LA FILLE DE JAÏRE
Elle était mortes hélas ! la brune jeune fille^ Malgré son cœur si pur, malgré son front si beau^ Comme une étoile meurt, des que le matin brille ; Et de vieux fossoyeurs préparaient son tombeau !
Et sa mère pleurait et priait à sa couche.
Auprès de ce beau corps, à cette heure si froid; L'âme en derniers soupirs s'échappait de sa bouche. Comme d'un luth brisé la note qui décroît.
Un homme vint, portant au front une auréole,
Que le riche incrédule avait déjà proscrit.
Dont le pauvre écoutait la touchante parole,
Et que ceux qui l'aimaient appelaient Jésus-Christ...
Et le père pleurait et priait à sa porte;
Et Jésus qui passait le bénit de la main ;
Et le père lui dit : « Seigneur, ma fille est morte;
Morte! et si vous voulie:(, elle vivrait demain.
Vous pouve:{ faire encor que sa bouche sourie. Rouvrir ses yeux au jour et son âme au bonheur; Entre:{, et je ferai, divin fils de Marie, Du marbre de sa tombe un autel au Seigneur, »
C'était bien une morte à sa couche liée, Une fleur abattue au-dessous du ciel bleu!
C'était bien la statue oii Vâme est oubliée, A qui Vart donne tout, hors le souffle de Dieu!
Eh bien, le saint apôtre anima la statue; Il fit rentrer son âme en ce corps épuisé; Il rendit le parfum à la fleur abattue; Il rattacha la corde à ce beau luth brisé.
Et chacun le chanta dans son âme ravie. Implorant un rayon de ce divin flambeau; Alors il dit : « Croyei{! La foi, c'est Vautre vie, Qu étouffe bien souvent le doute, autre tombeau.,, »
Puis il alla semer cette loi qu'on révère.
Au-dessus de tout bruit faire entendre sa voix, Et remontant au ciel, en passant au Calvaire, Abriter ses bourreaux à V ombre de sa croix!
Quant à l'auteur dramatique, à l'exemple de Voltaire et de Beaumarchais, plus que Voltaire et que Beaumarchais, sans le don du style qui caractérise l'un et l'autre, il ne considère son art que comme un moyen. Mais Voltaire poussa l'esprit jusqu'au génie, et le fit pleuvoir en feu grégeois sur un monde qui se transformait; mais Beaumarchais eut un diable au corps, une flamme sensuelle, une vision chaude et pittoresque de la vie qu'Alexandre Dumas fils, nature cassante et froide, ne connut jamais. Cet esprit si vanté, à notre avis bien surfait, ne fut guère, sauf dans les rares moments où il aiguise la logique, que l'accompagnement un peu mécanique d'un talent médiocre, pour qui la beauté de la vie demeura voilée. Qu'il est pauvre et grêle, et qu'il sonne faux, cet esprit sans grâce et sans noblesse, qui se réduit, en somme, aux cliquetis de mots à la mode dans les salons et sur le boulevard. Jamais, ou presque jamais, le mot d'esprit ne jaillit de la situation : il naît du caprice de l'auteur, ou de son désir d'interrompre l'action pour récompenser la patience de l'auditoire. Prenez au hasard une comédie d'Alexandre Dumas fils, enlevez les jeux de mots et les pointes : la comédie un peu plus nue, un peu plus lourde, reste intacte. Quant aux répliques coupées, Murger en fit jadis d'aussi bonnes, et même de meilleures, à la douzaine! Envoyez-les aux journaux : ce sont des nouvelles à la main !
