‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 106 sur 133 · Noailles au roi, 22 octobre 1555. Vertot^ t. V^ p · texte numérisé non relu

Noailles au roi, 22 octobre 1555. Vertot^ t. V^ p

2. Nous en avons parlé au chapitre des Etudes d'Elisabeth, Miss Agnès Strickland, EUzaheth^ p. 114, rapporte que, d'après Noailles, Marie fit plu-

Mais rinévi table fatalité de son origine et de sa sîtua.tioii la poursuivait sans relâche. Marie étant regardée comme stérile, la question de la succession se posait ; or le cœur saignait à h fille de Catherine d*Àragon à Tidée que la fille d'Anne Solejn, toujours hérétique en dépit des apparences, pût être appelée à porter la couronne. Elle méditait sur les moyens de lui interdire comme bâtarde Taccès du trône ou du moins de la marier à Tétranger, s'il fallait absolument maintenir le testament de Henri VIII, qui l'avait instituée héritière à son rang *. Ici, nous retrouvons Noailles et son animosité. Lui aussi connaissait, par ses intelligences, les secrets desseins de la cour. Il se fît le champion d'Elisabeth. Dès que le Parlement fut ouvert (21 octobre], il travailla les principaux de la Chambre basse à la fois poar empêcher le vote des subsides et pour qu'il ne fût rien fait quant à la succession « au préjudice des vrais héritiers », c'està-dire d'Elisabeth *. Sur le premier point, il ne réussit qu a grouper une minorité imposante ^, mais en suscitant les débats

sieurs visités à Elisabeth, à Hatfîeld, dans le courant de cet automne. L'éminent historien des reines d*Angleterre aura été mal servi par ses souvenirs. La correspondance de Noailles ne contient aucune trace de ce genre de fait.

1. Giov. Michieli au doge, !«' octobre 1555, dans Friedmann, p. 128.

2. Noailles à M. d'Oysel, 27 octobre 1555. Vertot, t. V, p. 184 : « Pour le moings, m*asseure-t-on, qu*il n'y sera rien faict de la succession au préjudice des vrais héritiers, que je ne dis jamais devoir estre autres que la sœ ir de ceste royne, laquelle combien qu'elle soit pour la deffavoriser du peuple, esloignée de cette court, si a-t-elle acquis la plupart de toutes leurs vues, et en parlent lesimgs plus ouvertement et licentieusèment qu'il ne seroit besoing, depuis que ce roy est hors d'icy, faisant la contenance de ne retourner sitost qu'il avoit promis. »

3. Pour l'argent : « Si mes pratiques eussent peu valloir, on ne luy en eust seuliement refusé une partie, mais encores toute la somme, ainsi que j 'a vois bien fait entendre à quatre bonnes têtes qui sont de cette compagnie... » Il y eut cent opposants sur trois cents membres. Noailles au Ck)nnétable, 31 octobre 1555. Vertot, t. Y, p. 190. Le Connétable, dans sa réponse, se scandalise que l'opposition soit restée en minorité : « Et quant aux choses dudict Parlement, ceulx de delà monstrent peu de cœur de se laisser ainsy manier, et sont bien aveuglez s'ils ne congnoissent que toutes ces actions-là tendent à leur mettre le mors plus aysément dans la bouche. » Lettre à Noailles, Villers-Goterets, 11 novembre 1555. Vertot,

les plus afQîgeants pour la reine. Quant au second point, la reine s*abstint, soit que, de la Flandre, le roi s'y opposât, soit qu'elle redoutât le nombre et l'autorité des amis de sa sœur. Car, sans parler de l'immense popularité de cette princesse, une bonne partie du Conseil était suspecte d'intelligence secrète avec elle *. D'ailleurs Marie venait aussi de perdre son meilleur appui, le chancelier Gardiner, mort le 12 novembre 1555. Au cours de ce récit, nous avons fait justice des accusations passionnées et calomnieuses dont la mémoire de l'évêque de Winchester a été poursuivie par ses adversaires en religion.

