Lettre au Connétable, 12 mars 1555. Vertot, t. V, p
En eiTet, Ja conspiration avait pris un corps ; et les plus ardents des conjurés, lassés d'attendre, avaient résolu d'agir: sir Anthony Kingston devait marcher sur Londres à la tête des comtés de TOuest ; Uvedale, capitaine de Tile de Wîght, livrer cette île aux Français et aux réfugiés anglais, comme base d'opérations pour entraîner les comtés du Midi ; quelques-un?, dont Rosey, Heneage, Derick, allumer l'incendie sur différents points de Londres et, à la faveur du désordre, piller le trésor public, qui contenait alors cinquante mille livres sterling. Le prétexte avec les masses était que Marie épuisait l'Angleterre d'argent au profit des affaires particulières de son mari *. Mais déjà il était trop tard. Au commencement de mars, ils avaient été dénoncés au cardinal Pôle par Thomas \Yhi te, l'un d'eux, tandis que des avis semblables venaient de Wotton, ambassadeur anglais en France. Le Conseil avait laissé mûrir leurs desseins ; tout à coup, à la fin de mars 1556, il mit la main sur les plus importants '. Ils avouèrent et furent châtiés suivant la rigueur du temps. Au nombre des coupables qui payèrent leur complot de leur vie, se trouvaient Francis Werne, maître d'hôtel d'Elisabeth, et Henri Peckham, comme lui l'un des principaux officiers de' la maison de cette princesse '. Ainsi rien ne se tramait sans
1. C'est le contraire qui était la vérité. Philippe dépensait des sommes considérables en Angleterre. Les cinquante mille livres alors au Trésor provenaient d'un envoi très-important qu'il avait fait. L'ambassademr vénitien, Michieli, nous apprend que le roi s'entretenait lui et sa cour à ses propres frais, qu'il distribuait en outre cinquante-quatre mille écus d'or do pensions aux nobles anglais, et qu'on estimait qu'en plus d'un an il avait dépensé dans le royaume un million d'or, dont rien n'en était ressorti : « Et avec tout cela, il ne peut pas vivre honorablement dans ce pays, à cause de Tinsolcnce avec laquelle les étrangers sont traités par les Anglais, sans qu'il soit eu son pouvoir d'y obvier. »
2. Fronde, loc, citât., et Giov. Michieli au doge, Londres, 24 mars 1556. Friedm., p. 191-193.
3. Les correspondances françaises désignent aussi un EschellCy qui régissait la maison d'Elisabeth avec Werne et qui Ait également arrêté. François et Gilles de Noailles, Avis au Roy, Londres, 31 mai, 11 juin 1556, Arch. aff. étr., t. I et II, p. 1225 ; t. IV, p. 8. Nous n'avons pas trouvé le nom anglais d'Eschelle. Ce ne peut pas être Cheke, que les Vénitiens ap-
que la reine y rencontrât les serviteurs de sa sœur. Bientôt, par ordre du Conseil, deux gentilshommes de la reine, Jerningham et Norris, allèrent arrêter la gouvernante même d'Elisabeth, Kate (Catherine) Ashley, pour la conduire à la prison de la Pleet, trois autres de ses dames, destinées à la Tour, et son maître dltalien, le Piémontais Battista Castiglione. Celui-ci, c'était la troisième fois qu on l'arrêtait à cause d'Elisabeth. « Vraiment, dit Elisabeth, on finira par me prendre tout mon monde ^ » Les uns et les autres étaient très-suspects aussi en religion. Des livres contre la foi catholique, des libelles contre le roi et la reine, furent saisis chez Kate Ashley. On découvrit, soigneusement caché dans la maison d'Elisabeth à Londres, un coffre rempli de livres prohibés, avec des portraits , des peintures et des libelles diffamatoires, « au grand déshonneur et vitupère d'Elle * et du roi son mari, ensemble de tous les évesques et ecclésiastiques de son royaulme 3. » La résidence d'Elisabeth fut occupée militairement, la princesse elle-même gardée de près ; de nouveau, on agita la question de l'appeler près de la reine ou de l'envoyer soit à la Tour, soit en Espagne, ce qu'on aurait fait peut-être sans la crainte de l'opposition des grands et d'une insurrection du peuple *.
pellent Chich. Car, au moment de la conspiration, il était en Allemagne. Arrêté dans ce pays, il fut amené à Londres pour des écrits qu'on lui imputait, seulement vers le l" juin. Francis Weme était le même Francis Verney, Thomme de confiance qu'Elisabeth, lors de sa prison de Woodstock, avait chargé de porter sa lettre au Conseil.
1. Holinshed, p. 1139. Holinshed impute ces arrestations au méchant Gardiner. Mais, Dieu soit loué I ajoute-t-il : bientôt après, la Providence le prit lui-même et sauva ainsi la vie d'Elisabeth. Holinshed, en s'exprimant de la sorte, néglige de se rendre compte que Tarrestation de Catherine Ashley, ayant eu lieu vers la fin de mai 1556, ne saurait être imputée à Gardiner, qui était mort le 12 novembre 1555, c'estrà-dire six mois et demi auparavant. Cela prouve une fois de plus combien les chroniqueurs de Tépoque d'Elisabeth sont dépourvus de critique et de méthode, et avec (jnelles précautions il faut les lire et les employer.