‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 125 sur 133 · U y a quatorze vers ; les voici · texte numérisé non relu

U y a quatorze vers ; les voici

Tbe retUets tw&llow fiU my restless minde, In still reTÎTinge, still renewinge wrongt ; Her JQBt eomplaint of eroelty ankinde Are ail tbe musique that my life prolonges, With pensÎTO ihougbt my weeptng stagg I crowne, Wbose melancholy tears my cares expresse; Hes tearea in silenoe, and my slghes nnknown, Are ail tbe physlcke that my harms redresse.

Tout en s'apitoyant sur les poétiques douleurs de l'héroïne, il n'est pas interdit de sourire de sa préoccupation très-positive de coques et d'amandes. La date précise de cette curieuse peinture n'est pas donnée. Probablement elle est postérieure à l'avénement d'Elisabeth. Mais nous ne croirons pas forcer les vraisemblances en supposant qu'alors, maîtresse du trône, au faîte de la grandeur, elle prit plaisir à faire représenter symboliquement, par l'image de la première partie de sa vie, le contraste de ses destinées ^

Jamais au reste enseignement politique, si âpre qu'il fût, ne s'était adressé à une intelligence plus capable de le mettre à profit; ou, comme dit très-bien M. Joseph Stevenson, « une tragédie du sens le plus profond s'était jouée par-devant Elisabeth, comme si elle n'avait eu d autre objet que de l'instruire. Elle s'était familiarisée avec chaque personnage du drame; elle en avait étudié pas à pas l'intrigue, depuis la scène d'exposition jusqu'au dénouement et les ressorts qui l'avaient amené.... La voix du peuple tout entier d'Angleterre avait parlé avec de tels accents, qu'elle dut retentir encore à ses oreilles longtemps

My only hope vas io this goodly tree, 'Whioh I did pl&nt in love« bring up in oare; Bat êl\ in raine, for now to late I aee The Bb&les be mine, the keraels otbers are.

My mosiqae may be plaintes, my pbysique tears, If this be ail the fruité my loTe-tree beares.

1. On sait qu'Horace Walpole s*est moqué, non sans raison, des portraits d'Elisabeth reine : « Nez aquilin pâle, tête toute en cheveux, chargée de couronnes et poudrée de diamants, vaste firaise, vertugadin plus vaste, perles à boisseau, voilà ce qui fait reconnaître à Tinstant les portraits d'Elisabeth. » Soit ; mais elle est reconnaissable aussi à des traits plus dignes de sa renommée. La figure est régulière ; le nez, légèrement arqué, effilé ; les lèvres, minces et serrées ; le menton, court et fin ; le front, haut, dégagé. Les yeux, sous une arcade sourcilière à large ouverture, sont clairs et intelligents. L'ensemble, même avec le blond ardent de la chevelure, ne manque pas d'agrément. La physionomie répond aux brillantes facultés et aux limpides qualités d'esprit de la femme qui, dès sa plus tendre enfance, excita sous ce rapport l'étonnement et l'admiration. Mais le tout est singulièrement froid. L'âme, le cœur sont absents. On est frappé de Vexpression impérieuse et renfermée de quelqu'un qui a beaucoup observé, qui a rongé son f^ein à l'école de l'expérience.

après que Marie avait disparu de cette terre. Les cœurs populaires avaient battu comme un seul cœur; Elisabeth en avait senti les pulsations. Elle avait eu le temps d*étudier le tempérament de sa nation, ce qu'elle pourrait supporter, ce qu'elle ne souffrirait pas, les sacrifices qu'elle saurait faire, les concessions qu'elle demanderait i. »

Mais, disons-le, en s'instruisant dans la science du chef d^État, elle n'était pas de ces créatures d'élite que l'épreuve épure et agrandit. Tandis que cette école, si prodigue d'angoisses pour ses jeunes années, lui avait fortifié et affilé l'entendement, le cœur s'y était étrangement resserré et endurci. Il y eut encore en elle ce phénomène singulier, dont nous avons noté plus d'un exemple, qu'à aucun moment de sa vie elle ne parut avoir conscience du droit d'autrui ni de ses propres torts, tant sa personnalité était entière et absolue. Intraitable dans son for intérieur quand elle pliait extérieurement avec le plus d'humilité, et souvent même alors, sans égard au péril, exhalant un rugissement de colère et de menace, toujours elle ressentit comme des injures gratuites la répression ou la riposte que ses agressions provoquaient. La réciprocité du devoir et du droit ne put pas se faire jour dans cette conscience, toute orgueil et despotisme. Ne la verra-t-on pas, après avoir épuisé les complots contre le trône et la vie de Marie Stuart, et en la poussant vers l'échafaud, lui reprocher avec indignation ce qu elle appel* lera ses bienfaits, c'est-à-dire le pain amer qu'elle lui mesurait d'une main avare dans l'inique captivité où elle la tortura vingt ans? Mais revenons aux derniers jours de sa sœur. « Sa vie, dit Heywood, avait été une guerre sans relâche. Elle était ainsi qu'un navire dans le milieu de la mer dlrlande, où l'on ne peut rencontrer que fâcheux orages et flots soulevés par la tempête '. » De ce règne de Marie, elle sortit offensée à jamais, affamée de représailles, sourde aux inspirations de générosité et de pardon.

