LES PYRAMIDES
Le sabot du coursier numide
Parle en vain de chaleur aux morts
Grelottant sous les Pyramides...
Oh! comme il fait froid dans mon corps!
Quels baisers et de quelle Armide Faudrait-il, et dans quel décor.
Pour chauffer ce cachot humide?...
Mon âme a si froid dans mon corps!
O deux dévorants des tropiques,
Soye!^ plus dévorants encor!
Qu'à vos rayons, flambantes piques,
S'émiettent les cachots humides!...
Mon âme a si froid dans mon corps!...
Jete^ aux vents les Pyramides.
Valère Gille
Au prochain : Un chant dans r ombre de Fernand Severin, le Bocage d'Ern. Raynaud, F Ame en exil de Georges Marlow, etc.
CHRONIQUE MUSICALE
Christus, symphonie inysiique pour orchestre, chœurs et orgue, par Ad. Samuel.
ont comme VOr du Rhin au Conservatoire de Bruxelles, c'est par trois fois que l'œuvre de M. Samuel a été exécutée àGand, avec un succès toujours croissant. On en a beaucoup parle, depuis la première exécution. Tous les artistes du pays s y sont intéressés, et le plus grand nombre sont allés l'entendre. J'ai fait comme eux.
Hé bien, Christus mérite mieux encore que l'intérêt relatif qu'on a témoigné à l'ouvrage ; écrit en France ou en Allemagne, par un musicien français ou allemand, il eût été porté aux nues. Non que ce soit un chefd'œuvre; peut-être même y manque-t-il quelque élément essentiel dans l'œuvre d'art. Mais l'ouvrage est néanmoins extrêmement remarquable, grâce à un ensemble de qualités qui ne sont données en partage qu'aux maîtres, et sont, elles aussi, essentielles aux œuvres d'art de l'ordre le plus élevé. C'est presque un chef-d'œuvre. Un exemple fera mieux saisir ma pensée.
Dans la Légende du Parnasse contemporain, Catulle Mendès s'exprime ainsi au sujet de Villiers de l'Isle-Adam :
Comme il y a des demi-dieux dans les légendes religieuses, il y a dans la vie littéraire des demi-génies. Certes, ce ne sont pas des esprits qu'on doive dédaigner, ils sont noblement incapables des besognes inférieures. Tout le petit côté de l'art leur est une région interdite. Rien ne saurait les décider à concevoir, à écrire un quatrain, à rimer un madrigal. Ils sont vraiment hautains, presque sublimes ; presque, seulement, ou pas toujours. Ils ressemblent à Shakespeare, à Milton, à Dante, à Victor Hugo, mais la ressemblance n'est que momentanée. 11 leur manque bien des choses, des choses qui ne sauraient être acquises, pour être véritablement ce qu'on croit qu'ils sont. L'équilibre dans leurs puissantes facultés intellectuelles, la continuité de l'inspiration leur font malheureusement défaut. Ils peuvent très souvent vous sembler admirables, très souvent ils le sont. Regardez de plus près, vous changerez d'avis quelquefois...
11 me paraît que, en changeant quelques mots, ceci pourrait exactement s'appliquer à M. Samuel à propos de son Christus,
C'est une œuvre grandiose, s'efforçant surhumainement vers les plus hauts sommets de l'art lyrique. Et cependant, il manque quelque chose làdedans. Quoi?...
