CHAPITRE PREMIER
= Ë , à 4 à) NT L'ADAPTATION 4 SOMMAIRE I. Entrée à Saint-Sulpice. Installation. Le « mal du pays » pendant la retraite ; effusions ftliales ; espoirs et rêves. Une lettre de Mme Renan. L'’apaisement par l'étude. — Le ménage Alain c Renan à pal; un baptême en perspective. Les amitiés bretonnes. Henriette en Polo-
5 gne. Pp. 5-9. :
Ï » IT. Premier jugement sur le Grand Séminaire; la chapelle. L'église Saint-Sulpice. Promenades et 2 visites. — Saint-Sulpice préféré à Issy. Coup d’œil sur les séminaristes : politesse et indiffé- - À rence; affection « de règle ». Les Directeurs ; la question du « dossier Renan »; pédagogie E ) « mécanique ». Pourquoi Renan en a souffert ; « on sort des grands séminaires un peu dur. ».
7 Ombres au tableau. Pp. 9-15.
III, Figures sulpiciennes : le Supérieur général M. Garnier ; réunions du soir dans sa chambre : ses souvenirs. — M. Carbon, Directeur de la maison de Paris : « c’est un des hommes que j'ai le plus aimés ». Le confesseur de Renan : M. Baudier, professeur de Dogme. Eloge de
’ l’enseignement sulpicien, Renan au travail. Pp. 45-20. .
Se A la fin des grandes vacances de 1843, qu'il avait passées en Bretagne, Renan regagna la capitale. Son voyage ne fut pas bon. Un retard se produisit à Caen, par suite duquel il manqua le convoi du chemin de fer qui devait le transporter de Louviers à Paris. Il avait pensé arriver à destination veïs. cinq ou six heures du soir : il arriva à minuit, trop tard pour se rendre au Séminaire. Force lui fut — et ce dut être toute une affaire pour lui — de coucher à l'hôtel, « au grand détriment de sa. ; -bourse ». Il en résulta, en effet, plus de «cinq francs d'augmentation dans les frais », ce qui porta les « frais de route » à neuf francs, sans compter le prix de la diligence. 2 LA, I1 signa sur le registre d'entrée de Saint-Sulpice le 12 octobre, en ce qualité de laïc (1). Il avait un peu plus de vingt ans et demi. er Bien qu'il fût habitué à ses « douceurs », jamais le séjour annuel en DE Bretagne ne lui avait été aussi cher et aussi précieux que cette dernière Le fois. Jamais il n’avait goûté autant de bonheur auprès de sa mère : ô vie + « heureuse, tranquille, riche en affections »! à joie des épanchements sans ES. réserve !
F Et c'était maintenant le sujet de « tristes quoique bien doux regrets ». Ie jeune homme éprouvait la vérité de l’axiome : « On ne sent bien son bonheur que quand on en est privé ». Sans doute, en retrouvant à Saint- Sulpice ses anciennes connaissances, en recevant des Supérieurs un ; accueil plein de bonté, il ressentit un « léger soulagement »: mais rien ï ne peut suppléer une mère (surtout quand cette mère est Mme Renan !), e rien compenser son absence (« l'amitié même y est impuissante »). d Cependant, il fallait vaquer aux premiers soins d'emménagement. me I semble que notre séminariste eût la réputation d’être trop sédentaire :
A ? (1) Renseignement donné par M. l'abbé Levesque,
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- ETS PRES Er #3 FN > 6 SUITE DES ÉTUDES PHILOSOPHIQUES | FRE
le Directeur de la maison de Paris, M. Fra lui dit, en lui donnant. une à chambre : « Vous avez besoin d'exercice, je veux vous mettre dans une position convenable pour en prendre », Renan dut en effet grimper a à quatrième étage: « Ce sera », écrit-il à sa mère le lendemain, « un exercice utile à la santé » (2). Sa chambre, qui donnaït sur ia rue du Pot-de- £ Fer, lui parut d' «une propreté et d'une commodité remarquables ». Il. avisa les « deux espèces d'armoires pour serrer les effets », et aussi la « cheminée, à la prussienne, d'une construction très ingénieuse », au'il se promit de ne pas laisser sans aliment (3). Après une nuit passée | dans cette pièce, il en détailla, non sans une douce ironie, les avantages équivoques : Elle «est fort agréable, sauf le bruit de voitures, jy vois E pendant la nuit comme en plein jour grâce aux tuyaux de gaz qui se. trouvent vis-à-vis » (4). > =
Le 13, il y était « à peu près complètement installé ». Bien er à sa mère, pour la tranquilliser, qu'il se plaisait à Saint-Sulpice, où il augurait « une vie douce et agréable », la vérité est que les premiers. jours, où il se sentit « sevré » de ce bonheur qu'il avait savouré en Bre= tagne, furent «bien durs» pour lui (5). Il avait davantage apprécié les vacances, parce qu'elles succédaient aux épreuves d'Issy : le contraste produisait maintenant un effet inverse. Renan était devenu difficile fait de bonheur, et la transition lui fut si pénible qu'à lire ses lettres. d'alors, on le croirait revenu au début de son séjour à Saint-Nicolas. De. nouveau, il connaissait « les ‘ennuis inséparables d'un [endroit] où l’o n'a pas encore fixé ses habitudes ». Aussi eut-il « presque le mal sa 5 pays ». Les galeries de la cour lui rappelaient assez le cloître de Tréguier. - De sa mère surtout, sa pensée ne se détachait pas : « Comment ne pleurerais-je pas », écrit-il, « [notre] séparation ? », et ce verbe, ici, pourrait bien être pris au propre. Son bonheur passé lui semblait si court, que c'était un «véritable rêve ». Comme en 1838, ce souvenir le poursuivait, lui revenait « sans cesse ».
Aussi, quelle gratitude ne devait-il pas nourrir pour celle auprès de qui s'étaient écoulés « les jours les plus heureux de sa vie » ! T1 lui disait : « Vous avez fait mon bonheur »: il vantait le cœur maternel, « Si bon, si tendre, si aimant ». L'amour le portait à tout soumettre à sa mère: « Ma joie est de vous rendre heureuse » : et il témoignait n'avo r rien voulu ni désiré plus fermement (mème s'il ne l'avait pas réalisé) qu de lui « procurer tout le contentement possible » : par quoi il faisait peut-être un retour sur sa conduite pendant les vacances. ou sur la façon
dont il avait, à Issy, refusé d'accéder à la tonsure. Maintenant, dans s effusions, que n'aurait-il pas accepté pour plaire à celle qu'il aimait
(2) Toutefois il ajoute : « Si cela me gène, je la changerai plus fard ». C'est ‘en effet ce qu'il fit (Cf. infra 541). ;
(3) Il achela pour dix francs de bois à feu ù'
(4) L'éclairage au gaz élait alors récent. Il avait été employé our ] * fois à Paris peu avant 1820. RL LS
(5) « Ils n’ont pas 66 agréables », assure-t-il aussi à Liart,
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