SOPHOCLE
Sophocle^ nom si doux aux lèvres^ demi-dieu Qui^ sur le promontoire éblouissant et bleu.
Conduis les chœurs sacrés enivrés d'harmonie! Salut céleste enfant, ô lumineux génie Qui, les cheveux en fleurs, calme, superbe et nu, Aux battements joyeux de ton cœur ingénu.
Sur les rivages d'or que la mer illumine Près des autels dressés danses à Salamine!
La voix des dieux passait dans l'air spirituel
Quand, accordant ta Ijrre au rythme universel
Qui modère la vie et gouverne les mondes.
Tu chantais, devinant les essences profondes,
La beauté, la douceur, la grâce et la vertu.
Mais le clair horizon s'assombrit : tout s'est tu;
L'ombre triste du soir traîne dans les ravines.
Sophocle est mort. Hélas f ses prières divines
Ne détourneront plus de la fière cité
La colère du ciel et le vent empesté;
Les matelots pieux, pour calmer la tempête
Qui dans l effroi des nuits s'amasse sur leur tête.
Ne réciteront plus ses hymnes frémissants ;
Sa patrie oubliera ses sublimes accents.
Il est parmi les dieux; et c'est pourquoi Ly sandre.
Sur l'ordre de Bacchus, au plus fier, au plus tendre.
Au plus harmonieux entre tous les mortels
Bâtit ce mausolée et para ces autels.
Gardien printanier du tombeau de Sophocle Rampe paisiblement, ô lierre, sur le socle,^ Ramène en cet enclos le silence et la paix.
Qu'il dorme doucement sous tes rameaux épais Celui qui tant de fois nous enseigna la voie De la beauté parfaite ; et que partout on voie Eclore la tendre rose et les myrtes voisins.
Que la vigne touffue et fertile en raisins Près du calice ardent du pavot écarlate Courbe autour de Vormeau sa grappe délicate Pour honorer ainsi le Poète pieux Dont les chants désormais réjouissent les dieux
XAIPE
Jeune hmnme, sois heureux. Que la vierge amoureuse
Te choisisse, admirant ta grâce vigoureuse,
Parmi les plus soMnts et parmi les plus beaux l
L'heure est calme. Suivant la route des tombeaux
Où le platane blanc allonge une ombre amie.
Descends vers le Lycée ou vers r Académie.
Déjà le rossignol de silence enivré
Chante près de la source au fond du bois sacré ;
Dans les rameaux dorés les brises se sont tues.
Ici, dans ces jardins pleins de nobles statues,
De parterres riants, de fleurs et de buissons, \
Les jeunes gens joyeux recueillent les leçons
Des vieillards que respecte et qu honore fAttique,
Si tu veux méditer sous le double portique,
Ou bien, lorsque la nuit rêve, errer à travers
Les bosquets embaumés en récitant des vers, *^
Choisis avec grand soin un ami de ton âge. I
Qu'il soit doux, vertueux et vaillant. A fombrage i
Des oliviers, le front orné de joncs en fleurs
Vous unire:^ vos voix; et les bonnes odeurs
Du smjrlax et du pin dans les airs dispersées V
Parfumeront vos cœurs et vos doctes pensées.
Sachant réaliser vos songes éclatants.
Vous aimere^ la vie et le jeune printemps
Lorsqu'au vent matinal le chêne vénérable
Mêlera son murmure à celui de térable.