‹ La jeunesse blancheChapitre 27 sur 72 · FIN DU RÊVE · texte numérisé non relu

FIN DU RÊVE

Elle n'a pas marché, chaste et surnaturelle, Sous les arcs triomphaux que je dressais pour elle.

Sous les arcs triomphaux de lierre et de jasmins Que je dressais pour elle avec mes jeunes mains.

Que je dressais pour elle au seuil de ma jeunesse Pour l'y voir s'avancer ainsi qu'une princesse,

Et pour l'y voir superbe, avec toute sa cour. Recevoir les clés d'or de mon premier amour,

Et m'évoquer ainsi ces anciennes infantes

Qui venaient, au milieu des palmes triomphantes.

Dans leurs villes de Flandre, en agréer les clés Que des pages rêveurs aux cheveux long-bouclés

Leur présentaient sur des coussins de velours rouge, Ce pendant qu'au lointain, sous le soleil qui bouge.

Les chants du carillon, tombant du Beffroi fier, S''effeuillaient dans le vent comme des fleurs de fer !

1^ A gare du village avait des airs funèbres

Tassant son grand bloc d'ombre au milieu des ténèbres.

Au moment des adieux pleurait le vent du nord, Et la gare, on eût dit une maison de mort.

Quelques rouges fanaux trouaient le crépuscule Et ces fanaux semblaient remplis de sang qui brûle.

Et tout là-bas, parmi les lointains solennels, Les rails disparaissaient dans l'ombre des tunnels.

La gare du village avait des airs hostiles

Et les rails allongeaient leur froideur de reptiles.

Tout le long de la voie aux feux phosphorescents Les fils du télégraphe où parlent les absents,

Chuchotant à dislance un rappel aux mémoires, Alignaient dans la nuit leurs fils de harpes noires.

Et lorsque le convoi l'eut emportée au loin Je suis resté longtemps, inerte, dans un coin,

Dans un coin où le vent attristait sa musique, A me sentir au cœur un mal presque physique,

Un mal d'écrasement et d'atroce langueur Comme si tout le train m'eût passé sur le cœur !

•^Ggy

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