Voir Appendice IV, pièce n
président de Bésigny, qui signa au mariage, par Mathieu Quelpée de La Borde, père de Mme Hinner, devenue, par son second mariage, la femme du chevalier de Jarjayes*.
Faut-il insister maintenant sur le chevalier de Jarjayes? C'est, assurément, un des personnages du parti royaliste les plus connus pendant la Révolution. Lisez Eckart, Goncourl, Gaulot, Campardon, Lenôtre, Funck-Brentano
i. Voici ce que nous écrit à ce sujet M. l'abbé Genty, ancien curé de Livry (Seine-et-Oise), auteur d'une histoire de cette paroisse, actuellement vicaire général à Versailles : « Le 5 novembre 1781, par devant Maret, notaire à Paris, Louis-Mathieu Quelpée de La Borde, écuyer, huissier ordinaire du cabinet de la Reine, ancien officier du Roi, agissant en son nom et en celui de dame Marie-Louise Pecquet, son épouse, acquit le château de Livry, situé à côté de l'église, du sieur Alexandre- François-Jérôme Dargouges, héritier de Madame la duchesse de Beauvilliers. Il habita cette propriété jusqu'au 26 floréal de l'an III de la République [15 avril 1795]. A cette date, il vendit son domaine au citoyen René Chopin d'Arnouville. Avec Mathieu Quelpée de La Borde vivait au château de Livry, dès l'année 1784, Jules- Adrien Gaultier de Bésigny, conseiller du roi en ses conseils et président honoraire du Parlement de Paris. Le premier se disait propriétaire de l'immeuble, le second s'en disait usufruitier. Ils en habitaient probablement chacun une partie et cette habitation fut constante, car chaque année, les registres paroissiaux, soit à l'occasion d'un mariage, soit à l'occasion d'un baptême ou d'une inhumation, portent les signatures des La Borde et des Bésigny. Louis-Mathieu Quelpée de La Borde eut deux filles, l'une, qui vécut dans le célibat, s'appelait Claude-Pierre-Mélanie (son nom est cité dans un acte du 9 septembre 178i); l'autre portait les prénoms de Louise-Marguerite-Émélie. Mention de cette dernière est faite, pour la première fois, dans les registres de la paroisse de Livry, à la date du 26 septembre 1787. En ce jour, elle contractait mariage dans l'église de ce lieu avec Régnier de Jarjaye... » Voir à I'Appeisdice IV, l'acte de mariage que nous publions in extenso.
et notamment l'abbé Allemand1, et vous connaîtrez, par le menu, l'histoire du vaillant champion de la reine, de l'homme qui fit tout pour essayer de la délivrer. Il est, beaucoup plus que le douteux Rougeville, digne de servir de prototype au chevalier de Maison-Rouge.
Son mariage avec une des femmes de chambre de la reine (la treizième, d'après Y État Général de Warroquier8) l'introduit dans la petite inti-
1. Voir Biographie universelle (Michaud), nouvelle édition, t. XX, pp. 569-572. — E. et J. de Goncourt. Histoire de Marie-Antoinette. Édition ornée d'encadrements à chaque page par Giacomelli, et de douze planches hors texte, reproductions d'originaux du xvme siècle. Paris, G. Charpentier, 1878, in-4. — Paul Gaulot. Un complot sous la Terreur. Marie-Antoinette — Toulan — Jarjayes. Avec six portraits et fac-similé. Paris, Paul Ollendorff, 1889, in-18. — Le Tribunal révolutionnaire de Paris. Ouvrage composé d'après les documents originaux conservés aux Archives de l'Empire, suivi de la liste complète des personnes qui ont comparu devant le Tribunal, et enrichi d'une gravure et de fac-similés, par Emile Campardon, archiviste aux Archives de l'Empire. Paris, Henri Pion, 1866, 2 vol. in-8. — La Captivité et la mort de Marie-Antoinette. Les Feuillants, la Conciergerie d'après des relations de témoins oculaires et des documents inédits par G. Lenôtre. Paris, Perrin et Cio, 1897, in-8. — Frantz Funck-Brentano. La Mort de la Reine (Les suites de l'affaire du collier), d'après de nouveaux documents recueillis en partie par A. Bégis... Paris, Hachette et Cie, 1901, in-18. — Le Chevalier de Jarjaves, par M. l'abbé F. Allemand. Gap, E. Jouglard, 1896, in-8.
2. « Le service de la Chambre se composait de deux premières femmes et de douze autres, d'huissiers de la Chambre, du Cabinet et de l'antichambre, de valets et garçons de la Chambre, et autres gens du service intérieur. »
Sur l'administration de la maison de la Reine, voir Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, par Mme Campan, première femme de chambre de la Reine, 2e édition, Paris, 1823, 3 vol. in-8, t. II, p. 339.
mile du palais, à la veille des graves événements. Il se dévoue corps et âme. Ce n'est ni un violent, ni un exalté. C'est un homme froid, réfléchi. On lui reproche même quelque tiédeur apparente. Il conseille la prudence. Mais quand il faut agir, il est là.
