LE SCULPTEUR
Sculpteur bigarre, qui dédaigne La cire, le marbre et l'airain, Au fond de râtelier chagrin Je pétris de la chair qui saigne.
Dans les palais aux lits discrets.
Dans les mansardes, dans les bouges.
Dans les taudis aux rideaux rouges.
Dans les sinistres lazarets.
Des ongles de mes mains félines Aidés de l'acier des couteaux.
Des bistouris et des ciseaux Je vais, crochetant les poitrines.
Coupant, fendant, creusant les chairs Avec des hâtes convnlsives Et les repliant toutes vives Comme deux volets large ouverts.
Et j'arrache en criant de joie.
Rouges, fumants et bondissants.
Les cœurs vierges, les cœurs puissants, Le$ cœurs d'amour, les cœurs de proie.
Et de tous ces cœurs comprimés Je construis mes sombres statues.
Dressant leurs forces éperdues En gestes cruels ou pâmés.
Les mains qui les ont caressées Sont pleines d'un sang rouge et frais Charriant des instincts secrets.
Des volontés et des pensées.