‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 2 sur 369 · ALES · texte numérisé non relu

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devenu banal; si l’on a pu regretter parfois que la description du on retarde le moment de voir la fleur, l'entreprise n'en demeure S MOINS légitime. « La plupart des hommes », a écrit Rémy de Gournt, « ont eu leur grande période intellectuelle de huit à quatorze ans ». ne vais pas jique “là, et je me aux us le thème Kes

CE est vrai qu’il a nom Renan. el que He grands hommes, selon ‘16 crilique, ont le privilège de se maintenir jusqu'à hi fin au veau de Leur Eine mue (1). Disons Mieux. ES drame dé la vie peut .

# celte observation nn de ses or 2 « La héridde la plus imgortante de la vie des grands hommes, Cest leur jeunesse ; puisque, à

oment, tout leur avenir se dessine comme derrière un voile » (2). Ses biographes, du reste, s’en sont bien avisés. Presque tous, ils t donné un relief particulier aux années du Séminaire, et ce n'est pas ment parce que les Souvenirs’ ont soutenu leur récit. Toutefois, it l'avouer, cet ouvrage a été suivi d'un peu trop près. Quelques- ’ont démarqué; les meilleurs l'ont interprété, sans garder toujours e sérénilé dont le principal intéressé aviit pourtant donné l'exemple. est Eur de chercher une autre voie.

- RE Est- ot à dire que l’on doive négliger les CHIOTS de Renan ?

are des événements retracés. Dès 1862, d'ailleurs, l’ancien sémina- « RES revenu sur son passé ; non seulement pour écrire Henriette

" en tirant un peu à la ligne (3), a certuinement fait passer la be ce de ses conversations avec le professeur suspendu du Collège de

Quelques indications que l’on en retienne, toutefois, elles ne sauent valoir celles qui se puisent dans les papiers du Sémimire, pieu-

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ent conservés et déposés à la Bibliothèque Nationale. Une partie

| Le reproche est de Taine. Re ne ont été recueillis dans les MR ENS rs II, 382 sa.

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Er TT ARR en a été éditée; mais il en restait beaucoup que leur caractère des nail, dans L'esprit des ayants droit, à des publications spéciales. imautorisant à assumer cette tâche, Mme N. Renan m'a fait un hon dont je lui suis profondément reconnaissant, si redoutable qu il paraisse.

Ainsi l'histoire qu’on va lire a été composée, presque entièreme avec des documents de première main. Je n'oserais dire qu’ils sont ut sés ici pour la première fois. Dès 1923 — l’année du centenaire — M Blinkenberg s'en est servi pour son excellent opuscule sur la forma philosophique de Renan ; mais ce livre, écrit en danois, laisse de. les questions d'exégèse, et il ne se borne pas à la période cl ricale. P. Lasserre les a également compulsés. Soit délicatesse, soit | son tour d'esprit le portât ailleurs, les quelque douze cents pages q a consacrées à Renan n’en liennent que peu de compte. Du reste, si ci idéologie dramatique révèle un puissant tempérament de penseur d'écrivain, on y chercherait vainement comment a vécu, ce qu'a révé, espéré et souffert, le lévite breton dans le Grand Séminaire 4 diocèse de Paris, sous Louis-Philippe.

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Notre objet, c'est cela même : retracer cette vie cachée et si intense; mois par mois, voire semaine par sem“ine. Belle ambition, si elle pi uf si elle doit se réaliser.

Que j'aie rencontré de grandes difficultés, à quoi bon le nier 2 Ces documents nombreux ne sont point classés, dans leur reliure, sel l’ordre chronologique ; et, sauf exceptions très rares, ils ne sont datés. Le papier, l’encre, l'écriture, peuvent différencier des écrits dont la composilion a été séparée par d'assez longs intervalles: ici, ces indice matériels étaient beaucoup moins instructifs. J'ai dû recourir à d'au signes, dont les Notices äes Travaux de Jeunesse offrent des spécim variés. Malgré cela, que d'hésilations ! Que de repentirs ! Encore r t-ùl, je l'avoue, quelques points douteux ; mais ils ne paraissent menacer la justesse de la perspective générale.

