‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 98 sur 133 · Giov. Michieli au doge, 13 mai 1555. Fricdmann, p · texte numérisé non relu

Giov. Michieli au doge, 13 mai 1555. Fricdmann, p

cire, pour y enfoncer les épingles auxquelles on attribuait le pouvoir de tuer la personne en blessant son image. On ajoutait qu'ils disposaient d'un démon familier, et, comme preuve, qu'un des dénonciateurs, nommé Ferys, avait à peine dévoilé leurs trames, que, de ses deux enfants, il avait vu l'un frappé de mort, l'autre de cécité. Parmi ces magiciens, John Dee était un ami de Parry, l'intendant d'Elisabeth ; et, tant qu'il vécut, Elisabeth crut aveuglément à son génie d'astrologue. Garey et Butler étaient parents des Boleyn ; le quatrième faisait partie de la maison de cette princesse. Le Conseil privé lança, le 28 mai, un ordre d'arrestation contre John Dee, qu'on mit en prison à Londres avec les autres; des commissaires furent nommés, le 5 juin, pour instruire TafTaire. Cependant elle avorta ; John Dee fut relâché le 29 août, après trois mois de captivité *. Elisabeth ne fut pas inquiétée. Gardée alors strictement à Hamptdn Court, elle n'avait pas pu participer à ces pratiques téméraires de ses amis et serviteurs, quelque faible qu'elle se sentit pour les mystères décevants de l'astrologie judiciaire.

Depuis que Marie, désespérant de tirer de sa sœur un aveu ou des lumières sur sa conduite passée, avait abandonné cette énigme à Dieu, Elisabeth avait acquis une certaine liberté, quoi* qu'elle ne sortit pas encore de son appartement. On lui rendit ses serviteurs : les gentilshommes de la cour eurent accès au-

1. Noailles, Af^moire et Advis envoyez à M. de I/Aubespine^ 1" juin 1555. Arch. aff, étr.y t. I-II, p. 843. Tytler, England under the reigns..., t II, p. 479. Lettre de Thomas Martyn à Courtenay, Calais, 8 juin 1535. Miss Agnès Slrickland, Elizabeth, p. 110 et 111. Miss Agnès Strickland place cet incident au commencement du printemps de 1555 et admet que ce fut Elisabeth, alors encore à Woodstock^ qui joua ce jeu si dangereux. Elle pense que sa translation à Hampton Court en fut la conséquence. Mais elle n*a pas pris garde que Tordre d'arrestation de John Dee, qui dut suivre de très-près la dénonciation, est du 28 mai, et qu'Elisabeth était déjà à Hampton Court depuis le 29 avril. Pendant ce premier mois de son séjour en ce palais, sa prison fut rigoureuse, sans aucune communication au dehors. Il est très-probable que, si elle avait été pour quelque chose dans les opérations magiques si redoutées à cette époque, elle ne s'en serait pas tirée aisément, tandis qu'on ne Ty impliqua en rien.

près d'elle *. William Howard, présidant à ces réceptions, y fit observer le cérémonial de la haute étiquette, génuflexion et baise-main. La reine et le roi lui-même, à ce qu'il paraît, trouvèrent qu'il allait trop loin. Du moins l'amiral se plaignit-il que. par ce motif, le roi l'eût traité froidement au service que Ton célébra, le 17 juin, pour le repos de i'àme de Jeanne la Folle, mère de Charles-Quint*. Il s'en vengea lors d'un banquet aux ambassadeurs, en affectant de se placer à côté de l'ambassadeur de France et de lui prodiguer les démonstrations d'amitié, contrairement aux habitudes anglaises '.

On prétend néanmoins que les plus grands personnages, le roi, le cardinal Pôle, donnaient publiquement à la sœur de la reine les marques du plus profond respect. Du moins, c'est ce qui résulterait d'une anecdote rapportée par Foxe et Holinshed *. Peu de temps après le soulèvement de Wyatt , disent-ils , un certain Robert Farrer, buvant dans une taverne, s'emporta contre Elisabeth jusqu'à la qualifier de coquine ', attendu qu'elle avait été l'un des auteurs principaux de la rébellion, avec les hérétiques, qui espéraient lui donner la couronne. Mais ce qu'il espérait, lui Farrer, c'est que, avant d'y parvenir, « elle et eux feraient le saut sans tète ou s'en iraient griller sur les fagots. » Un serviteur d'Elisabeth, nommé Laurent Shériff, présent à ces propos, les releva et même porta plainte devant la cour ecclésiastique, présidée par l'évèque de Londres, Bonner. Là, après avoir exhalé de nouveau son indignation, il ajouta, pour prouver combien elle était princesse digne d'être honorée : « Hier, à la cour, j'ai vu que milord cardinal Pôle, venant à la rencontrer dans la salle de réception, se mit sur les deux genoux devant elle et lui baisa la main ; j'ai vu le roi lui-même s'incliner jusqu'à

1. Giov. Michieli au doge, Londres, 11 juin 1555. Friedmann, p. 57.

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