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La jeunesse d'Agrippa d'Aubigné

Extrait des Mérnoirefi de l'Académie nationale des Sciencct- , Arts et Belles- Lettres de Caen

C'est un point avéré , semble-t-il , admis par tous ceux qui ont écrit sur Agrippa d'Aubigné (je citerai les textes plus loin), que le rude écuyer du roi de Navarre , plus tard gouverneur du Maillezais , et mieux que cela, auteur des Tragiques et de Y Histoire universelle , eut dans sa jeunesse des mœurs plus que légères. Pas de désaccord là- dessus entre les amis et les ennemis de l'opiniâtre huguenot; les uns l'accusent, les autres plaident les circonstances atténuantes ; mais sur le l'ait lui-même , les critiques sont unanimes : d'Aubigné, jeune, fut un libertin, un débauché. Je me propose de rechercher, en étudiant sa vie privée, et particulièrement en faisant l'histoire de ses amours ^ si cette opinion est justifiée.

Il y a peu cVhommes dont la vie soit mieux connue. « Voici », écrit-il à ses enfants dans la préface de ses Mémoires, « le discours de ma vie « en la privante paternelle , dont ne pouvant « rougir devant vous, ni de ma gloire , ni de mes « fautes, je vous conte l'un et l'autre comme si ' je vous entretenais encore sur mes genoux. Je « désire que mes heureuses et honorables actions « vous donnent de l'envie, pourvu que vous vous " attachiez plus exprès à mes fautes , que je vous « découvre toutes nues comme le point qui vous n porte le plus de butin (1). !-

D'Aubigné avait publié son Histoire universpRe , livre au titre ambitieux, excessif, et qui trahit déjà ce qu'il y avait d'un peu déclamatoire et emphatique dans son génie. 11 s'était efforcé, sans y réussir toujours, d'effacer sa personne devant la majesté de l'histoire; du moins l'avait-il le plus souvent amoindrie, dissimulée. Mais cet effort lui

(1) Œuvres complotes ,1,4. Nos citations sont empruntées à la belle publication faite chez Lemerrc, par MM. Roaume et de Caussade, des Œuvres complètes de Théodore- Agrippa d'Atibigné. Quatre volumes ont paru, de 1873 à 1877. Nous attendons avec impatience le complément do l'ouvrage, notamment l'Histoire universelle, qui n'a jamais été réimprimée depuis 16'2n. Dans nos renvois, lo premier chiflre (chiffre romain) indique le tome, le second (chiflre arabe) indique la page.

D AGRIPPA D AUBIGNE. 5

avait coûté. Il écrivit donc, pour compléter sou Histoire universelle , une Histoire de sa vie, oii il raconte tout ce qui, clans son autre ouvrage, eût été, suivant lui, » de mauvais goust (1). » Dans ces mémoires tout personnels^ nous avons le récit complet de sa vie intime , depuis ce fameux serment d'Annibal que lui fit prêter son père, quand il était âgé de huit ans, devant les cadavres des conjurés d'Amboise (2j , jusqu'à la trahison de son fils Constant, trahison qui empoisonna les derniers temps de sa longue vie, sans oublier le jour où, s'étant sauvé de Genève, à quatorze ans, par dégoût de l'étude des dialectes de Pindare , il se trouva seul à Lyon , sans ressources et voulut se jeter dans la Saône (3), ni celui oii, quatre années plus tard, blessé, malade, pensant mourir, il se repentit tout haut des « pilleries où il avait mené ses soldats » et, les racontant, « fit dresser « les cheveux à la teste des capitaines et des « soldats qui le visitoyent (4). »

Bien qu'il ne soit pas permis d'appliquer à ce genre d'ouvrages, sous peine de le proscrire absolument , le mot de Pascal que " le moi est « haïssable, étant injuste, en ce qu'il se fait le " centre de tout n, il faut convenir pourtant que d'Aubigné fait bieu complaisamment à ses lecteurs les honneurs de sa personne. J'avoue qu'en

(1) Œuvres complètes, I, 4.

{%) II)iU.,l,6.

(3) Ibid , I, 12.

