‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 97 sur 133 · POUR ELLE · texte numérisé non relu

POUR ELLE

On a compté, parmi les motifs qui guidèrent le roi lorsqu'il protégeait ainsi sa belle-sœur, une vive admiration pour elle, ou plutôt une vraie passion, dont on a fait étalage en son nom, et si peu déguisée, qu'elle aurait allumé la jalousie de la reine. Il suffit, pour en rabattre, de se souvenir que le mariage d'Elisabeth avec le duc de Savoie était toujours sur le tapis.

Il convient donc de ne pas s'arrêter aux conjectures, pour affirmatives qu'elles soient, des politiques qui, tels que Noailles et Michieli, hostiles à Marie et à Philippe, et mal instruits de leurs desseins, prétendaient que ce prince gardait Elisabeth en Angleterre afin de l'avoir sous la main, en cas que la reine succombât aux suites de son accouchement, supposé prochain. Il comptait, disait-on, ou l'épouser, ou sinon acquérir avec son amitié le moyen de quitter l'Angleterre sain et sauf, lui et les siens ^ La reine attendait à Hampton Court le moment de sa dé-

1. GioY. Michieli au doge, Londres, 29 avril 1533. Friedmann, p. 33. Noailles au roi, 26 décembre 1534. Vertot, t. IV, p. 82. — Mémoires et Instructions du sieur de La Marque , 7 mai 1535. Arch, aff, étr., t. I et II,

livrance. L'Angleterre, Londres surtout, étaient dans une anxiété fiévreuse. Tout à coup, le 30 avril, le bruit de Theureux événement se répandit en ville : aussitôt les cloches des églises sonnent à toute volée; on chante le Te Deum à Saint-Paul; les bourgeois préparent des feux de joie et dressent des tables dans les rues. Mais bientôt la vérité contraire se fait jour. Marie n'avait pas connu, elle ne devait jamais connaître la joie d'être mère : elle avait pris pour des signes de grossesse les premières atteintes d'un mal incurable, l'hydropisie. Elle voulut néanmoins espérer contre toute espérance ; et le geu d'années qu'elle eut à vivre encore se consumèrent avant qu'elle se sentit la force de renoncer à la douce ambition de la fécondité. Son livre de prières, conservé jusqu'à nous, est usé à la page qui contient deux oraisons : l'une , pour l'unité de l'Église catholique ; l'autre , pour l'heureuse délivrance de la femme enceinte *.

L'arrivée d'Elisabeth à la cour avait coïncidé avec la déception des habitants de Londres que nous venons de rappeler. Elle coïncida aussi avec l'apparition d'un libelle séditieux, répandu à profusion. On soupçonna le maître d'italien d'Elisabeth d'en être l'auteur, et on le mit à la Tour *. Autre incident, qui aurait pu être plus fâcheux encore dans l'état des idées au xvi" siècle : un fait de sorcellerie. Le dernier Parlement avait renouvelé la défense, sous peine de félonie, d'ajouter foi aux égyptiens, devins ou faux prophètes (janvier 1555). Or, le Conseil fut informé que quatre individus, John Dee, Garey, Butler et Field, avaient tiré l'horoscope du roi et de la reine, pratiqué des enchantements contre eux, et façonné déjà leurs effigies en

p. 827. Bientôt Noailles accusera Marie de simuler une grossesse, Mémoire et Advis envoyez à M, de L'Aubespine, 1«' juin 1555. Id., ihid., p. 843. — Le protonotaire de Noailles, François, évoque d'Acqs, développera violemment cette accusation, lettre au Connétable^ 27 juillet 1553. Id,, ibid.. p. 925.

1. Calendar foreign^ Elisabeth ^ par M, Joseph Stevenson, préface, p. Ixxm.

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