RÉSIGNATION
Un doux vent d'espérance est venu m'embaumer. Troublant d'un chant connu la paix de mon asile. Une voix, que mon cœur ne cessa point d'aimer. M'appelle à fuir la grève ou ce long deuil m'exile :
a — Viens : sous mes lents baisers je guérirai ton front; De mon pays lointain, /entends bien que tu pleures. Pour tes sommeils d'enfant mes bras se rouvriront. Le repos et Famour enchanteront nos heures.
Un souffle a traversé le soir tiède, et soudain Voici quen ma demeure une ivresse pénètre. . . Est-ce un printemps nouveau qui s'éveille au jardin f. . Des lys qui se mouraient semblent près d'y renaître.
Ne FaS'tu pas senti, ce souffle précurseur D'un immortel avril plein de langueur heureuse. Tout murmurant encor des soupirs de ta sœur.
Caresser en chantant la tête douloureuse?
Crois-en, malgré tes pleurs, ce divin messager : Une extase sans fin et de durables rêves Nous seront le doux prix d'un exil passager ; Un long enivrement pair a nos larmes brèves!
— Pourquoi, ma sœur! pourquoi, jusqu'en ce calme abri. Par ta voix adorable apporter tant de trouble! Je m'étais résigné.,, de loin tu m'as souri, Et voilà qu'à ton chant ma tristesse redouble.
Je ne veux pas prêter Voreille à ton appel.
Ni voir le parc en fleur que ta main me désigne : Le cœur ne guérit pas d'un mal aussi cruel, Et celui-là fait bien qui pleure et se résigne.
Trop de soirs endeuillés ont obscurci nos fronts Pour que puisse un printetnps les éclairer encore! Mais, au fond de nos yeux sombres, nous garderons Le consolant reflet des matins pleins d'aurore
Sur terre, un tel amour ne peut fleurir longtemps. Et £un bonheur si pur on n'est pas deux fois ivre : De son seul souvenir à tout jamais contents.
Respirons ce parfum qui trouble et fait revivre!
Car il embaumera nos âmes jusqu'au jour
Où, dans la tombe froide il nous faudra descendre;
Et de lui renaîtra notre éternel amour.
Comme un lis idéal germé dans notre cendre! »