AU POÈTE : ALBERT GIRAUD
Adieu noble ^ sainte Harmonie Que chantait rHellade bénie.
Adieu! ton temple est déserté.
Esprits ténébreux, les esthètes Ivres de monstruosité.
Ont remplacé les purs Poètes ; Ils fon reniée, ô Beauté!
Leur âme ballotte avilie
A u vent rageur de la folie
Où se mêlent leurs cris de paon.
Pour rythmer leur déséquilibre
Apollon s'est fait œgipan
Et leur enseigna le vers libre
Qui nous perfore le tympan.
Tous les démons du moyen-âge |
Dans leur cerveau tiennent ménage; '
Ahl quel affreux et noir silo!
Un peuple de larves y grouille;
Leur soleil nés plus qu'un halo.
Ils préfèrent une gargouille
A notre Vénus de Milo. j
Mais toi. Poète, ô noble cygne!
Qui de ce nom es encor digne.
Terrassant le monstre dompté.
Pour purifier Fart tragique^ Maître, de ton cœur exalté^ Fais jaillir la flamme magique De ta puissante volonté.
Et cependant que la nuit monte ^ Couvrant pour tout jamais la honte De ces dangereux forcenés Quï, par leur furieuse Muse Au Sabbat des ^ fous entraînés.
Font éclater leur cornemuse En hurlant comme des damnés,
Toiy dédaigneux de la menace, Debout au sommet du Parnasse Qui domine Vimmensité, D'un suprême et hautain sourire Méprisant le flot démonté.
Comme le divin Porte-lyre Tu te dresses dans la clarté,
UHORLOGE
Midi sonne. L'horloge s'ouvre.
C'est un manoir;
Viens vite voir Les beaux jardins, le joli Louvre.
Tous les carillons tremblotants
Gazouillent l'heure
Dans la demeure Du vieux seigneur chenu, le Temps.
Mille, mille marionnettes
En sautillant,
En pétillant, Sortent, prestes, de leurs logettes.
Voici que du léger donjon
La porte grince :
Un petit prince Accourt, tourne, fait le plongeon.
Sur une des tours, le coq chante (i).
Le portier roux.
Plein de courroux.
Fait entendre sa voix méchante.
(i) Il n'est pas rouge.
Trois jeunes filles blondes font Un tour de danse, La révérence^
Et, brusquement, passent le pont.
Ce bel enfant aux habits roses Tout éclatants, C*est le Printemps
Semant des perles et des roses.
Mais V Hiver maussade le suit. Et puis encore La blanche Aurore.
Le Jour tout bleu, la sombre Nuit.
Tandis que de vives bergères
Sous les bosquets.
Font des bouquets D anémones et de fougères,'
Soudain paraît au belvéder Un bon gros moine Rouge-pivoine
Qui se déguise en Demolder ;
Pareil à quelque flamme rousse.
Immensément,
Le Juif errant Suit Verhaeren qui se trémousse.
Cependant que grince à lécart.
Et pirouette
En girouette.
Pailleté dor, Edmond Picard,
Une ombre dune ombre est suivie.
Ce qui brilla
Séteint; voilà Limage exacte de la vie :
Des marionnettes qui font.
En beaux atours.
Trois petits tours, Trois petits tours, et puis s'en vont.
Aussi, de ce rêve éphémère Qui dans la nuit S*épanouit,
Ombre fuyante et mensongère.
Sachons, amants de la Beauté, Fixer tessence.
Noble espérance
Dune divine éternité.