Souvenirs, p
» 569 LA JEUNESSE D’ERNEST RENAN applicable Saint-Sulpice. Ces traits sur le vif sont
loin de le céder en intérét 4 la peinture élargie et aux perspectives profondes des Souvenirs.
Cet Issy, dont on se faisait des monstres 4 Saint-Nicolas, est une maison ow l’on est mille fois mieux qu’a Saint- Nicolas... On y vit dans une honnéte liberté, sous le régime d’un réglement assez large, et sans la moindre géne ni contrainte. C’est méme ce qui caractérise Issy. Chacun y marche comme il veut, sans qu’on se méle de lui, au moins en apparence. D’abord, cela m’a semblé un peu froid; mais ensuite j’en ai senti les avantages. MM. les Sulpiciens sont tous d’une bonté et d’une politesse -extréme. Le plus petit éléve est traité comme un homme -raisonnable, jamais on ne vous dit rien, quand méme on vous trouverait en opposition flagrante au réglement. — Tu trouveras peut-étre singulier que je compte pour un avantage la facilité de manquer au réglement. Je suis bati comme cela, il suffit que je me sache forcé au bien pour que ce bien me soit pénible. M. le Supérieur (M. Gosselin) est un homme d’une finesse extraordinaire. Il a un tact et une délicatesse admirable, jointe 4 une grande vivacité d’esprit. Il y joint le plus grande érudition ; c’est une vraie forét de choses. Aussi ce qu’il dit est d’une rare solidité, toujours appuyé sur l’Ecriture Sainte ou les Péres. Il ne s’échauffe pas comme M. Dupanloup, mais sa logique est plus serrée et le fonds est bien plus riche}.
Renan insiste 4 mainte reprise sur ce contraste entre la fermeté intellectuelle de Saint-Sulpice et la mollesse de pensée du catholicisme oratoire. Opposi-