Voir Appendice VII, pièce n
ment répandue que Balzac fut l'inventeur d'un procédé de clicherie.
Ceci donc se passe en décembre 1827. On prépare un magnifique album in-folio oblong, devant contenir le spécimen de tous les caractères, vignettes et ornements typographiques de la maison, les caractères depuis la fameuse « Mignone » jusqu'au « Gros-Canon », les Vignettes, les Tarots, les « Culs-de-Lampe du Berquin1 », les sujets de mort, les signes du Zodiaque et sujets mythologiques gravés au trait. C'est là que le goût étriqué de l'époque se révèle dans sa mièvre et courte invention.
Cet album si précieux et annoncé si solennellement, on n'a même pas le temps de le finir. Trois mois ne sont pas écoulés (trois mois alors que l'on prévoyait douze années!), qu'un des associés, Barbier, sentant probablement que la barque fait eau de toutes parts, se retire.
C'est le prodrome de la débâcle. Peut-on encore sauver la maison? A qui s'adresser?
Balzac n'a-t-il pas là, près de lui, l'amie qui
1. Voir Appendice IX, n° 158. — Le « Gros-Canon » comme le « Petit-Canon » et le « Double-Canon » sont des caractères pour affiches. — Voir Spécimen des divers caractères^ vignettes... de la fonderie de Laurent et de Berny... Paris, 1828, in-fol. oblong, lre partie, pp. 19 à 23. Ce spécimen sort des presses de Balzac. Voir dans ce spécimen, lre partie, les « Vignettes » de toutes sortes, pp. 76 à 85, et les « Tarots », pp. 86 et 87. Pour les « Culs-de-lampe du Berquin », les sujets de mort, etc., voir le même ouvrage, 2» partie, pp. 1 à 86.
l'a engagé, encouragé, soutenu? Elle veille; elle se dévoue ; et, par un acte d'une hardiesse inouïe, après s'être fait donner une procuration générale par son mari, elle entre en nom, le 3 février 1828, dans l'association de Laurent et Balzac pour la fonderie de caractères.
Ce sont encore les actes notariés qui nous révèlent cette péripétie du drame intime : « Il y a société entre les sieurs Jean-François Laurent, Honoré Balzac et Madame de Berny pour l'exploitation de la fonderie des caractères d'imprimerie et de tout ce qui dépend de cette branche de commerce. La société sera en nom collectif à l'égard de MM. Laurent et Balzac et en commandite seulement à l'égard de Madame de Berny. La durée de la société sera de douze ans1. »
Si Pergame eût pu être sauvée, c'est par cette intervention suprême qu'elle l'eût été! L'apport de Laurent, tout en matériel, est estimé 18000 francs. Balzac et Mme de Berny ont le leur, « tous deux ensemble », montant à la même somme. La maison nouvelle représente donc un capital de 36000 francs, où Mme de Berny se trouve engagée pour 9000 francs. Balzac, seul, garde encore la signature sociale.
1. Voir Appendice VII, pièce n° 73. C'est cet acte, dans lequel figure Mrae de Berny (qui signe Hinner de Berny), qui nous a mis sur la trace des relations de Balzac avec elle.
Nouvelle insertion au Journal de la Librairie. Dépôt légal des pièces de la société au greffe du tribunal de commerce le 15 février 1828. Ya-t-on marcher, cette fois?
Hélas non! tous les sacritices ont été vains. Les clients ne sont pas venus. Les affaires ne vont plus du tout. Les ouvriers ne sont pas payés et envoient du papier timbré. Les créanciers assiègent la maison; et, avant même qu'on ait pu tendre la voile, la fortune de Balzac, fondeur de caractères, chavire comme celle de Balzac éditeur et de Balzac imprimeur.
Le 16 avril 1828, c'est-à-dire après un nouveau laps de trois mois, la société Laurent et Balzac est déclarée dissoute, et Laurent est chargé de la liquidation.
En présence du gouffre, l'homme d'affaires improvisé qu'est Balzac se sent pris de vertige. Il crie au secours; la faillite le menace; l'honneur du nom peut être compromis.
Il se retourne alors vers les siens; sa mère supplie un cousin, M. Sédillot, de se mettre à la tête de la manœuvre, de sauver, du moins, l'honneur : « .... Je vous autorise, mon cher cousin, à prendre tous les engagements qui vous paraîtront nécessaires pour terminer l'affaire de mon fils aîné, comme vous le feriez pour vous-même ; m'engageant à reconnaître tout ce que vous
ferez, m'en rapportant entièrement à vous... etc.; faites tout votre possible pour que nous évitions que l'affaire arrive à la connaissance de mon pauvre mari, faites valoir ses quatre-vingt-trois ans, qu'il ne peut se déplacer, etc., etc.; j'ai une procuration générale un peu ancienne, mais je puis encore m'en servir pour signer, clans le cas, comme autorisée. Evitons à ce bon père le chagrin qu'il ressentirait de tout cela... Je m'en rapporte à vous sur tout ce que vous ferez, je vous le répète1. »
Cet appel est entendu et M. Sédillot, — homme expérimenté et parent dévoué — opère, au milieu des plus grandes difficultés, un véritable sauvetage, en procédant à une liquidation qui pèsera, cependant, sur toute la vie du fécond romancier.