M. Samuel a divisé son œuvre en cinq parties, retraçant : a) les scènes de Nazareth et de Bethléem (l'Annonciation, — les Bergers, — les Magesi ; b) la Retraite de Jésus au Défert (le Mont de la Tentation ; c) les scènes de l'Apostolat (au Lac de Tibériade, — les Luttes contre les Pharisiens, — l'Entrée triomphale à Jérusalem); d) la Passion (au Jardin de Gethsémani, — Devant Ponce-Pilate, — la Montée au Calvaire et le Crucifiement); elle
Triomphe du Christianisme. Chacune de ces cinq parties est des plus remarquables par la force de la conception et l'intense poésie qui s'en dégage. On remarque particulièrement la première, d'une jolie couleur pastorale et d'un sentiment ingénu; puis les scènes de la Passion, d'un caractère sombre et douloureux habilement gradué, bien que l'ensemble manque d'envergure et de puissance véritable. La troisième partie est incontestablement la plus belle et présente une allure vraiment grandiose, surtout au début, dont le thème mouvementé, d'un rythme insaisissable, a beaucoup d'ingéniosité; l'Entrée à Jérusalem est un tableau d'une belle envolée et d'une grande fraîcheur. Les chœurs sont habilement écrits, les parties traitées dune façon originale, plutôt comme des éléments individuels d'expression dramatique que comme ensemble sonore; l'orchestration est assez simple. Le travail thématique est très serré ; les thèmes, d'après une brochure analytique, sont au nombre d'une vingtaine ; leurs modifications psychologiques ont de l'intérêt et de la profondeur, mais les thèmes en euxmêmes manquent de caractère et surtout d'originalité.
Si l'on devait d'un mot caractériser Christus, on devrait dire peut-être que c'es>tVœu\re d'un poète mystique qui serait un excellent musicien. La somme de lyrisme contenue dans cette œuvre est énorme; c'est d'une exubérance extraordinaire, continue, qui fatigue à la longue et finit par paraître factice. Car il y a dans l'expression musicale du sentiment, une certaine somme de véhémence et une certaine durée de l'accent pathétique que l'on ne saurait dépasser sans donner l'impression d'une émotion de commande exprimée à l'aide d'une accumulation de poncifs anciens ou modernes, et c'est ce qui se produit à l'audition de Christus, Faut-il conclure qu'ici cette impression est juste? En partie seulement, car, si l'expression musicale n'a pas la spontanéité désirable, du moins le sentiment qui l'a suggérée, est d'une indiscutable sincérité. Mais — et voici la chose essentielle dont j'ai cru constater l'absence — la véritable inspiration n'y est pas. On peut juger une œuvre musicale à bien des points de vue, qui tous ont leur raison d'être ; mais le critérium véritable sera toujours celui-là : « Cette œuvre est-elle vraiment inspirée? La phrase qui chante en ce moment dans les violons, ou telle suite harmonique, sont-ils le résultat de ce radieux jaillissement de pensée qu'on nomme l'inspiration, ou est-elle le produit d'une pénible élaboration, un fruit de la science, de l'expérience, de l'habileté, et, trop souvent, du... souvenir? » Grave problème, et d'autant plus difficile à résoudre qu'on a affaire à un artiste plus maître de son art et à une œuvre plus forte, comme c'est le cas pour M. Samuel et pour son Christus.
C'est cependant l'impression invincible rapportée de cette audition, que l'indigence de ce que l'on appelle proprement l inspiration. Je parlais tantôt de l'excès de lyrisme, de pathos, contenu dans Christus, où l'on cherche vainement une page intime et de sentiment contenu, de cette innigkeit dont Schumann avait le secret : la raison n'en est autre que l'absence même de l'inspiration véritable qui incite l'auteur à exagérer l'expression musicale de peur qu'elle ne fût trouvée insuffisante ; il va au delà pour ne pas rester en deçà. L'accent juste et mesuré fait défaut, comme chez les gens qui, ne sachant être simplement énergiques, s'évertuent à la violence.
