LE PRINCIPAL EFFET DE LA TONSURE
chaque jour le Saint-Sacrement (26); et de s'imposer «avant toute communion quelque pratique d’abnégation, comme par exemple aller en récréation avec ceux qui ne [lui] plaisent pas, etc. ». Ainsi essaiera-t-il de se «christianiSer », jusqu'à ne pas respecter même ce «naturel » dont il s'est pourtant montré si jaloux. « L'essence de la piété », écrit-il, «est dans la mortification de ses goûts et de ses penchants ». Il n’en jugeait pas tout à fait ainsi au début des Principes.
Est-ce à dire qu'il se soit « converti » ? Le ‘mot serait trop fort. Sans doute, la religiosité momentanément victorieuse tâcha de se consolider par une discipline plus stricte. Mais dans quelle mesure ces derniers engagements furent-ils tenus, et pendant combien de temps ? On ne saurait le préciser: Le principal effet de la tonsure fut d'un autre ordre. Les troubles du séminariste, qui avaient eu tendance à diminuer dès avant la cérémonie du 23, s’apaisèrent notablement. Leur source était l’inquiétude de. l'avenir. Or, le jeune clerc pouvait maintenant regarder assez loin devant lui sans que sa vue fût arrêtée par une question comme celle qu'il venait de résoudre avec tant de peine. Aussi bien se disait-il que ses tourments ne faisaient rien à l'affaire : qu'il eût ou non ce qu'il appelait le « sentiment projectif », « la chose [était] objectivement la même ». Le mieux était donc de songer le moins possible au lendemain, et puisqu'il fallait tout de même un sens où diriger son action, de se <omporter comme si l'on devait aller jusqu’au bout dans la carrière ecclésiastique.
Grâce à cette disposition, son âme jouit alors, sinon d'une joie véritable (27), du moins d’un bonheur tranquille. Paix, calme, sécurité, il ‘éprouve ces sentiments à un degré inconnu depuis bien longtemps, et il leur doit, sans doute, de passer Noël dans la ferveur. Le 1° janvier 1844, il déclare encore n'avoir pas eu, depuis la tonsure, « un mouvement de regret, pas le plus léger sentiment de erainte ». En même temps, il fait à son nouveau personnage une atmosphère appropriée : plus que jamais il voit dans la Bretagne l'asile de sa dévotion. Il se propose de rester toujours agrégé de cœur et de prières à « ses confrères bien-aimés en Marie ». Par sa mère, il assure MM. Gouriou et Pasco que leur Ernest ne cessera point de les aimer. Il forme des vœux que rien encore n’alarme pour ce Collège ecclésiastique où sa studieuse enfance a grandi, Bien mieux, il parle à Le Gall en aîné qui, de l'endroit où il est arrivé sur la route menant à Dieu, encourage le suivant avec une autorité pleine d'onction. Il lui souhaite de goûter un jour le même contentement intérieur dont il se dit favorisé. Et c'est bien vrai que les vocations cléricales se transmettent ainsi trop souvent : on montre aux jeunes les fleurs, on dissimule les épines, si vivement qu'on les ait senties, et
qu’elles soient destinées à vous blesser encore (28).
(26) Cf. supra 224 et n. 50.
(27) Il a pourtant employé deux fois ce nom pour caractériser son élal : cf. L. du Sém., 236, el René d’Ys, lib. laud., 179.
(28) CE: L. du Sém., 236-239: vol. 11.474, f°" 123-127; L. Int. 155-157, 163-164, 185; Fr. Int. et Rom., 247-248, 251-252, 279-280, 286-289, 291-294; René d'Ys, lib. laud., 179-180; Trav. de Jeun., 51; Souv. d'Enf. et de Jeun., 268.