Ilestrhomme des grands services occultes, peu connus et parfois méconnus. C'est lui, diton, qui fut le premier intermédiaire des relations entre Marie-Antoinette et Barnave, Duport, Alexandre de Lameth. Au 10 août, il était près du roi; il accompagna Louis XVI jusque dans la loge du logographe et reçut les derniers ordres de la bouche royale. Il se cache dans Paris, mais reste à la disposition de ses maîtres.
C'est alors que Toulan, avec Turgy et Cléry, conçoivent le projet de faire évader Louis XVII et les princesses. La reine ne veut se confier qu'à Jarjayes. Elle engage avec lui une correspondance secrète; tout est préparé. Jarjayes avance les sommes nécessaires. Leprojet échoue par la pusillanimité d'un des affiliés, Lepître. On eût pu sauver peut-être la reine seule; mais elle ne voulut pas se séparer de ses enfants.
Elle écrit au chevalier de Jarjayes : « Nous avons fait un beau rêve, voilà tout; mais nous y avons beaucoup gagné en trouvant encore dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes; vous trouverez toujours, dans toutes les occasions, en moi, du caractère et du courage; mais l'intérêt de mon fils est le seul qui me guide, et, quelque bonheur que j'eusse éprouvé à être hors d'ici, je ne peux pas consentir à me séparer de lui... l. »
Le chevalier de Jarjayes fut chargé de transmettre à « Monsieur » et au comte d'Artois le cachet, l'anneau et le paquet renfermant les cheveux de la famille royale que Louis XVI avait remis à Cléry pour les porter à la reine. Il rejoignit les princes et se fixa à Turin. Nommé lieutenant-général par Louis XVIII, il mourut, âgé de soixante-dix-sept ans, à Fontenay-aux-Roses, en 18221.
Madame de Jarjayes avait été mêlée à toute l'histoire du complot. La reine l'aimait. Avant de mourir, elle lui avait envoyé, par l'avocat Tronson du Coudray, une mèche de ses cheveux et les deux anneaux d'or qui lui servaient de pendants d'oreilles (octobre 1793) 3.
1. Lettres de Marie-Antoinette. Recueil de Lettres authentiques de ta Reine, publié par la Société d'histoire contemporaine, par Maxime de La Rocheterie et le marquis de Beaucourt, Paris, Alphonse Picard et fils, 1895-1896, 2 vol. in-8, t. II, p. 433 (lettre CCCLXXX, [1793, février ou mars]).
2. Voir Riographie universelle (Michaud), nouvelle édition, t. XX, p. 572.
3. Voir Riographie universelle (Michaud), nouvelle édition, t. XX, p. 372, et Frantz Funck-Brentano, La Mort de la Reine, p. 207.
Ainsi désignée à l'attention du tribunal révolutionnaire, Mme de Jarjayes fut arrêtée à Livry et incarcérée *, une première fois, aux Madelonnettes. Délivrée au bout de six semaines, elle fut, de nouveau, emprisonnée avec sa famille, en février 1794. Sa fille, Laure Hinner, était déjà mariée à cette époque. En effet, elle avait épousé, le 8 avril 1793, à la mairie de Livry, en présence de sa mère, un homme appartenant à une excellente famille, Gabriel de Berny2. Le marié avait vingt-quatre ans et quatre mois, la mariée quinze ans et dix mois. Moins d'un an après, le beau-père, la mère, le marié, la mariée, les témoins, tout le monde était en prison. La délivrance ne vint qu'au bout de neuf mois, après la chute de Robespierre3.
1. Voir Biographie universelle (Michaud), nouvelle édition, t. XX, p. 572.
2. M. de Berny était de la plus ancienne noblesse. « Sa famille primitive, les de Bernez, nous écrit M. Arthur Rhoné, est originaire de Vigon, en Piémont, et remonte au xie siècle. Une branche de cette famille émigra en Picardie où le nom se transforma en de Berny. Au commencement du xvr siècle, les deux branches se fondirent par un mariage et désormais la famille prit le nom de Bernez de Berny, avec le titre de comte et les armoiries réunies des deux branches.
« Je possède ces armoiries dorées et enluminées par les dessinateurs de la fonderie. Alexandre [de Berny] m'a prêté pendant assez longtemps ses titres de noblesse. A sa mort, je les ai fait réunir et porter au Cabinet des titres de la Bibliothèque nationale où on peut les consulter. »
Les armes de Bernez de Berny sont : D'azur à trois bandes de gueules, celle du milieu chargée de trois roses d'or, et les deux autres de deux roses du même.