Cependant, . — et cette observation sincère exclut l'idée de parti pris, — ■ il est absolument certain que M. Samuel a été empoigné par son sujet. C'est un lettré, un savant, un esprit fin, délicat, curieux et chercheur, un tempérament vibrant et enthousiaste; cette œuvre, il l'a pensée, mûrie, préparée longuement, amoureusement, par d'assidues et longues études (i); il y a travaillé trois années durant, s'absorbant dans la composition — au dire de ceux qui l'approchent — avec la ferveur mystique et l'ardeur d'un croyant des premiers âges. C'est son testament artistique et, selon une déclaration proférée entre intimes, sa « neuvième symphonie ». Il est ému, et cette émotion latente s'efforce immensément vers l'extérieur, et, ne parvenant pas à cette extériorisation, emprunte une expression factice.
Il est ému, et il émeut plus d'une fois. Comment? Par ces choses qui tiennent lieu et place de l'inspiration, — l'ingénue et folle déesse qui se donne spontanément à ceux qui l'ignorent et fuit ceux qui la poursuivent désespérément, nourrissant pour elle, au fond de leur cœur, le culte éperdu que l'on n'a que pour les chimères, — son œuvre émeut par la science, l'habileté, l'ingéniosité, l'imagination qui y sont accumulées. La technique du compositeur, que l'éminent directeur du Conservatoire possède à un si haut degré, lui ont permis de mettre en jeu toutes les ressources de la musique moderne, ce qui suffirait déjà à rendre son œuvre intéressante. Remarquons d'autre part une lacune qui existe dans toutes les œuvres de M. Samuel: l'absence de personnalité. La réminiscence des formules wagnérienncs est flagrante et plus encore le sentiment particulier qui se dégage de l'œuvre wagnérienne la plus rapprochée, comme sujet, du Christus : ParsifaL La couleur parsifalesque, généralement répandue sur l'œuvre entière, se remarque particulièrement dans la première et la cinquième partie. Les facultés d'assimilation de M . Samuel — d'ailleurs communes à tous les individus de sa race — ne le sauvent pas toujours, si adroites soient-elles, de l'évidence fâcheuse de certaines rencontres : telle cadence du Vendredi- Saint de Parsifal, telle progression empruntée aux Maîtres-Chanteurs, etc. L'harmonisation est celle de Wagner, qu'elle dépasse parfois par une hardiesse plus grande, — ce qui ne la rend pas plus personnelle, — non plus que la mélodie, courte et incolore.
Je parlais tantôt d'ingéniosité et d'imagination, deux facteurs importants qui remplacent jusqu'à un certain point l'inspiration véritable et arrivent parfois à donner le change, comme c'est le cas avec Christus. L'inspiration est l'étincelle divine, l'ingéniosité et l'imagination sont des qualités humaines dévolues à beaucoup d'artistes de très grand talent, comme M. Samuel. Ce sont ces qualités imaginatives qui brillent particulièrement dans Christus et qui permettent à l'auteur d'exprimer, malheureusement avec l'exagération traîtresse signalée plus haut, l'émotion qui le dévore intérieurement.
(i) C'est àja suite de ces travaux que se serait produit révénement si diversement commenté, successivement affirmé etdémenti, de la conversion de M. Samuel à la religion catholique.
Ce qui prouve cette prédominance, c'est l'abondance deTélément pittoresque dans cet ouvage. Un exemple entre tous : Dans la scène de la Passion, on entend les coups de marteau enfonçant les clous dans les mains et les pieds du Sauveur, ce qui peut paraître puéril. L'expression suggestive du caractère intime du sujet est, dirait-on, négligée au profit delà représentation plus facile de l'action extérieure.
Abstraction faite du succès considérable et très légitime que Chri$tus a obtenu auprès des artistes, c'est cette plasticité, très facilement palpable, qui a ému et enthousiasmé la foule. Même des êtres musicalement illettrés, mais doués d'une sensibilité intelligente et imaginative, — surtout lorsqu'elle s augmente, comme chez les nombreux prêtres assistant à l'exécution, de l'émotion inhérente à un sujet familier et particulièrement sympathique que les bruits concernant les idées nouvelles de M. Samuel rendaient plus intéressant encore, — même ces êtres-là doivent comprendre une musique si pathétique et se sentir remués par ce lyrisme débordant.