1. Joseph Stevenson, Calendar foretgn, 1558, préf., p. Ixxnr. S. P. 168.

Ce qu*elle avait enduré dans cette lutte aurait pu l'attendrir sur les tortures morales de la captivité. Faire merci, quel droit plus enviable chez une reine qui a connu la souffrance! Au contraire, elle se rendit inaccessible à la clémence et même à tout sentiment d*équité. Les dénis de justice, réels ou prétendus, dont elle s*était plainte avec tant d*amertume^ à son tour elle les infligera ; les garanties, les moyens de justification qu'elle avait réclamés avec une éloquence si passionnée, comme le droit le plus sacré des accusés, elle les refusera impitoyablement, sans scrupule, à ses prisonniers. Tel le soldat, habitué à disputer sa vie, perd la pitié dans l'enfer des batailles.

Sa nature de lionne, comme elle se plaisait à la nommer, et dont elle fit montre de temps à autre avec une grâce redoutable, — détournons nos yeux des scènes sanguinaires, — était doublée d'un goût de dissimulation, que les circonstances avaient développée et dont elle se couvrit comme d'un bouclier quotidien, pendant ces trop longues années où elle se garda sous l'œil de ses ennemis. Ballottée sans cesse entre deux pôles, craindre et se rassurer, il lui demeura quelque chose de l'effarouchée de Lucas de Heere. Avec une volonté très-décidée au fond, elle sera sujette à dgs hésitations soudaines, à de brusques incartades d'épouvante, qui l'arrêteront court et déconcerteront ses ministres au milieu des entreprises les plus savamment combinées. Ombrageuse à l'excès, elle aura la défiance prompte, le bras lourd et terrible de ceux qui craignent. Malheur à qui soulèvera les graves compétitions de titres ou d'intérêts I Malheur à qui aura éveillé en elle le soupçon ou blessé sa vanité, sa coquetterie I Et si tout cela se rencontre chez une femme, que Dieu ait pitié d'elle I

Cependant, malgré ces funestes défauts qui devaient imprimer à sa mémoire des taches trop méritées, comment ne pas reconnaître qu'elle possédait pour le gouvernement des qualités de premier ordre, qui se lisent chez elle en traits éclatants dès sa jeunesse, le don du commandement, une pénétration surpre-

nante, la prudence et l'énergie, le sang-froid aux heures de crise, une vigueur foncière d'esprit et de volonté qui ne permit jamais ni aux événements, ni à qui que ce fût, de prendre empire sur elle et de la gouverner dans le sens où les cours entendent ce mot? Arrivait-il qu'elle se sentît défaillir, bientôt l'orgueil, ferment de son caractère, réchauffait son courage et l'armait d'une puissance indomptable * . Moins intrépide que sa sœur, mais supérieure en intelligence, elle n'était pas exposée, comme Marie, à se trouver au dépourvu le jour où la couronne viendrait à lui échoir ; et le pouvoir nouveau ne lui réservait pas non plus les surprises cruelles dont son aînée, qui jamais n'avait levé d'avance les yeux vers le trône, avait été abreuvée. Elle avait réfléchi; elle avait des idées, un système politique que nous avons vu éclore dans sa prison de Woodstock, quand, à Taspect des grands arbres et des arbrisseaux, les premiers accaparant les rayons du soleil, les autres au-dessous d'eux, à peine visités de la lumière et des eaux du ciel, elle se représentait l'ambitieuse et envahissante aristocratie, et l'humble peuple frustré par celle-ci de sa part légitime dans les bienfaits de l'astre royal. La marche qu'elle avait à suivre lui était présente : caresser les communes, qui avaient été et demeuraient sa sauvegarde, élargir leur place dans l'État; pour les nobles, les courber sous une autorité inflexible selon les maximes de Henri YIII, maximes dont le comte de Feria avait pressenti qu'elle était imbue déjà. On peut avec certitude lui attribuer dès ce temps les principes dont Roger Âscham louait chez elle en 1562, quatrième année de son règne, la pratique invariable : a Facilement oublieuse de ses injures privées, elle maintient sévèrement la justice publique. Elle ne fait grâce d'aucun crime à personne ; elle ne laisse à personne Tespoir de l'impunité ; elle a retranché toute licence à tous. A chacun de ses actes, elle se remet devant les yeux le précepte de Platon,

