Foxe, t. VIIÏ, p. 617. — Heywood, p
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qu'il n'est qu'un serviteur , placé près d'elle par la confiance de Sa Majesté pour veiller à sa sûreté. Si c'était elle qui fût au pouvoir, il lui obéirait avec le même empressement qu'il faisait pour la reine. Elle le remercie de cette réponse, en priant Dieu de n'avoir jamais besoin de serviteurs comme lui. Sa manière d'agir, dit-elle, n'est ni bonne ni convenable; non, ses meilleurs amis eux-mêmes ne pourront jamais le défendre. « Et moi, répondit-il, je ne serai pas en peine de rendre bon compte de ma conduite. Il n'y a pas de remède; je suis responsable ; j'ai à répondre de votre personne. » De colère, le barbare garde la lettre d'Elisabeth quatre jours durant, avant de la faire partir. Nous venons de voir que cette lettre, qu'il écrivit le 25 septembre, fut expédiée par lui dès le 26. Ainsi celte historiette de la méchanceté de Bedingfeld, répétée sur la foi de Foxe et de Heywood, est le contraire de la vérité, sauf peut-être l'escarmouche finale et les mots piquants d'Elisabeth. Encore ne sontils pas de mise dans la circonstance. Nous en trouverons la trace un peu plus loin, dans les papiers du malencontreux gardien.
Qu'il fût peu satisfait de cette grande lady , nous le savons amplement, et c'est ce qui parait ressortir aussi de sa lettre du 4 octobre à la reine. De ses dispositions d'esprit, elle ne manifeste rien, dit-il, si ce n'est l'espoir qu'elle place dans la clémence et la merci de la reine à son égard. Mai3, pour les lords du Conseil , elle s'exprime sur eux de manière à faire voir qu'elle leur porte une grande inimitié, « en supposant, poursuit-il, que sa pensée soit d'accord avec ses paroles, de quoi Dieu seul est juge. » Et alors il rapporte le trait suivant, fort peu d'accord avec ses protestations de dévouement à la reine. Deux fois la semaine, son chapelain venait réciter avec elle les prières et les litanies; elle disait les répons *. Après le
1. Ils suivaient le Livre de commune prièrcy en omettant les paroles suivantes : « De toute sédition et de tout complot domestique ; de la tyrannie de Tévêque de Rome et de toutes ses détestables énormités ; de toute fausse doctrine et hérésie ; de la dureté de cœur et du mépris de
mariage de la reine, il avait ajouté la prière pour le roi et la reine, et pas une fois Elisabeth n'avait fait le répons; ou, du moins, on ne Tavait pas entendu sortir de ses lèvres, et cela évidemment de propos délibéré * .
Faut-il s'étonner si sa lettre du 25 septembre ne produisit pas sur la reine un effet beaucoup meilleur que celle du mois de juin? Sans doute aussi, elle avait persisté dans sa forme de rédaction agressive; car Marie, en répondant à Bedingfeld, le 7 octobre , témoigne sa surprise qu'Elisabeth croie qu'on ait dérobé à sa connaissance les réponses qu'elle a faites aux accusations dont elle était l'objet, et qu'elle ait pu se faire une si mauvaise opinion du Conseil. « Si ses précédentes réponses avaient été de nature à satisfaire des oreilles impartiales autant qu'elle paraît s'être satisfaite elle-même, assurément elle aurait été admise à jouir de notre pleine faveur avant une foule d'autres personnes, qui l'ont éprouvée en se soumettant. Vous pouvez donc lui communiquer nos lettres , en lui faisant savoir que nous n'oublions pas ses intérêts, et que , quand elle nous en fournira quelque bonne occasion par ses actes, nous, alors, nous prendrons à son égard tel parti qui sera conforme à son honneur et au bon ordre de notre royaume *. m Gela semble signifier deux choses : 1° qu'elle doit avouer sa faute et solliciter un pardon qui ne lui sera pas refusé ; 2'' cela fait, Marie la mariera hors d'Angleterre, comme nous le rapporterons plus loin.
ta parole et de tes commandements : délivre-nous, Seigneur ! » Le Livre de commune prière, rédigé sous Henri VIII, avait été revu en 1549 et 1552 sous Edouard VI. Elisabeth supprima ce verset dans l'édition de 1559, Tannée qui suivit son avènement.
1. Bedingf. Pap., p. 213, 214. Bedingfeld ajoute qu'il se croit obligé, par les devoirs de son service, de faire connaître ce détail à la reine, pour qu'elle le pèse dans ses très-nobles réflexions. — Il ne faudrait pas prendre ce rapport comme une preuve certaine d'hostilité du narrateur contre Elisabeth. On doit tenir compte de l'habitude anglaise, en pareil cas, de tout dire.
2. La reine à Bedingfeld, Westminster, 7 octobre 1554. Bedingf, Pap., p. 217.
Alors Elisabeth enlreprit de réparer, par quelques-uns des actes attendus d'elle, les fâcheux effets de sa plume. L'évêque catholique de Londres, Bonner, afin d*effacer les derniers vestiges officiels duschisme de Henri VlIIet deThérésie d'Edouard VI, venait d'interdire Tusage deâ prières en langue vulgaire et d'y substituer l'usage exclusif de la langue latine. La reine , en conséquence, enjoignit à Bedingfeld de porter Elisabeth à s'y conformer, puisqu'elle s'était conformée en d'autres choses. Il devait rendre compte de la réponse qu'il recevrait, ensuite de quoi l'on prendrait telle mesure qui serait convenable ^
Ce langage contenait une menace qu'Elisabeth sut détourner avec dextérité. Dès que son gardien lui eut donné connaissance de la lettre royale :« Monsieur Bedingfeld, répondit-elle, sachant par vous quel est le plaisir de la reine, dorénavant j'y obéirai de tout mon cœur. » Elle expliqua ensuite comment une sorte de hasard, pendant qu'elle était à la Tour, avait mis entre les mains d'une de ses dames le livre de prière rédigé par ordre du roi son père ; mais, connaissant que la reine n'en faisait pas usage, elle n'avait consenti à s'en servir qu'avec l'autorisation expresse du lord chambellan*, et cela s'était continué ainsi.
Après ces explications, — c'était un samedi, — elle manda son chapelain, et pourvoyant à l'office du lendemain : « Sir William, lui dit-elle, vous ne direz plus les prières en anglais'. » S'étant de la sorte mise en règle avec la souveraine , elle se crut peutêtre plus libre contre Bedingfeld. Le dimanche suivant (21 octobre), elle lui commanda à l'improviste de lui préparer de quoi écrire aux lords du Conseil. Il répondit que les lettres antérieures des lords ne portaient pas qu'elle fût autorisée par la
1. Marie à Bedingfeld, Westminster, 6 octobre 1554. Bedingf, Pap., p. 214, 215. Bedingfeld se plaignait aussi au Conseil de ce que, ayant fait une invitation générale aux serviteurs d'Elisabeth de se rendre au service divin (la messe), plusieurs d'entre eux n'y avaient pas paru une seule fois, p. 216.