L^AGE D'OR
Aube^ sourire immense, ô jeunesse du monde!
Je te salue, ô paix solennelle et profonde :
C'est la première aurore et l'homme adolescent^
Sur les monts couronnés de thym, foule en dansant
D'un pied léger la terre heureuse et printanière.
Les lions et les ours sortent de leur tannière.
Attirés par les chants de l'aède divin.
Le voici, grave et doux, qui descend le ravin.
Le front ceint du laurier et la lyre agrafée
A sa ceinture d'or : reconnaisse^ Orphée.
Zeus lui parle et l'inspire et la clarté des deux
De mystiques rayons illumine ses yeux.
Le murmure touffu des forêts bruissantes
Se mêle au bruit léger des fontaines naissantes;
L'azur religieux inonde Varchipel.
Sur la colline, où croît la bruyère, l'appel
Des ramiers langoureux traîne dans le feuillage;
La mer sonore rampe et chante sur la plage.
Et les Muses en chœur avec leurs belles voix
Se répondent parmi les vallons et les bois;
Le pâtre dort sous l'orme où la viorne grimpe,
Et le rire des dieux éclate sous FOlympe.