‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 37 sur 369 · VII · texte numérisé non relu

VII

pris, sur ce dernier point, une acuité singulière, en s'étendant à certaines parties du culte catholique.

L'occasion en a été l'explication de l'Apocalypse, Certains protestants ont osé identifier la Babylone maudite avec la Rome chrétienne, mais « corrompue et devenue comme païenne », La femme vêtue de pourpre serait l'Eglise romaine : l’'Antechrist, le pape. M. Garnier ne faisait pas ces injures : à l'en croire, elles n'avaient d'autre prétexte que le dogme de la présence he et le culte des images et des saints. Or, assurait-il, « cela n’était pas particulier à la seule Eglise romaine, mais à [sic] toutes les Eglises depuis le JV* siècle, Donc depuis ce temps l'Antechrist règne partout, ce qui est horrible à penser ». On imagine, devant ce demi-badinage, les sourires complices de l'auditoire; ils durent recommencer peu après, à propos des prédictions de Jurieu : cette Rome chrétienne dont il avait cru la ruine imminente, était toujours debout,

Le professeur examinait avec plus de sérieux une objection assez délicate qu'on a tirée, contre la sainte Messe, du chapitre X de l’Epiître aux Hébreux. Cette cérémonie tombe-t-elle sous le coup des déclarations de l’Apôtre touchant les pénitences qui sont inefficaces puisqu'on les renouvelle ? Il n'est pas nécessaire de répondre nettement à cette question. L'essentiel, en effet, est de légitimer la réitération de la messe. Or, qu’on lui reconnaisse ou non le caractère sacrificiel, de toute façon elle est « latréutique, impétratoire, eucharistique » : et à ces divers titres elle doit être répétée. Comment, d’ailleurs, Saint Paul n'eût-il pas vu d’un bon œil une coutume que l'Eglise a sanctionnée ?

Cette réflexion montre le point sur lequel les deux confessions s’opposent principalement : l'autorité de l'Eglise. Si les protestants attaquent ses dogmes et ses pratiques, c’est qu'ils ne croient pas à sa mission enseignante : leur théorie de l « inspiration particulière » est donc la vraie cause de leur révolte. Et c’est pourquoi le Sulpicien soulignait avec tant d’insistance qu'aucun texte paulinien ne favorise cette pernicieuse erreur. Ni dans la Première aux Corinthiens, ni dans l'Epître aux Hébreux, l'Apôtre n’a jamais déclaré que «sous l'Evangile chacun doit seulement suivre le mouvement de l'Esprit-$Saint qui l'enseigne ». Mais Saint Jean n'a-t-il pas l'air, en un endroit de sa première Epître, de dire que les fidèles n’ont besoin d'être instruits par personne, l’onetion intérieure suffisant à leur apprendre toute vérité ? N'est-ce pas autoriser — et manifestement — l'inspiration particulière (63) ?

Il est peu d'objections qui aient autant embarrassé M. Garnier. Admettre une pareille conséquence, il ne le pouvait absolument pas. C'eût été aussi dangereux que de mal comprendre le fameux passage sur | « homme spirituel » (64) : dans les deux cas, l'erreur Uonne gain de cause aux « méthodistes », aux « illuminés », aux « fanatiques ». D'un autre côté, le verset de Saint Jean est très spécieux, Que faire ?

(63) Cf. respectivement 1 Cor., II, 15 ; Hébr., VII, 11 Tenns 18278

Lo I Cor., loc cit. : « Sipiritualis [homo] judicat omnia ; el ipse a nomine judicatur ».

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