Je n'ai pas voulu me livrer ici à une analyse détaillée du Christus, ce qui a déjà été fait. Les quelques observations consignées ci-dessus ne tendent qu a démêler, sans prétention d'y avoir réussi, l'essence véritable de cette œuvre complexe et vraiment extraordinaire, où sont entassés les effets les plus grandioses, dont certaines pages ont une allure titanesque, où il y a de tout, — sauf une pauvre petite phrase, — qui veut absolument être émotionnante, et qui l'est par la grandeur même de l'etfort.
Christus renferme en tous cas un ensemble de qualités si considérable, qu'on y doit reconnaître l'œuvre d'un maître et que les justes réserves formulées dans les jugements de ceux qui l'ont appréciée ne sauraient toutefois diminuer l'énorme mérite de l'auteur, et le tribut d'admiration respectueuse due à un artiste dont l'âge semble n'avoir fait qu'activer la flamme poétique et renforcer la féconde et vigoureuse intelligence.
Ernest Closson
MEMENTO
l.e Coq rouge de M. Pierron a besoin de besicles. La pauvre bête ne voit pas très clair.
Elle a mal lu notre numéro d'avril, où elle a découvert que nous poussons la France à déclarer la guerre à l'Allemagne.
Bagasse!!
A cette funeste révélation le directeur de la Jeune Belgique est demeuré pétrifié. Il s'est demandé avec angoisse, durant cinq minutes, s'il n'était pas l'oncle du général Boulanger.
Que l'Europe se rassure! Le directeur de la Jeune Belgique souhaite ardemment que les Français fraternisent avec les Allemands; il se permet seulement de penser que pour fraterniser avec ses voisins, il n'est pas nécessaire qu'un peuple abdique sa personnalité.
Voilà pourquoi il ne ressentaucun enthousiasme quand M. Mauclair écrit: ce Nous nions Vesprit national... nous crierons vers le Septentrion ».
Fraterniser est Jbeau ; [perdre son caractère est triste.
Méditez çn, pauvre coqjdes Marollcs! Les meilleurs coqs gaulois seront de notre avis.
La revue de M. Sander Pierron, à laquelle collaborent ses amis, MM. De Moldcr, Delattre, Verhaeren, etc., publie une ahurissante « lettre parisienne » de M. {Camille Mauclair, l'étonnant Parisien qui a renie l'esprit national » et qui « crie vers le Septentrion ».
L'esprit français semble avoir, de son côié, renié très énergiquement M. Mauclair qut écrit sans sourciller: a Monet, rutilant et magnifique, virtuose de la fractionnalité du ton à un point incroyable, fantaisiste ei soleilleux ! »
On n'en peut douter. M. Mauclair crie
vers le Septentrion. Et quels cris, M. Pierron, quels cris !
La revue de M. Pierron admet les alexandrins de M. Fontainas, tout en blâmant avec discernement ceux de Leconte de Lisle. Voici son opinion sur les Estuaires (V ombre : « Le vers s'écoule avec habileté; on n'éprouve nullement cette gêne des douze pieds qui s'obligent. Hémistiches musicaux, en sons doux, en rythmes hatmonieux »
Heufeux M. Fontainas, qui désarme, grâce à ses pieds si obligés, les sévères censeurs des Poèmes barbares !
Toujours dans la revue de M. Sander Pierron, M. Vielé-Griffin décrit en prose mal typographiée un certain jardinier Phocas qui tisse en l'air des entrelacs à l'aide d'une gourde. Voici, en son début, le texte de ce petit conte aussi clair que spirituel:
« Ce figuier simple aux mille mains prott ^>ices bénit notre repos d'un geste de « patriarche; j'ai fait ma tâche; et l'heure, a tantôt lourde au sillon lent, glisse avec « l'eau verte entre les arches, calme comme u la brise qui la tache d'un plissement; (( j'ai fait ma tache: la gourde^ dont nos « soins guident tel an, tisse, là-haut, des K fraîcheurs d^entrelacs et fait un jour « subtil des lourds rayons qu'elle tisse, « mêlant des transparences vert-lilas au « grand jour blanc du solstice. »
Ah, fouchtra de charabia !
