CYPRIENNE, MATHILDE
MATHILDE
Sais- tu que nous avons doublé notre séjour, Allongeant la courroie ainsi de jour en jour?
CYPRIENNE
Ton mari , n’avant plus d’affaire qui l'arrête,
Est gentil de rester pour souhaiter la fête A ma tante.
MATHILDE
Ajoutons que c’est la tienne aussi,
Et qu’à le retenir j’aurais moins réussi Si maman par bonheur n’était pas ta marraine,
Car il t’aime beaucoup, petite Cyprienne.
CYPRIENNE
Et je le lui rends bien ! quel cœur intact et chaud ! Quel bon sens généreux! quel esprit droit et haut! Quel tranquille dédain sans faste et sans grimace De tout ce que la foule en se baissant ramasse!
MATHILDE, l’embrassant.
Es-tu gentille, va ! — C’est vrai qu’à quarante ans Il est. plus, jeune encor que tous nos jeunes gens.
Il fait un beau contraste avec monsieur mon frère î
CYPRIENNE , d’un ton do roproclio .
O Mathilde!
MATHILDE
Quoi donc! diras-tu le contraire?
Philippe t’a-t-il l’air d’un héros de roman?
11 est bien, celui-là, l’éjève de maman!
CYPRIENNE
Hélas ! #
MATHILDE
La pauvre femme a cru faire merveillo De verser la prudence en celte jeune oreille;
Et ne comprenant pas que ce cœur incertain Avait plutôt besoin d'être allumé qu’éteint,
Elle s’est empressée à grand renfort de pompes...
CYPRIENNE, très-virement.
Tu te trompes, Mathilde, oh! certes, tu te trompes! Philippe est violent, plus violent qu’Hubert Peut-être, et c’est par là justement qu’il se perd. Mais ce n’est pas une âme aux lâchetés sujette!
Elle n’y glisse pas, 'regarde! elle s’y jette!
11 semble qu’au sommet lasse de se roidir Elle se précipite afin de s’étourdir,
Et qu’à son idéal renonçant avec rage Sa fureur contre lui se retourne et l’outrage...
Mais cet emportement, le mépriseras-tu? .
C’est la jeunesse encor, c’est encor la vertu...
C’est sa convulsion, si tu veux, mais qu’importe? Elle en peut revenir, tant qu’elle n’est pas morte.