CHAPITRE VIII
Le retour à Rome. — La mort du frère aîné d'Ovide. — Ovide ne fait pas de service militaire. — Le cursus honorum d'Ovide : il est Lriumvir capitalisa puis decemvir stlitihus judicandis. — Date approximative des trois mariages successifs du poète.
Ovide avait quitté Rome vers Tan 25; il y rentre vers 23 ou 22, après avoir étudié à Athènes, visité les villes d'Asie et passé en Sicile presque une année entière.
Pendant son absence, son frère aîné était mort, en 730-24. Nous savons par le poète lui-même que ce frère était venu au monde, exactement une année avant lui, c'est-à-dire le 20 mars 710-44, qu'il partagea les études de son cadet aux écoles des grammairiens et des rhéteurs 1, et qu'après avoir revêtu la robe virile-, il se tourna du côté des études juridiques, alors qu'Ovide préférait s'occuper de poésie :
Dès sa première Jeunesse, mon frère se dirigeait vers l'éloquence, il était né pour les fortes luttes du Forum aux
i. Voir p. 44.
a. Voir p. 65.
nombreux discours... Déjà mon frère avait redoublé les dix premières années de sa vie, quand il périt et quand je commençai à être privé d'une partie de moi-même '.
Ovide ne manifeste pas un grand regret d'être privé de cette partie de lai-même. On a remarqué avec raison le peu d'intimité qui unissait le futur poète et son frère aîné : « Il ne paraît pas qu'il y ait eu entre les deux frères grande amitié, grande sympathie. C'est avec un étranger qu'Ovide était allé visiter l'Asie et la Sicile, et, chaque fois qu'il parle des plaisirs, des amusements de sa jeunesse, c'est avec des étrangers, ce n'est pas avec son frère qu'il les a partagés-. »
Cette sécheresse à lieu de nous étonner. L'un des plus célèbres prédécesseurs d'Ovide dans la poésie élégiaque, Catulle, avait perdu son frère, mort en l'an 60, aux environs de Troie ; le poète qui, en 57, accompagne le propréteur Memmius en Bithynie, tient à faire un pieux pèlerinage au tombeau de son frère; et ses élégies disent avec une éloquence désolée son deuil fraternel :
Peu de temps a passé depuis que les pieds pâlis de mon frère sont baignés par le courant du fleuve Léthé, mon frère qui m'a été enlevé, que la terre du rivage Rhœtéen cache à nos regards! Puis-je lui parler? Je ne t'entendrai jamais me raconter ce que tu as fait, je ne te verrai plus, ô mon frèn^ toi qui me semblais plus aimable que la vie ! Du moins, je t'aimerai toujours ; toujours, je te dirai des vers attristés par ta mort, comme, sous les ombrages épais des branches.