Nous l'avons vu aussi, supérieur à tous ses jaloux du Conseil, déployer les talents de lliomme d'Etat en s'inspirant d'un patriotisme élevé et pur. S'il ne fut pas exempt de rudesse ni même de violence, Une sortit jamais de la légalité et resta parmi les moins rudes et les moins violents de cet âge de tempêtes 2. La reine laissa passer quelque temps avsmt de lui donner un successeur dans la dignité de chancelier. Elle choisit, en janvier 1556, Heath, archevêque dTTork, personngage de haut mérite, mais qui n'imposait pas, comme son devancier, aux ennemis du gouvernement.

Et, au moment où elle était privée de son énergique et fidèle

t. V, p. 199. Gomment ne pas sourire en comparant les maximes politiques que le zélé Connétable professait pour les Anglais avec celles, bien différentes, qu'il appliquait dans le gouvernement de la France ?

1. Noailles au Connétable, 20 novembre 1555. Vertot, t. Y, p. 205.

2. Holinshed (t. II, p. 1159) remercie la providence miséricordieuse du Seigneur, qui dans sa bonté enleva Gardiner de ce monde et préserva ainsi la vie de cette excellente princesse (Elisabeth), le trésor de TAngleterre. Gardiner, qu'il appelle pervers, misérable Achitophel, tomba, dit-il, dans ses propres filets, selon le proverbe qu'un mauvais dessein perd celui qui Ta formé {Malum consilium consultori pessimum). Sa mort fût suivie de celle de plusieurs autres ennemis d'Elisabeth. « Ainsi, peu h peu les dangers qu'elle courait diminuèrent; l'espérance d'un sort meilleur commença de se montrer, comme au sortir d'une sombre nuée. Et, quoique Sa Grâce n'eût pas encore la pleine assurance d'une parfaite sûreté, cependant elle fut mieux traitée graduellement, jusqu'à ce qu'enfin, au mois de novembre, le 17 de ce même mois, trois ans après la mort d'Etienne Gardiner, suivit la mort de la reine Marie... »

ministre, elle voyait son mari séjourner loin d'elle, en dépit des promesses de prompt retour par lesquelles, en la quittant, il avait endormi la douleur de la séparation. Les grandes affaires qui Pavaient ramené sur le continent exigeaient des délais, il faut l'avouer. Charles-Quint abdiqua en faveur de son fils la souveraineté des Pays-Bas , le 25 octobre 1555 ; celle de la monarchie d'Espagne, le 15 janvier 1556. Il consuma encore du temps en vains efforts pour décider son frère, le roi des Romains, à lui rétrocéder la couronne impériale. Il négociait aussi avec la France, sinon la paix, qu'il aurait voulu laisser au monde en se retirant et que les exigences intraitables de part et d'autre rendaient impossible, du moins une trêve, qui fut signée en effet pour cinq ans, à Vaucelles, le 5 février 1556. Marie avait offert ses bons offices ; elle eut la mortification, et la ressentit amèrement, de voir son mari, devenu le roi Philippe II, terminer ces négociations sans l'y admettre ^ Elle se consumait à désirer sa présence et à la solliciter par de longues lettres, sans tenir compte des circonstances qui le retenaient impérieusement dans ses États héréditaires. Toute sa vie, elle avait souffert, et, selon l'expression de François de Noailles, les tribulations lui avaient été aussy ordinaire aliment depuis le temps de sa jeunesse que le pain mesme *.

