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à la mémoire de son protecteur, mort Tan 8 de Tère chrétienne. Ovide exil<5 écrivait au fils de Messalla :
Ton père n'a pas désavoué mon amitié ; ton père, qui encouragea mes études, qui les dirigea et les éclaira ; ton père à qui j'ai donné mes larmes, et, suprême hommage au jour de ses funérailles, un poème composé pour être chanté au milieu du Forum '.
M. Valerius Messalla Gorvinus, grand seigneur ami des lettres, présidait un cénacle qui était aussi influent au temps de la jeunesse d'Ovide que pouvait l'être la chambre bleue de la belle Arthénice au temps de la jeunesse de Bossuet.
Né en ()90-()4, Messalla, dont Cicéron appréciait l'éloquence, avait occupé une place importante dans le parti deBrutusetde Cassius. Après la défaite de Philippe (712-42), il s'était tourné du côté d'Antoine; réconcilié avec Octave, qui le nomma consul en 723-31, il alla battre les Aquitains sur les bords de l'Atax. Puis, il se désintéressa de la politique pour s'occuper de recherches archéologiques et d'études grammaticales, de poésie et d'histoire. Nommé pracfectus Ui'bis, en 729-25, il se démit bien vite de ses fonctions et n'accepta plus que la charge de cnratoi' aqiiaram^ en 743-11. Il avait formé un cercle de lettrés où se groupaient autour de Tibulle, qui en était le membre le plus distingué, Aemilius Macer, Valgius Rufus, le poète connu sous le pseudonyme de Lygdamus, les auteurs de la Cirù
1. Pont., I, vFi, V. 21-30. — Voir mes Éludes sur V ancien ne poésie latine, Paris, A.. Fontemoiiifi, 1903: ta S'enia, p. 3GG.
et de diverses pièces consacrées au panégyrique de leur patron^.
Tibulle, qui était déjà dans tout l'éclat de sa gloire au moment oii Octave fut pour la première fois nommé jjrince][)8 Senatiis^ en 726-28-, exerça une notable influence sur Ovide qui devait souvent l'imiter. Ovide se plaint que la mort prématurée du poète n'ait donné que trop peu de temps à l'amitié qu'il lui portait'; Tibulle mourut en 735-19. Nous ignorons la date de V Élégie à^^ Amours dédiée à la mémoire de l'amant de Nemesis et de Delia^ ; son ami lui fait une place d'honneur parmi les élégiaques latins, enlre Gallus et Properce^; il nomme toujours à côté de ces deux poètes Tibulle, cet esprit si délicat et si élégant^.
La mort prématurée, elle aussi, de Properce ne permit à Ovide de jouir de l'amitié du poète avec lequel il était, nous dit-il, intimement lié que jusqu'à l'année 739-15. A peu près contemporain d'Ovide, peut-être son aîné de quelques années ',
1. Voir J. Valeton, il/. Valer'tus Messalla Corvim/s, Groningue, 1874, p. 107 et suiv.
2. Tr/s/es, 11, v. 464: ...jam le principe ITibuUus] notus erat.
;i. Tristes, IV, x. v. 51: ... nec amaralilmllo Tempus amiciliae fata dedere uteae. —Je ne peux admettre l'interprétation de Plessis [Eludes sur Properce, p. 204) : « La mort amère, en enlevant Tibulle, ne m'a point permis son amitié. » Cette interprétation est fondée sur une erreur de date. Ovide n'a pu connaître Tibulle, car, afiirme Plessis, « il n'avait que (luatorze ou quinze ans, quand Tibulle est mort ». Né en 43, Ovide avait vingt-quatre ans, en 19, l'année de la mort de Tibulle.