EFFUSIONS ET OBLATION
Deus, his qui recto sunt corde. Que Dieu est bon pour Israël, pour ceux qui ont le cœur pur ! » (20)
Ainsi la poésie de ces deux psaumes attendrit et berce le séminariste. [Il songe à Jésus, mais surtout à Liart et à Guyomar, l'ami d'enfance qu'il à perdu. Il lui dit: « J'ai fait ce que tu désirais tant faire. Souviens-toi de notre jeune temps. Oh oui, tu vis encore, jamais je ne me résoudrai à croire le contraire. Je l'ai senti encore me parler. » A son tour, la Vierge se présente à lui, cette sainte mère sous les auspices de qui s’est formée leur amitié, el à qui, tous les deux, ils élevaient des oratoires. Il sent, et il s'en émerveille, le féminin l'emporter en lui sur le viril. Il ne croyait pas que son cœur « fût si flexible aux sentiments doux de la piété ». Néanmoins ces évocations demeurent assez religieuses pour ne-pas se perdre dans les effusions équivoques que leur retour produira deux ans plus tard (21). La crise, d'ailleurs, approche de son terme; elle ne prendra pas fin, sans avoir, en un certain sens, élevé Renan au-dessus de lui-même: tant la Vérité a sur lui de pouvoir ! s :
Il sera donc, il s'y engage; ce vrai Chercheur qu'il voulait trouver, prêt à renoncer au monde entier pour elle. Pour elle, il se mettra audessus de l'opinion. Et d’un mouvement plus tendre- il souhaite même de souffrir « pour lui prouver combien il l'aime ». Les lois et les mœurs nouvelles, il le sait, tournent en dérision la formule séculaire: les «privilèges des clercs », sanctionnés par les âges de foi, ne sont plus guère qu'un titre à la persécution (22). N'importe : il les revendique. I saura supporter les avanies. Mais ce n’est pas assez. Mù par on ne sait quel amour, poussé par un besoin d'offrande et de sacrifice, il s'écrie : «Mon Dieu. j'ai mon moi, j'ai mon esprit, mon indépendance, ma hardiesse, voilà ce que je lie... ». Cette fois-ci, l'oblation est complète et méritoire. Mais elle est inconsidérée. Renan promet au-delà de ce qu'il peut tenir. Il le sent bien, car il cherche, aux pieds de la Vierge, une protection, une garde ; 1l se sait «perdu, s’il est abandonné à lui-même ». Vaine prière ! Le lendemain peut-être, il se trace cette règle, d’une plume qui n'hésite pas : « Je me garderai de gêner en rien la marche naturelle de mon esprit, le laissant faire son chemin, comme ses développements successifs l'amèneront. ». La Vierge ne l'a pas défendu contre son propre génie. ,
Cette résolution capitale, le tonsuré la prend dans un Règlement particulier qu'il rédige sous une forme plus systématique et pratique (23). Il s’y fixe des devoirs sous le rapport de la piété, de l'étude, du caractère intérieur, et des relations avec le prochain. En gros.
(20) Cf. déjà supra 223 et n. 48 une réminiscence de ce ps. LXXIT.
(21) Cf. Cah. de Jeun., 396-397, 400-402 ; el ce que nous avons dit de ce songe dans notre Pensée religieuse, etc., 195.
(22) Le seul de ces privilèges qui ne fût pas un vain mot, c'était l'exemption du service militaire (cf. infra 254). Elle subsista jusqu'à la loi de 1889.
(23) Inédit (vol. 11.476, fos 139-141) ; postérieur à la première partie des Principes (cf. Règl. part., $ TT, « la lonsure que j'ai reçue »).
les préceptes qu'il formule ainsi sont repris des Principes de Conduite.
Cependant il y introduit
certaines
modifications plus ou moins
caractéristiques. Le second texte corrige ce que le Diner a de fami-
lier ou de négligé. Voici d’autres divergences :