ALEXANDRE DUMAS FILS
ans la remarquable et très élogieuse étude de M. Paul Bourget sur Alexandre Dumas fils, le poète des X j^^wx constate que le dramaturge de Francillon est un écrivain « peu préoccupé des questions de l'art » .
Il serait difficile, en effet, même pour un admirateur passionné d'Alexandre Dumas fils, de soutenir sérieusement le contraire. Pour faire reculer ceux que le paradoxe allécherait, il suffirait de citer les aphorismes sur l'art que le romancier a semés dans V Affaire Clemenceau, Certaine préface, ornée d'un inconcevable panégyrique de George Sand, nous paraît susceptible de décourager plus d'un zélateur. Quant à la réponse au discours de Leconte de Lisle, je ne sache pas que l'Académie française ait jamais entendu méconnaître à ce point, avec une inintelligence plus lamentable, non seulement le génie d'un poète illustre, mais le génie poétique luimême. Ces preuves seraient tenues pour suffisantes, même si l'œuvre dramatique d'Alexandre Dumas fils ne portait la trace évidente du défaut constaté par M. Bourget. L'auteur du Demi-Monde n'est pas un artiste. Le culte de la Beauté pure lui est inconnu. Homme de théâtre, il sëvertue à concilier avec les conventions dramatiques la somme de vérité que l'on peut dire tout haut devant un public ; moraliste, il fait des efforts pour préparer les consciences à la revision des lois sur le mariage et la paternité, et finit dans une sorte de mysticisme dont le moindre tort est de se dérober à toute définition. Ce qu'il recherche ardemment, ce n'est pas le Beau, devant lequel, au fond, il ne ressent qu'un enthousiasme convenu, ni le Vrai pour le Vrai, tel qu'il se manifeste à l'homme de science, ni môme le Vrai pour le Beau, tel qu'il apparaît au romancier. Ce qu'il poursuit, c'est le Vrai pour le Bien, tel qu'il brille aux yeux du moraliste, mais avec cette particularité que le moraliste des planches doit composer avec les règles de lart dramatique et avec les préjugés de la foule.
« Au XVI I^ siècle, écrit M. Paul Stapfer, le poète n'était pas ce qu'il est devenu au XVI lï^ siècle et au XIX^, un apôtre, un missionnaire, un soldat, mettant la littérature au service d'une cause disputée... il n'était pas non plus un pontife parlant avec une gravité comique de son sacerdoce et affectant des airs de grand prêtre de Dieu sur la terre, ce qui est le comble du ridicule et du galimatias. Au siècle de Louis XIV, le poète était simple-
ment un artiste consciencieux, cultivant l'art à cause de l'art, soignant son style par amour du style, visant à la perfection pour elle-même. . . »
Alexandre Dumas fils, lorsqu'il voulut se hausser jusqu'au poème, mit au jour des vers quelconques, d'une banalité désespérante, d'une lâcheté de contour et d'une impropriété de termes impardonnables. On en jugera par le morceau suivant, exhumé par un niais bien intentionné ;