Miss Agnès Strickland, Eliz,, p
4. Lors de son entrée à Londres comme reine et de sa marche triomphale de la Tour à Westminster pour son couronnement, on remarqua
était son affabilité, tellement Elisabeth avait contracté l'habitude de se commander à elle-même, que ses serviteurs admis le plus avant dans sa familiarité vantaient jusque-là, parmi ses qualités essentielles, Taménité, une merveilleuse douceur, un naturel débonnaire *. Cette bénignité et Ténergique protection qu'elle étendait sur eux, outre leurs communs sentiments de patriotisme jaloux et de religion, les mettaient en adoration devant elle. Ils se figuraient lire dans des vertus de décorum, qui se démentirent avec la possession du pouvoir, la véridique manifestation de Tàme. Aucun d'eux ne soupçonnait, et sans doute leur maîtresse elle-même l'ignorait encore, quels sombres abîmes cachait l'éblouissant cristal.
que ses plus aimables saluts et ses paroles les plus flatteuses étaient pour le menu peuple. Le comte de Feria en parle, if emortos, p. 238. Miss Agnès Strickland, Elizabeth, p. 140 et suiv.
1. On employait ce mot en français. Miss Agnès Strickland, id., p. 114, 158. Joseph Stevenson, Eliz, Calendar foreigtiy II, préf., ix. Parmi ceux qui lui donnaient ces éloges chaleureux et sincères était Castiglione, son maître d'italien. Ascham, comme nous Tavons vu plus haut, la louait, en 1562, d'oublier facilement ses injures. Il est juste de dire qu'en effet elle ne se vengea d'aucun de ceux dont elle avait cru avoir à se plaindre du vivant de sa sœur. Miss Agnès Strickland, p. 134, rapporte un trait qui détonne quelque peu dans ce concert. Lorsque, après son avènement, eUe composa son Conseil privé, elle y maintint par prudence certains catholiques zélés, que sir Nicolas Throgmorton voulait à toute force en exclure. « Par la mort-Dieu! coquin, s'écria-t-elle, je prendrai ta têtel » Pure plaisanterie assurément ; mais on pourrait gager qu'elle n'en aurait jamais eu l'idée avant le trône, et que ce langage lui vint alors tout natureUement par une vocation à la Tudor. La hache n'avait rien qui lui répugnât.
AVÉNEBŒNT D^ÉLISABETH
Elisabeth attendait donc à Hatfield que Marie eût cessé de vivre. La nouvelle lui en fut annoncée tout d'un coup. Mais, toujours circonspecte, elle soupçonna un piège, une incitation à s'arroger la souveraineté prématurément, et craignit le naufrage au port. Alors elle donna ordre à sir Nicolas Throgmorton, l'un de ceux qui s'étaient le plus compromis pour elle dans les complots précédents, de courir au palais de Saint-James, et, si la reine était morte en effet, de requérir de l'une des dames afQdées l'anneau émaillé de noir que cette princesse avait reçu de Philippe en l'épousant et qu'elle portait toujours au doigt. Tandis que l'émissaire brûlait la roule, Marie rendait paisiblement le dernier soupir, le 17 novembre 1558, à la pointe du jour, au moment où le prêtre qui célébrait la messe auprès d'elle élevait l'hostie vers le ciel. Elle avait quarante-trois ans. Throgmorton n'était pas de retour à Hatfield que déjà une députation des lords du Conseil était venue annoncer à la seconde fille de Henri Vin qu'elle était reine. Toute préparée qu'elle fût à un événement dont la perspective ne lui offrait rien de triste, elle se sentit d'abord troublée et comme étourdie. Elle respira profondément, et, tombant à genoux, elle répéta les
paroles du psaume : « Ceci est l'œuvre du Seigneur; elle est admirable à nos yeux *, »
Vingt-huit ans plus tard, la grande reine entretenait les envoyés de France, Chàteauneuf et Bellièvre, des larmes que la mort de sa sœur lui avait coûtées. Mais, on en a fait la remarque, •ce deuil fraternel, elle seule en parla jamais '. Que dire encore? Elle négligea d'acquitter les legs et les dettes de celle qui lui laissait une couronne; elle oublia de lui ériger un tombeau ^.
1. Domino factum est istud, et est mirahUe in oculis nostris.
2. Miss Agnès Strickland, Elizabeth, p. 135. Teulet, Relations politiques de la France et de tEspagne avec FEcosse^ t IV, p. 129, 140. Ânibassade de L'Aubespine de Chàteauneuf, 7 décembre 1586.
3. Madden, p. clxvi. Privy Purse Expenses of the princess Mary.