Ce serait peut-être le moment d'examiner si le petit journalisme, dont les débuts firent tant de tapage et qui ne fut pas sans exercer quelque influence sur la politique et les mœurs de notre temps, n'a pas contribué, par là-même, à modifier dans une certaine mesure la physionomie du théâtre contemporain. La nouvelle à la main, cette nouveauté plus ou moins neuve, amusa fort les esprits légers du second Empire. C'était un joli mirliton, sur lequel on joua des ariettes joyeuses, des chansons sceptiques, et même des refrains de Fronde. Faut-il s'étonner beaucoup si les personnages de prédilection d'Augief , de Dumas fils et de leurs rivaux ont ce mirliton dans leur poche, et l'embouchent à chaque instant soit pour dérider le spectateur, soit pour mener l'action, soit pour en tirer la moralité? M. de Ryons, Olivier de Jalin, le docteur Rémonin, Lebonnard, Thouvenin et tant d'autres coryphées d'Alexandre Dumas fils n'observent-ils pas les péripéties du drame comme les premiers charivaristes observaient les événements du jour? Ne passent-ils pas, d'un air détaché, en semant autour d'eux, sur les héros de la comédie, une nuée de petits jugements taillés à facettes, aiguisés en traits d'esprit? Ce sont les journalistes d*un journal parlé, qui apportent sur les planches l'atmosphère du Corsaire, du Nain jaune et du Figaro.
Je sais l'objection qu'on pourrait me faire : l'esclave de la comédie
antique, le gracioso du théâtre espagnol, les valets de Molière et de Regnard ne se privent pas non plus d'égayer la situation par des plaisanteries. Toutefois, si Ton y regarde avec soin, leur rôle est presque toujours subalterne et se réduit, en même temps qu'ils dérident le spectateur, à rendre à l'amoureux de la comédie les petits services, au fond peu honnêtes, que comporte leur métier. Mais ils ne se mêlent ni de juger ni de moraliser. Ce n'est point leur affaire, et ils préfèrent au ronron des maximes la joyeuse sonnerie des écus. Seul, le Figaro de Beaumarchais allie au désir peu platonique de faire fortune le souci d*une dignité naissante, et se permet envers le comte Almaviva des familiarités de comparaison et des hardiesses de jugement qui sonnent la fin d'un régime. Mais le Figaro de la Folle Journée a pour père un pamphlétaire incisif, un journaliste de génie, un plaideur dont les mémoires ont passionné la France et porté un coup terrible à l'institution du Parlement Maupeou. Si donc on m opposait le factotum d' Almaviva, je serais en droit de répondre qu'il annonce, à sa manière, les coryphées d'Alexandre Dumas fils. Faut-il encore, après les valets, citer les raisonneurs de la comédie classique? Molière ne les emploie guère, sauf dans le Tartufe, pour donner une satisfaction obligée aux âmes religieuses, et, même lorsqu'il les emploie, il ne leur donne pas le rôle prédominant et absorbant qu'ils ont dans la comédie contemporaine : celui d'un président des débats dramatiques. Il convient d'ajouter qu'Alexandre Dumas fils ne réserve pas son esprit aux seuls raisonneurs de son théâtre : tous ses personnages, même les plus instinctifs, font des mots qui sont autant de jugements sur leur condition et sur celle des autres. Il n'y a pas jusqu'aux enfants et aux figurants qui ne se mêlent de la partie. La petite fille de Monsieur Alphonse établit une nuance dramatique entre le mot mère et le mot maman; et le commissaire de police de la Princesse de Bagdad, chargé de constater un flagrant délit d'adultère, dit au comte de Hun : « Les Français n'aiment pas les maris qui font surprendre leur femme par le commissaire de police. »
Assurément, comme Alexandre Dumas fils avait de l'esprit, il ne résista point à la tentation d'en user, et comme il se croyait moraliste, d'en user dans un but déterminé. Mais il n'en reste pas moins vrai que les personnages d'Alexandre Dumas fils et de ses contemporains ont subi l'influence du petit journal, de la chronique et de la nouvelle à la main.
J'ai dit plus haut que cet esprit, cet esprit tant célébré par les chroniqueurs de l'époque, est d'une qualité inférieure. C'est l'esprit de mots, cet esprit qui, d'après Banville, dispense d'avoir continuellement de l'esprit. J'ajoute, non sans confusion, que cet esprit ne me paraît pas très person-
nel. Les meilleurs mots de Dumas fils, qui sont peut-être de Dumas père, diffèrent-ils essentiellement des mots de M. Aurélien SchoU ou de M. Rochefort? Je ne le pense pas. Et cependant ce sont ces mots, ces fameux mots que la critique suçait et resuçait jadis pendant des semaines, qui donnent une illusion de vie à la langue d'Alexandre Dumas fils. Otez ces vocalises, qui n'ont rien de la grâce italienne des vocalises chantées : cette langue neutre, froide et sèche n'atteint pas au style. Elle manque de nerf, de muscles, de chair. Elle vaucansonne : elle ne vit pas.