Le Parlement, surtout les communes, devint si indocile ', qu'elle fut obligée de le congédier le 9 décembre 1555, avec la maigre consolation de mettre momentanément à la Tour quelques-uns de ceux qui avaient parlé le plus librement, entre autres sir

1. Noailles au Connétable, 27, 31 janvier 1556. Vertot, t. V, p. 285, 286, 389. Si nous en croyons Noailles, elle avait un autre chagrin encore plu» vif, celui d'apprendre que, aux Pays-Bas, Philippe se complaisait dans la société de dames plus jeunes qu'elle. Noailles au roi, 22 octobre 1555, Vertot, t. V, p. 172; et à M. d'Oysel, 17 octobre 1555..i4rcA. aff. étr., t. MI, p. 1030.

2. Le protonotaire de Noailles à Mme de Roye, Blois, 30 décembre 1555. Vertot, t. V, p. 267. Mme de Roye était sœur des trois Châtillons, et nièce du Connétable.

3. Outre les circonstances déjà mentionnées qui émoussërent Tautorité

Anthony Kingston, que nous retrouverons bientôt. Dans celte session, Marie n'avait pas osé risquer seulement un mot sur une des choses qu'elle souhaitait avec le plus d'ardeur et qui ne se réalisa jamais, c'est-à-dire que Ton consacrât par la cérémonie du couronnement de son époux, le titre de roi que le traité de mariage et le Parlement avaient reconnu à Philippe.

Telle était sa triste situation à la fin de l'automne de 1555. Aussi ne faut-il pas s'étonner si, en Angleterre, ses ennemis reprirent confiance, si de nouveaux complots s'ourdh'ent contre elle, complots dont Elisabeth fut l'objectif, comme par le passé, peut-être la confidente.

Des écrits séditieux circulèrent. Us annonçaient que le roi Edouard VI était vivant, réfugié en France, dans Tattente d'un mouvement qui lui permit de recouvrer son royaume *. Noailles remit ses trames sur le métier. Il songea tout de suite à utiliser Edouard Gourtenay, qui, des Pays-Bas et de TAllemagne, venait de passer en Italie. Il recommanda au roi Henri II de faire avertir Gourtenay de prendre garde à sa sûreté ; car, disait-il, le roi pourrait s'en servir à l'occasion comme de la personne du monde la plus propre à causer de grands troubles en Angleterre. Le roi répondit qu'il y veillerait '.

Mais ce n'était là qu'une chance et un auxiliaire bien éloignés.

de la reine, nous rappellerons la suivante, signalée par les sagaces Vénitiens : c'est que, disent-ils, précédemment, les communes ne se composaient guère que de bourgeois, d'hommes de classe basse, timide et respectueuse, que le souverain maniait à sa volonté ; tandis que, pour la première fois depuis bien longtemps^ les élections avaient porté sur des cavaliers, des nobles, suspects pour la plupart en religion, plus hardis et plus réfractaires à la discipline. (Giov. Michieli au doge, Londres, 18 novembre 1555. Friedm., p. 154.) Cependant, pour obtenir le vote autorisant le roi et la reine à restituer les biens ecclésiastiques que la couronne détenait, le Parlement fut enfermé sans manger depuis la première heure du jour jusqu'à trois heures de l'après-midi. Id,, ibid.f 3 décembre 1555. Friedm., p. 167.

