Du même au même, 13 et 25 mai 1554. /t/., ibid
4. Renard à Gharles-Quini, 6 et 13 mai 1554. V. aussi 22 avril. Man. Rec, Off,, t. IL
ment, dans la disposition où Ton était entré, la clémence l'emporta.
Quelques-uns avaient proposé pour Elisabeth le château de Pontefract, dans le lointain comté d'York. Le souvenir de IW sassinat de Richard II en ce lieu (1399) fit donner la préférence à Woodstock, résidence bâtie par Henri II au xh« siècle, un peu au nord d'Oxford. Ces résolutions se débattirent et se décidèrent avec un profond secret. Aussi, quelle ne fut pas Témotion d'Elisabeth, lorsque, 1^ matin du 4 mai, une troupe de cent hommes se déploya brusquement devant sa prison. Ils étaient sous les ordres de sir Henri Bedingfeld, austère gentilhomme du Norfolk et zélé catholique. Il venait remplacer lord John Gage comme gouverneur de la Tour *.
Elle s'écria si c'était l'échafaud de Jane Gray qu'on relevait. On la rassura. Mais, demanda-telle, Bedingfeld serait-il homme à se faire conscience de l'assassiner secrètement, si on lui en donnait la commission? On la rassura encore. Au lieu de la mort, il lui apporta des adoucissements, l'autorisation qu'elle avait solUcitée de se promener dans la grande galerie royale. Elle passa ainsi quinze jours, incertaine et de son sort et de la résidence qu'on lui destinait* Enfin, le samedi 19 mai 1554, elle sortit de la Tour, deux mois après y être entrée ^.
i. Quelques historiens donnent la date du 5 mai. Bedingfeld rapporte que son service près de lady Elisabeth commença le 4 mai 1554. Papiers de Bedingfeld relatifs à la captivité d'Elisabeth à Woodstock en J554, publiés par Rev. C. R. Manning, dans le t. IV de la Société archéologique de Norfolk et de Norwich, 1855. La correspondance de Bedingfeld avec la reine et le Conseil va du 21 mai au 19 novembre 1554. Après cette dernière date, il y a une lacune de cinq mois, puis, le 17 avril 1555, Tordre de la reine à Bedingfeld d*amener Elisabeth près d'elle à Hampton Court, c*està-dire la fin de la détention. Miss Agnès Strickland a été la première, que nous sachions, à utiliser les papiers de Bedingfeld dans sa biographie de la reine Marie Tudor.
2. Foxe, t. XIII, p. 614, donne le 19 mai, dimanche de la Trinité. La Trinité ne tombant que le 20, plusieurs historiens ont adopté cette dernière date, qui est aussi celle du Machinas Diary^ p. 63. Mais l'éditeur moderne de Foxe, le Rév. George Townsend, se prononce, d'après un témoignage authentique, pour le 19 (t. VI, p. 771, note). D'autre part, Noailles est formel
Dix jours plus tard, Edouard Gourlenay fut tiré aussi de la Tour (28 mai 1554). On le transféra au château de Fotheringay, dans le comté de Northampton. De même que la prisonnière de Woodstock, il n'avait plus à craindre la hache du bourreau.
Ainsi finissait, sans autre dommage pour les deux imprudents, l'aventure la plus risquée et la moins excusable. La culpabilité de Gourtenay, répondant aux bienfaits par une basse ingratitude, est hors de doute. Celle d Elisabeth, au premier abord, est moins manifeste. En effet, quand Noailles, dans sa correspondance avec la cour de France, dispose de la jeune princesse ; quand il se porte fort si pertinemment du désir qu'elle a de s'affranchir en épousant Gourtenay et en renversant sa sœur, nous devons nous défier de l'ardeur d'un homme dont les affirmations ne sont peut-être si absolues que sous l'aiguillon de l'impétueux désir d'entraîner un maître indécis. Gomment croire qu'elle lui ait abandonné tellement sa confiance, elle si concentrée? Wyatt et d'autres lui envoient-ils des messagers, libre à elle de dire sans trop d'invraisemblance qu'elle ne pouvait pas les en empêcher et qu'elle ne les a pas accueillis. Mais il nous semble absolument impossible que, durant de longs mois, elle ait servi de centre à toutes les intrigues, de clef de voûte à tous les complots, sans l'avoir su, sans l'avoir voulu. Point de trace de désapprobation ou de résistance de sa part à ces machinations. Parmi les mécontents, chacun est convaincu qu'elle n'est pas fidèle à sa sœur, en dépit de ses lettres et des circonstances d'apparat, et l'on agit en conséquence* Ses offlciers conspirent. Plus tard, elle les récompensera, les groupera autour d'elle en serviteurs de prédilection : Nicolas Throgmor-
pour cette môme date du 19. Vertot, t. III, p. 226. Dans lés Papiers d'État de Granvelle (mai 1555), t. IV, p. 249 : « Samedi dernier, Madame Elisabeth fut tirée de la Tour. » Lettre des ambassadeurs impériaux à Charles^ Quint (sans date). Môme date du 19 dans Holinsbed, p. 1117; Stoie, p. 622 ; Heywood, p. 120.
ton, James Croft, François KnoUys, William Saintlow, William Pickering, Edouard Rogers, les frères Killigrew, Russell comte de Bedford. Nulle part, cependant, elle ne fait acte d'immixtion personnelle et palpable dans la conjuration. Point de corres^ pondance de sa main avec les ennemis de sa sœur ; point d'en* trevues ; point de démarche compromettante. Cauteleuse et affinée, Tœil et Toreille au guet, qu'a-t-elle besoin de se risquer? Ne lui suffit-il pas dans sa retraite d'Ashridge, ou tout au plus de Dunnington, de se tenir prête à ramasser la couronne que d'autres auront conquise pour elle?
