Le soleil a déjà mesuré une partie de sa carrière ; ses rayons frappent les armes des soldats et en font jaillir des étincelles qui éblouissent au loin. L'air est tout en feu. Le choc des armes et le hennissement des chevaux retentissent dans la plaine.

Parles ordres du général, dont la sagesse a tout prévu, des cavaliers

10 l.\ il l;i SALI M Dl LIVRI l m sont répandus dans la campagne 1 1 vonl n c laître le pays: des pionniers aplanissent la route, comblenl les fossés et ouvrent les past

M n'es! m force ennemie, ni rempart, ni torrent, ni forêt, qui puis-

.,.,,1 .«i i .1.1 l, i impétueuse des Chrétiens. Tel nn \<»il l<- roi <!«'>

neuves, brsqw - nde en courroux s'enfle el s'élève, franchir ses

MV, g 1 1 portei le ravage dans la plaine : il n'est plus de digue, plus de barrière qui s'opi >n dél lement.

I ,. roi de Tripoli avail seul des murs, des troupes, des Lrésors el des armes seul il pouvail leur présenter des obstacles; maie il n'ose afrronler la tempête : renfermé dans ses murailles^il offre*des présents ,i demande la i"i\. Arbitre de tout, au milieu de ses États, Godefroi lui donne des lois el reçoit ses nommas

l>n sommel du Séir, de cette montagne qui, du côté de l'orient, do mine la cité sainte, descendit dans h plaine une multitude de Chré-

tiens ; hommes, femmes, enfants, ils apportent des dons aux vainqueurs. Ils contemplent avec joie leurs libérateurs et leurs frères; ils admirent des armes inconnues; guides lidèles et sûrs, ils dirigent la marche de Godefroi.

Jamais il ne perd de vue le rivage de la mer. Il sait qu'une flotte amie en côtoie les bords et lui assure l'abondance et des secours Au moyen de cette flotte, c'est pour lui seul que les moissons jaunissent dans les îles de la Grèce ; c'est pour lui seul que Chio et la Crète voient mûrir leurs raisins.

La mer gémit au loin sous le poids des vaisseaux ; l'onde écume sous la rame des barques légères. La Méditerranée n'oflre plus d'asile au Sarrasin : il ne trouve partout que l'esclavage ou la mort. Venise, Gênes, la France, l'Angleterre, la Hollande et la Sicile ont couvert les ondes de leurs pavillons.

Un même esprit lait mouvoir toutes ces flottes, un même nœud les enchaîne au succès de la grande entreprise. Elles portent à l'armée des provisions qu'elles ont prises sur différents rivages. Cependant Godefroi a franchi les frontières de l'infidèle, et d'une course rapide il avance vers les lieux qu'arrosa le sang d'un Dieu.

Mais la messagère indifférente du mensonge et de la vérité, la Renommée, a répandu que les Chrétiens victorieux se sont rassemblés, que déjà ils sont en marche, et que rien ne les arrête. Elle détaille leurs forces, elle nomme les guerriers les plus distingués, elle raconte leurs exploits, et sa voix menaçante présage à l'usurpateur de Sion les plus sinistres destins.

La crainte du mal, plus cruelle (pie le mal même, s'empare de tous les cœurs. L'oreille avide, inquiète, recueille les bruits les plus incertains, les rumeurs les plus frivoles, et porte le trouble dans les âmes Un murmure confus se répand dans la ville, dans les champs, et revient plus terrible augmenter les douleurs et les alarmes.

Cependant le tyran, à l'approche des périls qui menacent sa vieillesse, roule dans son cœur agité les projets les plus barbares. Aladin est son nom : nouvellement assis sur un trône usurpé, il y vit entouré de craintes et de soucis. Il est né cruel; mais l'âge gavait adouci son farouche caractère. A la vue des Latins qui vont l'attaquer, de nouveaux soupçons ajoutent à ses vieilles inquiétudes ; il craint les ennemis ; il

redoute ses sujets.

is |.\ il |;l SALI M M l.l\ RÉE

L)iin> une même vill< habitent confondus deux peuples divisés pai leur croyance : le moins nombreux el le plus Faible < -i soumis à Jésus-ChrisI i'autn esl sectateur de Mahomet. Quand Aladin, maître ,: - lime, .ut résolu «l'\ établir li siège d< Bon empire, sa politique diminua, poui l'infidèle, le poids des impôts, «'t <'m rej< ta la surcharg* sur les Chrétiens malheureux.

Trop sûi de leur haine, sa férocité, glacée par le froid des ans, • veille plus terrible et plus aigrie. Jamais < ille ne fui plus ardente ci phis altérée de -.m. linai le serpenl engourdi par les frimas revit plus dangereux au printemps; ainsi le lion, qui semble apprivoisé redevient, quand on l'offense, terrible et furieux.

.< Je rois, 'lit le tyran, j'- \<»i- dans ces infidèli a l( signe trop i ertain il. la joie qui les possède il- se repaissent « 1 * ■ im> malheurs, il- souri» ni ,i nos larmes. Peut-être il- tramenl Bourdemenl des trahisons et des perfidies peuUétre il- conspirent contre ma vie, ou cherchent .1 uatroduire dans nos murs 0 peuple ennemi qu'ils appellent leurs frèn

Non, je fi 1 h ivorti 1 leurs impies complots : j'éteindrai mon courroux dans li m sang j'en inonderai Solime j'égorgerai les entants il. m- le sein de leui mère, je brûlerai leurs maisons, j< brûlerai leurs templi ronl là leurs bûchers sui < • 1 1 « • tombe • | u' N> adorent,

au milieu de leurs sacrifices et de leurs vœux, je prendrai leurs prêtres pour mes premières victimes. »

Ainsi l'impie parle dans son cœur : cependant il ne suit pas ce barbare projet ; mais s'il pardonne à l'innocence, ce n'est point pitié : c'est lâcheté. La crainte irrite sa fureur ; une crainte plus puissante la dompte et l'arrête. Il tremble de fermer toute espérance aux traités, et d'aigrir sans retour un ennemi victorieux.

Ainsi le barbare modère les accès de sa rage insensée, ou plutôt ii lui cherche d'autres aliments : il désole les campagnes, il renverse les chaumières des laboureurs ; la flamme étend partout ses ravages ; il ne laisse au Chrétien ni aliment ni asile. Sa cruelle prévoyance trouble les fontaines et les ruisseaux, et mêle aux ondes pures de mortels poisons.