(4) Ibid., I, 17.

le lisant , je ne m'en plains pas. Son récit y gagne une certaine verdeur gasconne , un air , non de bravade . — le mot ne serait pas juste , — mais de braverie qui lui donne de Fallure, de Tentrain et n'est pas sans charme. 11 y gagne surtout une sincérité , une franchise parfaites. Tout ici est vrai, vivant; Ton dirait aujourd'hui : vécu. Même dans ses fautes, d'Aubigné semble s'admirer, mais au moins il ne les cache pas et il ne ment jamais. Il est glorieux; il aime mieux dire du mal de soi que s'en taire ; mais le mensonge, même par omission, est une action basse, indigne de la hauteur de son âme. Il dit fièrement quelque part ,

. . . mon âme Fut telle que ma voix (1).

En ceci, il ne se vante pas. Nous pouvons le discuter, le blâmer, le condamner en plus d'un endroit; nous ne pouvons pas ne pas le croire.

Mon dessein n'est pas de raconter la vie publique d'Agrippa d'Aubigné, cette vie si mouvementée, si dramatique, la plus mêlée peut-être dont l'histoire offre l'exemple : les coups d'esloc y pleuvent, comme si notre homme n'était qu'un franc soudard; mais ce vigoureux manieur d'épée se montre habile aux travaux scientiûques de fortification et de sièges (2); ce capitaine est un théologien

(I) Œuvres complètes, III, 2-23.

C2> Ibid., I, 101 et sq.; 131 etsq.

D AGRIPPA I) AUBIGNE.

qui, en controverse publique, embarrasse le cardinal Duperron (1) ; ce calviniste austère est un politique qui sait, au Louvre, quand il faut masquer les desseins du roi de Navarre et endormir les esprits sur certains projets de fuite, amuser la Cour par de petits vers, des ballets, des « caprioles et aiïecteries », des gentillesses tout italiennes (2) ; cet auteur de bluettes galantes est un savant qui, à six ans, lisait le latin, le grec et l'hébreu, unpoëte qui devait écrire plus tard l'une des plus virulentes, des plus éloquentes satires qui existent (3), donnant d'une part la main à Juvénal, et de l'autre à l'auteur des Châtiments ; historien, orateur, diplomate très-avisé, très-rusé, homme vraiment extraordinaire, à qui il n'a manqué, pour être un des plus grands écrivains de la France, que d'être né un siècle plus tard, et, pour être un éminent homme d'État, qu'un peu plus de détachement dans l'esprit et de souplesse dans le caractère. De ce caractère, avant d'aborder mon objet spécial, il est nécessaire pourtant de dire quelques mots : il faut mettre en lumière sa fierté, son indomptable courage, son sentiment de l'honneur, sa piété. Un petit nombre de traits suffiront. Il avait à peine dix-huit ans, — il y avait deux ans déjà qu'il faisait la guerre, — quand, « entre

(1) Œuvres complètes, I, 73.

(2) lOid., I, 23, et aussi Hist. univ., t. III, p. 41, 1. I, ch. xi (édit. de 1G26, ch. xiv). Passage cité dans les Mémoires de d'Aubigné, édit. Lalanne, p. 183.

(3) Les Tragiques.

cinq cents harquebusiers », il fut passé en revue par le prince de Condé. Gomme plusieurs de ces jeunes gens, peu au fait encore des usages militaires , ôtaient leurs chapeaux pour honorer le prince : « Bisoignes », cria tout haut d'Aubigné : c'est comme s'il eût dit aujourd'hui : Conscrits ! Le propos plut au prince de Condé ; il voulut savoir qui l'avait tenu, et, l'ayant appris, manifesta l'intention d'attacher d'Aubigné à sa maison. M. de La Caze, qui commandait la compagnie, vint tout joyeux annoncera d'Aubigné cette bonne fortune, et, pour s'en donner les gants, lui dit qu'il voulait le donner au prince de Condé. L'expression était courante, et, surtout à cette époque, n'avait rien d'oifensant. Mais la fierté chatouilleuse du jeune homme ne s'en accommoda pas : <■ Meslezvous de donner vos chiens et vos chevaux », lui répondit-il. La Caze n'insista pas ; le prince de Condé fut tué peu après à Jarnac, et, bien des années plus tard, d'Aubigné, rapportant ce trait, se le reproche, et le donne comme une marque de sa « trop rustique liberté (1). •»

Ne la regrettons pas , puisque , grâce à elle , il entra, non pas au service du prince de Condé, mais, trois ans après, à celui du roi de Navarre, auquel il devait être un si rude , si fidèle et si utile ami. « C'est un homme qui ne trouve rien <t de trop chaud i2; », avait-on dit à Heriri, et le

(1) Œuvres complètes, I, 15.

