‹ La jeunesse d'OvideChapitre 45 sur 203 · Institut. Orat., VII, n · texte numérisé non relu

Institut. Orat., VII, n

Pourquoi Vénus était-elle représentée en armes chez les l.acédémoniens ' ?

Pourquoi admet-on que l'enfant Cupidon possède des ailes et est muni d'un flambeau et armé de flèches-?

Ce genre d'exercices ne plaisait pas seulement aux élèves ; nous voyons les thèmes indiqués par Quintilien développés en vers par des poètes qui se souviennent de leurs devoirs d'écoliers. « Ces sujets étaient, avant tout, littéraires : aussi les poètes ne les dédaignaient pas. Properce a traité le dernier dans ses Elégies (III, [ii, édit. Mueller). Ovide, dans ses Fastes, nous a donné une longue suite de problèmes ainsi présentés et résolus-^. » Il faut noter cette influence mutuelle de la déclamation sur la poésie et de la poésie sur la déclamation, au premier siècle de l'Empire. Properce, Ovide, d'autres poètes, sans doute, se plaisent à mettre en vers des sujets qu'ils ont traités en prose, alors qu'ils étaient à l'école; les rhéteurs continuent ù. proposer à leurs élèves ces mêmes sujets dont ils peuvent lire le corrigé en vers dans les œuvres de Properce, d'Ovide et d'autres poètes.

Certains thèmes de suasoriac présentaient le grave défaut d'exiger, pour être bien traités, une érudition encyclopédique, une connaissance approfondie de la géographie, de l'astronomie, de la musique elle-même. Or, comme le jeune Romain n'a pu, avant de fréquenter l'école des rhéteurs, recevoir qu'une vague teinture de ces diverses sciences

1 et 2. Institut. Oraf., II, iv, 26 : Neqiœ iniUUi et nobis etiam jucundo crercitationis qeneve.

3. E. Jullien, Les i*rofesseuvs de littérature dans Vancienne Home, p. 316.

qui ne lui seront absolument pas enseignées pendant ses années de rhétorique, il ne fournira, en tait de dissertations sur de pareils sujets, que de vaines et ridicules déclamations. Quintilien reconnaît bien qu'il faut savoir la musique pour se tirer du sujet suivant de déclamation, qu'il trouve assez ingénieux ^ et qui nous semble au moins bizarre. Pendant un sacritice, le joueur de ilûte a fait entendre le mode phrygien, ce qui a rendu fou le prêtre qui officiait ; le malheureux s'est jeté dans un précipice et s'est tué. Le joueur de flûte est accusé comme responsable de cette mort, et l'élève doit composer sa défense. On ne peut, conclut l'auteur de VInstitiition Oratoire^ plaider cette cause si Ton ne connaît pas la musique. Mais il ne réclame aucun enseignement particulier pour mettre l'élève en état de traiter les questions suivantes, qui sont présentées comme des thèmes ordinaires de composition oratoire :

Est-il possible de percer i'isltime deCorinthe? — de dessécher les Marais Ponlins? — de creuser un port à Ostie^?

Alexandre aurait-il trouvé des terres au delà de l'Océan 3?

Le soleil est-il plus grand que la terre? — La lune est-elle sphôrique, plane ou conique? — N'y a-t-il qu'un monde ou y en a-t-il plusieurs''?

Tels étaient quelques-uns des sujets de siiasoriae que le rhéteur proposait à sa classe. Les élèves les préparaient, les rédigeaient, les apprenaient par

\. hifi/itul. 0ml., 1, x, 33; Son inerudile ad. declainandum ficla maleria.

2 et 3. Institut. Orat., III, vni, 16. 4. Institut. Orat., VII, ii, G.

cœur, les récitaient enfin en déclamant. Les condisciples écoutaient, blâmaientou applaudissaient; le maître faisait la critique de la composition qui venait d'être récitée, puis il en déclamait un corrigé. Des parents, des amis, des curieux désœuvrés, assistaient à ces exercices oratoires et se retiraient en distribuant le blâme ou l'éloge, qui amenait le discrédit ou consacrait le succès de l'enseignement donné dans l'école de rhétorique.