N.B. M. Georges Dwelshauwers assure que M. Viélé-Griffin ressemble à Virgile.
Ohé, les cocoricotiers, cocoricoteux et cocoricotards !
Ohé, les fanfarons du Coq rouge ! Vous aviez promis d'être de vrais petits coqs; votre
oiseau devait ctre un coq fulgurant, un coq iriomphal. Oh, la, la! On déchante, ce nous semble. Il a suffi à la Jeune Belgique de taquiner un peu du bout d'une gaule ce bouillant volatile pour lui clore le bec Dans son numéro deux pas le plus petit cocorico de réponse. Le pauvre sire se tait, la crête sur loreillc, la queue entre les pattes. Il fait pitié.
Ce n'est plus un Coq rouge, ça, c'est un coq en pâte, ma pauvre guimauve I
Le Daily- Chronicle publie un article où un pince-sans-rire de premier ordre feint d'étudier les Villages illusoires de M. Verhaeren. Cet homme étonnant trouve fort simple de déduire d'un «syllogisme de bois»
des vérités incompatibles ; il estime que «la texture de la Pluie est trempée dans des syllabes pluvieuses». Il iugc que M. Verhaeren a un sens infaillible du style (qu'en pensez- vous, Anatole France?) et il le compare, à ce propos, à Rossetti et cite, à titre d'exemple, les mots « myriadaires, comminatoires et indiscontinumem ». On ne pourrait évidemment trouver de meilleures preuves. Enfin il assure que chez M. Verhaeren la conception « satisfait toujours à la raison et au cœur ». Et il joint à son appréciation cette citation corroboralive ;
U a compté les maux immesurables :
Les conseils nuls donnés aux misérables ;
Les aveugles du soi qui conduisent les autres;
La langue en fiel durci des faux npètres ;
La justice par ses textes barricadée ;
L'effroi plantant sa corne au front de chaque idée. Que les idées à cornes de M . Verhaeren satisfassent au cœiir et à la raison du critique de la Daily Chronicle, c'est une pensée qui ferait éclater de rire tous les acarus du fromage d'Yperdamme !
Remarqué, le 16 juin, rue des Paroissiens, un monsieur qui riait aux larmes. Il feuilletait du bout des doigts Torgane de la société Biberon et Bourrelet et lisait la Vie est belle de bel espoir ^ fragment d'un a roman & paraître » qui a pour auteur l'un des plus aimables babys de la maison.
Le petit bonhomme raconte un songe, — tout comme Atbalie, 6 ma vieille ficelle !
Voici ce pathétique morceau avec les lambeaux de dialogue adjacents :
« C'est vrai, Hélène... C'est vrai... Oh !
Tiens. Ecoute... Hier... J'ai rêvé...
— Un rêve !... Un rêve fait tant que ça sur toi f.,.
— Oh! Ecoute... moi... Mienne... C'est un rêve... avec du désordre et sans équilibre comme tous les rêves. Mais il m'a tellement ému que je me sens tout autre...
Je sens en moi... quelque chose de neuf...
qui est bon... oh! si bon... Tiens! cette nuit... donc j'ai rêvé. D'abord des choses vagues dont je ne me souviens plus même...
et puis voici que brusquement je me suis trouvé avec un petit enfant sur les bras. Et je savais que c'était mon fils et que c'était toi, Hélène, qui me l'avait donné. Et j'étais tellement heureux que follement, en le regardant, je riais ! Eiait-il beau jf Etait-il laid i Je n'en sais rien.. Et d'ailleurs qu'estce que cela fait ça ?... Il était à moi... n'estce pas i Et alors ! Et je le portai à Mère et triomphalement je criai : — « Vous voyez bien que c'est mon enfant, il n'a rien dit encor, il n'a pas pleuré î » (Oh ! c'est naïf, n'est-ce pas, Hélène.) En effet, il n'avait pas encore geint... ni ouvert la bouche...