1. Giov. Michieli au doge, Londres, 21 janvier 1556. Friedm., p. 182.

2. Noailles, Mémoires et Advis au Roy, 16 décembre 1555; le roi à NoaUles, 28 décembre. Vertot, t. V, p. 255, 256, 263.

L*ambassadeur comptait sur des instruments plus prochains et plus hardis, tels que les mécontents, dont il entretenait les colères, et ses afQdés ou intelligents, ^qii'ïl faisait mouvoir aux Chambres. De ses menées sortit unô nouvelle conspiration. Le chef principal fut Henri Dudley, cousin du duc de Northumberland et son agent près la cour de France, lorsque, sur la fin d*Édouard VI, le duc s'était préparé à déposséder les deux filles de Henri VIII. Épargné par Marie, il avait dû sa liberté à Tintercession de Philippe, au mois de janvier 1555. Avec lui étaient : sir Anthony Kingston, qui avait à se venger de sa détention récente à la Tour, homme important des régions de TOuest, où il exerçait la fonction de vice-amiral des ports de la Severn ; sir William Gourtenay, cousin du comte de Devon ; sir Henry Peckham, Ghristopher Ashton, John Daniel, les deux Tremayne, dont Tun avait été compromis dans Tinsurrection de Wyatt ; d'autres encore, pour la plupart membres du dernier Parlement, se réunirent en conciliabules, soit dans les comtés, soit à Londres même. Il s'agissait d'envoyer la reine rejoindre le roi, de proclamer reine lady Elisabeth et de la marier à Edouard Gourtenay. Les uns et les autres escomptaient déjà la reconnaissance d'Elisabeth , « car c'est la vérité , disait Ashton à Peckham, lady Elisabeth est une dame aimable et libérale ; il s'en £aat qu'elle soit ingrate comme sa sœur ; elle tient cette libéralité de sa mère, une des meilleures femmes qu'il y eut jamais ; et alors les hommes de bon service et les nobles seront tenus en estime ^ » Un gentilhomme français, nommé BertheviUe, réfugié en Angleterre pour quelque crime, servait d'agent à Noailles dans lespoir d'obtenir des lettres de rémission. Au dernier moment, Henri Dudley, qui connaissait la France, s*y rendit, afin de réclamer le secours d'Henri U. Mais ce prince venait à peine de signer la trêve de Tancelles avec Philippe II. Un peu de honte le retint ; le connétable écrivit à Noailles de se gouverner sage-

1. Froude, t. VI, p. 431-434, d'après les interrogatoires et les procèsverbaux du Record Office.

ment, « et surtout, continuait-il, éviter que Madame Elisabeth ne se remue en sorte du monde pour entreprendre ce que m'escripvez, car ce seroît tout gaster et perdre le fruit quHz peulvent attendre de leurs desseings, qu'il est besoing traicter et mesner à la longue, attendant ce que le temps leur apportera de commodité ^ » Ces mots donnent lieu de croire qu'Elisabeth n'était pas dans l'ignorance du complot. D'ailleurs le roi de France n'abandonnait aucune de ses vues. Montmorenci recommandait en même temps à Tambassadenr de se conduire si dextrement et si sagement qu'il n'y eût rien de gâté ; que les Anglais qui avaient leur liberté à cœur, ne la perdissent point et ne s'imprimassent pas que le roi fût pour moins leur désirer de bien qu'il avait toujours fait 2. Un mois après : « Le roy n'a pas délibéré de perdre ung seul moyen de les tenir (l'Empereur et Philippe II) tousjours en halleyne et crainte de luy, vouUant pour ceste cause nourrir vives toutes les praticques et moyens d'endommaiger ses ennemys, et à ceste fin a advisé d'entretenir doulcement ledict Dudelay, et secrettement toutesfois pour s'en servir s'il en est de besoing. 1» Le connétable ajoutait qu'on donnerait aussi moyen à Dudley, alors sur le territoire français, d'entretenir les intelligences qu'il avait en Angleterre '.

Les mécontents afQuaient autour de Noailles au point de l'inquiéter par leur nombre ; ils demandaient à passer en France, disposés, disaient-ils, à entreprendre quelque chose pour leur liberté, pourvu que le roi voulût leur prester ung peu d'etpaule. L'ambassadeur les retenait en attendant des instructions. Il voyait de grandes apparences de succès de leurs desseins, qui n'étaient de petite importance, ny de moings kazardeulse entreprime *.

1. Le Connétable à Noailles, Pontlevoy, 7 février 1556. Vertot, t. V, p. 298, La trêve de Vancelles était du 5 février.

2. Id.y ibid. Nous conservons le pins possible les termes et les formes ée roriginàl.

3. Le Connétable à Noailles, Amboise, 11 mars 1556. Vertot, t. V, p. 31 0«

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