A UN CONTEUR WALLON
« Suis sire du vers joli. »
Watriquet de Couvin
Ami, c'est toi que je préfère.
Toi, qui ne songes pas à faire
D'un fabliau, Assis sur de noirs apostumes, Vingt ou trente livres posthumes
In-folio.
Toi, qui, dédaignant ce vieux texte.
As pris seulement pour prétexte
Ta robe, et qui, D'un brin de thym, écris un conte Dans le ga^on, assis sur Comte
Ou sur Blanqui,
Chef de Vécole buissonnière, Tu vas, rêvant dans la clairière
Où le bouvreuil.
Sifflant Tilman et son étrille.
Gazouille, vocalise et trille
Avec orgueil.
Tout te rit : comme redevance. Mon joyeux marchand de Jouvence
Au cœur divin.
Les lys f offrent leur diadème A toi qui rajeunirais même
Charles Potvin.
Enfant, ainsi que toi j'adore Les bois légers qu'un rayon dore
Et le vallon Où les merles et les mésanges Dans les bosquets chantent aux anges;
Je 6uis Wallon.
Mon cœur amsi chante matines; D'aubépines et cTéglantines
Il est rempli; Tout est en Joie, et je puis dire Comme Watriquet : Suis le sire
Du vers joli.
Hélas! nous sommes en décembre :
Là-bas, au beau pays de Sambre,
Le noir bouleau Que la rafale froide étriqué, Sur la berge, semble une trique
Au bord de Veau,
En lisant des choses bourgeoises J'attends la saison des framboises
Quon cueille à deux; Au coin du feu, triste, je rêve, Puisque les oiseaux sont en grève.
Aux grands ciels bleus.
Mais quand ce soleil qui s'endeuille Aura transformé chaque feuille
En rayon d'or^ Mon cœur vers Lobbes ou vers Marche, Comme la colombe de l'arche,
Prendra f essor.
Mais en attendant, que ton livre De sa senteur fraîche m'enivre!
Je me croirai, O soudaines métamorphoses!
Transporté dans tes pays roses
Au lac moiré.
Cher magicien, tu m'évoques Les bois et leurs coins équivoques
Où le pinson.
Près de la fontaine dorée Egrène, en sautant, la rosée
Dans le buisson.
Je revois la jeune feuillée.
Et plus loin, la forêt mouillée
Qui veut cacher Dans le ravin oii traîne une ombre, Sous sa frondaison claire et sombre
Le vieux clocher.
Des enfants tressent des guirlandes De résédas et de lavandes
Au Joli Mai, Et r accordéon des dimanches Ronronne dans les maisons blanches
Un air aimé;
L'odeur du thym et des mélisses Embaume l'air; mille calices
S'ouvrent vermeils; Tout est clarté, tout est silence.
Dans les courtils le vent balance
Les grandS'Soleils .
O divin sourire! Tout chante Ton bonheur, ta grâce touchante
Et tes amours, Et, dans mon extase, /oublie Que /'Art moderne se publie
Tous les huit jours.