11 est facile de tourner en ridicule les exercices des rhéteurs romains; mais, avant de se moquer de leurs sirnsoriae, il est prudent de se rappeler les cunpiifications françaises du commencement de notre xix'' siècle. Que l'on compare aux sujets indiqués par Quintilien les textes suivants de composition française :

Dispute entre cinq provinces de France jugées par un Parisien. (Le Gascon : style tempéré, vif, rempli de saillies agréables; le Breton : style noble et persuasif ; le Normand: style tempéré, orné, doux et insinuant ; le Picard : style simple et légèrement orné ; le Parisien : clans leplaidoyer, discours du genre démonstratif, plein de chaleur et d'enthousiasme; dans le jugement, style simple et fleuri.)

Dispute sur la prééminence des sciences (grammaire, rhétorique, astrologie, géométrie, arithmétique et musique).

Méditation sur le Paradis pour le jour de la Toussaint (style sublime et plein d'affectation).

Déclamation sur la majesté de la croix (le style sera sublime et animé d'un souflle divin).

Sermon sur le danger des livres erotiques (style grave, tempéré et orné).

Discours d'une mère qui, pressée par la faim, dévore son nis'.

1. Suuceaa cours de Hhëlurique, comprenant des amplifie a lions latines et françaises. Paris, Delalain, 1811.

Cinquante ans après que ces sujets à' amplifications étaient proposés aux élèves des collèges dans les classes de rhétorique et d'humanités, nous retrouvons, avec le Thomas Graindorge de Taine, les mêmes habitudes de déclamation qui se perpétuent dans un cours à la mode fréquenté par deux petites Parisiennes. Ces jeunes filles font des <( compositions » et elles expliquent à M. Graindorge ce que sont ces compositions :

Nous avons eu la mort de Jeanne d'Arc; — conversation de deux anges émus par les misères de la terre ; — une mère à genoux devant un lion qui veut dévorer son enfant; — Joseph vendu par ses frères; — hymne au soleil... Parexemple, il faut se donner de la peine! Vous comprenez, un hymne au soleiH !...

En même temps que les sua^oriae^ Aoni nous retrouvons l'influence persistante encore dans les classes des collèges et dans les cours de jeunes filles, les écoles de rhétorique usaient d'un autre genre de compositions, spécialement destiné aux élèves plus avancés qui redoublaient plusieurs années, à titre de vétérans, souvent « hors d'âge», une véritable classe de « rhétorique supérieure ». Ces com-positions portaient le nom de controversiae; elles étaient, par excelkmce, l'exercice de l'école de déclamation : les jeunes déclamateurs débattaient contradictoirement une cause du genre judiciaire, empruntée à la réalité ou tirée de la fiction. On imaginait un procès fictif, ou bien on reprenait une cause célèbre : c'est à peu près ce qui se

1. Taine, Vie et Opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge, Paris, Hachette, 186", p. 8fi.

fait encore dans nos conférences d'étudiants en droit et de jeunes avocats.

Après la siiasoria^ exercice de rhétorique, et avant la controversia^ thème de discussions qui auraient dû être purement juridiques, se placent certains sujets d'amplifications, qui font la transition entre les deux ordres de déclamations en faveur à l'école. U Instilution Oratoire nous donne le texte d'une de ces matières à discussion, intermédiaires entre la suasoria et la controversia. C'est le cas du prêtre adultère, qui, ayant le privilège de sauver une seule personne, veut en user pour se sauver lui-même : un homme exerce un sacerdoce qui lui octroie le privilège de faire échapper au supplice un condamné à mort. Ce prêtre commet lui-même un adultère; convaincu de son crime, il devient passible de la peine de mort. A-t-il le droit d'user de son privilège pour se sauver lui-même ^?

C'est par Sénèque le Rhéteur que nous connaissons les sujets de controversiae qui se donnaient dans les écoles. Né vers l'an 700 de Rome et mort vers l'an 792 (54 av. J.-C. — 38 après J.-C), le célèbre rhéteur, qui avait une mémoire étonnante, recueillit pendant les dernières années de sa longue vieillesse les sujets et les développements des principales controversiae qu'il avait entendu débattre dans les écoles de Rome.

En voici quelques-unes, choisies parmi les moins invraisemblables :

V}X\ père a deux fils. Il renie l'un d'eux. Celui-ci est re-

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