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Elisabeth donc avait trouvé le chemin du cœur de Marie. Avec cette missive et ces bonnes nouvelles qu'il s'empressa de lui communiquer , le gouverneur s'attendait à un accueil aimable. Elle, qui avait souhaité si passionnément le succès, demeura froide et impassible, comme pour se venger de la violence qu'elle avait dû se faire elle-même en descendant à solliciter. Elle laissa Bedingfeld s'éloigner sans lui avoir ni commandé de préparer ce qu'il fallait pour écrire, ni désigné celui qui devait porter son message. Une semaine entière, du lundi au dimanche, elle observa le même silence. Enfin, le dimanche après midi, à sa promenade, elle donna ses ordres à Bedingfeld pour le lendemain. Le lundi matin , 24 septembre , il remit à Mrs. Morton, femme de la reine, un encrier, cinq plumes, deux feuilles de beau papier, une feuille de papier commun, le tout à condition que Sa Grâce s'en servirait sous les yeux de Mrs. Thomew ou de Mrs. Morton. Elisabeth y consentit et désigna pour messager Francis Verney, qu'elle savait être à Woodstock près de Thomas Parrj'. De là, Bedingfeld déduisit avec raison qu'elle avait des intelligences au dehors à cet hôtel du TaureaUj dont il estimait que Verney était l'un des suppôts les plus mal famés*. La lettre, interrompue par un mal de tête, ne fut achevée que le lendemain 25. Elle était destinée au Conseil, non à la reine. Gela étant, la fîère captive ne voulut pas déroger en écrivant de sa main à des personnages, ses inférieurs, qu'elle regardait d'ailleurs comme ses ennemis. Elle fit appeler Bedingfeld. « Je n'ai jamais écrit au lord chambellan, lui dit-elle, que par un secrétaire ; et puisqu'on ne veut pas que j'en aie un ici, c'est vous qui allez remplir cet office. » Le gouverneur se défendit vainement sur sa mauvaise écriture. Il dut prendre la plume et écrire sous la dictée d'Elisabeth, qui garda la minute par-devers elle. Après qu'il eut daté, il subit une nouvelle mortification : elle ajouta de sa main quelques lignes, dans le secret
1. Au reste, ce Verney fut mis à mort en 1556, pour avoir comploté avec d'autres de surprendre et de piller la Monnaie.
(lesquelles elle ne daigna pas Tadmettre *. Puis, séance tenante, elle fit fermer , cacheter , écrire l'adresse par Bedingfeld, et enfin lui donna la lettre pour Francis Verney , chargé de la déposer entre les mains du lord trésorier et du lord chambellan. Le gouverneur, ramassant ce qui restait de papier, l'encrier, les plumes, une seule exceptée, s'en alla *. Le lendemain, mercredi 26 septembre, il dépêcha Verney à la cour. Ce dernier incident, qu'il mande tout uniment et en termes formels au Conseil, le 4 octobre suivant^, met à néant un des récits les plus indignés et les plus triomphants de Foxe, répété par Heywood*, sur la cruelle conduite de ce bourreau de Bedingfeld. D'abord, il ne bouge pas d'auprès de la prisonnière tant qu'elle a la plume sur le papier (nous avons vu qu'il n'était pas présent). Puis il prétend porter lui-même la lettre à la cour (nous avons vu que la reine avait agréé que le courrier fût un des serviteurs d'Elisabeth : il ne pouvait donc y avoir, il n'y eut aucune dispute sur ce sujet). « Non, dit-elle , c'est l'un des miens qui la portera. Je ne me fierai ni à vous ni à aucun de ceux qui vous appartiennent. — Vous êtes la prisonnière de la reine, lui réplique-t-il, et tant qu'il en sera ainsi, aucun de vos serviteurs, je l'espère, n'aura la hardiesse de remettre une lettre de votre part à Sa Majesté. — Oui, dit-elle, j'en ai qui auront cette insolence, et qui seront aussi disposés à me servir en cela, qu'ils le furent jamais. — Je le crois, répond Bedingfeld ; mais ma commission l'interdit, et je ne le souffrirai pas. — Vous me jetez bien souvent votre commission à la tête. Je prie Dieu qu'un jour vous ayez à rendre compte de votre cruauté envers moi. » A ces mots, il met le genou en terre et la prie de considérer