Celle-ci serait plus nette, si j'avais eu moins de détails à ordon On risque gros, en effet, lorsqu'on entreprend d'examiner à la lou une aussi vaste pensée. Je ne parle pas du temps qu'on y use, encoi que celte considération, hélas ! ait sa valeur. « Nous ne vivons pas, a Pascal, mais nous espérons de vivre ». Le critique, lui, oublie de wi pour son compte. On l'a comparé à « ces divinités de la fable qu force de séjourner au creux d’un arbre ou d'un rocher, linissaient. vivre de la propre vie du chêne ou du granit. Comme la Dryade lique et l’Oréade séculaire, il habite au cœur même @e cette lion. » (4). Quand i le peut, direz-vous, il ne fait que gagner. C’est vr mais quelle captivité est toujours douce ? Et puis, il a d’autres sou

(4) H. Blaze de Bury, Musiciens contemporains, Michel Lévy frères, 1856, p. X

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ne serait-ce que d'entendre, à l'oreille de son esprit, cette phrase de Voltaire : « Tout ce qui s'est fait ne mérite pas d'être écrit. ». Quoi! un tel volume pour une seule année, el une année de formrilion, presque de collège ! Quelle disproportion !

Je répondrais bien que tout est relatif, et qu'à côté d’un J. Joyce, par exemple, je suis un modèle de sobriété (5). Malheureusement, ni les auteurs, ni les héros ne sont comparables. Des Grieux a pu passer avant Renan à Suint-Sulpice, et y caresser, entre deux amours, un rêve de sagesse digne du frère d'Henriette (6) : l'élève de M. Le Hir n'a rien d'un personnage de roman: Dès lors, comment supporter cette lenteur, cette minutie ? £

Elles se justifient tout d'abord, me semble-t-il, par la nature de mes documents. À part ceux des Travaux de Jeunesse ct de leur suite, ils sont trop spéciaux pour être jamais édités. Dans ces condilions, l’ouvrage qui les fait connaître ne devient-il pas lui-mémr une sorte de document ? et n'est-il pas quelque peu dispensé des sacrifices que l’on consent d'ordinaire aux exigences du discours ?

Que l’on veuille bien aussi, et surtout, songer à la nature du sujet. Ce que Lasserre a vu, ce qu'il eût désiré montrér, c’est à quel point, en dépit ou à cause d’une si forte individualité, le cas de Renan est lypique. Non pas parce qu'iu est sorti de l’Église (7), mais par les raisons de son départ. Il s'est dépeint quiltant ses maîtres, du jour où ù crul s’apercevoir que tout ce qu'ils enseignaient n'était pas vrai. Qu'enseignaient-ils donc ? IL faut enfin le dire.

Ainsi ce sont toutes les disciplines : Phüilosophie, Théologie, Exégèse, Ecriture Sainte, qui doivent paraître devant nous, sous la forme qu’elles revétaäient dans le premier Séminaire de France, Ù y aura bientôt quatre-vingt-dix ans. Je demande qu'on regarde les pages qui les concernent, non seulement comme la somme de ce que Renan a été invité à admettre, mais comme un chapitre de l’histoire des sciences ecclésiastiques et de l’éducation cléricale. Qu'il s'agisse de l’école écossaise, du gallicanisme, ou des études bibliques. il n'est rien de tel, pour s’inilier à l’état de ces questions vers le milieu du dernier siècle, qu'une « Coupe » ainsi faite sur un point donné.

C’est aussi, croyons-nous, le seul moyen de comprendre l'aventure intellectuelle de Renan. Les Souvenirs contiennent une phrase bien expressive sur le « filet » de la Théologie, plus captieux que les laïques ne le pensent. Quand une fois le rétiaire l’a jeté sur vos épaules, s’en débarrasser devient si difficile que Renan ne s’est pas comparé sans

(5) On sait que ce romancier irlandais a observé l'unité de temps dans son Ulysses, dont les sept cents pages racontent une seule journée! Songer aussi au 6 octobre.

(6) « J'y faisais entrer une maison écartée…., une bibliothèque composée de livres choisis, un petit nombre d'amis vertueux et de bon sens » (Manon Lescaut, 49).

