Plutarque, Vie de lirulus, ix
2. Quintilien, '/«.s//////. Oral., X. i, 23: l'ro Milnne (irationem Bfiilus e.rerrilalionis fjvatia scripsit.
h'exercitatio de Briitus étaitune vraie ^ec/am«/zo, puisque c'était un discours sans objet. On peut se demander si la Milonienne elle-môme de Gicéron n'est pas une simple déclamation, puisque c'est un dicours écrit après coup. Intimidé par la foule hostile massée au Forum, l'avocat n'osa prononcer le plaidoyer qu'il avait préparé. Rentré chez lui — tels ces faiseurs de mots qui n'ont que Vesprit de V escalier^ — il rédigea à loisir celte parfaite harangue qui faisait dire àMilon exilé, à qui il en avait envoyé une copie : « Si tu avais prononcé ce discours, ô Gicéron, je ne mangerais pas de si bon poisson à Marseille ! »
Mais il s'agissait de gagner devant l'opinion publique la cause de Milon perdue devant les juges. G'est ainsi que les Vernnes etla àQ\xx\hm.QPhilippique n'ont pas été prononcées : Verres s'était dérobé par la fuite à une condamnation imminente; Antoine voulait, en se tenant à l'écart, échappera l'éloquence vengeresse du défenseur de la République. Les Verrines^ la deuxième Philip pique sont des pamphlets destinés à déconsidérer avec de nombreuses preuves à l'appui, les unes, le propréteur de Sicile et ses patrons, les optimales^ qui veulent assurer la tyrannie de l'aristocratie, l'autre, l'héritier de Gésar et ses complices qui méditent la ruine de la liberté. Ges mémoires, éloquents et passionnés, rédigés sous la forme de discours, ne méritent pas plus le nom de déclamations que ne le mériteraient aujourd'hui les études de revues et les brochures dont le but pratique et immédiat est de provoquer et de guider un mouvement d'opinion.
La déclamation, telle que Gicéron et ses élèves l'entendent, est une composition sous la forme du discours, qui n'a d'autre valeur et d'autre mérite que d'être un exercice préparatoire. L'usage scolaire de cet exercice est légitime, pourvu qu'il ne dégénère pas en abus, pourvu qu'il ne devienne pas, comme cela se produira au temps de Quintilien, la préparation unique aux plaidoyers et à l'éloquence judiciaire, pourvu surtout qu'au lieu de n'être qu'un moyen il ne devienne pas une fin, la fm et le but suprême de vétérans de rhétorique attardés — grandes praetexlati ^-occu^éshâécVàmer Y)Our décl'àmer, sans aucun souci des luttes du barreau qu'ils ne songent pas à aborder.
C'est ce que la déclamation était, dans la plupart des cas, devenue h l'époque d'Ovide, alors que l'apprenti déclamateur ne pouvait s'exercera l'éloquence politique qui n'existait plus ; c'est ce qu'elle fut pour le futur poète qui ne se destinait pas, comme les élèves de Quintilien, aux plaidoyers du barreau .
En l'an 27, au moment où Ovide, sorti de l'école des grammairiens, entra à l'école des rhéteurs, l'enseignementde larhétorique était constitué d'une manière définitive. Les exercices scolaires, les declainationes^ se divisaient en deux classes : les sîiasoriae et les controversiae.
On entendait \)diY suasoriae des discours délibératifs dont le sujet était emprunté à l'histoire. Les siiasoriae ressemblaient beaucoup à nos anciens discours de rhétorique. Le temps n'est pas loin où les élèves de notre enseignement classique dévelop-
paient en français les thèmes suivants : Mathieu MoIé, à la tète du Parlement de Paris, demande à la Régente la liberté de Broussel et de Blancmemil. — IJabbé de Polignac au Congres d'Utrecht. — Washington à son armée en la licenciant. — Vergniaiid à ses amis après la proclamation de la Bé publique K
L'utilité, trop méconnue aujourd'hui, de cegenre de discours, est incontestable. Pour y réussir, rélève doit connaître l'histoire; quand il y réussit, quand il sait analyser l'acte ou la pensée d'un personnage historique, il comprend mieux Thistoire. Elle devient plus vivante, puisque l'élève qui en fait parler les personnages ne peut plus se contenter de n'y voir que des dates et des noms.
Donner d'une manière intelligente la vie à l'histoire, tel est le mérite de ce genre décomposition. Par exemple, dans les dernières leçons consacrées au règne de Louis XIV, l'élève de rhétorique a appris ce qu'était la cour de France, alors que la vieillesse du roi et l'hypocrite dévotion de M"^ de Maintenon mettaient dans Versailles un ennui profond. Que Ton propose à cet élève defafre raconter ses impressions par la fille du duc de Savoie, récemment arrivée à la cour de Versailles pour épouser le duc de Bourgogne, il est certain qu'une lettre de la duchesse Adélaïde à sa mère sera bien plus vivante que ne le serait une rédaction, tout en
i . Tous ces sujets sont emprunt(^s au célèbre « Choix de compositions françaises et latines, recueil publié par J. Pierrot-Deseilligny, ancien proviseur du Collège Louis-le-tirand » ^quatrième édition revue et augmentée par AI. Julien Girard, professeur de rhétorique au lycée Bonaparte, Paris, Hachette, iSljH).
s'appiiyant aussi solidement sur les faits exposés dans le cours ^
Nous connaissons un grand nombre de sujets de suasoriae indiqués par Quintilien, dans son Institution oratoire. Certains d'entre eux ressemblent fort aux textes de discours latin que l'on dictait, il y a quelques années encore, dans les classes de rhétorique.
Ce sont des discours de personnages historiques ou mythologiques :
Discours de Priam suppliant Achille de lui rendre le cadavre d'Hector.
Discours de Sylla abdiquant la dictature devant l'assemblée du peuple-.
Des délibérations :
Numa délibère s'il acceptera la royauté qui lui a été offerte par les Romains^,
Des conseils donnés à des personnages iiistoriques (c'est de cette catégorie spéciale de déclamations que vient le nom suasoriae attribué au genre tout entier) :
On conseille (suadetur) à César de se faire roi^.
1. Voir, dans le re<^ueilde Pierrot-Deseillifîny, une très spirituelle lettre de « la duchesse de Bourgogne à la ducliesse de Savoie, sa mèn;, (juelque temps après sou arrivée à la cour de France », dont l'autonr (M. (t..., Collège royal de Charlcmagne, i84S) est Maxime Ganclicr (182;)-I8SS , le piofesseur de rhétorique bien connu du lycée IU»naparte-|''ontanes-(loMd()rcet (1864-1 888), le critique autorisé de la lievue polifique et LUlévaive (1872-1888).