Cependant il fortifie Jérusalem. Déjà bien défendue de trois côtés, elle offrait seulement, du côté nord, des remparts moins assurés. Au premier soupçon du danger qui le menaçait, le tyran a élevé de nouvelles murailles, et rassemblé dans leur enceinte une foule de guerriers que lui fournissent ses États, et d'autres dont son or a payé les services.

U Ml !■ If A Fi 11 I !i K W W<i| IL

Saladin donne les ordres les plus barbares cl porlc l'épouvante parmi les Chrétien?. — Clorindc et Sophronic. — Clorinde fléchit Aladin. — Les ambas sadeûrs égyptiens se présentent devant Godcfroi,

1 andis que le tyran s'apprête aux combats, [smen seul , un jour, se présente à sa vue : Ismen qui peut du fond des tombeaux rappeler une cendre inanimée et lui rendre le sentiment et la vie ; Ismen dont les sombres et magiques accents font pâlir jusque sur son trône le roi des Enfers ; Ismen qui commande aux démons, les fait servir en esclaves à ses noirs projets, les délie ou les enchaîne à son gré.

Adorateur de Mahomet, il fut jadis Chrétien ; mais, encore tout plein du culte qu'il a quitté, son art impie et sacrilège en profane les rites, et confond deux lois que jamais- il n'a bien connues. Aujourd'hui, du séjour ténébreux où il exerce une science ignorée, il vient, au bruit

•i-i LA JEllUSALEN DÉLl\ KÉK.

du danger i ommun, oftï ir i na roi méchanl un conseiller encore plus

linisti e.

« Prince, lui dit-il, elle vient fondre sur toi cette armée victorieuse, cette armée redoutée mais faisons notre devoir: le < ] ï < ■ I donnera, l'univers donnera des secours à notre valeur. l'a toul

prévu in u rempli l'office d'un roi, l'office d'un capitaine cette lerre sera le tombeau de tes ennemis, si tous nous sommes dignes

<]<' lui.

Moi, je t'offre ce que je puis je viens partager tes travaui et tes dangers. Je te promets, el les conseils d'une vieillesse expérimen toutes les ressources de mon art : ,i'' forcerai l'Enfer même de combattre pour toi. Mais écoute, prince, les secrets que je vuis te révéler.

Dans le temple des Chrétiens, au fond d'un souterrain inconnu, s'élève un autel sur cel autel es1 l'image de celle que ce peuple imbécile révère comme une déesse, comme la mère d'un 1 >i« n mort el enseveli; une lampe toujours allumée brûle devant elle; un voile h couvre autour ~"ni suspendues les nombreuses offrandes qu'y consa crèn ni les i rédules dévots.

i ette image, il faut que toi-mé de ta propre m. nu. tu l'arra

ches de ce temple, <iu<' toi-même tu la places dans ta mosquée. Moi, j'emploierai des charmes si puissants, qu'elle deviendra pour noi murs une garde sûre el Gdèle : elle sera, dans tes imprenables rem parts, l< gage de la victoire «t delà sûreté de ton empire. »

Il dit, il persuade. Le tyran impatienl vole ;i l'asile des Chrétiens : il écarte les prêtres. D'une main Bacrilége il arrache l'image, il la porte dans ce temple <»ù souvenl d'un culte coupable el insensé on outrage le Ciel. Dans i e lii u profane, sur cette image sacrée, l'enchanteui uwumure sourdement ses blasphèmes.

Mais, au retour île l'aurore, le gardien de ce lemple impie cherche - premier» regards le précieux dépôt : il le cherche en vain, il court vers le tyran, que son récit irrit» el enfl imme. « N.in- dout tn.-i-il. une main inconnue I ;i furtivement enlevée cette main ne I" ni être <|M< i elle d'un Chrétien. »

I nier en effet l'œuvre uirtive d'une main fidèle .' ou le Ciel, indigné qu'un lieu impui recelât l'image de sa reine, de la mère de son Dieu, lit il éclater sa puie Idressi ou miracle, la Renommée balance

et n'ose affirmer. Mais, sans doute, le zèle des humains eût été impuissant, et la piété veut croire que ce fut un miracle du Ciel.

Bientôt des satellites se répandent dans les temples, dans les maisons des Chrétiens. D'un œil avide, curieux, ils en parcourent les recoins les plus secrets. On invite les délateurs par des récompenses, on effraye par les menaces les plus terribles ceux qui oseraient receler ou le vol ou le coupable. L'enchanteur lui-même interroge son art et emploie toutes ses ressources : vaines recherches, charmes inutiles ! le Ciel trompe ses efforts et lui cache la vérité.

Le barbare Aladin, toujours prévenu contre les Chrétiens, honteux de ne pouvoir les convaincre, s'abandonne à toute sa haine. Enflammé de colère, possédé d'une rage furieuse, insensée, il veut se venger ; il veut, à quelque prix que ce soit, éteindre son courroux. « Il périra, dit-il, oui, il périra ce coupable inconnu dans la perte commune de toute sa secte !

« Pourvu que le coupable meure, périsse le juste et l'innocent! Le juste ! l'innocent ! ah ! tous sont coupables ! jamais un seul parmi eux ne fut ami de notre nom. S'il en est un qui n'ait point trempé dans ce nouveau crime, un crime ancien le rend digne de la mort. Allons, fidèles sujets, allons, prenez la flamme, prenez le fer. Brûlez, égorgez! »

Ainsi parla le tyran : ses ordres barbares, bientôt connus, portent l'épouvante parmi les Chrétiens ; abattus, consternés, la mort est déjà présente à leurs yeux ; ils n'osent ni fuir ni se défendre ; ils ne tentent ni l'excuse ni la prière : timides, irrésolus, ils s'abandonnent ; mais tout à coup ils trouvent leur salut où ils l'attendaient le moins.

