LA COURONNE D'OMBRE
Soucieux quun mystère à jamais f environne.
De silence et de nuit f ai fait une couronne
A ta virginité puérile, et je veux.
Je veux jusqu'à la mort laisser à tes cheveux
Ce modeste bandeau d'ombre et de quiétude,
Quun autre, en son orgueil, dise à la multitude
Sur quel sein chaste et doux son sommeil s'est bercé :
Moi, je rends à ton front la paix quil ma versé.,.
O ma farouche enfant, toi que la gloire afflge.
Cet éternel secret sera ton seul prestige !
Et ton charme innocent de fantôme lointain
Se fera tout entier de vague et d'incertain !
Aujourd'hui que sans moi ton exil erre et pleure, A l'heure où se souvient ma fierté triste, à l'heure Où, quand le crépuscule a calmé nos forêts.
L'essaim de mes rappels et de mes blancs regrets Prend son vol nostalgique et vers toi s'oriente : J'évoquerai parfois ta beauté souriante Qu'assombrit à souhait le deuil des cheveux noirs. Pour les cœurs pleins d'amour, pour les passants des soirs Dont l'âme, en ces jours vils, de songes reste éprise. Et pour ce frère aîné qui Veut si bien comprise ! Aux yeux de ceux-là même il faut quun voile épais Te recouvre, tissé de ténèbre et de paix.,.
La tête ceinte ainsi d'une auréole obscure,
Tu ne leur sembler as que plus belle et plus pure ;
Et, sans l'avoir jamais rencontrée, ils sauront
Quelle idéale aurore illuminait ton front.
Dans le bleu demijour d'une allée endormie
Eux seuls contempleront, ô langoureuse amie
Dont une molle écharpe enveloppe les reins.
Ton spectre harmonieux parmi les airs sereins ;
Toute faible et confuse ils pourront même entendre
Ta parole : car c'est dans mon chant simple et tendre.
Un rappel de ta voix qui d'échos en échos
Leur parviendra le soir en soupirs musicaux /...
Dans le temple paisible où mon cœur te révère.
Eux seuls verront mes mains, jointes par la prière,
Désigner un autel, — mais Us ti apprendront point Pour quelle vierge ainsi Vextase me les joint ! Du fond des saints abris que ma ferveur te crée. Ton nom même — syllabe adorable et sacrée! — Dans un profane écho ne tombera jamais :
f ensevelis en moi ce cher nom, que f aimais Comme un symbole blanc de ta grâce ingénue!
Et plus d'un f aimera, qui ne faura connue Quà la façon d'un ange invisible, à travers Le doux brouillard d*a:[ur dont te voilent mes vers.
FRANS ANSEL
Septembre 1895