‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 95 sur 133 · Heywood, p · texte numérisé non relu

Heywood, p

Bedingfeld la mena par le jardin , à la lumière des torches, j us<] u *à rappartement royal. Là, mistress Glarence, la principale des femmes de la reîne^ rintroduisit dans la chambre à coucher, où Marie rattendait, assise sur son fauteuil d'apparat, dans une attitude de souveraine et de juge. Elisabeth, après les trois révérences d'étiquette , se mit à genoux humblement à ses pieds; et d'abord, dans une invocation à Dieu, elle demanda pour sa sœur santé, longue vie et conservation. Ensuite, parlant pour elle-même, elle protesta de son loyal dévouement et l'assura qu'elle trouverait en elle une sujette aussi fidèle que qui que ce fût. Elle la suppliait de l'en croire, et qu'il ne se découvrirait rien sur elle à rencontre, quelque rapport que la malice eût inventé. Mais la reine d'un ton sévère : « Je le vois, vous ne voulez pas confesser que vous êtes coupable ; vous soutenez intrépidement votre fidélité et votre innocence. Je prie Dieu qu'il en soit ainsi. — Si cela n'est pas, reprit Elisabeth, je ne demande à Votre Majesté ni faveur ni pardon. — Fort bien, dit la reine ; vous vous opiniâtrez ; vous avez été toute fidélité et loyauté. Peut-être allez vous prétendre aussi que vous avez été punie injustement. — Je ne dois pas dire cela, s'il plaît à Votre Majesté, et en sa présence. — Ah I mais, vous le direz à d'autres? — Non pas, s'il plaît à Votre Majesté. J'ai porté et je dois porter le fardeau moi-même. Je supplie humblement Votre Majesté d'avoir bonne opinion de moi et de me regarder comme sa fidèle sujette, non pas seulement depuis le commencement jusqu'aujourd'hui, mais à toujours et toute ma vie *. » Tant d'assurance ébranla la reine. Elle s'adoucit; en la congédiant, elle lui adressa quelques

\, Nous suivons ici le texte de Foxe. Il y a une variante dans Heywood : « Non pas, répondit Elisabeth, j'ai porté et je dois porter le fardeau moi-môme ; si j'ai seulement le bonheur que Votre Majesté prenne bonne opinion de moi, je n'en serai que mieux en état de le porter encore. Et si je viens à cesser d'être l'une des plus fidèles et loyales sujettes de Votre Majesté, fasse Dieu qu'à l'histant je cesse d'exister! » (Heyw., p. 158.)

paroles de consolation, quoique un peu brèves i ; et comme se parlant à elle-même : « Dieu le sait, » dit-elle en espagnol. Elisabeth avait cause gagnée, si puissante était Tenchanteresse *. Cette scène doit se placer vers la fin de mai (1555), un peu plus de trois semaines s'étant écoulées depuis l'arrivée de la prisonnière de Woodstock, le 29 avril.

On admet que Philippe assistait, caché derrière une tapisserie, à Tentrevue des deux sœurs, la première depuis deux ans, non pas, selon un dire ridicule, afin de protéger Elisabeth contre la violence de Marie, ou Marie elle-même contre les suites dangereuses de ses propres emportements '. Marie exerçait un rare empire sur elle-même. Il est plus probable qu'il était désireux de savoir avec une parfaite exactitude ce qui se serait dit, par quel art Elisabeth se justifierait, et qu'il suivit en cette circonstance la pente de son esprit, qui le portait aux manèges mystérieux.

Huit jours après, sir Henry Bedingfeld et ses soldats furent congédiés *. Elisabeth , si elle n'était pas encore en liberté, n'était plus du moins sous la puissance des hallebardes. Un peu plus tard, Bedingfeld reçut en récompense de ses pénibles services le gouvernement de la Tour et la fonction de membre du Conseil privé (28 octobre 1535). U fut de ceux qu'Elisabeth remercia quand elle devint reine. Alors, au congé, elle joignit le sarcasme. «Dieu, lui dit-elle, vous pardonne, comme moi, le passé. Mais si jamais nous avons quelque prisonnier à traiter rudement et à garder de près, nous vous ferons chercher^. » Il

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