Une vierge était parmi eux, d'une âme élevée, d'un cœur digne d'une couronne. Belle, mais dédaignant sa beauté, ou n'y cherchant que ce qui donne du lustre à sa vertu, son mérite le plus grand est de cacher son mérite dans les murs d'une humble demeure. Là, seule et négligée, elle se dérobe aux yeux, aux louanges, aux hommages des mortels

Mais il n'est point de barrière qui puisse cacher une beauté digne des regards et de l'admiration. Amour, tu ne le permis pas ! tu révélas sa retraite aux désirs d'un jeune homme qu'enflammèrent tes ardeurs. Amour , tantôt aveugle , tu marches le bandeau sur les yeux ; tantôt Argus, rien n'échappe a ta vue : à travers mille barrières, au fond de l'asile le plus mystérieux, tu lui montres l'objet de son'hommage.

Sophronie, Olinde, nés dans les mêmes murs, adorent le même Dieu : aussi modeste amant que sa maîtresse est belle, Olinde désire beaucoup, espère peu et ne demande rien; il ne sait ou n'ose découvrir sa flamme. Elle, de son côté, ne le voit point, ou ne distingue point ses [eux, ou les dédaigne. Ainsi l'a servie jusque-là le malheureux Olinde, inaperçu, ou mal connu, ou dédaigné.

Cependant l'arrêt du tyran et le malheur des Chrétiens vont troubler l'asile de Sophronie : à cette nouvelle, son âme généreuse conçoit une grande idée ; elle veut sauver ses frères ; son courage la presse, la pudeur la retient : enfin le courage l'emporte, ou plutôt, par un heureux accord, elle unit la pudeur et l'audace

Seule, au milieu de la foule, cette jeune beauté s'avance ; elle ne cache point, elle ne montre point ses attraits; les yeux baissés, la tête couverte d'un voile, elle marche d'un air modeste et assuré. L'œil incertain ne peut distinguer si elle est parée, si elle ne l'est pas; si c'est à l'art ou bien au hasard qu'elle doit l'éclat de ses charmes. Cette heureuse négligence est l'ouvrage de la nature, de l'amour et du Ciel qui la favorise.

Objet de tous les regards, elle ne daigne regarder personne: elle parait devant le tyran. et ne recule point à la vue du courroux qui l'enflamme; mais, intrépide, elle soutient son farouche aspect. «Sus pends, lui dit-elle, ta vengeance et contiens ton peuple. Je viens te découvrir le coupable qui t'a offensé, je viens livrer dans tes mains la victime que demande ta colère. »

A cette noble hardiesse, à l'éclat inattendu de cette beauté fière et imposante, Aladin, presque confus, presque subjugué, réprime son courroux et adoucit ses sinistres regards : si son cœur eût été moins dur, si Sophronie eût été moins sévère, il en devenait l'amant. Mais une austère beauté ne prend point un cœur sans désirs ; et l'espérance est le premier aliment de l'amour.

S'il ne sentit point de l'amour, le barbare sentit du moins de l'é • tonnement, de la curiosité, du plaisir. «F. rie, dit-il, je défends qu'on attente à la vie de tes Chrétiens. — Le coupable, seigneur, tu le vois devant toi; ce larcin est le crime de ma main: ("est moi qui t'ai ravi l'image, c'est moi que tu cherches, n oi que lu dois punir. »

Ainsi la jeune héroïne dévoue ses jours au danger commun et veut le rassembler lout entier sur sa tète. Généreux: mensonge! quand la

vérité eut-elle plus de droits à nos hommages? Le tyran balance suspendu, et pour la première lois son courroux est lent à s'enflammer : «Je veux que tu me découvres, dit-il, qui t'a donné ce conseil : quel a été ton complice?

« — N'associe personne à une gloire qui m'appartient tout entière. Je n'eus que moi seule pour conseil, moi seule pour complice : moi seule j'ai tout exécuté. — Ainsi donc sur toi seule tombera ma colère et ma vengeance. — Ton arrêt est juste : l'honneur est à moi seule: seule je dois être punie, »

Le, courroux du tyran se rallume. « Où as-iu caché cette image'. --Je ne l'ai point cachée, je l'ai livrée aux flammes; je l'ai du pour la sauver des profanations ou des outrages de l'impiété. Seigneur, ou tu demandes le coupable, ou tu demandes l'image enlevée? L'image, tu ne la reverras jamais; le coupable, tu le vois.

« J'ai dit le coupable : non, je ne le suis point; j'ai pu ressaisir le trésor (pie nous avait ravi ton injustice. » A ces mois, le tyran Frémit d'un ton qui porte la menace, et sa colère n'a plus de frein. Vertueuse

I | il UIMI.I.M Dl LIVRÉE.

Sopbronie, ta l> auté, ta pudeur, t uragi ,rien ne pourra le fléi hir .

, ii \.,in r\in », poui l,i défendre «!«■ sa fureur, lui fail un boucliei

de Bea i harm

iiM i.i saisit, et le barbare la condamne à périr dans les flammes I ,,, voile, déjà Bes chastes vêtements lui -ont arrachés; des liens

-, m, ni Bes mains délicates; elle se tait : son courage n'est point abattu mais son Ame est émue; sans pâlir, son teint se décolore «i n'.i que plus de blanchi m .

La fatale aventure est bientôt répandue dates la ville : tout le peuple

i m Olinde accourt aussi. L'action est certaine; l'héroïne est encore

m. me: peut-être, hélas I c* sera son amante. Il arrive, il la ?oit,

l'innocence sui le front, mais déjà condamnée, déjà livrée aui ministres du tyran, ardents à hâter son supplice : il s'élance, il s< précipite à travers la foule.

Non, -' m. non, ce n'est point elle; c'est folieà elle de b'cu miiiIi i . Elle n'j pensa jamais; jamais elle ne l'osa. Femme, si nie, sans

expérience, elle n'a pu faire une action -i hardie. < ment a-t-ellc

trompé les gardes? Par quelle adresse a-t-elle enlevé l'imagi rév< Si elle l";i fait, qu'elle le «li-«'. Cest moi, seigneur, c'est moi « jn i l'ai ravii . •> Tant il aimait, hélas! l'insensible obji i « 1 * son amour!

I i nu i.i superbe mosquée reçoil et l'air et le juin . je -m- monté la nuit, cl par d'inaccessibles routes; je me suis fait mi étroit pass c'est à moi qui Phonneur appartient, c'est à moi que la mort est due. Qu'elle n'usurpe point mon supplice : ces fers -mil à moi. C'est pour moi <|in cette flamme s'allume, poui moi que ce bûcher s'apprête.

