MIRAGES
aniée jusqu'alors de mélancolie, cette vesprée marine s'illusira, tout à coup, de la seule et naïve splendeur innocente de sa présence; l'obsédant paysage s'ennoblit encore de Tapparilion furtive de sa fine et nerveuse silhouette; de sa grâce élégante sous le simple costume au large col enfantin d'où s'érigeait — fleur d'ardeur et de fierté spirituelles, — son irritante et douce figure hardie.
Charmante tête aquiline, pur profil volontaire auxquels les boucles courtes et drues de ses cheveux noirs imposent un viril et magnétique diadème; — et ses blonds sourcils ; le délice tendre de ses yeux bleus voilés de transparentes paupières intimidées; son teint hâlé que la fraîcheur du sang, la nouveauté et la pudeur de la vie avivent et carminent ; ses exquises lèvres impoliues; — une parure d'ingénuité divine...
Désinvolte, aussi, et langoureuse, sa démarche associe la candeur à rénergie, témoigne la sûre puissance, la suprématie native, légitimées de séduction irrésistible, de ce puéril tyran, impérieux et timoré, noir et blond, et en qui semblent fiancées la morbidesse italienne et la jeune audace britannique.
La malice et la douceur, le juste orgueil et la juvénile impertinence de sa beauté règlent la chaste majesté adorable de son corps svelle, Tespiègle impudence de son regard humide. Limpides joyaux sensibles, azur liquide parsemé d étincelles, ses yeux radieux et sombres traduisent la folle ambition turbulente, la témérité magnifique d'une âme vierge, la généreuse et partiale jalousie dun cœur immaculé...
— A longues lames roides, rudement, Tinexorable mer violacée déferlait, l'ornière profonde de ses flots moirée de triste et mourante écarlate... Au ras de Thorizon tendu de surnaturelle soie verte, moite et décolorée, une ondulante et mince nuée grisâtre s'allongeait : monstrueuse panthère accroupie, le pelage frémissant de convoitise féline, et prête à s'élancer d'un bond élastique sur sa proie dérisoire : le soleil ensanglanté!..,
Tes yeux, tes beaux yeux ternis prennent la teinte résignée d'un farouche océan, et sans grèves, dont la morne vague irrésolue naviguerait vers l'infini inespéré et l'inconnu ; — mais, au reflux enthousiaste du sang, leur changeant iris se spiritualise d'onctueux et sombre azur et d'extase; et ce m'est, alors, comme une épiphanie nocturne, une fête religieuse et chantante, célébrée sous l'ascension fière et la tendresse des astres.
Humectées, aussi, et pâlies, — aux jours d'inquiétude heureuse et de nonchaloir, — ces dures émeraudes réverbèrent l'ingénuité primitive, le frisson avant-coureur du printemps en une agreste contrée, très pauvre et noble.
Meurtrières pensives desquelles filtre un rayon nostalgique, — sourdement elles luisent, quelquefois, ces fascinantes prunelles, du vert lacustre des étangs torpides, engourdis par la contagieuse majesté pourprée du crépuscule, au milieu des hauts peupliers royaux.
Mais la colère frappe ton regard du vitreux éclat des noirs glaciers, des solitaires lagunes alpestres, où — haleine évaporée sur l'émail froid de l'acier, — fuit l'ombre carnassière des oiseaux de proie, dont le vol troue la nue taciturne.
Et, trop souvent, le prisme suggestif se décompose et se trouble ; entre tes paupières flétries, sur le champ sinistre d'un ciel glauque, diapré de jaune équivoque et lilieux, — des nuages passent, monotones, alourdis de pluie malsaine et de poussière.
ARNOLD GOFFIN