Ce qu'on me répondit... Je ne sais pas !...
J'ai alors couché mon fils dans un lit, je l'ai emmailloté dans des couvertures et je l'ai contemplé qui s'endormait.
— Et c'est tout. Mais je ne vois rien d'extraordinaire à ça !
— Eh non ! Il n'y a rien d'extraordinaire. Mais dans mon cœur il y a quelque chose de neuf. Je t'assure. Mienne, j'ai eu, cette nuit, comme par une révélation, le sentiment profond de la paternité... Au paraavant, je t'aimais d'un amour passionné et aveugle... Je ne voyais rien au delà de ton corps. Je ne vovais que toi, ma Mienne, mon Hélène... Je n'étais qu'amant... Tes lèvres ne savaient que baiser... Ta poitrine, oh ! Je ne concevais pas ! Je ne concevais pas tout cela... Il y a dans ton être un usa^e autre.,. Tu n'es pas qu'un instrument de jouissance... Oh! si tu savais quel respect religieux f éprouve pour toi... Dis, dis 7 Tu me comprends ?. ,
Elle sourit un peu. — Mais non ! Pas beaucoup ! Tu es si drôle.,, y>
Est-ce que les petits écrivassiers vont recommencer ces romans si belges et « si drôles » qui tirent jadis notre joie : la Famille Van Pée ou la Famille Bouvard, etc., etc. : — amours émouvantes et patoisantes du fils d'un marchand de crabes
enrichi avec la petite fille d*une ancienne revendeuse de plumes d'autruche, — odyssées du « bas-de-ia-ville» et oarystis du « bois de la Canabre î » Petits, prenez garde: vous êtes la vraie descendance de nos vieux plumeaux !
Dans le Soir, Piccolo a malmené le pauvre Coq rouge de façon gaillarde et spirituelle.
Voici comment Piccolo apprécie le programme de la revue de M. Sander Pierron :
Les vélocipédisies écopent en bonne compagnie au surplus : l'administration, le journalisme, la Cour, tout y passe.
Ce qu'il y a de plus amusant, c'est que dans le poulailler du Coç rouge on trouve des ronds de cuir ministériels, vulgaires budgétivores, de modestes et dociles pondeurs de copie à tant la ligne dans les (quotidiens les plus mortellement brouillés avec la liitéraiure, des secrétaires de vélodromes, etc.
On nous répondra que la littérature ne nourrissant pas son emplumé, il faut bien gagner son grain de mil comme on peut, soit. Mais pourquoi imputer à crime aux autres ce que l'on fait soi-même î
L'ornithologie nous apprend bien que le coq est de tous les oiseaux celui dont le cerveau offre la disproportion la plus grande avec la masse du corps, mais on n'est pas illogique à ce point-là.
Le misonji.sme étant notre moindre défaut, l'annonce d'une revue hardie et novatrice nous avait ravi. Hélas, il faut en rabattre. Le titre était suggestif : avec le Coq rouge^ on ri lait faire namber toutes les vieilles perruques pour éclairer les horizons nouvcfaux. Et au lieu de ce vaillant éclaireurde voies nouvelles on nous sert un périodique « éclectiqu'i ».
Mais c'est le programme des coqs perchés au haut des clochers, cela, allant à tous les vents !