Sophronic lève les yeux <■! jette sur Olinde un regard plein de dou ceui et de pitié, o Qui prétends-tu, malheureux innocent? Quel dessein ou quelle fureui te guide nu t'entraim ' Ne suis-je pu capa Me, -.m- toi, de soutenir tout ce que peul la colère d'un mortel? J'ai "" "'in aussi mu -ml saura braver I.i mort, •■! n'a pas besoin d'un

• l' ignon qui I.i p u lage. »

1 elle parli i -mi amant; mais «lit' m' peut fléchir -«mi <• âge

etchangei -. pensée. 0 spectacle héroïque, où la vertu I.i plus gêné-

■ l'amoui le plu- tendre, nu la mort est I- prix «lu vain-

tnieur, nu la rie sera I.i peine 'lu vaincu I A lé vue <!«■ ce couple constant

■ ■ u» i l'un l'autre, I- tyran si ni redoubler sa fureui .

11 w croit avili pai leui audace, il «mil que leur mépris «lu suppliée

est un outrage pour lui-même. «Je les eu crois tous deux, dit-il; tous deux auront la victoire et la palme qu'ils demandent. » Les bourreaux, dociles à ses ordres, chargent Olinde de chaînes ; les deux amants sont liés au même poteau : mais ils sont attachés dos à dos, et leurs regards sont cachés à leurs regards,

Le bûcher s'élève autour d'eux; déjà la flamme pétille: le malhen reux Olinde adresse à la compagne de son supplice ces tendres plaintes qu'entrecoupent ses sanglots: « Les voilà donc ces liens qui devaient unir ma vie à la tienne? le voilà ce feu qui devait embraser nos âmes d'une égale ardeur9

« Amour m'avait promis d'autres flammes et d'autres nœuds : et voilà ceuv que le sort barbare nous réservait! son injustice, hélas! n'a que trop bien su nous séparer pendant la vie; plus cruel, il nous réunit à la mort. Du moins, puisque tu devais périr d'une manière si funeste.

LA J mm DÉLIVRÉI

n .,., ., ,i i ion tomb iu, si je ne \>\\\< part g< i ton

mit nne : .j< m. m »tés!

; i ir, i. supplice délicii ui '. si ma bouche

iivait, avec m lernier soupir, te donm i mon

\in-i Olinde déplorait son infortuné . -

i. ;,ini, d< mande d'aul iées i ! d'autn - pli uns

souvii ns-toi "I' la noble récompensi qu I

I iet à la vertu; offn à Dieu ton supplice, il n'aura plus qw < 1 < ■ -

j0U( : séjour éternel où le bonheur t'attend. Regarde

soleil ipii nous appelle et <|ui nous consoli I ,. pal ii attendri pous 'I - cris de douleur : le Bdèle gémit «l soupire. .!«■ ni sais quelle impression nouvelle, inconnue, p ss< dans l'âme mil' xibli du tyran : il !<■ sent, il s'en indr^ne, - 1, de peui d

|( chir, il détourne les yeux < l se retire. S< ulc, <» Sophronie '■ ta n, | | m'iui d' deuil commun, et, |»l- urée de tous, lu n

|M.ini de pli urs.

ndant un gui rri r paraît : il < un air imp< s inl 1 1 allier. S arniuri . si - babits étrangi rs annoncent qu'il arrive d'une région lointaine. Un tigre est sui son casque et ttire tous les regards. A cetU illustn marque, on croit reconnaître Clorinde; et c'est Clorinde elle mon

i »« - ses plus jeunes ans Clorindi ;• méprisé les amusements <\ le* occupations d< Bon sexe. Sa main superbi a dédaigne d< i .1

de vils travaux et de maniei l'aiguille ou !<• lusçau. Elle a fui la mol' i , 1 1 .m|i -. asiles d'une \< rt« qui - i au

sein même di la liberté. Ell< arma son Front d'orgueil; ell< se plui j mettn 1 1 . Ii rudesse dans ses traits traits, tout rudes qu'il*

sont, plaisent toujours.

I faible main apprit à dompter un coursier; elli

mania I II. endurcit ses membres ;i la lutte, i i ck

l'l'.\ itr J ms ' . A 1 forêts, à ti ivers les mon

Ile suivit 1 1 i ! l • oui s. Dans I - combats,

is li - li"i- , un i 1i ii ble.

'i n. mit ittre les Chréti . Plus «h! ■ I m s m< înlnf-

il.m- I. - plaim - < l rou ux «I leui Ses premier*

rencontrent l'appareil de la mort : curieuse, elle presse 'les flancs de son coursier, elle veut savoir quel crime condamne ces malin ureus au supplice.

La foule recule à son aspect : elle s'approche du bûcher; elle observe le silence de Sophronie, les gémissements d'Olinde, et un courage plus marqué dans le sexe le plus faible. Mais les. larmes d'Olinde sont des larmes de pitié; s'il gémit, ce n'est point sur lui-même. Sophronie, muette, les veux, iixés au ciel, même avant que de mourir, ne tient déjà plus à la terre.

Clorinde s'attendrit : elle les plaint tous deux, elle leur donne à tmi> deux des pleurs; mais un sentiment plus vif l'intéresse à celle qui ne parait point affligée. Elle est émue de son silence plus que des larmes de son amant. «De grâce, dit-elle à un vieillard qui es! à ses côtés, de grâce, dis-moi quels ils sont? quel sort ou quel crime les a conduits au supplice? »

Elle dit, et en peu de mots le vieillard satisfait à sa demand . Étonnée de son récit, elle sent bientôt que tous deux sont également innocents. « Us ne mourront point, ou mes prières, ou mes armes seront impuissantes. » Elle vol; ; u bûcher, fait éteindre la flamme et adresse ce discours aux bourreaux :

« Qu'aucun de vous n'ose remplir son cruel ministère jusqu'à ce que j'aie parlé à votre maître! il n'accusera point votre lenteur, c'est moi qui vous en réponds. » Son aspect, son discours les émeut, et ils obéissent. Elle s'avance vers Aladin, qui lui-même porte ses pas à sa rencontre.

