‹ La jeunesse de BalzacChapitre 49 sur 155 · Voir ci-dessus p · texte numérisé non relu

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2. Le passage suivant de Louis Lambert, relatif aux brouillons de ses lettres d'amour, trouve ici sa place :

« Lorsque le hasard me mit en relation avec son oncle, le

bonhomme m'introduisit dans la chambre habitée à cette époque par Lambert. Je voulais y chercher quelques traces de ses œuvres, s'il en avait laissé. Là, parmi des papiers dont le désordre était respecté par ce vieillard, avec cet exquis sentiment des douleurs qui distingue les vieilles gens, je trouvai plusieurs lettres trop illisibles pour avoir été remises à Mademoiselle de Villenoix. La connaissance que je possédais de l'écriture de Lambert me permit, à l'aide du temps, de déchiffrer les hiéroglyphes de cette sténographie créée par l'impatience et par la frénésie de la passion. Emporté par ses sentiments, il

NOTE EXPLICATIVE. l^r>

pu, néanmoins, en déchiffrer la plus grande partie. Seuls, quelques mots ou bribes de phrases ont résisté à notre lecture, si attentive qu'elle ait été ; nous les avons remplacés par des points, mais en ayant soin d'indiquer en note que ces points étaient substitués aux mots qu'il nous a été impossible de lire.

D'autres points se rencontrent, çà et là, dans

écrivait sans s'apercevoir de l'imperfection des lignes trop lentes à formuler sa pensée. Il avait dû être obligé de recopier ses essais informes où souvent les lignes se confondaient; mais peut-être aussi craignait-il de ne pas donner à ses idées des formes assez décevantes, et, dans le commencement s'y prenait-il à deux fois pour ses lettres d'amour. Quoi qu'il en soit, il a fallu toute l'ardeur de mon culte pour sa mémoire, et l'espèce de fanatisme que donne une entreprise de ce genre pour deviner et rétablir le sens des cinq lettres qui suivent. Ces papiers, que je conserve avec une sorte de piété, sont les seuls témoignages matériels de son ardente passion. Mademoiselle de Villenoix a sans doute détruit les véritables lettres qui lui furent adressées, fastes éloquents du délire qu'elle causa. La première de ces lettres, qui était évidemment ce qu'on nomme un brouillon, attestait par sa forme et par son ampleur, ces hésitations, ces troubles du cœur, ces craintes sans nombre éveillées par l'envie de plaire, ces changements d'expression et ces incertitudes entre toutes les pensées qui assaillent un jeune homme écrivant sa première lettre d'amour : lettre dont on se souvient toujours, dont chaque phrase est le fruit d'une rêverie, dont chaque mot excite de longues contemplations, où le sentiment le plus effréné de tous comprend la nécessité des tournures les plus modestes et, comme un géant qui se courbe pour entrer dans une chaumière, se fait humble et petit pour ne pas effrayer une âme de jeune fille. Jamais antiquaire n'a manié des palimpsestes avec plus de respect que je n'en eus à étudier, à reconstruire ces monuments mutilés d'une souffrance et d'une joie si sacrées pour ceux qui ont connu la même souffrance et la même joie. » (Œuvres complètes, t. XVII, 1870, p. 71.)

le texte des lettres, ils sont du fait de Balzac et nous les avons, naturellement, maintenus.

Quant au lieu d'origine et aux dates assignées par le vicomte de Lovenjoul, nous les avons placés entre crochets en tête de chacune des lettres; car, bien que nul de ces brouillons ne soit daté, il n'est pas douteux qu'ils ont été écrits au cours de l'année 1822.

Certains faits en fournissent la preuve, telle l'apparition de Jean-Louis dont il est question dans la lettre XVI, tels aussi le voyage à Bayeux et la correspondance échangée, à cette époque, entre Balzac et sa sœur, Mme Surville, ou bien encore la lettre écrite, le 5 août 1822, par Mme de Balzac mère à sa fille Laure.

Le fac-similé que nous donnons ci-contre mettra le lecteur à même de se rendre compte que Balzac n'exagérait pas en qualifiant ses brouillons d'hiéroglyphes.

Nous avons fidèlement respecté l'orthographe, parfois un peu désuète, de Balzac ; mais la ponctuation étant souvent absente dans ces pages écrites hâtivement, nous avons cru devoir, pour faciliter la lecture, la rétablir. Une raison analogue nous a conduits à placer entre crochets certains mots qui nous ont paru éclaircir le texte.

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