(2) Ihid., l,'2\.

d'agrippa d'aubigné. 9

roi eut bientôt , en elfet , mainte occasion de reconnaître l'intrépidité^ la bravoure folle de son nouvel écuyer. Jamais d'Aubigné n'a reculé. Il dit de lui-même que nature

A escript sur son front l'anaour du difficile. (1).

Agé de près de soixante-quinze ans et à propos d'un accident qui lui était survenu sur un échafaudage, il constatait que Dieu n'avait voulu, « en « aucun temps ny lieu >, le laisser sans péril (2) ni sans secours. Mais ces périls , il les cherchait de lui-même, et le secours, il le trouvait dans son adresse aussi bien que dans son courage. Je veux citer un fait qui montrera à la fois le bouillonnement impétueux de son sang , son mépris du danger et son intraitable indépendance. C'était au siège de Paris. Henri III était à St-Cloud. Les duels étaient fréquents entre assiégeants et assiégés, entre royalistes et ligueurs. Le 2 août 1589, le jour même où Jacques Clément assassina le roi, et l'événement encore inconnu, d'Aubigné, placé en vedette par Henri de Navarre, voulut appeler en combat singulier un gentilhomme nommé Sagonne. Il se rendit au Pré-aux-Clercs , et s'adressant au chevalier le plus proche, L'Éron-

(!) Œuvres complètes , III , 64 , sonnet 98. Il a écrit encore, au sonnet 15 de l'Hécatombe (III, 22) :

Que c'est le naturel et ramitio' do l'homme D'affecter l'impossible et mesprisi.'r l'aisé,

(2) Ibid. , 1 , 105.

nière , maréchal-des-logis du comte Tonnerre , le pria de transmettre sa provocation. L'autre ne répondit qu'injures et blasphèmes, le défiant luimême , bien qu'il dût croire la rencontre impossible, « à cause d'un fossé hors de toute mesure « qui estoit entre eux. » Mais d'Aubigné refuser le combat ! C'eût été la première fois. Il lance son cheval ; « bien lui servit » , dit-il , «> d'avoir un « cheval grand saulteur » ; il franchit ce large fossé ; tombe dans le camp ennemi; subit, sans être touché, un coup de pistolet de L'Éronnière; lui met à son tour le pistolet sous la gorge. L'Éronnière demande grâce de la vie et se rend à merci , bien que huit ou dix cavaliers accourussent à son secours. D'Aubigné ne les attend pas ; il s'échappe, emmenant son prisonnier qu'il conduit à Vaugirard au prince de Conti. Ce fut un tel cri d'admiration dans l'armée que Henri III, du lit où il était étendu et où il devait mourir le lendemain , en entendit l'écho ; il demanda à voir le héros de cette prouesse inouïe ; Henri de Navarre commanda à son serviteur de se rendre au désir du roi ; mais d'Aubigné s'y refusa ; il ne voulait pas. répondit-il, « faire le charlatan (1). » On ne s'étonnera pas de trouver chez un tel homme le sentiment de riioiiiieur poussé jusqu'aux plus grandes délicatesses et susceptibilités. Le duc de La Trémouille, investi dans Thouars, écrit à d'Aubigné :

(1) Œuvres complètes , I, HR,

d'agrippa d'aubigné. 11

« Mon xVmy,

<' Je vous convie , suivant nos jurements , à venir mourir avec

<i Votre tres-flcielle ,

« La Tremoille. »

Voici la réponse :

« Monsieur,

« Vostre lettre sera bien obeye, quoy que je la blasme d'une chose , c'est d'avoir allégué nos promesses qui dévoient estre trop présentes pour les ramentevoir.