«Je suis Clorinde. Peut-être mon nom t'est connu. Je viens défendre tes États et venger comme toi notre croyance commune : ordonne, je suis prête à tenter tous les hasards. Les plus hautes entreprise, n'étonneront point mon audace, et je ne dédaigne point les plus aisée<, Dans la plaine, au sein de les remparts, tu trouveras partout le secours de mon bras. »

Elle dit. Aladin lui répond: « Généreuse héroïne, est-il une région si reculée, un pays si barbare, qui ne soit plein de ton nom et de ta gloire! Sûr de combattre avec toi, je délie les alarmes, et je compte sur la victoire. Non, quand une armée entière se serait réunie à mes forces, je n'aurais pas un espoir plus certain.

«Déjà, dejàGodefroi tarde trop au gré de mon impatience. Tu de-

LA il l;l SALEM DÉLIVRÉE manda qui j'emploii ton bras : je ne connais que les grandes, les difficik - entrepris» - qui soi* ni dignes de ton courage; je m iu que mes guerriers t'obéissenl el que les ordres soient l<ni loi. ■ Qorinde répond avi r iestie à un discours qui la Datte.

In seras étonné, sans doute, ajoute-t-elle, de me voir réclamer le i.iiv ,|, services que je n< t';»i pas encore rendus. Mais, pleine d< confiance en ta bonté, j'ose vpoui ma récompense, te demande! la vi< - malheureux. J'implore t <« clémence, el cependant, si le crin» ,»i incertain, y ne devrais implorer que t;i justice. Mais je ne veux point les justifier; je ne veux point faire \;il«>ii ici les preuves multipliées qui me démontrent l< ur innoa nce.

«On veut ici que les Chrétiens aient ravi l'image. Moi je me refus» ., cette idée, et une raison puissante justifie mon opinion. Ce l'ut un crime, un sacrilège, ce que te conseilla ton i adhanU ur : c'en est un

puni - d'admettre di - idoles dans nos temples, et encore des idoles

• h ing< i • 3.

«J'aime à reporte] à Mahomet lui-même la - i d< ce miracle. Oui, c'est l'œuvre de sa puissance. 11 rejette la profanation loin de son temple; il noua défend de souiller son culte par un mélange impur. Qu Ismen emploie les enchantemi nts, 1 1 sont là ses armes : mais noua, guerriers, manions le fer, voilà notre seule science el notre seul espoir. »

Elle dit. I h insensible d'Aladin résisti toujours à la pitié, mais

il cède aui désirs de Clorinde. La raison, 1 autorité d< ses prit persuade el le subjugue, o Je leur donne, dit-il, la vie et la liberté. Justice ou clémence, innocents, je les absous; coupables, je leur lais .

On délai hc leurs fers. Mais, ô | ligel l'amour d'Olinde a enflammé

un coeur insensible. Déjà il est amant aimé; bientôt heureux époux,

l,i flamme du bûcher d< vi< ni pour lui le lambeau de I li\ i. Il voulut

mourii sve< Sophronie, et, par un généreux retour, Sophronie consenl qu'il vive avec elle.

Maia le tyran soujx onneux i rainf pour ses Etats I union de tant de -• et d< vertu. Tous deux, pai ses ordres, vont chercher 1< 'in ■ !<■

Il Palestine un exil honorable. Il poursuit cependant le c « de ses

cruautés: une foule de Chrétiens esl jeté» dans les fers d'autres sont bannis. Désespérés, ils s'arrachent eu pleurant aui tendresses de l'a-

ii tour, aux caresses de leurs enfants, aux derniers embrassements de leurs pères.

Séparation cruelle ! Aladin ne frappe que sur ceux dont la vigueur et l'audace sont à craindre. Les femmes, les enfants, les vieillards, troupe faible et sans défense, sont dans ses mains le gage de la lidélité des époux, des tilles et des pères. Ces malheureux errent dispersés, quelques-uns prennent les armes : le désespoir étouffe en eux les craintes et les sentiments de la nature. Ils vont se joindre à l'armée qui s'avance, et ils la rencontrent sous les murs d'Emmaûs.

Ennnaùs, ton territoire touche au territoire de Solinie. Ah ! combien, à ton aspect, les Chrétiens sentent de joie ! ah ! quelle impatience presse et transporte leur euuragc ! mais le soleil a parcouru plus de la moitié de sa carrière, et Godefroi se refuse à l'ardeur qui les anime.

Déjà, par ses ordres, les tentes étaient dressées ; déjà le jour allait se perdre dans l'Océan, quand on voit arriver deux seigneurs, dont

gère. Tout, de I m | rt, an

m- du monarque

. <t I un

l/iui il'. n\ i -t Al - ' " nom,

usqu'au pied du trône. Éloquent, flatteur, insinuant,

goypl, ni di mo urs 1 1 «I re, il mêle

adroil t Partilia etla l inte. Grand artisan de calomnies, il accu»

quand il ne pan il <|ii" 1""

1 \ ntuiii r inconnu à I. cour d'E-

trvpte .H - ' - s itraj s. lé aux

m> de la gui i re. Impatii nt, i" v i M . I. \< m I

s les» ombats, conteiupti ur de tous l< - dit n\, m. h < j loi.

||, il, ni.. I -"ni admis d< \. ni God< froi. Simpli

■ m ,i -. Godi froi était assis : u milii u d< - cl i I- Je Tan !| propre éclat a1 1 pas

i Pindiflen nce de la .

Vlèle, la main sui la poitrine, les \<n\ laisses, inclini prol.uiili i i.. il lui rend i « • 1 1 — les hommages qu< l'Égyptien

lires. I'ih éloquence plus doua que le miel couli d( ucl I uU ni « u bH< nci -"u il

us n rrier, dit-il, m ul dig ni de I..-

. qui doi\( nt à ta vi !. ur < i Kl qu ils

ont < |u - (|ii*il- ont cueillit - n nt qu'ils fu

finit point ux colonnes il ll< r ,i parmi nous, * i la Renommi a i inpli I I. xploits.

<. Mais i s merveilles, dont nous sommes étonnés, donnent à notre . pi is( i|in il. pi isir. Il - pi .il à I conter; il aime < ■ i loi ce qui inspin à <l utres la jalousie et ne . : ur divisés «1 , il v ul u moins <|iii

n liment. P< u ble désir, il h de-

i ton amitié. L li< n qui v< I un à Paul

ni ii h, ; hnii que tu - pi is

i il .. voulu, avant qui lu aies

| 1 ni' u- Il -"H llMi

(( Si, content des conquêtes <|iie tu as laites, tu consens à laisser eu pais la Palestine el les États que couvre la protection de sou sceptre, lui, de son côté, te promet de soutenir ta puissance encore ebancelante. Unis ensemble, quelle force osera vous attaquer? Quand le Turc et le Persan pourront-ils espérer de réparer leurs désastres?