Outre sa prudence, sa popularité, et la préoccupation de Gar* diner en faveur de Gourtenay, elle fut redevable aussi de son salut, en grande partie, à une disposition spéciale du caractère anglais, le respect scrupuleux de la forme et de la lettre de la loi. Les jurisconsultes de la couronne, en quête d*un crime
capital commis par elle, crime qu'ils sentaient partout et ne
saisissaient nulle part matériellement, restèrent les serviteurs de leurs propres principes et de leurs traditions, qui les enchaînaient aux textes et les circonscrivaient dans le domaine rigoureux du fait légal. Allons plus loin : si Ton considère cette particularité du génie national, elle nous expliquera comment Elisabeth pouvait soutenir si haut, et même avec une certaine bonne foi, qu'elle était loyale et n'avait point transgressé ses devoirs envers la souveraine : innocence tout extérieure, dont elle bénéficia par-devant les légistes et le danger du moment, mais dont nous ne croyons pas qu'elle puisse se couvrir en face du tribunal de l'histoire.
ELISABETH A WOODSTOGK
A ce voyage de demi-délivrance, comme à celui de Temprisonnement, et pour le même motif, on dirigea Elisabeth par la Tamise plutôt que par la ville (19 mai). Mais on ne put pas échapper entièrement à la manifestation du sentiment public. Tandis qu'elle remontait le fleuve sous la conduite de sir Henry Bedingfeld et de lord John Williams de Tame S trois coups de canon partirent du comptoir de la Ligue hanséatique, en signe de réjouissance *. Ils retentirent jusqu'à Westminster. La reine, qui s'y trouvait, en témoigna un vif mécontentement '. On a dit que néanmoins elle aurait appelé sa sœur au palais, pour lui offrir la liberté si elle épousait le prince de Piémont, et qu'elle aurait essuyé un refus péremptoire. Cette anecdote est dépourvue de tout fondement. Le bateau passa devant Westminster sans
1. John-Williams de Tame était un ami d'Elisabeth. Il avait figuré dans le brillant corté<^e de cette princesse, lors de rentrée qu'elle avait faite en grand appareil à Londres, le 23 juillet 1553. Strype, t. III, p. 14.
2. De la maison des Tillards. Granvelle, Papiers d'État , t. IV, p. 249. La Compagnie de la Balance (Steelyard),
3. Granvelle, Papiers cTÈtat, t. IV, p* 249. Les ambassadeurs impériaux à Charles-Quint (mai 1554).
8*arrêter ^ Épargnée, il s'en fallait qu'Elisabeth fût à ce point rentrée en grâce. Le soir, à Richmond, on la sépara de ses gens. On multiplia les sentinelles. Elle se crut encore une fois à son heure dernière, a Que Votre Grâce ne se laisse pas abattre, lui dit son gentilhomme huissier; chagrin le soir, joie le matin. » Elle pria Dieu de l'abriter à l'ombre de ses ailes *, et envoya son serviteur s'informer des intentions des deux seigneurs. Us s'indignèrent d'un tel soupçon. Noailles, son dangereux ami, se promettant de ne perdre aucune occasion de conforter sous main ceux qui délibèrent si bien, disait-il, de brouiller les affaires de l'Empereur en Angleterre^ Noailles était tout prêt à lui attirer de nouvelles traverses. Il expédia un émissaire sous prétexte de lui offrir un présent de pommes. On le saisit; on le fouilla. Mais il sut répondre aux questions et dépister les lords ^.
Le lendemain 20 mai, Elisabeth fut conduite de Richmond à Windsor, dans une litière envoyée par la reine. Elle se plaignit de fatigue et de malaise, ce qui ne lempêcha pas de parcourir tout le château, à la recherche d'un autre logement que celui qui lui avait été destiné, sans compter diverses fantaisies, Bedingfeld, troublé de sa lourde responsabilité, était merveil^ leusement perplexe, dit-il, s'il fallait répondre oui ou non, et se hâtait de demander au Conseil des instructions détaillées ^.
En chemin, elle avait reconnu à distance quelques-uns de ses serviteurs. Alors, s'adressant à l'un de ceux qu'on lui avait
4. Le Journal de Machin parle d'un voyage direct de la Tour à Richmond ; nulle mention d'un arrêt & Westminster. Une lettre de Robert Swyft au comte Shrewsbury {Illustrations de Lodge) porte : « Samedi, à une heure de Taprès-midi, lady Elisabeth fut conduite hors de la Tour par milord Trésorier et milord Chambellan et alla à Richmond par eau, tout d'une traite, sans débarquer. Là, elle aura autour d'elle quelques hommes de la garde, des officiers de chaque service de la maison de la reine; mais ce que durera son séjour en ce lieu, je n'en sais rien. » — Noailles, dans une dépêche du même jour, dit aussi qu'elle doit aller coucher à Richmond, sans voir la reine sa sœur. Arch. affair, étr,^ t. I et II, p. 343.