Mais j'oublie peut-être qu'il s'agit d'un écrivain dramatique. Sans agiter la question de savoir si l'on naît ou si l'on devient dramaturge, je veux bien admettre qu'Alexandre Dumas fils trouva dans son berceau, comme un hochet, le don, le fameux don du théâtre. C'est chose entendue, convenue, enregistrée, paraphée : Alexandre Dumas fils voit les choses sous l'angle qui est particulier à l'homme de théâtre. Il a l'optique, — ce mot dit tout; et certes, quand on étudie les œuvres de sa maturité, il serait puéril de contester qu'il a ce que M. Paul Bourget appelle l'imagination des crises. Mais cette imagination, il ne fut pas seul à la posséder. Des industriels dénués de toute valeur intellectuelle, comme M. Sardou et M. d'Ennery, pour ne citer que ceux-là, ont aussi, au même degré, cette imagination tant célébrée. Je ne me donnerai pas le facile plaisir de tirer le rideau noir qui recouvre le portrait de M. Scribe, ce Marino Faliero du théâtre, resté « Monsieur » comme Marino Faliero resta doge, et que malgré ses crimes notoires, nulle critique ne parviendra jamais à décapiter, la peine capitale exigeant une tête, et M. Scribe n'étant pas capable de la fournir! Alexandre Dumas fils fut un honmie de théâtre, dans la mesure où le furent un grand nombre de ses contemporains. Et s'il les dépassa de quelques pouces, c'est pour des raisons auxquelles l'art dramatique demeure étranger.
Au fond, il n'est pas plus humain que M. Sardou, et, si l'on me poussait un peu, je dirais qu'il l'est moins que M. d'Ennery. Comme le dit fort bien M. Ernest Verlant, « si sa littérature s'applique à être une expression de la réalité, une littérature d'observation, il faut noter cependant que son champ d'observation est très réduit. Le sujet de ses pièces est peu varié. La Dame aux Camélias^ renversée, devient le Demi-Monde, comme Monsieur Alphonse est un retournement de la Femme de Claude. Denise rentre dans les Idées de M™© Aubray. La Princesse Georges, la Princesse de Bagdad,
■ Francillon se font écho. Pareillement la mémoire a de la peine à distinguer et à situer les personnages, l'homme trompeur et aimé, généralement
. stupide et ignoble — M. Alphonse, de Thauzette, le prince de Birac, Cygneroy, de Riverolles; — la fille séduite qui est une sainte — voir
V Affaire Clemenceau et le Fils naturel^ Denise et Iqs Idées de M^^ Aubray;
— rhomme fort, le raisonneur, l'homme d'esprit — voir Passim; — la mauvaise femme telle qu'Iza, Césarine, l'Étrangère, M°ie de Terremonde;
— le prudent notaire, et caetera, mais il n'y a pas beaucoup à' et ccetera. Le monde de Dumas est un monde spécial, strictement cantonné, en dehors duquel rien n'existe pour lui. Il s'enferme dans un certain salon et l'idée ne lui vient jamais d'ouvrir la fenêtre pour regarder dans la rue ou contempler l'horizon, a Et ces personnages sur lesquels il a concentré toute la force de son regard sont, comme toute, bien peu vivants. Je n'en vois guère que trois à excepter, son Monsieur Aphonse, sa Madame Guichard et sa Dame aux Camélias, bien que celle-ci, trop calquée sur nature, soit moins un type qu'une individualité. »
On pourrait en dire autant de M. de Ryons, qui n'est qu'un portrait, peu idéalisé malgré son brillant ou plutôt son brillante, d'Alexandre Dumas fils lui-même. Ses personnages, tout comme ceux de M. Sardou et de M. d'Ennery, s'effacent derrière les conflits dramatiques qu'ils créent. Le souvenir de certaines scènes survit fatalement à celui de leurs protagonistes. Et ces scènes, si on les considère à part, sont assurément fort belles. Mais si on ne les sépare point du drame dont elles font partie, elles perdent la moitié de leur intérêt. C'est que, suivant la juste observation de M. Paul Bourget, le moraliste empiète sur l'auteur dramatique. Le vrai devant servir à la proclamation du bien, le dramaturge, en choisissant la vérité qu'il étale, choisit la plus congrue à la démonstration qu'il médite. Et l'ayant choisie, il la tourne, la retourne, la presse et l'exprime, jusqu'à ce qu'elle consente à lui donner raison. Il faut que, dans le Fils naturel, le père soit ébloui par la fortune de Jacques Vignot; il faut, dans Y Ami des Femmes^ que Madame de Simerose se confesse à de Ryons ; il faut que la Visite de noces tourne à une conception pessimiste et Y Etrangère, à une conception optimiste de la vie. Dans ces conditions, ce qu'il y a de réalité dans la matière dramatique s'altère et disparaît sous la mise en œuvre. La vérité n'éclate plus, comme la foudre, sur les sommets qui la provoquent : elle est artificiellement attirée, détournée et noyée, grâce au paratonnerre d'une idée préconçue, dans l'eau croupie d'une contestable moralité.