« Seigneur, la grandeur et la rapidité de tes conquêtes iront étonner les siédes les plus reculés. On vantera des armées vaincues, îles cités détruites, tant d'obstacles surmontés, tant de roules inconnues ouvertes à ta valeur, les provinces les plus lointaines abattues, consternées au seul bruit de ta marche. Après tant d'exploits, peut-être tu pem < ncore agrandir tes Etals : mais en vain espérerais-tu acquérir mu nouvelle gloire.

« La tienne est à son comble, et tu ne dois plus l'exposer aux ha sards d une guerre incertaine. Vainqueur, tu ajouteras à tes posses sinus sans ajouter à ta gloire : vaincu, tu perds et tes Etats et l'hon neur même. Ce sciait une audace imprudente de donner tout au caprice de la fortune, quand la fortune ne peut presque plus rien pour toi.

« Peut-être de secrels ennemis, jaloux de ta grandeur et de ta puissance, nourriront par leurs conseils cette ardeur qui t'entraîne : peut-être, flatté de l'espoir de vaincre encore, parce que tu as toujours vaincu, subjugué par ce désir brûlant, si puissant sur les grandes âmes, de commander à des nations tributaires et asservies, tu fuiras la paix plus que d'autres ne font la guerre.

« On te dira qu'il faut suivre cette large route que l'ont ouverte les destins, qu'il ne faut point quitter cette épée fameuse qui te répond d< la victoire, jusqu'à ce que Mahomet tombe avec son culte, jusqu'à ce que tu aies fait de l'Asie un vaste désert. Douces flatteries, charmantes. illusions, qui te conduiront peut-être à ta perte.

« Mais si la haine ne t'aveugle point, si elle n'éteint point le flambeau de la raison, tu verras (pie, dans la guerre, tu n'as rien à espérer et tout à craindre, que la fortune, inconstante et mobile, verse tour à tour les succès et les revers, et que souvent, du vol le plus élevé on tombe dans le plus affreux précipice.

« Dis-moi, si l'opulente, la puissante, la redoutable Egypte s'arme pour ta perte ; si le Turc, le Perse, le fils de Cassan se réunissent pour te combattre, quelles digues opposeras-tu à leur débordement? Où

LA il l'.l SALEM DÉLIVRÉE trouveras-tu du secours dans tes dangers ? Peut-être tu comptes sur le jaloux 1 1 sur la l"i qu'il fa jurée.

|;1 foi .lu m,, ' eh! «|ni m- la connail pas! Trahi déjà une fois, mi phitol trahi mille fois par cette Dation I perfide, apprends

,, |., redouti i elle fa refusé le | t tu < roia qu\ Il te donnera

vie I Peut-être toul Ion espoir se fonde sur ces troupes qui t'envi

m ni : Ceux que lu as vaincus séparés, tu !<■ Dattes peut-être de

, . vaincre en unis el ligués! mais tu as vu I guerre < i l< - ma

laldies moissonner une partie de tes soldats : mais un nouvel i nnemi, Il \ |.i i. ii, se joint aux Turcs el aux Persans que tu as défaits.

Les destins t'ont promis que lu serais invincibli dans I - corn bats el toi-même tu l'as lu dans les décrets «ht Ciel I l< veux l< croire avec toi : mais la famine t'attend. Quel refuge, <\\\< I asile i d< fendra de ce Qéau? arme-toi contre <-ll<' •!<' ta lance, di ton épée, 1 1 rêve encore la victoire.

o La flamme a l<>ui ravagé : \u\r sag prévoyance a tout détruit ;i\;mi ton arrivée, toutes les productions de la terre «ml été renier méea dans Solime el dans ses tours : toi, que t<»u audace a conduil jusqu'ici, où trouveras-tu des vivres pour tes soldats, des foin pour tes chevaux? Une Qotte, « I i — 1 1 1 , t'en donnera ainsi don clave des vents, ta subsistance dépend de leur inconstante haleine.

a Peut-être aussi ta fortune commande aux vents, I - délie, l< enchaîne à son gré? Peut-êtri i tl mer, sourde à nos prières et i nos cris, courbe sous toi seul ses vagues obéissantes? Peut-être ■ n core lu te (lattes que jamais l'Egypte, la Perse et la rurquw con jurées ne pourront opposera ta ll"ii<' une Qotte aussi redoutable?

a II faut, seigneur, une double victoire pour assurer I succès « I • ton entreprise : une seule manquée entraine ta honte el ta |" rte. I.i Botte battue le livre à toutes les horreurs de li ramini si loi même lu es défait, en vain tes vaisseaux seront victorieux.

malgré <!<■ >i puissants motifs, tu te refuses encore à la paix que le propose le puissant monarque d'Egypte, seigneur, pardonne à ma ii m. hisc j< i rois à tesi rtus, mais je ne crois pin- à I Daigne le • i< 1 l'inspirer el le fixer a <\< i conseils de paix ' Puisses lu

rend fin !<■ calme à l'Asi< el loi-même, après lanl d< coi

jouii 'lu fruit d( i. - victoir

« Et vous, compagnons de ses travaux el de ses conquêtes, illustres guerriers, n'allez pas, trompés par les faveurs inconstantes de la fortune, vous précipiter dans de nouvelles guerres et armer contre vous tic nouveaux ennemis. Tels que le nocher échappé aux dangers d'une mer infidèle, reposi /-vous enfin dans le port, et ne vous abandonnez plus au caprice des flots. »

Alète se tait. Les héros répondent à son discours par un sombre murmure : l'indignation éclate dans leurs gestes et dans leur maintien. Godefroi, d'un œil attentif, observe leurs mouvements. Enfin, sûr de leur aveu , il reporte ses regards sur Alète et lui parle en ces ternies :

« Ministre du roi d'Egypte, tu as, avec adresse, mêlé la flatterie aux menaces. Si ton roi m'aime, s'il loue nos exploits, je saurai répondre à ses sentiments : quant à cette ligue que tu nous annonces. je te parlerai librement et avec ma franchise accoutumée.

