‹ La jeunesse d'Ernest RenanChapitre 39 sur 64 · Lettres du Séminaire, p · texte numérisé non relu

Lettres du Séminaire, p

quille ; mais il n’a pas le coeur tout a fait 4 Vaise. La raison tirée des populations sans prétre me parait plutét une mise au point a lusage de la pieuse et simple chrétienne, dont je ne crois pas que le fils, méme a cette époque de foi juvénile, ait réve pour lui la vie d’un simple pasteur qui évangélise ‘obscureément Ménilmontant ou Piepus. Son maitre n’a pas sur lui de tels desseins. Pour M. Dupanloup, Saint- Nicolas est comme une Ecole Normale Supérieure ou se forment les futurs évéques, lélite éloquente et lettrée du clergé. Pour son disciple, c’est un cadre qui a commencé par l’étouffer et ot il a maintenant conscience de se déployer et de s’*épanouir 4 merveille.

La place de premier en composition, objet de tant d’inquiétudes, ne s’était pas trop fait attendre. Le 3 février, Ernest en annonce 4 sa mére « la grande nouvelle ». Il Pa obtenue en « lettre latine », matiére ou il ’aura encore 4 la composition suivante. Son application est opinidtre et se traduit par une lente

ascension, coupée de dégringolades, sur ‘une pente rude 4 gravir. Il y aurait abus de paperasseries 4 donner le détail de ses places que je posséde pour cette année-la (sa premi¢re année de Seconde), & montrer ses vicissitudes parfois cruelles en version grecque, en narration frangaise, en histoire, ses places tout juste honorables en vers latins, soutenues et de plus en plus proches de la premiére en version latine, la fable en vers latins qu’il fait recevoir au

Cahier d’honneur, la piéce lyrique latine sur Jérémie, « de longue haleine et fort remarquable » ow il a rendu éloquemment « la désolation du prophéte de la douleur ». Plus intéressant a relever, le jJugement sur ses qualités et défauts d’esprit qui résulte des notes de son professeur, M. Bessiére. Celui-ci lui trouve plus de fond que de forme, plus de vigueur que d’agrément. II critique « la sévérité naturelle de Sa muse », Sa « poésie trop rude et trop austére ». Voici la note de fin d’année :

Travail opiniatre. Esprit naturellement plus solide que brillant, n’ayant pas été cultivé et dés lors trop peu sensible 4 ’harmonie, il n’a pas obtenu depuis qu’il est dans la maison des résultats aussi heureux que dans une autte, mais il est des revers qui valent des succés; cette année seulement, il aura été écrasé par la classe 1. ;

Il est assez piquant que celui qu’on accusera plus tard de répandre trop de charme sur des sujets graves ait commencé par encourir ce reproche

‘d’excessive austérité dans des devoirs de collége.

Renan et la plupart de ses camarades redoublérent la Seconde, non parce quils étaient faibles, mais parce que « M. Dupanloup était décidé 4 les rendre les plus forts éléves de France ». Les archives de la Seconde en cette année 1839-1840 sont malheureusement perdues et il n’y a pas de palmarés. Mais les

1. Cette appréciation, et celles citées plus loin, sont empruntées aux registres du séminaire.

944 + LA JEUNESSE D’ERNEST RENAN sourires de la fortune 4 notre écolier sont reflétés dans ses lettres : | ;

Vous me demandez des détails sur mes classes, ma bonne mere, je vous dirai que, cette année, elles ne me présentent que des fleurs, au lieu des épines de l’an dernier. J’ai toujours pour professeur l’excellent M. Bessiére et pour condisciples les enfants les plus aimables, les plus spirituels, les plus honnétes quil y ait au monde. Nos

classes sont vraiment délicieuses, et par la bonte du pro-.

fesseur et par la docilité des éléves. Il me semble que c’est la plus forte classe de la maison... J ’ai eu quelques légers

. succés. J’ai été premier en histoire et en version latine,

et comme celui qui est trois fois premier de suite obtient des faveurs extraordinaires, entre autres celle de porter un soleil au lieu d’une croix, une ligue terrible s’est formée contre moi; tous se sont réunis pour arréter le soleil. Que pouvais-je faire seul contre vingt-trois éléves ? Cependant a force d’efforts, j’ai dissipé leur ligue et j’ai triomphé des secondes de l’an dernier. Mais, 6 douleur! ici s’avance un ancien combattant, un de ceux qui, comme moi, redoublent leur seconde, c’est le terrible Henri Nollin; sous ses coups, je succombe, le soleil est arrété, tout est perdu. Néanmoins, ma défaite n’a pas été trop honteuse, j'ai obtenu la troisieme place. Les plus redoutables antagonistes sont ce fameux Henri Nollin,.. et le jeune, mais célébre Alfred Foulon ?.

Cette absence d’Apreté dans lV’extréme ardeur,.

cette bonne grace, cette gentillesse adoucissant les feux de l’émulation la plus vive, honorent l’enfant

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