Alexandre Dumas fils n'est qu'une sorte de Franklin de l'art dramatique.
C'est le moraliste qui a gâté l'homme de théâtre. Ce sont les thèses, les célèbres thèses, qui donnerît aux comédies d'Alexandre Dumas fils leur air \'ieillot et passé. Que reste-t-il de la plupart de ses drames ? Ce qui reste de la Case de r Oncle Tom.
Le résultat est tellement caractéristique qu'il a frappé Y Art moderne;
mais celui-ci ne se rend pas un compte exact de la portée du phénomène.
VArt moderne, qfui a toujours combattu, contre nous, la doctrine de Tart pour l'art, aurait dû, pour être logique, chanter les louanges de Dumas fils, qui fiit un des plus brillants adeptes de Tart social. Les questions que VArt moderne traite avec tant de dédain, et qui inspirèrent les œuvres d'Alexandre Dumas fils, étaient à Tordre du jour, en France, de i85o à 1880, et tout le monde s'en occupait avec passion. S'il n'en est plus ainsi, c'est que le dramaturge a remporté, sur les mœurs ou sur la loi, une victoire définitive. Et il en sera de même, fatalement, des œuvres inspirées par les questions sociales du moment, le jour où elles seront résolues ou envisagées d'une autre façon. S'imagine-t-on que les nouvelles anarchistes à l'élucubration desquelles se complaisent certains de nos prosateurs ne perdront pas leur intérêt le jour où les coteries littéraires auront changé de folie?
Comme on l'a fait observer avec raison, VArt moderne s'est chargé luimême d'édifier le public sur la valeur de son esthétique. L'œuvre d'Alexandre Dumas fils, par sa caducité précoce, fait d'autant mieux valoir l'excellence des idées que nous n'avons cessé de défendre. Les comédies d'Alexandre Dumas fils, comme les tragédies philosophiques de Voltaire, ont la -valeur d'un clairon vertdegrisé retrouvé sur un vieux champ de bataille. Il a sonné la charge pour des combattants oubliés.
L'humanité quintessenciée de Racine est indépendante de l'action dramatique très simple dont elle émane. L'humanité d'Alexandre Dumas fils est écrasée sous le poids des complications dramatiques nécessaires à la démonstration de la thèse. Ce qui se passe dans l'âme d'Andromaque est d'une vérité générale; le drame qui se joue dans le cœur de Lionnette de Hun est d'une vérité relative, subordonnée à de telles conditions qu'elle en devient paradoxale, artificielle et transitoire. Bref, le théâtre de Dumas fils se meurt parce qu'il n'est pas assez simple, et parce qu'il ne nous montre, dans des circonstances extraordinaires, que des acteurs exceptionnels. Dans quelques lustres, on tiendra des comédies comme la Princesse de Bagdad et V Étrangère pour de véritables monstruosités dramatiques, qui n'intéresseront plus que de rares collectionneurs. Mais Racine ne cessera pas de partager l'inmiortelle jeunesse de Sophocle.