« Apprends que nous n'avons bravé les dangers de la terre et de la mer et l'intempérie des saisons que pour nous frayer un chemin jusqu'aux murs de la cité sainte, pour affranchir Solime du triste es clavage qui l'accable. Plein de ce grand projet, jaloux de mériter la fa veur du Dieu qui nous guide, nous ne craindrons point d'exposer une vaine gloire, nos États et notre vie.

LA Hlil SALEM DÉLIVRÉE ,,Y-t m ravtn soif de l'or, ni Pambition des conquéu - qui ,,,,1 I,,,, ntreprise. Que le Ciel arrache de dos cœurs le germe

Je ce* funestes poisons! qu'il ne souffre pas que ce germe impur in- \,; te h..- sentiments et détruise nos vertus : que toujours si main nous conduise, cette main qui pénètre, qui amolfil les cœurs, les échauffe el li - . min

i,-t elle qui, ■! travers mille périls, a guidé nos pas, qui a de- \ mi h. ni- abaissé tous les obstacli - elle aplanit les montagnes, «lie ,|, ssèche les 11' uves par elle l'été n'a poinl de feux, l'hiver n'a point de glaces eOe apaise les Ilot- en courroux, elle n tienl et déchaîne !«■>

vents |> mus elle ouvre ri foudroie les remparts, pour nous elle

moissonne et disp< rse les arma s.

,. D'elle na il notre audace, d'elle naît notre espoir ; non de nos forces fragiles, non de nos Qottes, non de tout ce que la Grèce nourril <lr -..I. lai-, non de toul ce que l'Europe renferme de guerriers. Pourvu que jamais elle ne non- abandonne, non- ne devrons point craindre que les appuis nous manquent. Qui sait comme elle défend el comme elle frappe, no cherche poinl d'autres secours dans ses dangers.

« Mai- quand no- erreurs on ses jugenu nts impénétrabli - nous priveraienl de -on soutien, eh ! <|iii d'entre non- no se croirai! Iieureui .le trouver -on tombeau près du tombeau d'un Dieu? Non- mourrons, > i m mi- ne porterons poinl envie à ceux <|ni non- survivront. Nous

m ion- mais non- no mourrons poinl -an- vengeance. I." taie no i na

point de notre destinée, et nous ne pleurerons poinl notre mort.

v crois pas cependant qu'avides de combats, nous fuyions, nous redoutions la paii non- no dédaignons poinl l'amitié de ion roi, nous ne rejetons poinl -on alliance; mai- tu -ai- -i la Judée < -i soumis* & mot empire : pourquoi donc est-elle aussi l'objet di ses soins? Qu'il ne nous défende point de conquérir des royaumes étrangers, et que, tranquille au sein de les Etats, il les gouverne dans une heureuse paix.

Il dit : et sa rêj se porte dans le cœur d' Irganl le dépit el la I

'I n. peut les contenir: l'œil étincelant, il B'approche de Bouillon

lu ne veux pai la paix, dit-il, lu auras la guerre: tu la désires, puisque in i. refuses aux conditions que le propose notre souvi

.un.

Il prend un pan de -a robe, il \ forme un |>li. et, d'un Ion plus

insultant et plus farouche : a 0 toi, dit-il, qui braves les hasards les plus douteux, je t'apporte ou la paix ou la guerre: choisis, mais choisis à l'instant. »

A ce discours, à ce geste outrageant, tous les héros chrétiens se lèvent; tous, sans attendre la réponse de Bouillon, s'écrient : La guerre, la guerre! Le barbare déploie sa robe et la secoue. « Je vous la déclare, dit-il, et je vous la déclare mortelle. » A son air audacieux, terrible, on l'aurait pris pour un Romain ouvrant le temple de Janus.

Il semble que de son sein sortent la fureur insensée et la discorde impie : ses yeux paraissent allumés du flambeau des Furies. Tel était sans doute ce mortel orgueilleux qui éleva contre le Ciel la tour d'erreur et de contusion : tel le vit Babel dresser sa tête altière, et menacer les étoiles.

, « Nous acceptons, dit Godefroi, la guerre que vous nous déclarez diies à votre maître qu'il vienne, qu'il se hâte, ou que du moins il nous attende sur les bords de son Ml. » Ensuite d'un air doux il les congédie, et leur l'ait d'honorables présents ; il donne à Alète un casque précieux, pris à la conquête de Nicée.

Arganl reçoit une épée dont la poignée d'or est enrichie de pierre

LA IÉR1 SALEM D1 LIVR1 l l'art ,|, l'ouvrier j brille encore plus que la matière même ; le barbare, d'un œil distrait, en regarde la rien — el les ornementa : i h, verras bientôt, dit-il à Bouillon, l'usage que j.- lais di tes

dons.

Ha partent : ■ Séparons-nous, ilii Argant : i j'entrerai avant la

iimi dans Jérusalem. Toi, au retour «lu soleil, ta reprendras la route de l'Egypte. Ma présence <>n mes lettres sont inutiles à la cour. Porte à notre maîti la réponse des Chrétiens: moi, je ne puis quitter k théâtre des ibal

Ainsi d'ambassadeur il devienl ennemi : si >a démarche esl régu »u déplacée, -i elli blesse ou ne blessepas l'usagi antique el li droil des nations, il n'\ songe ni ne s'en occupe. Sans attendre la réponse d'AJèti , impatient il marche à la faveur du silenci 1 1 à la lu ur di - étoih - vers les remparts de Solime, et laisse son compagnon non moins impatii ni que lui.

I i nuit ;iN.tii enveloppé l'univers d< ses \kiIi - sombres, le calme régnait dans les airs el sur les ll"i-. Les animaux fatigués, les nabi Umts des lacs 1 1 des m< rs, I - hôtes Farouches d< - antres et des I li - oiseaux el tous I s êtres, livrés à un doux somin< il dans I

I eurs de l'ombre et du silence, oubliaient leurs travaux, leurs

plaisirs et leui - pein< s.

M is les Chrétii ns et leur chef ne ferment point la paupière, et n< ^mitent point de repos. Leur impatience attend le retour de l'auron qui doit érlairer leur route el les conduire à leur terme. D'un oeil inquiet, attentif, ils examinent le ciel, »•! cherchent à surprendre les premiers rayons qui viendro l éclaircir les ombres.