(7) D’après un Tableau publié en 1841, il y eut en France 822 séminaristes qui n’entrèrent pas dans les ordres sacrés, ou qui du moins n’arrivèrent pas jusqu'à la prêtrise. Mais il s’agit là d'élèves des petits séminaires,

AVANT-PROPOS fierté au disingannato ifdien. Nous voilà donc astreints à compter des mailles, à éprouver leur solidité : s'étonnera-t-on que la chose prenne du temps ? Et pourtant, quel autre moyen de montrer celles qui furent rompues les premières ? Notez aussi qu'il y en eut d’intactes en appa rence, qui ne tenaient déjà plus. Dans les circonstances morales et matérielles où il se trouvait, le séminariste n'a pas dù tout écrire; peut-être a-t-il tu l'essentiel. Voilà pourquoi la conjecture est permise, sinon requise. Une idée nous paraît secondaire ; mais Renan « pu en juger. autrement : qui sait si elle n'a pas mis en branle ou accéléré un mouvement qui nous échappe ? Sous celte face, je veux qu'elle n'ait pas © retenu son attention; mais sous cette autre ? Montrer les deux n'est pas se répéter. S 2

Ce serait plutôt imiler la méthode du roman psychologique. Seulement, les complications du cœur intéressent ; celles de l'esprit ennuient. Surtout quand il s'agit de ces sciences glacées que Renan lui-même a à senties bien des fois comme telles, malgré l’ardeur qu'il apportait à leur étude. À supposer qu'il n'y ait pas — mais il y en a — d'autres ee raisons que celle-là, elle suffit pour expliquer que l'on délaisse ces questions, dont un jeune homme consciencieux a fait dépendre son des- x tin. Et pourtant ce drame, mutatis mutandis, s’est joué, se joue en plus d'une conscience : il est moins inhumain qu'il ne le semble. 728

Malgré tout, il est de ceux qui n'obliendront jamais un grand public Nous savons bien que la « vérification » du catholicisme, selon le mot du frère d'Henrielte, fait hausser les épaules aux croyants comme aux libertins. On consentirait plus volontiers — et je m'en contenterais — à voir dans cet ouvrage l'histoire d’une formation. Un grand homme se prépare, mais un grand homme spécial (8), dont les premiers travaux sont d'une sévérité que jai dû respecter. On admet, dans 41esb divers ordres de recherches, qu’il faut se plier aux conditions de son sujet. Ce n’est pas ma faute si Renan, à vingt ans, n'a pas écrit lode sur E La Nymphe de la Seine, le Bain d'une dame romaine ow l’Andalouse. Le à 2 premier livre qu'il ait songé à imprimer, à un moment où pouvait # encore être lancé par Saint-Sulpice, c'est une Grammaire hébraïque. 4 a été lauréat, mais de l'Académie des Inscriptions. Que d'autres aiment et chantent les filles d'Eve : lui, ü dresse la carte du Paradis. Et les « sœurs » dont ù fait le portrait (9) ne sont ni les Grâces, ni même les. Muses, — mais les Lingues sémitiques. Non certes, ce n'est pas ma faute. é

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Je ne saurais décliner pareillement une autre responsabilité. Ce volume ne représente qu'un tome de La Jeunesse cléricale d'Ernest

(8) Des « gens spéciaux », c'étaie i i | ; aient, selon Taine, les seuls interlocuteur. Renan goûtât la conversation. d LEE

(9) On connaît les célèbres vers d'Ovide (4 ….qualis d $ û 1 servirent d’épigraphe au Mémoire de 1847. S'en

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A nan; dE ce Le ni le 1. I, ni le t. III et dernier. En vérité, j'ai l'air ] multiplier les gageures.

Le fait est pourtant que l’histoire des huit années (1838-1845) est écrite. Si j'en ai commencé la mise au point par la seconde partie, c’est qu’elle est indispensable à l'intelligence de la troisième, et plus imporante que la première, sans laquelle elle peut se comprendre. On y voit Renan compléter tout d'abord l'éducation philosophique qu'il a que ou qu ALeSest donnée à à Issy. Puis Ab du poussé, qui l’a tou-

i des Grecs, ni des Romains, ni ‘des Borbar es. Sous le regard d'un pro- . fesseur qu'il croit éminent, il s’adonne à l'hébreu, il s'y passionne « comme le ouistili sur sa noix ». Il en est récompensé : le moment approche où ses supérieurs l’appellcront à enseigner ce qu'il apprend si bien. Cette attente trompe les inquiétudes dont sx foi toujours faible

ecommence à souffrir, précisément, et c'est plus grave, à cause de la Dolagte : ; .

2 reçoit donc les TR Mineurs: moins de sig mois après la lon- : seuls pas qu ’il ns faits dans la carrière esclésiastique, non suns

Telle est celle période de « flot étale », comme on l'a joliment écrit, re forces. où passé et celles de l'avenir semblent ses compenser, les

t les pensées. Et c’est pourquoi j'ai commencé in medias res, ef fini sur une transition. Le plus important, il est vrai, reste à dire ; à supuser ne on. le regrette, rappellerai-je comment se HAE le second

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