Si l'écrivain et le dramaturge semblent surfaits, que dire du penseur et du moraliste ?
M. Paul Bourget, dans ses Essais de psychologie contemporaine^ analyse avec minutie le personnage de M. de Ryons, et prétend retrouver sous cette individualité brillante quelques-uns des traits qui caractérisent notre gêné-
ration. M. Paul Bourget fait la partie belle à Dumas fils. M. de Ryons, en effet, si on lui ôte son esprit, et malgré son penchant à l'analyse potinière, — je ne trouve pas d'autre mot — apparaît comme une intelligence assez pauvre. M. Paul Bourget dépasse vraiment la mesure lorsqu'à propos de ce brillant et dangereux inutile, qui fait le mal par raisonnement, el le bien par caprice, il évoque la grande ombre de Schopenhauer.
Le pessimisme de M. de Ryons, qui n'est au fond qu'une crainte d'être dupe, a les mêmes racines sentimentales que celui du sculpteur Clemenceau. M. de Ryons est un homme qui a souffert dans son enfance, et qui s'est juré de ne plus souffrir par le cœur. Il a traversé des milieux faciles et tout en étant incrédule, il en veut aux dieux qu'il n'a pas rencontrés. Quand il moralise, il a non seulement le ton ironique d'un mondain qui veut étonner, mais la sévérité outrée de quelqu'un dont la jeunesse n'a pas été édifiante. C'est un cœur qui ne bat plus que par curiosité, un esprit tranchant et froid, un homme-bistouri.
Qu'il y ait quelques individus de cette espèce de par le monde, surtout parmi ceux que le Thomas Graindorge de Taine appelle les lurons positivistes, je le veux bien; mais le personnage ne se hausse pas au type. Il n'est en sonmie que le confident d'un autre personnage qui ne paraît point dans le drame : Alexandre Dumas fils lui-même. Et la morale du confident vaut celle de son maître.
On a beaucoup parlé du moraliste, — mais je voudrais bien que ses admirateurs me définissent sa morale, qui est complexe, confuse et contradictoire comme l'âme de celui qui la formule. Dumas est pessimiste dans Une Visite de Noces, mais V Etrangère déborde d'un optimisme enfantin, qui eût fort réjoui Voltaire. Le commandant Montaiglin dit à sa femme : « Créature de Dieu, qui as pleuré et souffert, je te pardonne. » Mais Dumas fils crie : Tue lai au mari trompé. Indulgent pour Marguerite Gauthier, il est impitoyable pour la baronne d'Ange. M. Meilhac le traite, non sans raison, de mysogyne, et Mn^^ Sarah Bernhardt n'a pas tort de le considérer comme un défenseur de la femme. M . de Ryons répand sur le sexe ennemi tous les poisons de son ironie, et Dumas fils réclame pour a la guenon du pays de Nod » les mêmes droits que la société accorde à l'homme.
Je trouve dans cette œuvre beaucoup de morales opposées, — mais je cherche en vain le moraliste.
Sa conception de Dieu est étrange. « La nature humaine, dit M™e de Morancé dans Une Visite de noces, a ses évolutions successives, et Dieu a eu la prévoyante bonté, voulant nous amener à la mort sans trop de fatigue
pour nous, d'échelonner tout le long de la route certains étonnements, certaines surprises qui nous redonnent envie de vivre au moment où nous ne nous croyons plus bons qu'à mourir » C'est du Schopenhauer pour mirliton.
Le Dieu d'Alexandre Dumas fils ressemble à un auteur dramatique d'un genre supérieur.
La célébrité de l'écrivain, qui date de i852, deviendra-t-elle un jour de la gloire? J'ai dit les raisons qui m'en font douter. Cette individualité remarquable, de qui rien ne passait inaperçu, ce parfait honnête homme, qui moralisa toute sa vie au nom d'une morale mal définie, ce romancier bruyant, cet auteur dramatique envié risque fort d'être jugé sévèrement par les générations futures. Divers et contradictoire, il n'a pas de dominante, et la postérité, qui sculpte les grands morts en une attitude définitive, ne saura pas comment s'y prendre avec lui.
ALBERT GiRAUD
SONNETS