'armée Chrétienne arrive vers Solime. — Clorinde fait plier les Chrétiens. — Tancrède vole à leur secours. — Funérailles de Dudon. — Bouillon se prépaie à attaquer Solime.

éjà souille un vent plus frais, avant-coureur de l'aurore : elle se lève, et mêle des roses célestes à l'or de ses rayons. Tous les Chrétiens sont sous les armes. Le camp retentit de leurs cris. Ils appellent les trompettes, qui bientôt par des sons plus vifs et plus éclatants expriment la commune allégresse.

Bouillon, d'une main sage et prudente, gouverne leur ardeur qu'il ne peut retenir : avec moins d'efforts on arrêterait l'onde qui se précipite dans l'abîme de Charybde, ou l'impétueux Borée lorsqu'il ébranle le sommet de l'Apennin et submerge les vaisseaux. Godefroi ordonne la marche : elle est rapide, mais, dans sa rapidité, elle obéit toujours au son qui la- règle et la mesure.

;,, |.\ .11 i;l SALEM DÉLIVKI I .

fous M.l.ni. .1 leur roi n'est i is encore assez proropl au gré d leurs désirs il I' m semble qu lai rre disparaît trop leal ment sous leurs pas. EnDn le soleil plus élevé darde des f< u\ plus ardents, cl brûle les cami fout à coup Jérusalem parait: tous se montrent

Jérusal m mille \"i\ confondues répètent : Jénualem! Jt:nts<tl<-m !

|,|, on voit de bardis navigateurs qui, Bur une nui ignorée, sous nu pôle inconnu, vont chercher de nouveaux rivages ils ont erré longtemps à la merci d'une onde trompeuse et des \< nts infidèli enfin ils découvrent la terre désirée; de I* » m ils la saluent avec des , ris d'allégri --■ . il- se la montn ni les uns aux autres, ri, ;'i ici aspect, ils oublii ni I' m- i nnuis, !• m- travaux et leurs \» ines.

\ l.i il. .lue joie qu'inspira cette première vue succède tout à coup niir tristesse profonde, mêlée de crainte ri de respect. A peine iln-iiii lever le- yeux vers cette cité qu'un l'n u choisit pour son séjour, mi il mourut, où il lui enseveli, où, triomphant, il n prit sa dépouille moi telle.

De faibles accents, des paroles -"unie-. entrccou|>ées de sanglots, de soupirs >\ de larmes, expriment l;i douleur cl la joie mêlées et confondues. L'air frémit H murmure. Ainsi, dans l'épaisseur des forêts, le vent souffle M résonne à travers le feuillage: ainsi battue par les rochers, brisée sur le rivage, l'onde siffle, gronde H mugit .

Les pieds nus, à l'exemple de leurs chefs, il - . \ ncenl vers s>liiin' : tous ont dépouillé l'or et la soie; tous ont quitte leurs

ques et leurs panaches; leurs «uni- humiliés, anéantis, <>ul banni l'orgueil et les vaines pensées. Les joues baignées de pleurs que la piété leur fait répandre, il- s'accusent encore de ne pas on vei

I "ii.i donc, se ilii chacun d< ces guerriers, les voilà donc, ô mon Dieu ces lieux inondés <li- ton sang et mes veux a leui i*|»ecl n deviennent pas deux fontaines de larmes; et mon «uni tout de glace ne se fond pas encore! cœur dur, co?ur insensible, lu n ■■- pas brisé, tu n'i - pas déchiré ! ah! lu mériU s de pl< u nell( m- ni. si lu ne ph m-, - p s aujourd'hui I d

' epentlanl un Infidèle, qui du haut d'une tour obsi rve et la plaim

1 l* :| lagncs, i| i de loin un tourbillon de |»oussière. Bien-

'"' • i -i une "n, ,|in roule élinrelanti . enflammé* . 1 1 qui semlà

Il n! I I \\ Il III liMIMI

porter dans son sein la foudre et les éclairs. Enfin, il distingue des

irmes éclatantes, des hommes et des chevaux.

«Ciel! s'écrie-t-il, quel tourbillon de poussière obscurci! les airs! comme il s'allume ! Allons, citoyens, aux armes ! au combat ! montez sur les remparts! L'ennemi s'approche! hâtez-vous! accourez! le voilà! Voyez cet horrible nuage dont le ciel es! enveloppé. »

Les enfants, les vieillards, troupe faible et sans défense, le vulgaire des femmes qui ne savent ni frapper ni combattre, allaient porter dans les mosquées leurs prières et leurs larmes. Les habitants les plus vigoureux, les plus braves, ont déjà pris les armes : on court aux portes, on vole aux remparts. AJadin est présent partout : il voit tout : à tout il étend ses soins.

Ses ordres sont donnés : il va se placer sur une tour élevée, d'où sa vue commande à la plaine el aux montagnes. De là il peu! ohserver tout et se porter où sa présence est nécessaire. Herminie est avec lui : la belle Herminie qui, après la mort de son père el la prise d'Anlioche, a trouvé dans sa cour un asile honorable.

Cependant Clorinde cherche les Chrétiens : une foule de guerriers les cherche avec elle, mais elle les devance tous. Arganl, caché dans un poste secret, se tient prêt à la soutenir. Par ses discours, et plus encore par son air intrépide, la guerrière anime l'audace de ses compagnons. « Allons, dit-elle, par mi début héroïque, fonder l'espérance de l'Asie. »

Pendant qu'elle parle, un gros de Chrétiens qu'a entraînés L'appât du butin va rejoindre l'armée, avec les troupeaux qu'ils ont enlevés : Clorinde fond sur eux; leur chef qui l'aperçoit fond lui-même sur elle. C'est Cardon, brave guerrier, mais rival encore trop faible pour lui résister.

Ils se rencontrent : et du choc, Cardon renversé va mesurer la terre, aux yeux des siens, aux veux des Infidèles, qui tous jettent des cris de joie, et de ce premier succès tirent, pour le reste de la guerre, un heureux mais vain augure. Elle enfonce l'ennemi : sa main se multiplie et frappe cent coups à la fois. Ses guerriers la suivent dans le chemin qu'aplanissent ses efforts, et qu'a ouvert son épée.

Elle ressaisit le butin : les Chrétiens plient et se retirent, à pas lents, sur une hauteur où ils se rallient et se soutiennent. Alors, tel

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