‹ La jeunesse d'OvideChapitre 42 sur 203 · Suétone, De clar. Wiel., i · texte numérisé non relu

Suétone, De clar. Wiel., i

Gicéron était né professeur. Si l'orateur des Verniies et des CatUinaires se juge l'émule de Démosthène, l'auteur du De Oratore est jaloux d'Isocrate dont l'école lui semble comparable à ce cheval de Troie d'où sortirent tous les héros de la Grèce homérique^ Dès que l'action politique lui est interdite, son zèle de propagande et de prosélytisme l'accapare tout entier. Sans se demander si l'éloquence pourra retrouver sa place légitime dans le nouvel ordre de choses qui prépare fatalement la restauration d'un pouvoir monarchique, il ne s'occupe plus que de faire adopter par la jeune génération le système oratoire dont il a donné la théorie dans ses livres et le modèle dans ses discours; il veut avoir une école, former des disciples. Les ouvrages de doctrine, composés depuis qu'il a dû quitter lapolitique militante, reviennent sur l'éloge d'Isocrate : son école n'est plus comparée au cheval de Troie, mais \x un laboratoire d'éloquence-. Le rôle de l'école de déclamation est compris d'une manière plus pratique. En môme temps, un éloge est accordé à Isocrate, qui devient la justification du rôle nouveau que Gicéron prétend jouer :Isocrate esta la fois un grand orateur et un maître accompli ; Démosthène, lui, n'était qu'un grand orateur.

Magnus orator : les succès de Gicéron au Forum lui prouvent qu'il l'a été, autant que Démosthène,

1. Gicéron, De Oratore, II, xxii, 94: Isocrates cujus e ludo tan quam ex equo Trujano meri principes exieriint.

2. Gicéron, y?'u/«.s', viii, 32 : Isocrates cujua domns cunctaeGraeciae quasi ludus quidam paluit atque officina dicendi, maqmis orator et perfectus maqister. — Orator, xiii. 40: Dunius ejas [Isocratis] Df'ficina habita eloquentiae est.

bien plus qu'Isocrate. — Perfectm rnagister : Gicéron a confiance qu'il le sera plus encore qu'Isocrate, lui à qui n'a pas manqué cette lux foi^ensis inconnue au rhéteur attique, lui l'orateur émérite, nourri des doctrines de Platon et habitué à la pratique des affaires, lui le maître capable d'exercer ses élèves autrement que par une escrime stérile.

Nous sommes renseignés sur quelques-uns des élèves de cette école de déclamation que Gicéron fonda à la lin de sa vie. Les disciples étaient peu nombreux et la discipline semble avoir été très douce. Gicéron parle de son gendre Dolabella et d'Hirtius, le futur consul, qui devait être tué en 43, l'année de la naissance d'Ovide; il les habituait à la déclamation, et, par un échange de bons procédés, les élèves habituaient leur vieux maître aux soupers lins^ Gicéron, qui paraît un peu honteux de l'éducation très mondaine qui lui est donnée par ses «grands écoliers-», s'autorise de l'exemple de Denys le Tyran, qui, chassé de Syracuse, se fit maître d'école à Gorinthe^. 11 assure que l'ensei-

1. Cicéron, Epist. ad FamiL. IX, xvi, 7: IHrtiinn ego et Dolabellam dicendi discipulos fiaheo, cenandi magislros. ' Putu enim le audisse, si forle omn'ia ad vos perferunluv^ illos apud me declamilare, me apud illos cenilave.

2. Scnèque le Rhéteur, Conirovevs., \,Prooem.,\i: In illoatriolo, [Cicero] duos grandes praelexlalos ail secian déclamasse in guo. — Suétone, De clar. R/iet., i : Cicero ad praeturam usgue etiam graece declamilavil. Latine vero senior quoque et qiiidem cum consulibus Hirlio et Pansa quo discipulos et grandes praelexlalos vocahat. — Quintilien, Institut. Oral., XII, xi, è : Pansam, Uirtinm, Dolabellam in morem praeceptoris [Ciceroj exerçait, quoetidie dicens, audiensque.

3. Gicéron, Epist. ad FamiL, IX, xviii, 1 : Intellexi prohari tibi meum consilium, quod ul Dionysius lgrannus,cuni Sip-acusis piihus essel, Covintlii dicitur ludiim apeniisse, sic ego snhlalis judiciis, amisso regno forensi. ludina quasi haberc coeperim... Ipse melior

gnement de la déclamation Tempêche de se rouiller; les exercices de rhétorique rétablissentsa santé, sérieusement compromise, depuis que le Forum lui est interdit. 11 est douteux que les soupers fins aient été très hygiéniques pour un vieillard ; mais il est certain que la mise à la retraite, surtout la révocation brutale, rend malades les vieux fonctionnaires, quand elle ne les tue pas. D'ailleurs, tous les élèves de Gicéron n'étaient pas, apparemment, aussi amis des soupers fins qu'Hirtius et Dolabella : peut-être Pansa avait-il les mêmes goûts qu'Hirtius, dont il devait être le collègue au consulat et partager le sort déplorable en 43. Mais on sait que le disciple de prédilection, Brutus, l'orateur stoïcien, était un buveur d'eau '.

Brutus est le seul élève de l'école de déclamation fondée par Gicéron dont nous connaissions un exercice scolaire. Gicéron ne nous dit ni les menus des soupers que Dolabella et Hirtius lui oITraient, ni les thèmes des exercices oratoires auxquels il les conviait lui-môme à prendre part. Quintilien nous apprend que Brutus, par manière de travail de classe, dut composer une déclamation en faveur de Mi Ion-. Le texte delà déclamation ne nous a point été conservé : mais on sait que Brutus prétendait défendre le client de Gicéron en se proposant im plan tout dilTérent de celui que le célèbre avocat avait suivi.

fio, primum vn/efudine quain, intevmissis exercil a lionilms nmiseram: (leinde, ipsa illa, si qua /'tiil, In me facilitas uralionis, nisi me ad hns e.rerci/afiones rehdissem, exnrn'isset.

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