‹ La jeunesse d'un romantiqueChapitre 12 sur 17 · VIII. — LA PANTOMIME HTPOCRITIQUB · texte numérisé non relu

VIII. — LA PANTOMIME HTPOCRITIQUB

Lesueur, parmi ses fort longs articles pour le Dictionnaire des Beaux- Arts, écrivit sur la pantomime (Manuscrits inédits, collection Charles Malherbe). Fort souvent, dans ses partitions, par des indications destinées aux acteurs, il nous a permis de mieux comprendre, sur des exemples, ses idées théoriques.

Nous allons tâcher de les résumer en citant, le plus possible, Lesueur même :

« La Musique hypocritique, écrit- il... »

Expliquons d'abord ce mot. — Hypocritique, mot grec à peine francisé, veut dire théâtral, . de <j6médien, relatif à l'art du théâtre, ou encore grand acteur. Par ce mot^ Lesueur veut faire entendre qu'une pantomime non pas seulement décorative et destinée aux danseurs, mais destinée aux acteurs mêmes peut devenir une expression des sentiments les plus intimes des personnages du drame : ainsi le geste et la musique sont deux expressions d'une même chose, et simultanées.

Donc, Lesueur écrit :

« La Musique hypocritique^ chez les Grecs, était Fart de noter, dans les accompagnements des parties vocales et dans les symphonies dramatiques, les rythmes sonores et répercutifs, etc.. »

Voici ce que le bizarre Lesueur veut dire.

Tous les mouvements qu'on voyait exécuter par les acteurs, leurs gestes, leurs déplacements dans le décor et même la direction de leurs regards qui s'attachadent à telle ou telle chose; bien plus, les sentiments, les pensées, indiqués déjà par la parole ou l'attitude, tout, eh un mot, avait sa correspondance (pour nous servir du terme moderne) dans la musique. L'émotion donnée par ce que l'on voyait, l'émotion donnée par ce qu'on entendait convergeaient toutes deux et se renforçaient. « Ainsi la musique théâtrale imprimait son mouvement et son caractère à toute une pièce dramatique, et régissait par un balancier commun tous les arts du théâtre qu'on unissait avec elle. »

D'où, pour l'acteur, l'obligation de se régler toujours sur la musique. Même s'il ne chante pas, l'acteur, par sa mimique, doit faire sentir et comprendre ce qu'il laisse chanter à l'orchestre. « La symphonie accompagnante » exprime les sentiments qui semblent « s'échapper du cœur et du geste de l'acteur »; elle devient « le reflet sensible des mouvements intérieurs de son âme ». (Berlioz dira le reflet mélodique.)

... « Le chanteur- acteur métamorphose l'orchestre en un compagnon intime et fidèle... Ses pas, ses gestes, ses mouvements de terreur ou de pitié doivent se manifester au

moinent même où les instruments en font entendre la sensible image ou le rythme imitatif... Les amateurs du beau se souviennent encore à quel degré Mme Saiut-Huberty avait porté ce genre de talent... » De quel jeu pittoresque, de quelles attitudes expressives» elle « savait accompagner tous les traits mimiques dont l'orchestre remplissait les silences deison chant. » Durant ces « phrases-pantomimes de la symphonie », chaque mouvement de la Saint-Huberty et chaque mouvement de l'orchestre ne produisaient qu'un seul et même rythme. Aussi, combien l'expression des sentiments les plus intimes devenait forte, énergique, entrai- «ante et vraie : alors, « les mouvements mimiques de l'ordiestre semblaient faire entendre les mouvements silencieux de la pantomime et donner du son au geste. »

Le geste devenait un chant.

La Saint-Huberty avait reçu, de Piccini, un secret : elle savait forcer la musique des instruments à n'être que l'interprète de son geste; elle se taisait, mais sa plastique devenait mélodieuse : l'orchestre lui prêtait sa voix multiple et toute parlante.

Telle est « la véritable musique hypocritique »; elle frappe deux sens à la fois, par un art double qui devient un grâce à l'unité souveraine du rythme.

Ainsi pensait le chevalier Lesueur; ainsi parlait-il à Berlioz, au € jeune disciple des Beaux- Arts ».

Introduction. — Sur la biographie . .' i

Le $ouci de Inexactitude conduit le littérateur à se faire biographe I

Le roman, V histoire, la critique tendent à être biographiques.

Sainte-Beuve aurait été biographe s*il Vavaxt pu iv

Tentatives plus récentes. — Demi-succès des biographes»phHosophes : habitués à abstraire, ils conçoivent trop hors du

temps ni

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Le cas Berlioz, excellent sujet de biographie xi

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