LES ERREURS DE LA RÉFORME
son tour, M. Garnier ne les ménage pas : elles lui donnent lieu d’exalter une nouvelle fois la prescience de l'Apôtre, qui, pour les prévenir, a justement insisté sur « la corruption de la nature, la nécessité el la gratuité de la grâce », etc.
Cette doctrine elle-même, il est vrai, a été mal comprise par les: protestants. Non que tous en aient tiré les conclusions extrêmes. Tant de variété s'est fait jour au sein de la Réforme qu'on y trouve, à côté de Calvin, « plusieurs critiques » aussi peu portés que Pélage à fonder sur le verset de l'Epiître aux Romains le péché originel. Néanmoins c'est bien au théologien de Genève que le Sulpicien s'attaque surtout. Il lui reproche d’avoir détruit le libre arbitre par sa théorie de la grâce irrésistible, et imputé à Dieu, en confondant cause efficiente et cause permissive, la responsabilité du péché des créatures et de leur damnation (58).
Comment, dès lors, Calvin ne se serait-il pas trompé sur les conditions du salut ? La Première de Jean n'autorise absolument pas sa conception de la justice inamissible (59), et quant à soutenir en conséquence « l'inutilité des œuvres à ceux qui sont une fois justifiés », c'est contre quoi M. Garnier se déclare d'autant plûs nettement qu'il a sous la main un texte propre, pense-t-il, à jeter le désarroi chez l'adversaire : le verset, 14 du chapitre IT de l’£pître de Jacques. Luther et les Calvinistes en ont bien senti la portée ; aussi l'un a-t-il rejeté l'Epître, tandis que les autres se sont efforcés, mais en vain, de concilier le passage avec leur thèse.
Jurieu n’a pas mieux réussi à asseoir sur la Première aux Corinthiens (60) son système des points dits fondamentaux, parce qu'il suffirait de les garder pour être sauvé. Le passage qu'il allègue comporte tout aussi peu un pareil sens, que l’Epître aux Hébreux ou l’Epître de Jacques contiennent les notions que d'aucuns ont prétendu y puiser relativement à la foi. L'on n'a le droit ni de réduire cette vertu à n'être que la confiance en Dieu, ni d'estimer qu'il faut « prier avec une foi spéciale et une confiance assurée que l’on sera exaucé» (61). L'Eglise a justement condamné cette dernière erreur.
Elle a dû aussi protéger sa théorie des Sacrements contre les contlusions que les protestants ftiraient de leurs faux principes. Le Baptême, par exemple, ne serait plus nécessaire, s’il résultait de la Première aux Corinthiens (62), comme Calvin et Bèze l’ont soutenu, que nos parents nous communiquent la justice. D'autres discussions se sont élevées à propos du Mariage et de l'Eucharistie, et même elles ont
(58) Cï. supra 46-47.
(59) Il s’agit de I Jean, I, 19, qui ne signifie pas davantage ce que Jean Hus y à vu, à savoir que seuls sont sauvés les prédestinés. Cf, aussi ib., III, 6.
(60) III, 12 sq.
(61) Les textes quo Calvin et quelques autres ont produits À l’appui de ces opinions sont Hébr., XI, et Jacq., I, 6.