« AUDIGNY (1). »

A l'âge de vingt-quatre ans, dans une entreprise sur Saintes , il fut fait prisonnier par les troupes du roi, commandées par Saint-Luc , et emmené au Brouage. Saint-Luc ne tarda pas à se lier d'amitié avec son captif. Sur sa demande, il l'autorisa à aller à La Rochelle , lui faisant promettre que le dimanche suivant, à cinq heures du soir, il serait de retour, « si mort ou prison ne l'empeschoit. » Le dimanche matin, il lui dépêcha un messager, nommé Luché, l'avisant qu'il ne revînt pas à l'heure jurée, des vaisseaux de guerre étant arrivés de Bordeaux avec ordre du roi d'emmener

(1) Œuvres complèles, I, 77.

d'Aubigné et de le mettre à mort, et menaces de ruine à Saint-Luc et aux siens s'il manquait à livrer ce redoutable ennemi. Mais d'Aubigné , « n'aiant pas >, comme il dit, « sa foi relaschée « de la main oij il avait touché » , déclara qu'il retournerait au Brouage. Ses amis de La Rochelle, connaissant les termes de l'engagement : » Si « mort ou prison ne l'empeschait > . renfermèrent. Une telle subtilité n'était pas pour satisfaire un esprit de cette trempe. Il se sauva des mains de ses amis comme il eût fait d'une bastille, s'évada de La Roehelle. arriva au Brouage. et <• fut receu « de Saint-Luc avec pleurs. >- Il allait à une mort qui semblait inévitable. ' La nuict mesme qu'il " faloit s'embarquer >. , les huguenots prirent Guileaux , lieutenant du roi aux îles. Ils firent savoir que ce capitaine subirait le même sort que d'Aubigné, et l'on se décida à faire l'échange des prisonniers.

« Mes lecteurs » , ajoute d'Aubigné, >< ne me « soupçonnez pas de vous avoir fait ce conte pour " ma délectation; c'est pour vous que je l'ai fait. « Ne vous arrestez pas tant à la louange de « la fidélité qu'à l'exemple et à l'espérance du « secours de Dieu , duquel vous devez estre cer- « tains , quand vous ferez litière de voslre vie fl pour garder la foi inviolableraent (1). »>

(1) Histoire universelle, t. III, p. 21, 1. I, ch. v (oïlit. de 1626, ch. vi). Cité dans les Mémoires , édit. Lalanne. p. 331 et sq.

d'agrippa d'aubigné. 13

Il n'y a pas sans doute de commentaires à faire d'un tel acte et de telles paroles. Mais que l'on juge par là de quoi cet homme était capable, obéissant ainsi à ce qu'il appelle quelque part « ce monstre d'honneur (1). »

D'Aubigné avait un autre guide de ses actions, c'était sa profonde piété. Non pas cette piété polilique, faite de calcul et d'intérêt, la seule qu'aient connue alors tant de gentilshommes et dans le camp des réformés et dans celui des catholiques , dont tant d'autres se sont contentés depuis , qui n'est qu'un moyen de gouvernement ou d'opposition , et qu'affichent les hommes de parti quand ils croient avoir besoin , soit pour se maintenir au pouvoir, soit pour le conquérir, du point d'appui des croyances religieuses. Non pas cette piété de mode qui n'est qu'une vanité sociale : la dévotion n'était pas à la mode à la cour du roi de Navarre. Henri vivait , suivant l'expression de d'Aubigné, « sans profession de religion. » Les bons courtisans n'avaient garde de se montrer plus pratiquants que leur maître , si bien qu'un jour où l'on donnait la cène, cérémonie grave, peu fréquente , de grande importance religieuse pour les réformés , il n'y eut dans tout le camp , dans toute la cour , que deux hommes qui eurent le courage de s'approcher de la sainte Table : l'un des deux était d'Aubigné (2). Non pas seulement

(1) Œuvres complètes, I, 61.

