‹ La jeunesse blancheChapitre 44 sur 72 · DANS LES BANLIEUES · texte numérisé non relu

DANS LES BANLIEUES

Devant l'eau jaunâtre et malade Ils s'accoudent aux garde-fous Pour suivre la verte enfilade Des vieux saules dans les remous.

Pensifs de la joie en allée, Ils se pressent les mains plus fort, Songeant que la plus douce allée Les achemine vers la Mort !

Pas d'amour, malgré ma jeunesse 1 Sans qu'aucune avec sa douceur Vienne atténuer ma tristesse Et mon idéal obsesseur.

Seul s'en aller, faisant des lieues A pas douloureux, à pas lents.

Pour entendre dans les banlieues Chanter des chanteurs ambulants.

Seul écouter, sous les lanternes Dont les faubourgs sont étoiles, Pleurer les tambours des casernes Que des crêpes d'ombre ont voilés.

Seul regarder le crépuscule Où monte le geste agrandi D'un vieux moulin qui gesticule Dans cette fin d'après-midi!

J'ai la nostalgique pensée, Jugeant tout amour décevant, Que mon unique fiancée Est décédée encore enfant.

Qu'elle est morte dans sa chambrette.

Qu'elle est morte au temps des rosiers, Et que depuis je la regrette Au fond des soirs extasiés.

DANS LES BANLIEUES. lOI

Parmi de mornes paysages Dans les faubourgs de la cité, Je cherche sur tous les visages Son fin profil ressuscité.

Et quand je reviens vers la ville Où tombe le soir émouvant, Et que le croissant d'or s'effile, Je crois l'y voir pâle et rêvant.

Dans la gondole de la Lune Elle vogue en costume clair, Tandis que je meurs de rancune En bas, comme au fond d'une mer!

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