‹ La jeunesse comedie en cinq actes et en versChapitre 70 sur 88 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

PHILIPPE

Assez.

MADAME II U G U ET

Fatalement il change d’habitude:

De la parcimonie il se fait une étude;

Les petits intérêts qu’il méprisait jadis L’absorbent peu à peu, par le besoin grandis;

Et les nobles élans, les sublimes chimères Qui nous ont amenés à ces heures amères,

Se trouvent remplacés au cœur désenchanté Par un âpre regret do ce qu’ils ont coûté.

Un jour ton père...

PHILIPPE

Assez, de grâce ! — Un jour mon père ?

MADAME U II G U ET

Ton père un jour rentra plus froid qu’à l’ordinaire,

Et d’un air singulier regardant mes habits:

« Prends donc plus soin de toi, me dit-il, tu vieillis... » U' venait d’entrevoir, riche, heureuse et soignée,

La femme qu'autrefois il avait dédaignée!

Au nom du ciel, tais-toi!

MADAME IIUGUET.

Je ne l’accuse pas :

Ce fut sa seule plainte en vingt ans de combats.!

Mais qu’importe la forme, hélas! Ce dur reproche De la désunion était le coup de cloche!

PHILIPPE

Ce n’est pas vrai! tu veux... Vous vous aimiez toujours!

Tu veux me détourner par tes sombres discours... Mais contre ton récit tout mon être proteste; MaCyprienne! un ange! une fille céleste!

Non, non! pour mon bonheur le ciel qui la forma...

MADAME HllGUET.

J’étais un ange aussi quand ton père m’aima,

Et je suis devenue au souffle des misères Un être positif comme un homme d’affaires!

Ce que la pauvre enfant deviendrait, tu le vois!

Il ne me reste rien de mon cœur d’autrefois...

Hors f amour maternel qu’aucun souffle n’effleure, Et c’est lui seul qui parle et t’exhorte à cette heure Au nom de mes travaux, au nom de mes ennuis , Par tout ce -que j’étais et par ce que je suis,

Ne t’aventure pas dans cette rude vie Où mon âme à ce point s’est usée et meurtrie! Enfin songe à tes fils ! affranchis-les, crois-moi ,

Du joug que notre erreur appesantit sur toi;

Et qu’ils aiment un jour sans que leur pauvre mère Leur doive les leçons d’une sagesse amère.

Ne leur prépare pas pour un moment pareil Ce terrible récit, ce terrible conseil!

PHILIPPE

Que tu me fais de mal 1

MADAME I1UGUET.

. Je le sais, et j’en souffre...

Mais il faut avant tout te retirer du gouffre.

Sache souffrir un jour pour être heureux plus tard. Quelle hésitation reste dans ton regard?

Ne te sens-tu pas pris dans un cercle inflexible,

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