Id,, ibid
4. Elisabeth, dans la quatrième année de son règne, en 1562, dirigea une enqui?te très-violente contre les Lennox, qu'elle mit en prison. Il existe une lettre de la comtesse de Lennox, niant avec la dernière énergie ce propos qu'on lui imputait. (EUis, Original Letters, 2« série, t. II, p. 335.) Elisabeth aurait voulu enlucher d'illégitimité la naissance de la comtesse. Mais elle s'arrêta dans cette voie, en s'apercevant que les motifs qu on alléguait contre celle-ci reUmibaieut sur elle-même. Les mariages des parents présentaient de part et d'autre le même genre d'irrégularités. (Miss Agnès Stricklaud, Vies des reines d*Écosse, Marguerite Douglas^ t. II, p. 355, 371, 394, etc.)
sur ce point l'ambassadeur espagnol, jusqu'à en faire son confident par la satisfaction d'amoindrir Gardiner *. Il proposait qu'Elisabeth fût mise en liberté, maintenue dans ses droits d'héritière, mais mariée sur le continent, soit à don Louis de Portugal^, soit à Emmanuel-Philibert, duc de Savoie '. La noblesse et le peuple d'Angleterre en agréeraient mieux, disait-il, le mariage de la reine avec le prince d'Espagne, et le duc de Savoie trouverait dans une telle union le moyen le plus sûr de rentrer en possession de ses États. Ici, Renard devenait froid et silencieux *. Car depuis l'année 1535, où François P'^et Charles-Quint avaient envahi chacun par un côté les Etats de Savoie, l'Empereur trouvait bon de conserver pour son avantage personnel ce que le roi de France ne tenait pas, et il aimait mieux avoir dans ses armées le duc, comme simple général, plutôt qu'avec la qualité de prince souverain effectif ^.
La détente qui se faisait sentir peu à peu dans la situation judiciaire d'Elisabeth adoucit le régime de sa prison ^. Elle s'était plainte du fâcheux effet de la réclusion sur sa santé. Le
1. Citons un billet en français de Paget à Renard : « Voiscy la personne que scavés (le chancelier) me viene depuis disner assaier (assaillir) de purpos soudain et estrange disant monsieur^ puisque les matières contre Madame Elisabeth ne prennent point tiel effect comme on a désiré soit un acte purposé en Parliament pour la disinberité. Je lui respondiz que ne vouldray point consentir pour plusieurs causes. » — Autre billet : « Noz affayres vont toutz en désordre, et ce par la faulte de celuy que scavés » (le chancelier). Renard à Charles-Quint, 17 avril 1554. Man, Rec. Off., t. II.
2. Déjà, il avait été question de ce frère du roi Jean III pour Marie Tudor.
3. Né en 1528. Il succéda en 1553 au titre plutôt qu'aux États de Charles III, son père.
4. Lettre à Charles-Quint, 17 avril 1554. Man. Rec, 0/f., t. IL
5. Des rumeurs de ce genre avaient déjà circulé dès la fin de 1553. Il y a une lettre du connétable à Noailles, en date du 30 décembre 1553, où il est recommandé à celui-ci de chercher à savoir la vérité : si Elisabeth « seroit pour s'y laisser persuader, estant ledict prince de Piedmont pauvre et despouillé de son bien, comme il est; » d'aviser aux moyens de rompre cette pratique et d'en divertir la princesse. Vertot, t. III, p. 2.
6. Noailles, Relation de ce qui se passe au Parlement et cour (l'Angleterre, 17 avril 1554. — Vertot, t. III, p. 166, 167. — Renard à Charles-Quint, 22 avril. Man, Rec. Off., t. II.
Conseil lui permit d'abord de se promener dans Tappartement de la reine, sous la surveillance du gouverneur et du lieutenant de la Tour, de trois dames de la reine, les fenêtres closes, avec défense d'y regarder. Puis on lui accorda l'usage d'un petit jardin, toutes les portes et barrières fermées. Pendant la durée de ces promenades, défense aux autres prisonniers de parler, de paraître aux fenêtres.
Seul, un enfant de trois ou quatre ans, fils d'un des gardiens, avait licence de visiter les prisonniers et de leur porter des fleurs. Il en offrit aussi à la belle jeune dame, dont la douceur et les caresses l'attiraient. Alors on craignit des intelligences avec Gourtenay. Le gouverneur et le lieutenant interrogèrent le petit suspect sur les commissions que lui donnait le comte de Devonshire pour la princesse. Us n'en purent rien tirer et lui défendirent avec menace d'aller davantage chez les deux prisonniers. Le lendemain, comme Elisabeth se livrait à sa promenade habituelle, l'enfant, regardant par le trou d'une porte : « Madame, lui cria-t-il, je ne puis plus vous porter des fleurs. » Elle sourit en silence. Mais le gouverneur fît venir le père et lui commanda de le renvoyer de la maison ; « C'est un rusé coquin ; que je ne le voie plus ici M » On resta convaincu que l'innocent avait porté un message de Courtenay à Elisabeth *. Mais, malgré tout, la reine s'apaisait. Ces mots, qu'elle ne prononçait plus, ma sœur^ commençaient à sortir de ses lèvres; et, dans sa galerie, le portrait d'Elisabeth reprit la place accoutumée d'où elle l'avait fait enlever '.
Charles-Quint, lui aussi, se résignait à l'idée qu'Elisabeth vécût ; mais les mariages mis en avant par Paget ne lui souriaient pas plus qu'à son ambassadeur. Il préférait en tout cas que l'on attendît l'arrivée de son fils pour prendre une décision. Relativement au reste des rebelles, il maintenait sa manière de
l.Foxe, t. VIII, p. 612,613.
2. Renard à Charles-Quint, 1" mai 1554. Man. Rec. Off.y t. II.