Evidemment, si l'écrivain n'avait pas le droit de se contredire, il n'aurait plus qu'à jeter sa plume; mais encore convient-il de ne pas abuser de cette liberté.
ce Au lieu de provoquer de stériles et byzantines discussions théoriques quant à la supériorité de tel moyen d'expression sur tel autre, au lieu d'établir des clans et des distinctions entre artistes conservateurs et d'artistes révolutionnaires, entre parnassiens et vcrslibristes, entre Flamands et Wallons, Latins et Germains, au lieu d'excommunier en bloc les partisane d'une forme d'art au profit de ceux d'un autre
nioJe, au lieu surtout de s'attarder, et, disons le mot, de se dégrader en polémiques personnelles, en attrapades de journalistes, pour le grand plaisir des badauds, des niiés et des brouillons, querelles de plume qui, si elles n'ont jamais converti personne, ont fait gaspiller bien du talent et ont ruiné plus d'un caractère d'artiste ; au lieu de se chamailler entre artistes, prélimîne le Coq rouge, nous allons travailler, mettre les talents en lumière, etc. » Et aussitôt, au lieu de clore le bec sur ces belles variations, le voilà dégoisant injures et insultes, prenant le ton d'un perroquet de matelot.
Au fond le Coq rouge est probablement moins méchant qu'il ne cherche à s'en donner l'air.
Dès avant ses premiers ébats on avait répandu le bruit que mère poule la Jeune Belgique allait lui rogner les ailes et aussitôt il s'est dressé sur ses ergots. Simple parade donc. Le sang-froid reviendra. S'il en était autrement, le Coq rouge donnerait raison à ceux qui lui reprochent de ne connaître en fuit de langue que le macaque flamboyant.
Quand on se met en colère on devient bien rouge comme un coq, mais en bon français rouge comme un coq n'a jamais signirïé coq rouge.
Infortuné Coq rouge .' il a reçu pas mal de coups de bec, mais c'est en vain que Ton attend la riposte. La pauvre bête se tient à peine sur ses pattes; elle a les ergots ramollis.
Mais pourquoi s'intituler pompeusement Coq rouge lorsqu'on n'est qu'un piètre coq mouillée
Entendu cette jolie définition de l'animal : le petit chapon rouge.
Le Coq /?om^c poursuit méthodiquement sa campagne pour faire décorer ses collaborateurs. On se rappelle les bruits singuliers qui ont couru il y a deux ans : le gouvernement français, disait-on, avait eu un moment l'intention d'accorder la décoration de la Légion d'honneur à quelques jeunes écrivains belges, mais l'un des romanciers les plus an vue était formulement axclu de ces favaurs oiiicieUes à cause d'une certaÎAS nouvallti gù \»% J$go-
bins français qui ont tyrannisé la ville de Malines, étaient fort mal arrangés.
L'auteur de cette nouvelle aurait pu garder une attitude patriotique et iière.
Être privé d'une décoration étrangère pour avoir défendu ses compatriotes, cela n'avait, pensons-nous, rien que de très honorable.
L'écrivain dont nous parlons semble en avoir jugé autrement et son Cog rouge plaide piteusement les circonstances atténuantes. Ruban, s'il vous plaît !
Interrogé une bête à bon Dieu au sujet du Coq rouge; la gracieuse coccinelle a répondu en rougissant : c'est un coq si null...
Hélas!...
Ou HÎ^NENT LES MAUVAIS CHEMINS.
Veut-on savoir où peut en arriver un bon poète égaré dans une déplorable esthétique, la Plume nous l'apprendra On y lit ceci :
Oii se souvient de la fantaisie Délisquescences^ d'Adoré Floupetie? Voici, pour comparer, les derniers vers de M. Henri de Régnier, parus dans Essais des Jennes, n* 6, mai 1893 :
VERS
Un 8olr tu vin* m'apporter trois fleurs,
clIçB étaient bleues,
puis ce ftir«at des lézar.ls sans queues,
des cigales que tu tenais par une patte
et d'aucres fleurs.
Une pensée énorme et mattc
cil on voyait au centre comme un masque
de vehufs mortuaire avec des yeux aveugles.