(2) Ibid., 1,28.

cette piété pour ainsi dire négative, faite surtout de la haine des croyances opposées. Certes, cette haine fut chez l'auteur de la Confession de Sajicy vivace, agissante, et il n'y eut jamais peut-être plus fanatique huguenot. A dix ans, arrêté avec son précepteur , menacé de mort comme hérétique , il répondait que « Thorreur de la messe lui . ôtait celle du feu » (1) , et toute sa vie, dans ses aventures , dans ses polémiques , dans ses écrits , se manifeste , par les actes les plus violents , par les paroles les plus acerbes , cette haine invétérée du papisme. Mais il y a en même temps chez d'Aubigné autre chose : il y a une piété personnelle tout imprégnée des enseignements évangéliques et de l'étude des textes sacrés ; il y a des convictions religieuses qui, du fond du sanctuaire intérieur , exercent leur influence sur sa vie. D'Aubigné n'est pas de ceux dont la piété ne consiste qu'à porter des jugements sévères sur la conduite des autres : on suit dans l'histoire de sa vie, dans ses bonnes comme dans ses mauvaises actions , indiqué avec la pudeur que mettent les grands courages en de telles matières , le travail constant de la conscience. Son père mourant , lorsque lui-même n'était âgé que de douze ans , lui avait rappelé son serment d'Amboise , et recommandé ♦< le zèle delà relligion. l'amour des << sciences, et d'estre véritable ami (2). » Il n'oublia

(1) Œuvres complètes, I, 7.

(2) Ibid., 1,10.

d' AGRIPPA d'aubig:né. 15

jamais ces paroles. J'ai déjà rappelé la circonstance oij, isolé, sans ressources, désespéré, il voulait se jeter dans la Saône: « Alors », dit-il, « sa « bonne nourriture », (c'est-à-dire sa bonne éducation) ■• luy faisant souvenir qu'il fallait prier « Dieu devant toutte action, le dernier mot de " ses prières estant la vie éternelle^ ce mot i'ef- « fraya et le fit crier à Dieu qu'il l'assistast en son « agonie (i). « Et quelques années plus tard, étant un jour en grande détresse^, s'iiumiliant pour avoir été trop orgueilleux, il nous raconte qu'il repassa sa vie, se souvint de ses désobéissances à ses parents, et, priant Dieu en ses angoisses, dit en s'accusant et citant l'Ecriture Sainte: « L'homme (i indompté sera dompté par les maux (2). « Quand il eut déterminé Henri de Navarre à s'enfuir de Paris, passant la Seine à Poissy, il fit dans le bateau chanter au roi le psaume : « Seigneur, le « roy s'esjouiia d'avoir vu ta délivrance (3) », et dans combien d'autres circonstances fut-il comme la conscience religieuse d'Henri IV, au point que celui-ci^ après son abjuration, malade, se croyant en danger de mort, et les leçons bibliques qu'il avait reçues sur les genoux de Jeanne d'Albret remontant à sa mémoire , ce fut d'Aubigné qu'il fit chercher pour lui demander s'il n'avait pas

(1) Œuvres complètes, I, 12.

(2) Ibid., \, 14.

(3) Histoire universelle, t. II, p. 183 et sq., 1. II, ch. xviii (édition de 1626, ch. xx). Cité par Lalanne dans son édition des Mémoires de d'Aubigné, p. 184 et sq.

16 LA JEUiXESSE

commis le péché pour lequel il n'y a pas de pardon , le péché contre le Saint-Esprit (1).

L'on voit que l'on n'aurait pas eu une idée suffisante du caractère d' Agrippa d'Aubigné, si à sa bravoure, à son intrépidité, à son chatouilleux honneur, nous n'eussions pas ajouté sa vieille et personnelle piété huguenote.

Et maintenant que voilà notre homme en pied , bardé de fer, retroussant sa moustache, regardant fièrement, défiant quiconque, ne pliant que les genoux, nous n'en aurons que plus de plaisir à lui trouver un cœur aimant, à découvrir les fleurs qu'il cache sous sa farouche armure ; l'histoire de ses amours n'en aura que plus de charme, car il y a un vif attrait dans la tendresse des vaillants.

Agrippa d'Aubigné avait trente-deux ans quand il se maria, et nous verrons plus tard quelle tendresse il eut pour sa femme, et quelle fidélité il lui garda. Mais avant de se marier , il eut son roman, tout brillant de fraîcheur, de jeunesse et de poésie (2).

(1) Œuvres complètes, I, 69, 70.

(2) Nous ne nous arrêtons pas à une amourette d'enfant pour la savante Loyse Sarrasin, o Genevoise, honorée de « plusieurs doctes et qui, ayant passé par tous les degrés de « science, s'est veiie capable, si le sexe luy eust permis, de « faire des leçons publiques, principalement aux langues,

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