1. En mai 1587, elle disait à M. de Châteauneuf, envoyé de Henri III, qn^elle avait « un corps de femme, accompagné d'ua coeur d'homme. »

pour faire en sorte que, dans toute l'étendue du royaume d'Angleterre, ce soient les lois qui commandent aux hommes et non les hommes aux lois ^ » En d'autres termes, elle se saisissait du rôle de justicier^ ce rôle toujours populaire; et c'est une vérité, ajoutons- le, que, dans le métier de roi, son penchant la portait vers les devoirs rigoureux. Animée aussi du plus ardent patriotisme, — celui des bons sentiments peut être le plus susceptible d'alliage avec l'orgueil, — la superbe Elisabeth aimait passionnément la gloire de son pays; et, s'il y eût en elle quelque chose par-dessus l'immense satisfaction d'être reine, ce fut d'être reine d'Angleterre. « Je suis, disait-elle, la femme la plus anglaise du royaume. » Voilà ce que sentait le cœur du peuple; et telle est la source de l'impérissable reconnaissance que tout bon Anglais lui a vouée, comme de l'estime que l'étranger impartial ne saurait lui refuser. Il est beau d'aimer sa patrie.

En religion, on lui avait inculqué la Réforme dès sa plus tendre enfance. Puis, à l'âge de vingt ans, la contrainte l'avait convertie au catholicisme, conversion du bout des lèvres avec la haine au fond de l'âme. Là, dans cet abri inviolable du moi, elle conservait à la foi qu'elle avait dû abjurer un attachement d'autant plus fort, que celle-ci se liait à son indépendance personnelle, de même que, aux yeux de la masse du peuple, à l'indépendance nationale. Gependcmt elle ne s'y abandonnait pas à l'aveugle, avec un emportement de sectaire. L'instinct du pouvoir, son rang, lui avaient inspiré une antipathie invincible contre les principes calvinistes, destructifs de l'autorité royale. Elle ne voulait d'Église réformée que celle qui s'avouerait de la couronne et contribuerait à en accroître l'éclat et la solidité, comme sous Henri YIII. De cette pensée devait sortir, moins de cinq mois après le commencement de son règne, l'organisation de rÉglise anglicane, avec sa dépendance du trône et sa hiérarchie épiscopale. Quant aux dogmes et à la liturgie, pas plus que

i. Lett. de Rog. Ascham à SturmiuB, Londres, 11 ayril 1562. AschanCt Wwks, t. II, p. 62, 63.

pour la discipline, Elisabeth, en se séparant du symbole catholique, n'était disposée à se jeter dans l'extrémité contraire; elle avait choisi la route moyenne, en combinant les principes d'Edouard VI et ceux de Henri VIII *. Encore quelques mois, et elle dira au comte de Feria qu'elle veut établir dans son royaume la confession d'Âugsbourg ou quelque chose d'approchant ; qu'elle diffère fort peu des catholiques, puisqu'elle croit à la présence réelle dans le sacrement de l'Eucharistie; que, dans la messe, il y a trois ou quatre articles seulement qu'elle n'admet pas, et qu'elle pense se sauver aussi bien que l'évèque de Rome ^. Il est à remarquer qu'elle retint toute sa vie certains usages et symboles de l'Église romaine, comme le crucifix, les cierges, les fêtes des saints, en dépit des plaintes et même des objurgations de ses théologiens attitrés '. On Ta taxée parfois de scepticisme et d'indifférence ; cela n'est pas exact. Elle avait des croyances; elle se fit une religion à sa mode, mais sin* cère, sans trop s'asservir à son propre Credo officiel.

Enfin, nous ferons souvenir de l'immense et admirable trésor d'instruction qu'elle avait accumulé par d'infatigables études, avec les meilleurs maîtres de ces beaux temps de la Renaissance ; de sa facilité et de son élégance à manier les langues savantes ou modernes; ce qui ne contribua pas peu à relever encore son prestige dans les grandes occasions. La culture de l'esprit se rehaussait en elle des dons qui ennoblissent l'extérieur de la fonction souveraine : passablement belle, de haute taille, la dignité de son attitude imposait. Avenante avec les petits comme avec les grands, et même de préférence avec les premiers, sans jamais se commettre *, l'air ouvert, l'accueil plein de grâce, elle exerçait un charme irrésistible. Si parfaite

1. Jasques et y compris la persécation contre les catholiques et les dissidents.

Page 1