Tout un jour tu dormis dans le foin d'une meule
nuis tout un mois.
Nous nous promenâmes par la main
entre les buis du vieux Jardin,
puis une fois
on sonna à la porte yer3 trois heures
et nous allâmes ouvrir nous tenant par la main.
Et dire qu'il faudra mourir et que tu meures I
Hbn&i de KtoMBK.
On lit dans le Figaro :
Le peintre Henri de Groujc fut mis en rapport dernièrement avec un Angliis qui cherchait, pour le compte d'une compagnie londonienne, un peintre capable de faire un panorama gigantesque de la bataille de Waterloo.
Déjà l'artiste avait dessiné des plans, des esquisses, composé des groupes, évoqué de glorieuses hécatombes d'hommes ei rêvé un Napoléon vaincu toujours superbe, et l'Anglais en question s'en était retourné à Londres parler de sa trouvaille, soumettre les projets, quand, au bout de quelques jours, ayant presque fait ses malles et lavé ses pinceaux, le pemtre reçut de Londres une lettre au cours de laquelle on lui faisait entendre que, malgré la grandeur épique de sa conception, il fallait la modifier et se
borner à une apothéose du général
anglais Wellington.
A cela, qu'allait répondre Henri de Groux?. . C'est bien simple, l'Histoire lui dictait son devoir. Après avoir écrit une enveloppe à l'adresse des membres de la compagnie londonienne, il prit une feuille du papier le plus blanc, et y grava en caractères gras et visibles et seul \noi:. . Henri de Groux ne se rend pas ! »
La seule moralité de cette affaire, c'est de redire avec Henri Heine : a Cacaium non est pictum. »
M. Picard ayant voulu être, à Paris, la raquette du Volant de M"e Judiih Cladel, la jeune autkoress a confié au Figaro que les Bruxellois possédant un chien trop bel liqueux, lui donnent le nom de Picard.
M. Henry Bauêr a reproché à l'Amiral sa conférence de tardigrade et M. Mendès s'est exprimé en ces termes dans le Journal :
La pièce de M"e Judith Cladel était précédée d'une conférence de M. Edmond Picard qui fut l'enthousiaste a ni de Léon Cladel. Aucune pei sonnaille étrangère n'est plus sympathique aux lettrés de France que celle de ce grand avocat belge qui est en même temps un écrivain d'une réelle valeur. Nul de nous n'a oublié l'accueil si sincèremeni cordial,si amicalement joyeux, dont il honorait nos visites quand nous allions, à Bruxelles, le saluer. En ce journal même, M. Maurice Maeterlinck a dit le double rôle littéraire et politique de M. Edmond Picard. Nous voulons, nous, artistes français, le remercier de ses franches poignées de mains aux voyageurs, de sa hdélité aux services promis, — de sa maison ouverte 1 et nous sommes heureux d'avoir pu lui offrir, tout autant d'ailleurs en Teslime de sa parole qu'en la gratitude des bonnes heures passées chez lui, Thospitalité du succès.
Bulletin bibliographique :
G. d'Annunzio.— Les Romans de la Rose.
— V Enfant de volupté.
A. CoUignon. — Diderot, Sa vie, ses œuvres, sa correspondance.
Paul Adam. — Le Mxstère des foules.
2 vol.
Pierre Veber. — Les Veber's.
Ph. Gille.— Les Mercredis d'un critique,
C'e R. de Montesquiou. — Le Parcours du rêve au souvenir, poésies.
Gyp. — Les Gens chics.
R. de La Sizeranne. — La Peinture anglaise contemporaine.
J.-M. de Hérédia.- Les Trophées, 3« éd.
Discours de réception à V Académie
française.
Jules Bois.— Le Satanisme et la Magie, préface de J.-K. Huysmans.
Bernardin. — Un précurseur de Racine.
Tristan VHermite. .